‹ Histoire de l'Université de lois d'OrléansChapitre 4 sur 27 · CARAGTÈEE DES ASSOCIATIONS D*ÉCOLIERS · texte numérisé non relu

CARAGTÈEE DES ASSOCIATIONS D*ÉCOLIERS

n est nécessaire, pour déterminer le caractère des associations d'écoliers, d'évoquer des souvenirs historiques qui, au premier abord, semblent n'avoir aucun rapport avec les institutions scientifiques, et de rechercher si un lien traditionnel et mytérieux ne rattache pas les unes aux autres.

Qui pourrait, s'il n'y élait entraîné par un examen soutenu, attentif, laborieux, soupçonner une assimilation entre les associations pro» duites par la civilisation et celles qu'a enfantées la barbarie?

Et cependant il est impossible de nier cette assimilation et de ne pas être frappé des rapports étroits existant entre les premières et les secondes. Toutefois, quelques différences tellement importantes les séparent, que le doute ne peut être durable.

Ces institutions de la barbarie ont amené, il fauf le reconnaître, des institutions semblables; les contrées victimes de ses déprédations, intéressées h étendre les moyens de résistance et de compression qu'elles leur opposaient, imitèrent ceux qu'elles avaient h combattre ; les uns s'étaient associés pour l'attaque, les autres s'associèrent pour la défense.

Et cette dernière association triomphante se transmit en se modi-* fiant par la tradition; l'étude de l'origine de l'association, de sa transformation et des formes qu'elle prit dans la suite nous conduira à la solution de la question de savoir si les associations d'étudiants

doivent ou non être considérées comme une émanation des trois grandes confédérations qui se sont manifestées au moyen-ftge.

On comprend que nous voulons parler ici de la Ghilde barbare, de la confédération des villes anséatiques et de la franc-maçonnerie.

Aux irruptions qui entraînèrent la chute de l'empire, succédèrent des irruptions moins considérables, il est vrai, mais non moins cruelles; et ce qu'il y a de remarquable, c'est que les premières, bien que dirigées avec un esprit d'ensemble de beaucoup supérieur a l'esprit qui dirigea les secondes, ne surent que détruire, sans être parvenues à rien fonder ; tandis que les secondes, avec leur caractère dévastateur et l'absence absolue de tout système de conquête, parvinrent à fonder sans avoir pu rien détruire.

Nous ne devons ici arrêter notre attention qu'aux secondes invasions parties du Danemarck, de la Scandinavie et de la Norwège, formées de peuples divers, réunis maintenant comme ils l'étaient alors par la qualification de Normands.

Dès avant le règne de Cbarlemagne, ces hordes de pirates s'élançant du fond des golfes ou des affluents de la mer du Nord, venaient en grand nombre se répandre sur le littoral de la Germanie' et de la Gaule, remontaient les fleuves, jetant la terreur sur leur passage, et disparaissaient après avoir désolé les contrées qu'elles visitaient ainsi.

On sait que peu de temps après sa mort, ce prince apprenant les descentes réitérées des hommes du Nord sur les rivages de l'Océan, sur ceux de la Seine et de la Loire et même de la Méditerranée, ne put s'empêcher de répandre des larmes, prévoyant bien le danger que ces entreprises feraient courir k ses héritiers (1).

Ces invasions eurent en effet d'importants résultats; la Bretagne y perdit sa nationalité, les Gallo-Francs craignirent pour la leur, qui n'échappa peut-être à ce malheur que par la cession d'une riche partie de leur territoire faite à RoUon-le-Marcheur et k ses compagnons, au cours du X« siècle, et portant encore de nos jours le nom de Normandie.

A cette époque aussi, et cette circonstance est l'explication du progrès et du succès de ces invasions, le pouvoir royal, affaibli par le pouvoir féodal, était impuissant k protéger les peuples; en même

(I) Voir M. GuizoT à ce sujet, 33« leçon.

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temps qae le commerce était ruiné sur les mers siHoimées par les flo* tilles des pirates, l'agriculture, les déveioppements de l'intelligence, étaient comprimées sur les continents par là barbarie des institutions.

Le monastère d'abord, fut le seul refuge ouvert aux habitants des campagnes; la commune ensuite, le seul palliatif accordé aux habitants des villes et des bourgs'pour les protéger contre tant d'éléments d'infortune et de tyrannie.

Mais tandis qu'en France les monastères se remplissaient k ce point que bientôt, quelques nombreux qu'ils fussent, ils devinrent insufiBsants; tandis que les villes et les bourgs obtenaient péniblement des rois et des seigneurs des concessions souvent retirées, toujours modifiées et contestées, quelques villes de l'Allemagne étaient parvenues ^ un degré presque incroyable de prospérité et de puissance.

Ces contrées comptaient en effet dès cette époque un nombre assez considérable de villes libres possédant dlmmenses richesses.

Cette prospérité, cette puissance, ne purent être que le résultat d'un long et pénible travail-, il faut donc en faire remonter l'origine à ce temps où les Normands inondaient les rivages de la Germanie, de la Gaule et l'Angleterre, de leurs associations de pirates, où les Wikmgs, enfa$U$ des anses, infestaient les mers et les fleuves.

