VII. LE P R 1 M A R 1 A T d’ AN TOI NE DE LA PAYE
L arrivée de François du Jon, en cette année déc i si ve oit Théodore de Bèze était monté pour la dernière fois dans la chaire doctorale de son maître, eût certainement été de la plus haute importance pour l Ecole de Calvin. Malheureusement cette perspective dérangeait trop de calculs. Les intéressés surent obtenir de Bèze lui-même qu il y renonçât. C’est pourquoi on lit
« sed in scholastico doceudi lubore assidue pergebat : Atlamen, propter hebeliorem audiendi scnsum, « sludiosorum dispulaliouibus, et Consistorio, ut loquuntur, abslinuit. Tandem silentium sibi indixit a sub aulumnuin anni 1598. Quumque N obi les ali quoi Germa ni , Bohemi et Poloni ilium doeentem audire « gcslirenl , idque ut facercl obnixè efflagitarent : ut illis, quantum vires terrent, gratificaretur, aggres- « sus est Januarii i, anno 1599, Epislolæ ad Romanos Analysin brevem. Postquam vero id bis tenlas- « sel, ultra progredi non poluil. Hicque terminus hœsit laborum Seliolasticorum, quos in docendo Beza « sustinuit. »
1 Reg. Comp., ad d ici a .
2 « Mous1' Goulart et nions1' Jaquemot ont estes csleus par la Compagnie pour lire en Théologie, « ayant premièrement proposé devant les frères qui eu feront lors jugement. El que monsieur Prévost « se tiendra presl pour, estant appelle, s’y employer cy-après. » (Reg. Comp., 12 oct. 1599.)
3 Ibid., 19 oct. 1599 : « Mous1' Goulart et nions1' Jaquemot ont refusé de proposer pour l’essay qui h avoit esté advisé vendredi dernier. Et a esté advisé queMr Prévost et M1 Cousin seront advertis de « le faire*. »
» Qu’on communiquera avec M. de Bèze et de là avec Messieurs pour pouvoir avoir ici nions1 du h Jon pour professeur en Théologie, s il se peut faire par voye légitimé. » Ajoute plus lard : Ce que « M1 de Bèze n’a approuvé et ceci a esté du tout laissé. »
* Gabriel Cousin, ou Cnsin iCusinus), récemment nommé pasteur a Jussy, avait étudié a Heidelberg. On le trouve porté au registre matricule de l’université palatine, à ta date du 8 janvier 15!H.
LE PRIjVIARIAT ü’ ANTOINE DE LA PAYE
dans le registre de la Compagnie, à la suite de la résolution provoquée par Goulart, ces mots, manifestement ajoutés quelques jours plus tard : « Ce que Mr de Bèze n’a approuvé et ceci a esté du tout laissé. »
Un mois se passa encore en marches et contremarches. Enfin la solution définitive, satisfaisant à la fois, sinon les partisans d’un appel, du moins l’ambition ingénieuse de La Paye et le désir d économie du Conseil, fut trouvée dans la désignation du titulaire de la chaire d Hébreu, pour donner I enseignement en souffrance. La Compagnie avait recours à cet expédient, bien connu îles Facultés qui redoutent les nouveaux visages : l'amalgame. Cela pour deux disciplines de première importance et en faveur d'un jouvenceau, jouvenceau d avenir, il est vrai, mais encore aussi dépourvu de titres scientifiques qu’il était possible de l’être en la situation qu'il occupait. La Faye avait-il déjà prévu cette éventualité, lorsque Jean Diodati avait été nommé à la chaire d I lébreu, deux ans amiaravan l, parce qu i I était le fils d’un lu mime auquel la Seigneurie avait des obligations, et alors qu’on eût certainement pu obtenir le concours d’un savant de réputation faite ? C’est probable. Mais il est difficile de 1 établir autrement que sur des jireuves morales b
Au moment où i I fut question de lui jiour une nouvelle nomination, Jean Diodati, dont la santé était déjà, lisons-nous, « fort incertaine, et infirme, » était justement absent, en congé de convalescence dcjmis la fin du mois d’août -.
