DES PRIVILÈGES PARTICULIERS
Ce qae nous avons dit des privilèges généraux accordés par le pouvoir royal aux officiers et écoliers serait incomplet si nous omettions trois circonstances qui concourent, avec ce que nous avons déjà dit, h établir la situation morale de l'institution.
Le besoin de prévenir les fraudes et les abus que nous avons révélés, inspira aux recteurs et régents de l'Université un règlement remontant àrannée i657,aux termes duquel il ne devait plus être délivré de testimanicUe, jurande ou lettre de scholariti, qu'aux élèves qui seraient présents en personne , auraient atteint l'âge de dix am^ et acquis une connaissance suffisante de la langue latine , d'autant mieux, y estil dit, que la formule du serment, insérée au livre des statuts de ladite Université et que les écoliers-jurés sont obligés de prêter entre les mains du recteur, est conçue en termes latins.
De celte diiq>osition, il résulte que la facilité presqu'incroyable de délivrer des attestations, conférant le titre d'écolier , était telle au XVI« siècle, qu'on pouvait, dans un &ge où d'ordinaire on n'a fait qu'effleurer le rudiment, être admis à faire partie d'une institution
144 insTOiRE
dont le but exclusif était l'étude du double droit et à s'engager avec les solennités du serment.
n en résulte aussi, ce qui est plus incroyable encore, qu'avant cette date on admettait au nombre des écoliers^unf « des enfants au-dessous de cet âge.
Pour prévenir le retour de ces coupables complaisances, le règlement contenait une disposition par laquelle un examen de copo^nté^ était imposé k l'écolier porteur d'une testimoniale, tant ces attestations étaient suspectes et déconsidérées.
L'accomplissement de o^s deux conditions avait pour conséquences la qualité de vrai écolier et l'affranchissement des charges auxquelles les autres habitants de la ville étaient assujettis.
Aux privilèges généraux venaient se réunir deux autres privilèges qui, pour appartenir k l'universalité des écoliers, n'en doivent pas moins être considérés comme particuliers k chacune des corporations, k cause des avantages secondaires auxquels, suivant leurs prétentions respectives, ces immunités donnaient naissance.
Si nous rapprochons les registres de la nation germanique de ceux de la nation de Picardie et de Champagne, nous voyons que les écoliers avaient le droit d'assister, en corps, aux cérémonies publiques, k l'entrée, dans la ville, des princes et des évéques, alors très-solennelles, et aux obsèques des dignitaires de l'ordre ecclésiastique, administratif ou judiciaire.
Ce droit se subdivisait entre chaque nation d'écoliers, k cause de la préséance k laquelle chacune d'elles avait droit ou prétendait.
Enfin, si nous consultons les registres de la nation de Picardie, nous voyons que les écoliers .avaient un privilège consistant k exiger du docteur-régent qui venait k se marier, en retour de l'épithalame qui lui était présenté par le procurateur de chaque nation, une certaine somme d'argent.
Comme la preuve de l'existence de ce droit résulte principalement des registres de la nation de Picardie, il nous semble convenaMe de les soumettre au même examen que celui auquel nous avons soumis les registres de la nation germanique; et nous profitons avec d'autant plus d'empressement de cette occasion, que nous avons k déplorer la perte des registres des autres nations, et que nous sommes
DE l'université DE LOIS D'ORLÉANS. 145
heureux de pouvoir interroger, pour retracer l'histoire d'une institu* tion nationale, d'autres documents que ceux laissés par une corporation d'écoliers étrangers.
La nation de Picardie et la nation de Champagne, d'abord isolées, furent réunies par l'arrêt du parlement rendu sous le règne de François ^'.
Les règlements et les statuts de l'association des écoliers qui les composaient semblent avoir été copiés sur ceux de la nation germa* nique, et ce rapprochement autorise k penser que toutes les corporations d'écoliers étaient soumises aux mêmes règles, se gouvernaient de la même manière, et qu'en étudiant les usages des unes on s'instruit dans les usages des autres.
