LE PRIMARIAT I) ANTOINE DE LA PAYE
On le comprend sans peine, le collègue de vingt-trois ans que La Paye devait remplacer à la présidence des disputes, pendant qu’il laissait croître sa barbe, ne pouvait en aucune façon, malgré le cumul de deux enseignements, lui disputer le pas. Aux promotions suivantes, celui qui parvenait, opiniâtre, célébra son triomphe. Bèze ne pouvant occuper sa place, il saisit l’occasion de se faire qualifier « premier Docteur » de l’Ecole et lit adopter à la Compagnie cette résolution caractéristique, entre les lignes de laquelle on le voit se faufiler, prêt à franchir la dernière marche qui le sépare du fauteuil ardemment convoité :
« Que monsieur de la Paye suivra lundy aux promotions, comme premier Docteur en Théologie, M' le Recteur, puis les autres professeurs après. Et que ledit de la Faye se siéra au rang des aultres professeurs ce voiage, laissant vuide la place prochaine de monsr le Recteur comme estant celle de M1' de Bèze. Et qu’à reste occasion luy, estant aussi ministre, rlorra l’action »
Depuis Cal vin, le droit de clore par u ne prière la grande solennité scolaire qui était presque, parle lieu et par l’assistance, une réunion du Consei I général des citoyens, droit auquel s’ajoutait celui d’ouvrir par une exhortation les assemblées souveraines, était regardé comme un privilège attaché à la situation exceptionnelle que le fondateur de l’Ecole avait eue dans l’Egliseet dont Bèze avait hérité. Aux yeux du peuple, celui qui exerçait ce droit, dans Saint-Pierre, prenait à ce moment le pas sur tous.
Dans l’Académie, la réunion des cours d’hébreu et d’un des deux cours de théologie, entre les mains encore i n expérimentées de Diodati , devait rapide* ment porter préjudice à renseignement . Pas plu s tard que I GO I , nous voyons (jue les cours d hébreu agonisent :
« Sur la rarité ou defaut d’escoliers qui estudient en hebrieu, qui souvent fait cesser Mr Diodati de ses leçons, il a requis que, ne perdant plus de temps à cela, il deust faire des leçons en Théologie les deux semeines, comme faisoil
de son professorat en théologie, Diodati fut dispensé de conduire les disputes : « Du Yendredy 29e « d’Aousl 1600... Nostre frère M. Diodati a esté exhorté de commencer à présider aux disputes en « Théologie à son tour et alternis avec M. de la Paye. Ce qu i] a accepté et promis de commencer h après les prochaines vacations de vendanges. Geste deliberation est venue à cause que nos frères « des champs, ayans achevé leur tour de prescher à S'-Pierre les sabmedis de la semeine de M1' de n la Paye, prétendent de s’en excuser, El qu’estant soulagé de ceste dispute il pourra luy mesme faire n sa charge de ce sermon. » (Ibid., ad client.)
1 Reg. Comp., 2 mai 1600. Marginal, de la même main : « Mr de la Faye clorra lundy l’action des promotions. »
THEODORE DE BEZE
M1 2 Lignaridus, el auroil moyen de traitter un texle el les lieux communs par les deux semeines qu il y emploiroit. A esté dit que d’eclipser une profession Hébraïque es toit chose I rop grande pour y ad viser sur le champ. Que par cy après on y penseroi t 1 . »
Le 23 août 1602, le vieux Simon Goulart portait ce jugement découragé sur l’Académie où La Faye occupait la première place : « L’escole est froide: « les mœurs sont estrangement corrompues. Beaucoup d espérances humai- « nés que nous avions sont amorties et ensevelies. F n cores ne pouvons-nous « apprendre à dire : Je croy en Dieu-. »
I )epuis que Bezc avait décliné, en 1 580, les fonctions de modérateur de la Compagnie, auxquelles, à dater delà mort de Calvin, il avait été réélu chaque année, et que cette haute charge était devenue une présidence hebdomadaire, exercée indistinctement, avec la qualification modeste de « semainier,» par l'un des ministres de la ville, I autorité morale dont il disposait s’était de plus en plus attachée à sa propre personne. Il était resté de fait lechefde l’Eglise de Genève, dont il dirigeait également les relations intérieures, avec le Conseil, et les relui ions extérieures, avec les égliseset les universitésétrangères, par le seul ascendant de sa parole et de sa plume, le seul prestige de son nom. En droit, aucune charge publique ne le plaçait au-dessus de ses collègues de la Compagnie des pasteurs, si ce n’est la chaire rie professeur de théologie dont on l’a vu si longtemps préserver l imité. Lorsque l’âge le conl raignit de renoncera un p ri ncipe devenu incompatible avec le développement et la prospéritéde l'Académie etqu il songeaà provoquer l’établissement d'une deuxième chaire, il était fatal qu il se heurtât contre cette ambition qui, depuis des années, grandissait dans son ombre. La Faye, qu’il avait accepté comme suppléant, sans pouvoir en faire son collaborateur et son second, s’était mis dans la tête qu il lui succéderait, de la même façon que lui-même avait succédé à Calvin. Adéfaut de désignation expresse, le « maître d’école » deGiordano Bruno résolut de se prévaloir du titre de professeur en théologie que I usage lui avait conquis. Et, craignant par dessus tout la concurrence d’un plus docte, il était naturel qu’il se mît en travers de toute mesure qui pouvait avoir pour conséquence de faire attribuer ce titre à un
1 Reg. Coinp.. 23 janvier 1601.
2 Lettre à Scaliger. (Jacques de Reves, I. c., 120.)