Les villes opulentes de l'Allemagne profitèrent des chartes d'un affranchissement presque absolu pour organiser un moyen de protection extérieure que des pouvoirs publics étaient dans l'impuissance de leur donner; elles adoptèrent une institution qui, au premier abord, ne parut être que la conséquence des privilèges qui leur avaient été accordés ; elles formèrent une ghUde sur une base immense.

Avant d'entrer dans l'examen de ce contrat et de signaler ses conséquences, il est indispensable de déterminer la signification et la valeur des mots.

GhUden, ghUde^ gilde, est un mot Scandinave qui veut dire fesHn, à frais communs (1), et par extension, association ou confrérie; on disait jadis une frérie pour exprimer un banquet, et de nos jours encore la plus grande marque de considération ou d'amitié que l'on puisse donner est d'inviter k un repas; on devient frère le verre à la

(I) Temps mérovingient, chap. 5.

maûi; et comme les ppogifès de la civilisation n'ont point affaibli cet usage, nous devons concevoir qu'an temps où la force intdlectuelle était absorbée par la force brutale, il ne pouvait y avoir d'association sans festin (1).

La ghilde, dit l'auteur des Temipt Mérornngiens {i), née dans le Nord, a précédé l'ère dirétienne ; elle avait pour objet tous les grands accidents de la vie; avant de réaliser les projets dont l'association devait assurer le succès on se mettait à table, et à la fin du repas, après avoir bu dans la même ooupe, on se liait par un serment d'autant plus énergique qu'il avait été prêté avec une grande chaleur et un grand abandcm, suites nécessaires d'abondantes libations.

On ne peut que se livrer a des hypothèses sur la véritable époque de ces associations ; cependant il est permis de croire que ces flots de barbares étaient liés par le serment de la ghilde, et qu'après le succès, les friree du banquet restaient frères de la conquête*

Cette proposition est justifiée par un passage de V Histoire de h Honquite de la Bretagne par kê Normands, et àBm lequel nous voyons que ces derniers, devenus possesseurs de TUe des Angles, prévoyant (3) une attaque de la part des Danois et des Norwégiens, alliés des Saxons vaincus, £rent revivre un ancien impôt appelé Dane-Ghelde, créé par les Saxons eux-mêmes, pour prévenir les invasions asses fréquentes de oeux dont au jour du malheur ils invoquaient le secours (4-)«

Ainsi» dans le principe, la gkUde fut instituée par les badMtfes du Nord dans un bot d'attaque, et lorsqu'ils furent en possession des contiées que le succès de leurs entreprises, plus qu'un projet arrêté de conquête, leur aivait données, l'association se maintint comme moyen de conserver ce quîelle était parvenue k c(mquérir.

Elle se perpétua chez.les barbares long-temps après qu'ils se furent

(i) N'aTez-vous jamais réfléchi à Timportanoe que les hommes ont Uh^ouk aUaehée k na lepaspris ea commim? La iable, dit un ancieu proverbee grec, est Ventremet-- Uuie de l'amUiè.... Les hommes n'ont pas trouvé de signe d'union plus expressif : œ signe a paru exalter Vunion Jusqu'à l'unité {Soirées de SaifU-Péterebourg, dixième entrelieB).

(2) Tome t.

(3) Sousler^ede GuiUanme-le-Ronx.

(4) Dane Gheldi redditio propter piratas primitùs statuta est... ad insolcntiam eonun rcprimendam {Histoire de la Conquête).

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soumis irts-impaHjiiteme&t à raatorité du durûtiaiisnie, et4es excès auxquels ils se Knèreat donaèrefit lieu k nue svtre assodAtioii.

Les ^les d'Allemagne, exclusÎTement alors en possessmi des avamiages d^wae grande ûidépeodance, pensèrent k se garantir ellesmême$ des déprédaliens de la piraterie; elles s'engagèrenl dans une grande assurance mutuelle. Cette gfailde nouvelle (nous la désignons ainsi, quoiqu'elle ait pris une autre nom) se forma bien avant le Xin« nèele, mais k celte époque elle se régularisa et prit vm eztaision considérable.

Les habitants de la viHe de Brème, les premiers, au cours de l'an* née 1264, conçurent la pensée de réglementer cette grande association, et bientôt a[wès les villes d'Anvers, de Calais, dé Rouen, de Bordeaux, de Cadix, de UdMnne et de Londres toent liguées «mc élles edenlredles.

Lemr but était non-seiilement la liberté des mers, mais ^core l'af-' ftandûssement du droit de naufrage, perçu sur les cdtes par les seigneurs, droit qui, en se modifiant et en comprenant tout ce qui était délaissé par les étrangers^ survécut k la barbarie 'des premiers temps de la féodalité sous le nom de droit d'aubaine, et ne ftlt abeii que sons le règne de Louis XVI.

Bientdtcette institution prit de tellesdimensions, queqiûranle-cinq rifles allemandes en faisaient partie, et que ce nombre, 'en y comprenant les viDes des autres parties du inonde, finit par s'élever k quatr^vingts.

