ÉLOMIRE
Tes frères! qui? ce bègue et ce borgne-boiteux?
ANۉLI<HIB.
. Eux-mêmes, oui, maroufle, ee sent eux. . . . Hais les ingrats, di»-tu, n'dnt JaiuJs de mémoire : U faut, pour te confondre, en dire ici l'histoire. En quarante, ou fort peu de temps auparavant, n sortit du collège, &ne comme devant ; Hais son père ayant su que moyennant finance» Dans Orléans, un âne obtenait la licence (1), n y mena le sien, c'est-à-dire ce fleux Que vous voyex ici, ce rogue audacieux.
Il l'endoetera donc, moyennant sa pécune.
Et croyant qu'au barreau ee fils ferait fortune, 11 le fit avocat, ainsi qu'il vous l'a dit.
Et le para d'habits qn'U fit &ire à crédit ; Hais, de grftce, admirez l'étrange ingratitude: Au lieu de se donner tout-à4àit à l'étude Pour plaire k son bon père et plaider doctement, U ne fiit au palais qu'une fois seulement;
(i) U faut convenir, peur être parfoitement exacte que de grands abus s'élaienl glissés dans la réception des gradués aux Universités ; ce fidt nous est attesté par un arrêt du parlement du 25 août 1057, sur la réformation des abus qui se mmmetUni en la promotion des licenciés en droUei en la rieepHon des advoeats. Cet arrêt, qui semble ne concerner que l'Université de Paris, concernait toutes les Universités, puisqu'il fut enregistré au greffe du bailliage d'Orléans, le 7 avril iS58. Ces abus existaient précisément au temps où Holière a dû passer sa thèse; ils se perpétnèrent; une déclaration du roi parut sur le même objet, le 6 décembre 1736; elle était générale, car elle fut aussi enregistrée au greffe du bailliage d'Orléans , le 90 décembre 1 737. Nous avons vu phis hant que ces abus s'étaient produits à l'Université de Bologne elle-même.
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Gependaùt, sa wirvons ce que frisait le drftle? Chez deux grands charlatans il apprenait un rôle ; Chez ces originaux, rOryiétan, Bary, Dont le fiit se croyait déjà le favori.
Cette insistance ne peut partir, chez le pamphlétaire , alors surtout qu'il se sert de cette circonstance pour tourner en ridicule celui auquel il l'impute, que d'une profonde conviction et de renseignements certains. Toutes les fois qu'il l'outrage par une imputation dont il n'est pas sûr, il ne le fait que par insinuation aussi , et plus perfide peut-être que ^affirmation; mais enfin il abandonne le ton affirmatif.
Nous pourrions administrer une preuve de ce que nous avançons , mais il faudrait citer encore, et nous ne nou9 en sentons pas le courage.
Nous produisons les seuls documents qui existent sur ce point ; et sans trancher les difficultés qui peuvent résulter de contradictions entre les personnes les mteuxtn^truttes des particularités de la vie de Molière et les dénégations de quelques-uns de ses parents, nous sommes portés à penser que ce grand homme a étudié h Orléans.
Et d'ailleurs , remarquons que les assertions des membres de la famille de Molière, recueillis par Grimarest, sont loin d'avoir l'autorité que ce titre pourrait leur donner; et sont même loin d'avoir celle que l'on doit accorder aux amis de Molière. Grimarest ne dit pas quels étaient ces parents; il dit, il est vrai, qu'ils lui ont assuré le contraire, et en même temps, il nous apprend qu'ils lui reconnaissent le titre d'avocat, titre qu'il aurait obtenu, après avoir appris le droit d'un de ses amis qui , au moment où Molière se faisait avocat , devenait comédien , et redevint avocat au moment où Molière quittait le barreau pour le théâtre.
Nous avons peine k croire à ces cascades, comme les appelle Grimarest. Â cette époque, la profession d'avocat était sérieuse et noble, comme elle l'est de nos jours; on ne se faisait pas avocat sans avoir obtenu ses grades dans les Universités (1); il fallait, en outre, un stage,
(i) Cependant nous avons eu déjà l'occasion de citer ce passage de Tédit d'avril 1679 : n Considérant Yjue plusieurs personnes, sans avoir fait aucune étude de droit, ayant, A suivant la pratique ordinaire, obtenu des lettres de licence et ensuite prêté le serment « d'avocat, etc. «
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et il n'est pag possible d'admettre que Molière eftt entrée dans une compagnie d'avocats comme celles da parlement ou du Chàtelet après de simples études faites avec un de ses amis , même reçu avocat.
Il n'est pas non plus possible de croire qu'un comédien eût été admis, au sortir du tbéàtre, dans une compagnie d'avocats; ce qui serait très-difiBcile aujourd'hui et ne pourrait avoir lieu que par une exception fondée sur des motifs personnels , devait être impossible alors ; la profession de comédien, ne fût-ce qu'au point de vue du sentiment religieux, si puissant encore au commencement du XYQ® siècle, devait s'opposer k ce que ceux qui l'avaient exercée fissent partie d'un ordre déjà si haut placé dans la société.