Comme ceux de la nation germanique, les procurateurs de la nation de Picardie et de Champagne confiaient l'historique des événements qui s'étaient passés sous leur procure k des registres portant, en tête de l'acte de procurât, le blason de chacun d'eux , lorsqu'ils appartenaient k la classe nobiliaire.
Nous avons vu que les Germains rédigeaient les actes de leur procure en latin; que leurs registres étaient chargés de devises, de sentences, de signes très*énergiques et d'annotations marginales; que ces actes attestaient un rigoureux asservissement aux règles classiques.
Il n'en est pas ainsi de ceux appartenant aux procurateurs de la nation picarde et champenoise; leurs registres, k l'exception d'un seul ayant appartenu k la dernière, avant la réunion dont nous avons parlé, sont tenus sans suite et sans ordre; on y remarque une grande négligence, de fréquentes lacunes; les relations sont, k quelques rares exceptions près, en français, et les lois de la grammaire et de l'orthograpbe n'y sont pas toujours suffisamment respectées.
Cependant on y rencontre auissi la trace de fortes études , la manière maladroitement savante de ces temps , où elles étaient k la fois abondantes et stériles, où l'exagération et l'enflure du langage faisaient ressortir la maigreur et le peu d'importance du sujet et de la
C'est ainsi que l'un des procurateurs commence son acte de procurât par ces mots : cr C'était avec une singulière prévoyance que les
iO
« consuls, à Rome, enregistraient une partie des choses avenues du* <( rant le temps de leur consulat, afin que ceux qui marchaient à ce. même degré d'office pussent se façonner sur le modèle des régis- <c très publics , et ils appelaient cela : In aeta referre ; ceux de notre a nation qui ont été avancés k la charge de procureur et qui nous y « ont devancés , semblent avoir pratiqué le même cas, afin de n'ense- « velir, dans les ténèbres d'une ingrate oubliance, etc. »
Et plus loin : « Epaminondas disait que la dignité faisait voir « l'homme ; et j'assure que la dignité de procureur qui, par un corn'- « mun consentement, me fut déférée le 4 décembre 1610, m'a fait «r paraître tel que, si je n'ai pas répondu k l'attente et au désir de cr ceux qui m'avaient commis k cette charge, pour le moins ai-je tâché, « en tout et partout, k montrer combien mes désirs symbolisant avec « ma bonne volonté, je ne respirais que l'honneur des nationaires et a leur contentement. »
Il descend bientôt de ces hauteurs, et la chute est rapide : « Je <c m'entretins, dit-il, le jour de mon élection , k exécuter ce que mon <r devancier avait tant différé, savoir : k donner des aubades par la « grande bande de violons de la ville. »
Comme on le voit, ce procurateur aurait pu se dispenser d'évoquer les souvenirs des temps consulaires et héroïques pour arriver k la re* lation du grand événement par lequel il a signalé son entrée dans l'exercice de sa charge; mais cependant il continue en se plaçant sous l'autorité d'un exemple qui, quoique d'un ordre moins élevé, appartient également k l'antiquité : a Imitant en cela le brave et grand a Nicias, lequel se voyant caressé et poussé d'ailleurs k la charge de « capitaine par les siens, entretint, par manière de plaisanterie^ les «t Athéniens en secondant leurs volontés, et se coulant en la bonne <c grâce d'un chacun par la représentation de jeux publics et autres « fêtes magnifiques qu'il fit. x>
Nous pourrions continuer ces citations; mais ce que nous r^roduisons ici, et que nous ajoutons k ce que nous avons dit en examinant les registres de ia nation germanique, nous semble suffire et donner une idée des habitudes et de la tournure de l'esprit et du caractère des études k cette époque.