La puissance de cette confédération fut telle qu'elle put 4bnder la viHe de Riga, et plus tard chasser de ses états un rpi de Danemarck, et que bientôt disparurent les flottes des pirates Nonnands. Bè$ ce mometU on pmU aire que le droU des gens fMriiime eonmença à wàtre, et due le comfiMrce ft la loi aux barbares {i).

Gcmmie on le veut, nous venons d'esquisser rapidement l%istoire de la fondation et des progrès «de la confédération des viD» améa-

Notre intention ne peut être de rechercher ici quels autres résultats importants que ceux dont nous venons de parler ont été le fruit

(1) Blanqui, Histoire de VÉeonomie poHtique,

de cette célèbre institution, et quelle influence elle a exercée sur le perfectionnement des relations commerciales d^uis son origine jus* qu'à sa décadence et sa fin.

n nous suffit d'avoir signalé ses rapports avec la ghUde, qu'elle eut pour principal objet de combattre et qu'elle finit par anéantir.

Cependant nous ne pouvons résister au désir d'insister sur un point controversé; nous voulons parler de l'orthograpbe des mots : anne, anséatique, que quelques-uns écrivent en le faisant précéder de la lettre h, que d'autres persévèrent à écrire sans cette lettre.

Cette discussion nous semble d'autant plus utile qu'elle aura deux conséquences : la première de déterminer le véritable sens du mot ansiatiquej la seconde de rapprocher plus intimement cette confédération des anciennes gkUdeà qu'elle voulait détruire.

Malte-Brun, dans l'intention de mettre un terme à la controverse qui s'est élevée à ce sujet, s'exprime ainsi: « La véritable étymolo- « gie du mot home ne doit plus rester douteuse pour ceux qui ont a lu l'excellent article relatif k ce sujet dans le Glos$arium de Du « Cange, et encore moins pour ceux qui ont connaissance des langues (( g(dhic(hgermanique$; on trome dans le haut allemand hansdn, « dans le bas ou le vieux allemand hansen, dans le danois hcsnse, « dans le vieux français hanser. Partout ce verbe a rapport à la con- « tribution que l'on paie pour avoir la permission de vendre des <c marchandises dans une ville k laquelle on est étranger, k la pre- « mière dépense que l'on fait pour être admis dans une corporation. »

Et plus loin : ce Nous ne doutons pas que ces deux mots : hansen^ <c ou home, ainsi que ceux de : hans, compagnon, camarade, et ham^ a graff» juge d'une corporation, n'aient originairem^t quelque rap- « port au mot hand et k l'ancienne coutume de se saluer et de a conclure un marché en se touchant la main, d

<x D'après cette définition, ajoute-t-il en terminant, il est clair qu'il a faut abiolumemJt écrire villes han&éatiques, et non pas amséeAiqtiiu, <( comme quelques-uns ont cru devoir le faire, en se fondant sur des a étymologies chimériques et insoutenables. »

A cette définition nous pouvons ajouter un document précieux: sous les auspices de M. de Savigny, un célèbre grammairien aile-

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mand, Jacques Grimm , a bien voula nous faire passer une note autographe ainsi conçue :

«c Hansa est un mot gothique dont Ulfilas (1), mort en 388, se « sert dans sa traduction de Luc (2) pour rendre le mot grec Pletos.

« Le traducteur allemand de Tationus (5) emploie également hansa a pour exprimer œhors; cette traduction date du IX« siècle.

a Hama est donc : turba, caterva, societas (mercaiorum), et se «r prononça plus tard hanse, dojot les Français ont fait, suivant leur €€ idiome, anse. »

Ces documents respectables ne sont pas les seuls, les ordonnances des rois ayant pour objet de régulariser le commuée par eau, ne parlent des associations établies entre les marchands de l'eau de Paris qu'en les qualifiant de hanse.

Philippe-Auguste, dans une charte de i204 (4) portant confirmation de l'accord fait entre les marchands de l'eau de Paris et les commerçants français et bourguignons, touchant les limites des privilèges de la hanse et de la compagnie française, s'exprime ainsi : « Intra <i notas prœdictas non poterunt facere mercaturas, sine participa- « tione mercotorum Parisiensium, nisi mercaturà fiât cum mercatore « autem bansato, et manente Parisiensimercaturam licite facient ubique « aliàs sine participatùme mercotorum Parisiensium. »

Félibien lui-même, dans la cinquième dissertation sur l'origine de VEàtel-de-Ville de Paris, signalant les sources aiucquelles il a puisée et qui sont : les actes du pouvoir royal du règne de Charles VI, remontant à celui de saint Louis, et voulant ainsi démontrer la préi^ minence du fait de la marchandise de Veau dans l'administration de la viUe de Paris, s'exprime ainsi : a Les officiers qui forment ce et conseil y sont choisis d'entre les plus célèbres marchands, et toute jours parmi ceux qui ont serment à la marchandise, c'est-à-dire

(1) Ulfilas, Wulphilas ou Hulfilas, tradactettr des quatre ËTangélistes.

(2) LMllustre c^mmairien veut dire évidemment saint Luc ; il ne lui donne pas cette qualification parce quMl appartient à la religion réformée.

(3) Tationus ou Tatien de Mésopotamie (qu'il ne faut pas confondre avec Tatien né en Syrie, philosophe platonicien), auteur d'une Harmonie des Évangiles, également attribuée à Tatien d'Alexandrie.