1 Procès-verbal de la prestation de serment de Jean Diodati et de son collègue Laurent, en 1597 : « Sp\ectable\ Gaspard Laurent et le / ils du sr Carie Diodati. Mrs de Bèze, Jaquemot et Colladon « sont comparus céans pour faire prestor serment... à spectable Gaspard Laurent, professeur en « grec, et au (ils de messirc Carie Diodati, esleu professeur en hebricu. Sur ce, les susnommés « aya ns esté a ppe liés ont preste le serin en I porté pa r les Ordonnances. « ( Reg. Conseil , 1 . (é vider 1 597 . )
Lorsque lhébraïsanl Florimond Perreaux avait renoncé à la chaire que Bèze persistait à lui ollrir, malgré les atermoiements des linanciers du Conseil, il lui avait proposé, Philippe du Bignon, qui avait jadis étudié et enseigné à Genève sous Antoine Chevalier cl qui devait précéder Louis Cappel à l’Académie de Saumur [Cf-, plus haut, p. 65). Voicd les termes d’une de ses lettres, datée du i! mars 1596 : « Je vous ai cy-devant escripl pour vous advertir que j ay trouvé un personage propre « pour faire ladite charge de professeur en hebricu tel que vous le demandez. lequel se nomme Mollit sieur du Bignon. C’est celuy-là mesme duquel Mous1' du Jon faicl mention au discours de sa vie. « imprimé à Leyde, sur la lin de la page 29. Si Messieurs l’ont agréable, je vous supplie de faire en « sorte qu’il soit adverti suivant 1 adresse qu’il en a laissée au sire François Lépreux, lequel vous « pourra assurer de la promesse que ledit sr du Bignon luy a faicte qu’il se transportera tout aus- « sitôt pardelà qu’il en aura entendu des nouvelles. » (AIss. Bibl. de Genève, Mf 197. aa. 111.)
La Compagnie écarta du Bignon ( lienionus) . Le secrétaire en rend raison comme suit : « La Com- « pagnie, s’estant enquise du personnage, n’en eut pas bon tesmoignage, et pourtant donna charge « à Mr de Bèze de le remercier honnestement : et cependant fut dit qu’on verroit s’il yen atiroil point « d’entre les freres, ou en ce lieu, qui peust accepter reste charge. » (Reg. Comp. , 23 janvier 1596.)
2 Reg. Comp., 24 août 1599. « Le volage de M 1 Diodati. Ung voiage de six semeines accordé a « Mp Diodati, nostre frère et professeur en Hebricu, soubz le bon plaisir de Messieurs. C’est pour
THEODORE DE BEZE
Dès le *26 octobre, la Compagnie décida qu’on le devrait ouïr en proposition « à son retour, pour l'employer à la profession de Théologie, » tandis qu’on « feroit exercer » seulement monsrPrevost et mons' Cusin « pour les y duire.» Le choix delà majorité était fait. Et Ion n’est pas très surpris devoir Prévost, puis Cusin, se refuser à jouer plus longtemps le rôle i ngrat de candidats pour la galerie. Aux séances du 9 et du 16 novembre, l un et l’autre s’excusèrent successivement de proposer. Quelqu’un protesta contre cette façon d’agir, disant : « Nostre Compagnie n’est plus Compagnie et n’a plus aucun ordre, « ni authorité. Et faut que tout tombe en toute confusion, si nul ne fait ce « «pic. la Compagnie trouve bon... 1 » Puis on en prit occasion, semble-t-il, pour dispenser Diodati lui-même de toute épreuve. Il lut « exhorté à prendre la charge. » Lejeune homme devenait ainsi à la lois professeur d’hébreu et chargé de cours de théologie. La chaire qu’avait occupée Lignaridus n était pas rétablie en droit. En lait, Diodati lut titulaire de deux enseignements. La restauration qu’on avait voulu éviter, ou différer encore, devait se faire par la force des choses, quelques années plus tard, lorsque l’Hébreu passa en d autres mains. Mais, dans ces conditions, elle ne traversait plus les plansde LaFaye.
« Monsieur Diodati exhorté à prendre la charge de la profession de Théologie s’est subniis à tout ce que la Compagnie trouveroit bon. Pour laquelle cause nous estans trouvés après disner tous chez Mr de Bèze, a esté arresté que ledit nions' Diodati l’eroit allernis 2 3 leçons par semeine avec Mr de la Faye, qui sera le Lundi, Mardi et Mercredi, que, les autres deux jours de la semeine de ses leçons en Théologie, il fera leçon de la grammaire hebraique et praltique d’icelle, qui seront le Jeudi et Vendredi. Et l’aultre semeine, qui sera la semeine de M1 de la Faye, il pourra faire trois ou quatre leçons en la dite langue hebraique. Et que par ce moyen l’estude de la langue se continue. Et en oultre voila deux professeurs théologiens establis pour 1 advenir. A esté adjousté, nions' de la Faye le requérant, que nions' David [Le Boiteux] et mous' Grenet le soulageront allernis du sermon du Sabmedy et non plus; tandis que les disputes des esludians se feront toutes les semeines. Que pour quelque peu de temps mous' de la Faye supportera M1 Diodati pour le regard d assister aux disputes, et toutefois que au plus tost l’un et l’autre sousteneur reste chargé d’assister à la proposition latine egalement 3. »
« sm s;i nié qu’on void est re fort incertiiinc et iulirmo, espérant qu'il sc pourra fortifier en ce voiage. »
1 Reg. Cornp. , 2li octobre, 9 et 16 novembre 1599.
2 C’est-à-dire alternativement (altérais hebdomadihus).
8 Reg Conin. . 50 novembre 1599. — On lit en marge de ce texte, de la même main, qui est celle de Jean Pinauit : « M1 Diodati eslabli professeur en Théologie. » — Pendant toute la première année