La similitude existant entre les usages adoptés par la nation ger^
DE l'université DE LOIS D'ORLÉANS. 147
manique et celle de Picardie et de Champagne n'était cependant pas absolue , une assez notable différence se fait remarquer entre eux.
Nous avons vu que le procurateur de la première de ces nations devait être d'une extraction nobiliaire, et qu'il plaçait son armoriai en tête de son acte de procurât; il n'en était pas ainsi pour la seconde ; car le plus grand nombre des actes de ses procurateurs, dont presque tous les noms révèlent une origine plébéienne, manquent de ce signe aristocratique.
Nous avons vu également que l'élection des officiers de la nation germanique avait lieu par séries de nobles et de non nobles , modo ex superioribus, modo ex inferioribtis; rien de pareil ne résulte des registres des nationaires picards et champenois : tous concouraient donc ensemble h l'élection de leurs procurateurs et des autres officiers de leur corporation; quelques-uns des premiers, et notamment celui dont nous avons rapporté une partie de son acte de procure, ainsi qu'on a pu le remarquer, prennent le soin de constater qu'ils ont été élus d'un commun accord et consentement.
Le peu de soin dans la tenue de leurs registres par les procurateurs de la nation picarde, comparée à celle de la tenue de leurs registres par les procurateurs de la nation germanique, s'étend à l'exécution des médaillons héraldiques, et cette dissemblance existe non-seulement dans cette exécution elle-même, mais encore dans la richesse des métaux et des couleurs.
Cependant on y remarque un écu qui , par la perfection et le fini de ses dessins, serait digne de la plus grande attention, alors même que le nom du procurateur auquel il appartenait ne l'aurait pas sollicitée; on le rencontre à Tannée 1615.
Ce procurateur avait droit de porter, sur fond de gueule, une mandoline d'or dominant deux épées croisées d'argent à gardes d'or, avec bande d'azur en tête, chargée de trois étoiles d'or en ligne.
Au bas de cet écu, on lit : Insignia Jacobi Blondel, dtocesis Mel" demis, foriissimœ nationis Campaniœ, et fideliseinuB Picardiœ procu-ratoris, anno 4645.
Avec cette double devise :
Sublimi feriam tidera verlice.
Et vim temperalam dii quoque promovenL
n était facile de reconnaître k ces nobles marques Blondel de Neeles, le compagnon de Richard Cœur-de-Lion ; cette i&andoline, image de la poésie, ces épées croisées, image de la bravoure, nous ont révélé ce serviteur fidèle ; et les étoiles en tête sur un fond d'azur, nous l'ont représenté au bas de la tour féodale dans laquelle son mai« tre était enfermé, les yeux fixés vers le ciel, attendant avec anxiété une réponse à ses chants.
Quelqu'importantes que soient les nuances qui séparent les registres des deux nations, elles ne peuvent s'opposer à ce que l'on considère les uns k l'égal des autres comme des documents historiques précieux, comme des «témoignages d'un haut intérêt des progrès de l'art du dessin, appliquée la science héraldique, depuis le commencement du XY^ jusqu'à la fin du XYI^ siècle, et des traditions de famille les plus respectables.
Les uns comme les autres constatent que le sentiment religieux présidait alors îi toutes les actions de la vie publique, comme il présidait à toutes les actions de la vie privée.
Cependant, il faut le reconnaître, la part de la religion est beaucoup moindre dans les actes appartenant k la nation picarde que dans ceux appartenant à la nation germanique; et quoique l'une et l'autre aient semblé attacher une égale importance k la célébration de leur fête patronale, on remarque chez les Germains l'expression d'un sentiment de piété qui ne se révèle jamais chez les Picards.
Pour les premiers, la solennité de la fête patronale est tout k la fois une manifestation patriotique et religieuse; pour les seconds (1), elle ne semble être qu'une occasion de se réjouir et de resserrer les liens d'une association qui rappelait la famille éloignée et rapprochait les enfants de la même contrée.