(4) Elle est rapportée dans l'histoire de la ville de Paris par Félibien. Elle ne se trouve pas dans la collection des Ordonnances des rois, édition de 1734.

(( qui appartienneBt au conseil municipal par leurs qualités de boura geois hanses de la tnarchandise de Vea^ de Paris. »

Enân, rappelant à ce sujet l'ordonnance de février 14'i5 (1), il ajoute : a Parmi legrand nombre de dispositions quel'on voit dans cette a ordonnance, le point le plus marqué est le privilège de la hanse. » Pour nous, toutes les preuves de la nouvelle orthographe du mot anse et du nouveau sens qui y est attaché ne démontre rien autre chose, si ce n'est que déjà on s'éloignait de l'origine de ces associations, qu'on en perdait le souvenir, ou bien que le sens primitif avait été méconnu par la similitude de deux mots exprimant d'abord deux faits étrangers l'un à l'autre et dont l'un, avec le temps, a effacé l'autre.

II était difficile qu'il en fût autrement; hand voulant dire compa* gnon, et par extension rassemblement, il devait arriver que l'étymologie originaire se perdit; et de même que les commerçants ne pouvaient former d'associations sans réunions préalables et sans se constituer en corporation, de même les pirates ne pouvaient former d'association et atteindre le but qu'ils s'étaient proposé sans de& rassemblements nombreux.

La dégénération du mot anse dès le XIII« siècle ne doit donc rien enlever à sa signification primitive et radicale.

Cette dégénération se démontre par le caractère générique qu'a pris le mot hanse^ et l'excessif abus de son application ; car on ne peut pas confondre les petites entreprises des transports sur l'eau de Paris avec la grande association des villes fondée pour la sécurité du commerce sur les fleuves et sur les mers et attribuer une origine semblable à deux institutions si complètement différentes par leur importance et le but que chacune d'elles devait se proposer et atteindre; il est au contraire bien possible de confondre deux associations qui, au pomt de vue géographique et de leur origine, comme au point de vue de leur importance et des résultats qu'elles ont obtenus, bien que ces résultats fussent en complète opposition, présentent cependant une parfaite analogie.

La note du célèbre grammairien allemand témoigne elle-même de la justesse de ces observations, puisqu'il reconnaît en terminant

(1) Ce sont les art. i90, 497 et 488 (V. Recueil ûe$ ordonnances det roU, tome f 0,

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que les Français, dans leur idiome, ont fait du mot hanse le mot anse, ce qui démontre que ceux des savants français qui ont persisté h écrire ainsi ce mot, en ont conservé la pureté, en conservant par cet e orthographe le souvenir de son sens véritable et primitif.

Cette observation se fortifie d'une remarque que suggère l'examen des ordonnances des rois.

On trouve, k la vérité, dans celle attribuée indistinctement à Jean I«' ou à Jean H, rendue le 2 octobre 13S0 (1), cette phrase : Quisquis eorum ad terram imperatoris pro negatione sua perreœerit, à nemine meorum hansa persolvere cogatur.

Mais cette ordonnance n'est pas la seule; le même prince en rendit une autre peu de temps après sur le même sujet, dans laquelle on lit ces mots : «r Touz tel qui ont leur gUde et k ycelle appartiennent, « et dedenz le chingle (2) de leur ville mainent (5), frans tous je les ff fais au port de Gravelinghes, et soient francs tout partout par ma <K terre de Zéewerp (4). »

Ainsi, a mesure que l'on remonte le cours des temps, on reconnaît que les associations des villes anséatiques étaient une provenance des anciennes ghUdes qui s'étaiait formées dans les anses; et l'on surprend dans les actes les plus étrangers k l'œuvre des recherches et des définitions, cette définition elle-même, dont la corruption s'explique par l'adoption d'un mot ayant une même consonnance avec le mot primitif, et reportant, comme lui, la pensée sur une réunion nombreuse aussi nécessaire pour former l'ancienne association que pour former Tassociation plus récente qui lui a été opposée.

Mais pourquoi aller chercher si laborieusement le sens d'un mot

(1) Elle est inUtulée : PridUga delà tHUe de SûitU-Omer. (Collection AesOrdar^ nanees des rois, vol. 4» p. $49, et p. 9, même Tolame. (3) Cingula, sangle, eingulum, ceintore, et par extension, enceinte.

(3) Restent, du verbe manere.

(4) Mot flamand composée de xée qui veut dire mer, et tœrp qui veut ^Bre jet, c*est-àHlire jet de mer ou accroissement de mer : ces derniers mots expriment les terres abandonnées par la mer {(MUmnanees des rais de France, 4fi toI. p. 249 à 260). V. aussi, m£me volume, p. 24S, la reproduction en latin de cette disposition : a Omnes « quichiidam babent, et ad illam pertinent et inihi cingulam villae suae manent, libem Tos omnes ftcio et ad portum GruTeningis , et per totam terram meam Azcrverp « tiberi aint. »

lorsqu'il est si facile d'en trouver un complètement en rapport avec son orthographe et sa signification textuelle?