D'ailleurs , Grimarest écrivait en 1705, et Molièrç est mort en 1673; dans l'intervalle qui a séparé sa jeunesse de sa mort, et sa mort de l'époque où Grimarest écrivait, les souvenirs de quelques membres de sa famille, c'est-à-dire de ceux qui en restaient , ont pu s'affaiblir.
Mais si, comme ils le reconnaissent eux-mêmes^ Molière a été avocat, il devient, à plus forte raison, certain, en réunissant les assertions de ses amis et de ses ennemis, qu'il a étudié dans la célèbre Universités digne de son génie, alors même qu'il eût voulu l'appliquer à Tart oratoire et k la science du jurisconsulte.
FORNIER (Henui).
Henri Fomer (i), connu depuis sous le nom de Fomîer, était fils du célèbre docteur Guillaume Fornier et frère de Raoul Fomier dont nous avons parlé plus haut; il doit être placé au nombre des écoliers qui ont fait le plus d'honneur k l'Université d'Orléans.
U entra dans la magistrature k la mort de Guillaume Fomier, son père, auquel il succéda dans la charge de conseiller au présidiai.
On a vu que Léon Tripault , non content d'avoir travaillé kla réfoi^
(1) Il exista un célèbre jarisconsulte espagnol de ce nom, dom Pablo Forner, né eo 1750 ; il monrut en 4799. Tout jurisconsulte qu*il fut» il ne laissa qu'une comédie fort estimée, intitulée : Le Philosophe amoureux.
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mation de la coatame^ la commenta ; Henri Fornier soivit cet exanple,
et tous ses successeurs éprouvèrent ce besoin : réyélation éloquente
de l'imperfection de cette législation, L'cBuvre d'Henri Fornier obtint le phis grand succès; conune Tri-
padt, il y ajouta un traité des principales coutumes de l'Orléanais. Il avait pris pour devise : Dùm spiro, spero. s La mort l'eiûeva trop tôt à l'administration de la justice et k la
science : il cessa d'espérer en 1617.
DELALANDE (Jacques).
Jacques Ddalande, fils d^un conseiller k la prévôté d'Orléans <, na« quit dans cette ville en 1612. Il obtint une chaire de docteur-régent en 1653.
L'année suivante, il fut pourvu d'une charge de conseiller au pré* sidial; mais antipathique à VagiliUion du barrecni et au tumtUu des affaires, il quitta cette fonction en l'année 1638, pour se livrer exclusivement à l'enseignement, du droit et k l'étude des sciences.
Sa réputation grandit dans la retraite , et le roi, au cours de l'année 1673, quoiqu'il n'eût exercé la magistrature que poidant peu de temps, lui délivra des lettres de vitérance dans les termes les plus honorables.
Nommé échevin en 1683 et maire en 1694, son administration excita un tel sentiment de reconnaissance, qu'on lui décerna le titre un peu emphatique et d'une exagération singulière de père de la patrie.
n exerça la régence pendant cinquante années, et sa renommée était tellement répandue, qu'il était consulté par tous les savants du royaume et des pays étrangers.
Le roi d'Espagne, passant par Orléans, (ùt complimenté par Delalande, parlant au nom de l'Université. Le roi l'entretint de ses ouvrages et exigea que Delalande les lui apportât. Celui-ci se présenta de nouveau devant le roi, portant sous son bras son commentaire de la coutume , ouvrage obligé de tous les docteurs-régents de l'Université d'Orléans. Le roi , après en avoir lu quelques passages et félicité l'au-
leur, lui demanda son grand ouvrage; il n'était pas imprimé, et cependant il était déjk connu et l'objet d'une grande estime. Le roi lui fit promettre qu'il lui en enverrait un exemplaire ; mais Delalande ne put tenir sa parole; il mourut bientôt après, le 5 février 1713, âgé de 80 ans.
Son caractère était aussi doux que son esprit était vaste et éclairé. Si la Providence lui donna la science et la philosophie , elle lui réserva des cruelles épreuves domestiques. M^^® Davezan, fille d'un docteurrégent de l'Université d'Orléans, originaire de Toulouse, que nous avons fait connaître dans l'un des chapitres précédents , fut la Xantippe de ce moderne Socrate; elle abusait de la patience et de l'insouciance, résultat ordinaire de l'étude , qui caractérisaient Delalande. Impérieuse, elle s'était emparée. de toute autorité dans son intérieur. Avare, elle alla jusqu'à vouloir vendre l'habit dont son mari était revêtu : on fripier fut mandé par elle pour satisfaire cette singulière fantaisie, Delalande se borna à lui dire : Vous pourriez aUendre jusqu'à ce soir qw je me dishabillerai. Sa femme insista cependant; mais le fripier, indigné , se retira sans vouloir condure le marché.