Il est vrai que, bien que les Picards se prétendissent une nation distincte, ils savaient bien qu'il n'en était rien; tandis qu'au contraire les Allemands restaient ce qu'ils étaient réellement, c'est-k-dire de véritables étrangers.
Nous ne devons pas omettre de signaler un autre point de comparaison existant entre les registres de la nation picarde et ceux de la nation germanique; les uns comme les autres étaient ornés de quel-
(1) Le joar de Tlnvention da corps de saint Firmin.
DE l'université DE LOIS D'oRLÉANS. i49
qiies devises et de signes qui avaient pour but d'indiquer le sentiment que devait faire éprouver les passages auxquels ces signes et ces devises correspondaient ; il est vrai que chez les Germains ils sont plus abondants^ mais comme nous avons fait connaître les uns, il nous semble nécessaire de faire connaître les autres.
De plus, les Picards cultivaient les muses, et ils nous ont laissé quelques souvenirs de leurs inspirations tant en latin qu'en français^
Nous voulons donner une idée de leur mérite à cet égard, en trans* erivant un sonnet placé au bas d'un écu placé lui-même en tête de Pacte deprocure de l'année 1608.
Le procurateur portait : deux épées d'argent k gardes d'or cantonnées de larmes d'argent, l'une en tête, les deux autres* de face, avec un cœur de gueule en pointe, le tout sur champ d'azur.
Cet armoriai inspira la muse d'un écolier picard; il écrivit au bas les vers suivants :
L'ingénieuse main qui a portraict cecœur»
Sous les armes après, a, dans la même image.
Dépeint en vifs traicts d'un aigre doux courage,
Par les armes, la force; par le cœur, la douceur;
L'excellent ouvrier, pour montrer la valeur,
Y a peinct deux épées ; aussi pour le partage
De la douceur^ les larmes tapissent son ouvrage.
Qu'enfante à cœur rougi des flammèches d*ardeur.
là pourquoi joint-il la douceur et clémence .
Pélenaièle aux efforts de la brusque vaillance ?
Voyez qu'il est subtil ! 11 veut sous cette ^rce
Faire, comme l'on dit, un bomme à tous les jours.
Tantôt pour les combats, tantôt pour les amours;
Et qu'on peut tout dompter par amour et par force.
Ces vers pourraient être d'une mesure plus exacte ; la pensée ne s'y produit pas avec une clarté parfaite ; et cependant ils ne nous ont pas paru indignes d'être rapportés comme un témoignage du goût littéraire au commencement du XVII* siècle, d'autant mieux que ce témoignage n'est pas réduit à la pièce de vers elle-même et qu'il parait que les écoliers leur avaient accordé une entière approbation, puisqu'ils l'ont laissée sur un livre \k côté d'actes qu'ils destinaient à la postérité.
i50 HISTOIRE
Ces registres avaient aussi de commun, avec ceux de la nation germanique, qu'ils mentionnaient certains événements mémorables, tels, par exemple, que l'assassinat de Henri IV; la rentrée de M. le prince de Condé en France, après la mort du roi; les services religieux auxquels cette catastrophe donna lieu , tant à Orléans qu'à Saint- Denis ; l'élection de Louis XIII comme roi des Français ; l'aventure d'un criminel qui fut sauvé de la potence par un pouvoir magique ^ au moment où M. le duc d'Orléans (Gaston) faisait son entrée dans la ville; l'existence, dans la même année (1651), d'une maladie épidémique si effrayante que l'auteur de l'acte du procure s'enfuit à Bourges.
Pour ce qui est des indications marginales , on n'en rencontre que rarement ; mais l'énergie supplée à la quantité.