Les villes anséatiques ont été dès l'origine des villes maritimes, des ports de mer, presque tous situés daiis des anses. . Brème, situé sur le Weser, forme une des grandes anses de la mer ^'Allemagne ; les navires peuvent arriver k peu près jusqu'à son port, et daqs ces temps reculés où la construction des bâtiments et l'art du navigateur n'avaient pas pris les développements que nous lui voyons aujourd'hui, il est à croire qu'ils arrivaient jusqu'à la ville même.

Lubeck, qui lui a succédé dans la domination de l'association, situé au confluent de trois fleuves, est là comme dans la profondeur d'une anse .

L'Escaut, qui porte les vaisseaux jusque dans le port d'Anvers, n'est-il pas comme une des anses de l'Océan? Ne pentH)n pas dire qu'Amsterdam est dans la même situation?

Il n'est pas nécessaire de s'attacher à cette idée pour ce qui concerne les autres villes confédérées ; cependant Rouen , à une époque où le port duH&vre n'existait pas, et même depuis, n'est-^il pas une ville placée dans une anse , et à plus forte raison Londres, Lisbonne et Cadix ?

A cette cause d'autant plus puissante qu'elle est simple, de cette dénomination que nous adoptons, s'en joint une autre non moins simple et non moins grave. L'objet principal de l'association était de combattre les déprédations des pirates ; ces derniers se réunissaient pour dévaster; on s'est réuni pour conserver. Or, ces pirates s'intitulaient, dans leur langage pittoresque, les Wikings; on leur a opposé leur propre qualification : et les villes des anses ont combattu les enfants des anses (1).

Cette dernière réflexion sera adoptée, nous n'en doutons pas, par tous ceux qui savent quelle poésie animait le langage des peuples de ces contrées, bercés depuis la naissance jusqu'à la mort par le bruit des vents et de la tempête. Ce sont eux qui, sous la conduite des rais de mer, traversaient, dans des bateaux faits de peaux desséchées, les plus grands espaces; qui se riaient de l'ouragan, qu'ils

(1 ) On a TU plus haut que ce mot WUnnçi voulait dire enfant des anses, (M. Thierry écrit ce mot par un a et non par un h,)

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représentaieot comme à leurs ordres, qui appelaieDt leurs bateaux : des chevaiix marins, l'Océan : le chemin des cignes, chantaient, la défaite avec autant d'enthousiasme que le triomphe, et ne craignaient pas plus les supplices que la mort (1).

Mous adoptons cette solution avec tout le respect que nous inspirent le nom de Du Gange, et même celui de Malte-Brun, et nous continuons d'observer la ghilde et la confédération des anses dans leurs altérations jusqu'au jour où , transformées elles-mêmes, elles peuvent être considérées comme ayant un rapport direct et immédiat avec les. institutions de l'enseignement répandues alors dans le monde civilisé, sous le nom d'Université.

La ghilde anséatique devait périr; les rois, effrayés du pouvoir que prenait cette confédération, au Ueu. de s'occuper des moyens de détruire ses abus, de régulariser sa marche, aimèrent mieux la détruire.

Le successeur de Malte^Brun les en félicite; nous ne pouvons nous associer à ces éloges. « On est forcé, dit-il, d'applaudir aux c< courageux et sages souverains qui ont lutté contre ces insolents mar-^ « chands, dont l'astucieuse politique aurait voulu voir courber sous a leuratifte de Lubeck, comme sous un sceptre de fer, tous les peu- <c pies de l'Europe septentrionale (2). »

Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est qu'un savant économiste dont les travaux semblaient devoir faire présumer de sa part un tout autre jugement s'y associe.

n Les rois de Suède, de Danemarck et de Morwége, dit Blanqui, cr toutes ces puisssances féodales, habituées au tribut et au pillage, a finirent par voir d'un mauvais œil l'indépendance de quelques « cités commerciales et Vinsolence bourgeoise qui en était la « suite. D

La démocratie du Xn« siècle succomba sous les efforts de l'aristocratie armée, et les villes anséatiques retombèrent au rang des villes privilégiées au moment où, devançant les siècles,^ elles allaient consommer l'affranchissement des peuples et fonder le régime de la loi; cependant son agonie fut longue et se prol<mgea

(1) Voir à ce sujet le premier volume de V Histoire de la conquélfi,

(2) HuoT, Géographie univeneUe, 2« volume, p. 632.

jusqu'au commencement du XYII« siède, époque à laquelle, entrées depuis long-temps déjà dans la voie d'une dissolution inévitable , elles ne jetèrent plus qu'une faible lueur qui ne s'éteignit toot-à-fait qu'en i 630.

La ghilde civilisatrice avait tué la ghilde bartnire : ce fut un im^ mense service, mais ce ne fut pas le seul; elle développa le germe de l'association.

La commune avait fondé la ghilde municipale, la richesse des marchands, résultat de la ghilde municipale, avait fondé la ghilde industrielle; toutes les trois enfantèrent, peut-être k leur insu , la ghilde artistique.

Ce sont, en effet, les monastères qui préparèrent la renaissance des arts, les communes qui exécutèrent leurs plans, et les n^ociants de la Germanie qui fécondèrent par leur exemple ces semences long-* temps engourdies dans la servitude.