Delalande tira une bien Mble vengeance des persécutions de sa femme : il se borna , dans son commentaire de la coutume , à qualifier les personnes du sexe de impoteintis mturœ mUmal.
Il laissa des ouvrages manuscrits et imprimés au nombre de hait ; ceux-ci étaient tellement estimés, qu'au commencement duXYIII^ siècle on avait peine à se les procurer.
PROUSTEAU (Guillaume).
Né à Tours, d'une famille exerçant le plus humble commerce de détail (1), au coure de l'année 1628 (2).
Ce jurisconsulte obtint une chaire de docteur-^régent à l'UniverBité
(1) Le père de Prousteaa exerçait la profession de marchand fripier. Au moment où Guillaume Prbusteau vint à Orléans , il y existait plusieurs chefe de Camille portant son nom et marchands fripiers comme son père (Voir les Archivée <Im palaiê, HoiMes de la prévôté).
(2) Et non pas 16â6^ comme on Fa écrit par erreur, et comme le démontre l'extrait baptistaire de Prousteau, découvert par un laborieux érudit de Tours, M. Lambroade Lignim.
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d'Orléans V an eoncours de Tannée 1668, dont nous avons analysé le procès-verbal.
U avait fail ses humanités k Tours, on ne dit pas dans quelle institntion religieuse; il fit sa philosophie chez les jésuites de La Flèche; il étudia en droit à Poitiers et k Orléans, où il prit son grade de docteur.
n commença k suivre le barreau comme avocat; il était âgé dé 39 ans, lorsqu'en l'année 1667 s'offrit k lui une occasion d'entrer dans le collège des docteurs-régents.
Nous avons, dans un chapitre précédent , rendn coippte du procès* verbal de son élection , fait connaître les diflScultés auxquelles elle donna lien , et indiqué les reproches qui lui furent alors adressés ; nous avons vu qu'elle avait été attaquée comme entachée de brigue et de faveur; comment l'avocat général Omer Talon avait hésité k reconnaître sa validité; mais aussi comment il avait été entraîné k le &ire , en considération du mérite personnel de M« Prousteau.
Ce dernier, bien avant cette promotion, cédant k son ardent amour de la science, et obéissant encore aux traditions primitives de l'école, avait visité les Universités les plus célèbres de l'Europe : il parcourut pendant deux ans l'Allemagne, l'Italieet la Hollande; il alla même en Espagne, et forma, au cours de ces voyages, des liaisons avec les jurisconsultes les plus distingués des villes qu'il parcourut.
Ses ouvrages, qui se composent de huit volumes manuscrits, consacrés entièrement k la science du double droit, placent GuillaumeProus* teau au nombre des jurisconsultes les plus distingués de son temps, et ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il cultivait les lettres avec autant et plus de succès peut*ètre que le droit. La biographie de Michau le signale comme plus habile philologue que savant jurisconsulte.
On possède k Orléans deux ouvrages remarquables qui attestent, en effet, chez lui, une connaissance profonde des ressources de la langue latine : le premier est la biographie d'un de ses amis^ dont le souvenir lui a paru digne d'être conservé; le second, un «liscours prononcé, comme recteur de l'Université, k la rentrée des cours de l'année 1706, c'est-k-dire k l'âge de 80 ans, dont le sujet était de démontrer combien la science des lettres est utile et même nécessaire k celui qui enseigne là science du droit : Ut ostenderei quantum humaniores litterœ utiles et necessarim sint anteceuafi.
Et dans ces deux ooYrages , Guillaume Prousteau se montre aussi éminent par l'élégance et le charme de son style, par la profondeur de la pensée, que par la variété et l'étendue de ses connaissances.
Le dernier acte de sa vie fut un service rendu à la science , et suffirait à le recommander comme l'un de ses bienfaiteurs k la reconnaissance publique.
Possesseur d'une bibliothèque considérable, celle de Henri de Valois, historiographe de France, qu'il acheta k la mort de celui-ci, arrivée en 1676; acquisition au moyen de laquelle sa bibliothèque se composait de 1,600 in-f>>, de précieux manuscrits, au nombre desquels il faut placer les siens, et de douze cartes géographiques , production scientifique alors fort rare ; il en fit donation, k la condition qu'elle serait publique trois fois par semaine, aux Bénédictins habitant le monastère de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.
n aifecta un immeuble k son entretien et k cehii de son conservateur, et devint ainsi le fondateur de la magnifique bibliothèque publique d'Orléans.
Guillaume Prousteau ne se montra pas seulement l'ami et le bienfaiteur de la sdence et des savants : il fut le bienfaiteur des pauvres, qui, pendant la disette de 1709, rappelaient leur père.
n termina dans sa ville d'adoption, le 9 mars 1715, <fest-k-dû*e dans sa 88® année, une vie consacrée k la science et k l'humanité; sa mort fut douce comme son existence semble avoir été paisible : il succomba k une attaque d'apoplexie foudroyante.