Nous rencontrons, par exemple, au bas d'une liste de souscripteurs pour la célébration de la fête patronale de la nation, une note que nous traduisons : «c Noms de ceux qui se sont refusés à payer , et fi( qui ont été notés d'infamie par une décision générale de la na- « lion, » Immédiatement au-dessous, on a tracé une potence à laquelle est attaché un écriteau portant les noms de deux écoliers, nés, l'un k Pont, en Champagne, l'autre à Boulogne.
Quoique cet acte de sévérité soit placé au bas d'une liste de souscription ouverte pour subvenir aux frais de la fête patronale , cependant il semble ne pas se référer au refus d'en payer le montant, car ces deux noms, voués ainsi au mépris de la corporation , ne figurent pas dans la liste; il est à croire que ces étudiants avaient refusé de contribuer aux charges de l'association et avaient ainsi irrité l'esprit de corps , au point de se faire rayer du registre de la nation.
Cette irritation se produisait à cette occasion par des manifestations évidemment trop rigoureuses; nous les concevons plus facilement lorsqu'il s'agissait de s'élever contre les actes d'improbité, tels que ceux dont rend compte l'acte de procurât du 20 août 1626.
Un des procurateurs s'était éloigné furtivement sans payer son loyer et sans rendre ses 'comptes à la nation : àbiit furtim , insoluto hospite, fuUioni numqtAàm satisfecisse; aussi de quelles imprécations n'est-il pas l'objet : Horre quisquislegis, horre, inœtemum horre! heu quanta est in morlaJibus Ucentia ! quamqu^ mitis numinum pcma !
Et plus loin : Lingua stkt, née tantas poteit exprimere motus; hœc seripsi ut et infamià notaretur sempitemà quâ dignus judicahês e$i, et uX taie fcudnus posteris maneret htnridum.
Mais hàtons-DOus de revenir aux deux privilèges appartenant à la généralité des écoliers , et qui, se subdivisant entre eux dans l'application, les rendaient particuliers k chacune de leurs assodations.
Le premier et le plus général est celui connu sous la qualification de ban du docteur.
Nous avons déjk dit que ce droit était dû aux écoliers par le doc^ teur de l'Université qui se mariait, en retour de l'épithalame que chacune des nations, par l'organe de son procurateur, adressait aux nouveaux époux.
La première mention de la mise en pratique de ce privilège, par les écoliers, se rencontre au registre de la nation picarde, à la date du Z^ jour de février de Tannée 1 584.
Le procurateur s'exprime ainsi : «t Le troisième jour de février de « cette année, veille du mardi-gras, fut célébré le mariage de « W Lhuillier, docteur, lequel prie les quatre procurateurs d'y as- « sister ; mais y ayant lieu de hii demander h han, qui est une telle « somme que bon leur semble donner à chacun procureur pour sa a nation, pensant s'y refuser, nous remit à ce qu'il serait advisé par « les docteurs. »
Ce reftis mécontenta les écoliers, qui donnèrent à leur docteur une aubade connue dès cette époque sons le nom de charivari : <r On le « poursuivit dans les mes à coups de cornets et de chaudrons, et « comme le lendemain (sans doute irrité par ce qui s'était passé « la veille). U riUira son refus , on recommença le concert qui dura « quelques jours en suivant. »
H. Lhuillier (1) fut oUigé de prendre un de ses collègues pour médiateur, et cela de l'avis de tous les autres, qui le condamnèrent à payer Vaccouiwné; il transigea cependant à trois écus par chaque nation, ayant égard, dit le rédacteur de la relation, <x à l'escœur qu'il « avait enduré, lui désirant être rachetable des cinq autres. »
Ainsi, le droit accoutumé était de dix-sept écus; car on en donnait
(1) Il fkt l'im des docteurs les plus distingués de lUniTersité, ainsi qu'on le terra an chapitre intitulé : Des docteurs et des écoliers célèbres de VVniversUé.
152 UIST01K£
douze, et les écoliers faissûent la remise des cinq autres en ecMisidération du désagrément qu'ils avaient fait éprouver à leur professeur.