La frane-^maçonnme est contemporaine de l'accroissement de la population des monastères, des efforts des communes pour s*af- ' franchir, enfin de la confédération des villes anséatiques; son berceau est le monde chrétien , elle a rempli sa patrie de ses œuvres admirables.

Du XI<^ au XII<^ siècle, au moment où les monastères regorgeaient de population , au moment où la culture des terres surabondait de travailleurs , te sentiment des arts fermenta dans les cloîtres.

Les chrétiens s'étaient emparés des basiliques romaines, ou bien étaient forcés de consommer le sacrifice de l'Homme-Dieu sur l'autel qui avait servi à l'immolation des victimes offertes aux divinités du paganisme; leur culte manquait d'harmonie, ses mystères ne pouvaient vivre k la clarté des palais des grands du monde, les pompes de l'église Ste trouvaient k l'étroit dans les monuments consacrés aux cérémonies simples, expéditives et sans majesté du culte des £aux dieux. La mélancolie de la vie contemplative, les joies négatives du chrétien fidèle demandaient une architecture plus conforme k ces sentiments; l'architecture, improprement nommée gothique, sortit de ces asiles dans lesquels on ne considérait la terre que comme un lieu d'exil et desquels l'âme s'élançait en désir vers la céleste patrie.

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Ce fat surtoat k l'expiration des mille ans qui suivirent la nais* sance du Christ que s'élevèrent ces magnifiques monuments.

On sait qu'adoptant sans examen une croyance populaire, les générations parvenues à Tan iOOO crurent au jugement dernier.

La terreur inspirée par cette croyance laissa, même après le danger passé, des traces profondes dans les esprits. D'ailleurs, l'attente de ce moment terrible avait opéré bien des conversions et des retours sur soi-même ; les consciences, bourrelées de remords, demandaient à s'amender; les seigneurs, tous plus ou moins coupables de violences, de rapines, de meurtres, voulurent se réconcilier avec EKeu et avec eux-mêmes ; la tour féodale avait étouffé bien des sanglots, les oubliettes tari bien des larmes : le moyen le plus efficace fut employé; les donations les plus abondantes et les plus fécondes furent faites aux établissements religieux; l'état des églises, toutes misérables ou indignes de la sainteté de leur destination, apparut aux yeux restés jusque-là inattentifs ou indifférents.

Le cloître , le donjon s'entendirent pour commencer l'œuvre de la reconstruction des temples, et les hommes des communes, excités par la nécessité ou par le désir de s'associer au sentiment religieux, dont la manifestation avait pour conséquence le salut des âmes, se réunirent aux clercs et aux seigneurs; les uns furent l'esprit qui conçoit et dirige , les autres le bras qui exécute.

Les moines eux-mêmes, alors qu'ils n'étaient pas architectes, devenaient maçons, et ce fut sans difficulté, et avec plus de promptitude qu'on ne pourrait le supposer, que ces admirables cathédrales, ces belles églises répandues sur toute l'étendue du monde chrétien ont été construites.

Mais si ce mouvement fut général, on peut dire cependant qu'il eut un point de départ bien déterminé. Ce point de départ fut la Lombardie, et l'époque de la constitution des associations d'ouvriers remonte du X« au XI<^ siècle ; bientôt ce mouvement s'étendit aux provinces les plus éloignées de ce point originaire, Ae^loges furent organisées, des statuts furent adoptés par tous les membres de l'association.

Ce fut en Allemagne surtout qu^au XV« siècle la franc-maçonnerie prit un immense développement : l'assemblée des maçons et des tail-

leurs de pierre qai eut lieu k Ratisbonne en i450, après la construction de la cathédrale de Strasbourg, promulgua bientôt un véritable code des statuts épars des diverses associations de ce genre; ce code fut adopté par tous les maçons et tailleurs de pierre voyageurs, une ghUde d'ouvriers et d'artistes fut de nouveau fondée.

Telle a été la naissance et tels ont été les développements d'une institution qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours , se transformant d'abord, s'abâtardissant ensuite, et venant enfin mourir au XIX« siècle pour ne plus laisser qu'un souvenir dans les 1(hs du compagnonnage.

Comme on le voit, les invasions du nord au midi ont, avec le temps, singulièrement changé d*aspect ; k elles seules , elles peuvent offrir k l'observation l'histoire des progrès de la civilisation.

Quatre périodes les divisent , et ces périodes les montrent s'affaiblissant d'abord et se transformant ensuite, k ce point qu'au lieu de la conquête par la force brutale, elles aspirent k la conquête par l'industrie et finissent par offrir k tous le partage de la sécurité et des arts.

Ce iiouvel enfantement de la ghUde se boma-t-il k la franc-ma-' çonnerie, et ne doit-on pas con^dérer comme une de ses inspirations les associations des écoliers qui allaient travailler k l'édifice de la perfection de l'esprit humain, comme les franco-maçons allaient travailler k la construction des monuments de la religion chrétienne?

Cette question est née de nos précédents chapitres sur l'Université d'Orléans, et c'est son examen qui a nécessité le coup d'orîl rétrospectif que nous venons de jeter sur ces institutions. Nous y avions été d'ailleurs convié par l'auteur d'une publication remarquable, les Coutumes as Picardie (i), qui nous a fait parvenir une Assertation dont nous devons extraire quelques passages :

« Ce que vous dites de l'esprit exclusif qui animait chacune des «r parties de l'Université d'Orléans ne m'étoi^ne pas et m^ confirme « dans l'opinion que cette corporation avait la même organisation <c politique, et peut-être la même origine |que toutes les corporations a d'arts et métiers qui ont joué un si grand rôle au moyen-ftge. »

(1) M. BouthorSk greffier en chef de la cour d*appel d'Amiens,

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« Leur berceau k toutes remonte k' une époque où la puissance <r publique n'existait pas, où il n'y avait de protection que dans les « associations de famille et dans ces pactes de garantie mutuelle « qu'on retrouve dans toutes les institutions de la ghUde , non-seu- « lement en France , mais encore dans tous les Etats de l'Europe.

« Ce passage que vous citez : Si quelqu'un a une querelle ouverte u amc un étranger (1), &c.,estpoar moi très-significatif et me porte « k croire qae l'Université d'Orléans, précisément parce que quel- «r ques-uns de ses statuts se rapprochent des anciens statuts de la «c ghilde, doit avoir la même origine que cette institution, et qu'elle tf se réglementait elle-même long-temps avant que les papes eus- « sent songé k leur donner une assiette légale.

<c Ainsi , pour moi , toutes les corporations, celle^ qui se sont cr formées dans les villes, dans un intérêt purement industriel, et « dont est sortie la commune; celles qui avaient pour objet le com- « merce extérieur, et qui ont trouvé naissance dans les hames (3) «r de Londres, de Lubeck et de Hambourg; celles qui, la truelle et €r l'équerre k la main, allaient de ville en ville, de province en pro* « vince, édifier des cathédrales, comme celles qui se sont donné la a mission de conserver le dépôt des sciences et d'interpréter les « lois 9 tout cela se lie k un même ordre d'idées, et je m'explique « comment une même ville pouvait réunir au moyen-âge des corps « d'étudiants appartenant k différentes provinces et k différentes « contrées, par l'analogie que cette agglomération d'étudiants pré- « sente avec les agglomérations de conunerçants, de nations diffé-» < rentes, dans certaines villes du littoral où elles avaient leurs compa toirs particuliers et même leurs balles distmctes. »

Ces réflexions nous ont semblé une critique du~ point de départ que nous avions adopté pour fixer la date de la naissance de l'Univerûté d'Orléans.

Nous avons pris pour date de l'établissement de ce corps enseignant les ordonnances de Philippe-Ie-Bel, sans répudier cependant d'une manière absolue les actes émanés du pouvoir pontifical. H. Bouthors pense que non-seulement les universités ont une origine antérieure k leur régularisation par le pouvoir royal, mais encore

(1) Voir au chapitre précédent les statuts de la uation picarde.

(2) M. Bouthors écrit ce mot avec un h.

qu'elles ont précédé les aatorisations du pouvoir clérical; qu'enfin, il faut confondre les incursions, dans les diverses parties du inonde civilisé, de ces bandes d'étudiants unis par un lien commun avec ces associations formées pour résister aux violences de la barbarie et du système féodal.

U se fonde sur la nature des choses, en se reportant k ces temps reculés, et sur la similitude existant entre les statuts des congrégations d'ouvriers et de commerçants, les statuts des associations municipales et ceux des associations d'étudiants.

n est vrai que les unes comme les autres semblent avoir eu une origine commune; les statuts des étudiants de la nation germa* nique et ceux des étudiants de la nation picarde reproduisaient en partie les statuts de la loi de Vamitié : bien plus , on retrouve dans les statuts de ces associations la trace des plus anciennes ghildes, k ce point que l'on pourrait croire que les élèves de la nation picarde avaient copié un article des statuts de la ghilde formée sous un roi saxon, honoré comme saint, et qui portait le nom d'Eric. Cette ghilde s'appelait la ghilde du banquet, et c'est peut-être en mémoire de ces associations traditionnelles que les élèves de la nation germanique avaient conservé l'usage du banquet qu'ils appelaient, ainsi que nous l'avons vu, festum anniversanum (i).

On lit dans cette ghilde : a Si l'un des convives (tous les associés a prenaient cette qualification) a quelqu'afiaire périlleuse qui l'oblige « d'aller en justice, tous le suivront, et quiconque ne viendra pas «c paiera une amende d'un sou d'argent.

d Si quelque convive tombe malade, que les frères le visitent, et « s'il est nécessaire, qu'ils veillent près de lui ; s'il vient k mourir, « quatre frères nommés par Yancien (déjk il y avait un procurateur) a feront la veillée autour de lui, et ceux qui auront veillé porteront «( le corps en terre, et tous les convives l'accompagneront et assistea ront k la messe en chantant; et chacun, k la messe des morts, « mettra un denier k l'offrande pour l'àme de son frère (2). ^

Que Ton rapproche ces dispositions de celles que nous avons rapportées dans le chapitre précédent et on sera frappé de leur analogie.