Cet exemple de transaction n'est pas le seul : le 25 août de la même année , M« Guillaume Cbartier, autre docteur, ayant pris à femme dame Catherine Lecaron, et pria les quatre procurateurs d'assister à son mariage; ils acceptèrent et lui présentèrent l'épithalame, M^ Chariier pria les écoliers de considérer qu'il n'était gu'ûulthitaire (1), à quoi ceux^ ayant égard, et qu'il ne recevait pas de li^ cerne, il fut quitte à deux écus pour tout.
Le registre de la nation picarde ne mentionne plus la perception du droit de ban qu'aux actes de procure des années 1594 et 1595; mais cet usage se perpétua, en s'affaiblissant toutefois, jusqu'aux derniers jours de l'existence de l'Université, et frappa jusqu'aux magistrats du présidial, devenus, ainsi que les docteurs-régents l'étaient des écoliers, tributaires de la corporation des clercs de procureurs, représentés par l'un de leurs camarades, qui prenait le titre d'empereur de la basoche.
Il est k remarquer que lorsqu'il s'agissait de la mise en pratique de ce singulier privilège, les nationaires picards et champenois se réunissaiept toujours à la nation française, et qu'ainsi se trouvsut opérée momentanément la fusion complète et absolue tentée par l'arrêt réglementaire de l'année 1538; car la nation française comprenait depujs cette époque, non-seulement tous les écoliers venus de rile^le-France, mais encore ceux venus de la Bourgogne , de l'Aquitaine et de la Touraine; et comme la nation picarde comprenait les écoliers venus de la Champagne, il ne restait que les Normands qui semblaient séparés de la famille française et relégués dans les rangs des seuls étrangers qui étudiaient avec eux, c'est-à-dire avec les Ecossais, les Anglais, les Allemands et les Lorrains.
A ce droit venait, ainsi que nous l'avons indiqué, se réunir cehii d'assister avec les docteurs^régents aux entrées solennelles des princes et des évèques, aux obsèques des personnages considérables «t aux processions et cérémonie^ religieuses^
(1) C*estr-à-dire qu*il ne foisait d'autre cours que celui des inslilutes et que par cpnséquent U ne concourait pas aux examens des bacheUers et des licenciés» ne percevait aucun droit d'eiamen et se trouvait ainsi réduit à ses seuls appointements.
DE l'université DE LOIS D'ORLÉANS. 155
En l'année 1591, on voit les diverses corporations d'écoliers assister aux obsèques de l'abbé de Saint-Euverte ; en l'année 1595, à la réception solennelle que la ville fit au prince de Gondé et k madame M mère , le cérémonial observé dans cette circonstance se lie trop intimement aux diverses parties de notre entreprise pour le passer sous silence; nous croyons devoir nous en tenir aux termes de l'acte de procure de cette dernière année :
«( Le 26 du mois d'octobre arriva en cette vill^ M. le prince de « Condé et M»^« sa mère, et les sieurs Pisani, conducteurs dudit et prince, auquel il fut fait réception la plus magnifique qu'on pût, « pour lesquels s'acheminèrent, messieurs les gens du rois jusques « à la porte du pont seulement, messieurs de la ville passèrent ledit « pont, messieurs de l'Université se placèrent au milieu, précédant a leurs huit bedeaux à verge , procureurs des quatre nations en robe a langue, procureur général, scribe d'ycelle et conseillers, puis a messieurs les docteurs, et finalement H. le recteur, en ses habits de a rectorat, et par lequel fut faicte l'oraison pour ladite Uqiversité. d
Bien auparavant, les étudiants avaient assisté aux obsèques d'un évéque ; en 1584, ils assistèrent à celles d'un autre prélat, Hathurin de la Saussaye ; et, en 1599, on les voit assister à l'entrée d'un chancelier de France, H. de Gheverny.