(1) Nous ayons vu le procurateur de 4566 rappeler que les ancieos désignaient ce festin sous le nom d'agapes, comme le lien et la sanction de l'amUié. (3) Temps mérovingiens.

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Faut-il en conclure que les associations d'étudiants étaient une dérivation des anciennes ghiides?

Nous ne pensons pas qu'il en soit ainsi; l'absence des pouvoirs réguliers n'avait lieu que dans l'étendue (le détroit, pour nous servir de l'expression alors consacrée) des seigneuries particulières; mais dans les grands centres de population, l'autorité royale, Ou celle des seigneurs s'exerçait avec assez de force pour qu'on fût obligé de s'y soumettre, et pour que les grandes associations eussent au moins besoin de la protection du prince.

Aussi ne pouvons-nous reconnaître dans des associations plus ou moins compactes, mais en même temps d'une existence plus ou moins précaire, la constitution des corporations enseignantes.

Au moyen-âge, l'amour de la controverse qui tourmentait le monde clérical, le désir de s'instruire et d'instruire les autres avaient donné naissance à des corps enseignants, au sein desquels se livraient souvent de mémorables tournois d'éloquence; de Ik des assodations plus fixes qui, plus tard, se sont transformées en universités autorisées par les papes; mais il n'apparaît pas que les étudiants se fussent soumis aux lois d'une ghilde spéciale ou appartinssent aux confédérations semblables a celles des franc^maçùns et des (mmiumers.

La similitude que l'on observe dans les articles des statuts des unes et dans les articles des statuts des autres tient plus à la nature des choses qu'elle ne constate l'identité d'origine des deux genres d'associations.

Partout où il y aura communauté d'intérêts, il y aura solidarité et garantie réciproque; la Csdblesse recherchera toujours des moyens de résistance et des gages de sécurité qu'elle ne peut rencontrer que dans la réunion de toutes ses forces. L'eq)rit prorincial a long-temps dominé l'esprit national , la fédération féodale isolait toutes les par^ ties d'un empire: les Bourguignons et les Normands, les Touran^ geaux et les Picards étaient aussi étrangers les uns aux autres, et bien plus peut-être que ne le sont aujourd'hui les Allemands et les Français; de là des haines de province à prorince, derille à rille „ de rillage k rillage; le système coutumier, la disparate des usages et des vêtements, la différence des idiomes conservés par la difficulté et même l'impossibilité des communications , l'absence, les dangers et

les longueurs de la viabilité, tout coucourait à rendre les hommes les plus Yoisins]étrangers entre eux.

C'est cet esprit qui a dicté les statuts des associations d'écoliers, et nulle trace de ghUdes régulièrement organisées ne se rencontre dans ces espèces de contrats d'assurance et de garantie mutuelle.

Une dernière observation sera le complément de la justification de cette proposition. Lagbilde, la commune, la confédération anséatique, la franc-maçonnerie étaient , avant tout, une loi d'égalité. Or, dans les associations d'étudiants, et notamment dans celle de la nation germanique, l'élément aristocratique dominait: le procurateur devait être noble, et les catégories enti*e les nobles et les non-nobles étaient établies à ce point qu'elles ne votaient pas ensemble, mais séparément; le procurateur était élu modo ex $upmoril>us, modo ex inferioribus (1).

Enfin, si ces associations eussent été de même origine que la ghilde, tous les écoliers étrangers à la province de l'Orléanais eussoat accepté le même contrat; au contraire , ils semblent avoir vécu dans la défiance et dans la haine les uns des autres.

Mous reconnaissons cependant que le système des ghildes a pu servir de modèle à ces associations partielles; nous savons trop bien quel est l'empire de l'exemple et de la tradition pour le nier ; mais nous ne pouvons confondre l'esprit provincial avec l'esprit égalitaire qui a présidé à la formation des associations que nous venons d'étudier, et ce serait faire une confusion que d'amalgamer les coq[)orations d'écoliers avec des confédérations qui nous semMent d'une tout autre nature*

Nous craindrions de nous laisser aller k l'esprit de système si nous voyions dans les associations des écoliers autre chose que le résultat d'un sentiment de localité poussé k l'extrême et qui cependant subsiste encore de nos jours; l'amour du lieu natal, la sympathie entre ceux qui ont reçu la vie dans la même cité, dans la même contrée, a survécu au rapprochement des distances, k l'unité de la loi, k l'unité du costume et des mœurs ; combien devaient-ils être plus actifs au temps où rien de semblable n'existait !

(1) Les registres d'immatriculé des écoliers distinguent entre les nobles et les non nobles.

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C'est ce qui à soi seul explique ces associations séparées, k une époque où les séparations revêtaient toutes les formes, où les institutions les maintenaient , où les mœurs n'étaient pas encore adoucies par l'éducation et l'esprit de sociabilité; mais en dehors de ces motifs , la ghUde des nationaires eût été un effet sans cause ; car sous l'influence du pouvoir ecclésiastique comme sous celle da pouvoir séculier , la protection la plus complète entourait les écoliers ; et tous les encouragements leur étaient donnés pour qu'ils vinssent puiser aux sources du savoir, et qu'Us pussent jouir en paix d'une bienfaisante et glorieuse hospitalité.

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