L'admission k ces cérémonies de jeunes gens n'appartenant encore à aucune partie de l'administration publique ne doit être regardée que comme un mode d'honorer l'étude et la science ; aussi tous devaient-ils, indistinctement, à quelque division de l'enseignement qu^ils appartinssent, jouir de cette marque de considération ; mais cependant la mesure, toute générale qu'elle était, n'en cachait pas moins un droit particulier k chacune des corporations composant le corps des écoliers, nous voulons parler de la préséance.
Un procurateur s'est borné , pour tout compte**rendu de sa procure, k inscrire ces mots sur le registre : Ordre de lapréséafice des quatre nations à V Université d'Orléans : Francia, Picardis, Germanis, Neustria prœstat.
Ces mots font connaître que les Picards croyaient avoir le droit de marcher immédiatement après les Français, et que la nation germanique marchait la dernière.
Dans la prévision des graves débats auxquels cette prétention devait donner lieu, la nation picarde et de Champagne avait réuni dans un seul contexte tous les documents propres k la justifier. On lit, au registre le plus abondant en renseignements, la mention suivante :
«c Extrait d'une copie retirée d'un titre ancien par M« Antoine «f Delalande, scribe de l'Université d'Orléans, l'an 1571 , l'original « duquel ayant été perdu, a été ordonné par l'assemblée de la naa tion de Ghampaigne et de Picardie que le présent fragment serait (c inscrit Untchant notre préséance. »
Comme on le voit, la nation picarde sentait que son droit n'était pas tellement incontestable qu'elle n'eût besoin de l'étayer sur tous les documents qui pouvaient arriver à sa connaissance; mais cette précaution elle-même semble un aveu de sa faiblesse, d'autant que ce fragment, fait sur une copie de titres originaux perdus, ne pouvait inspirer une grande confiance et devait être facilement combattu ; et cependant nous devons examiner quelles preuves de son droit de préséance la nation picarde tirait de cet extrait.
En premier lieu, il constatait qu'en l'année 1517, à l'occasion de la couche de Claude de France , femme de François I^, on fit des processions solennelles dans lesquelles le procurateur de la nation picarde a obtenu le second rang, marchant avec le procurateur de la nation française; le procurateur de la nation picarde a soin d'engager ses successeurs à conserver ces prérogatives.
Il cite deux autres exemples de la mise en pratique du droit de préséance qui aurait appartenu k sa nation, et affirme qu'elle en jouit paisiblement dans une circonstance qu'il ne nous est pas permis de passer sous silence.
Le 51 octobre 1591 , les quatre procurateurs furent invités par les Cordeliers, <c où pour lors était le paradieu, actuellement oratoire, ce d'assister et porterie del sous lequel était le saint sacrement; Ik où ce j'assistai,dit le procurateur picard, et j'étais le second étant après le ne procureur deFrance,^ le procureur d'Àllemaigne n'ayant voulu assiste ter, de crainte d'être battu et repoussé par nous, comme il le mérite. »
Ainsi, la possession invoquée n'était due qu'k la désertion du représentant delà nation allemande; et cette abstention , loin d'être une reconnaissance d'un droit, n'était que le résultat de l'oppression.
DE l'université DE LOIS D'ORLÊANS. i55
Les Picards avaient cependant, si l'on en croit ce que rapporte l'acte de procure de 1590, <i maintenu leur droit sur la nation d'Alet lemagne jusqu'à cette année; et aux obsèques de l'abbé de Saint* « Euverte, le procureur de leur nation, en l'absence de celui de <c France , tint le premier lieu, malgré qu'en eût celui d'Allemagne , <x lequel, voulant entreprendre plus qu'il ne devait, fut cause d'arréc( ter le convoi environ un quart d'heure qu'ils disputaient de leur « préséance par-devant les docteurs qui, sur-le-champ et en pleine <c rue, ordonnèrent que ledit Allemand cotoyerait seulement le pro- « curateur de la nation picarde, n
Cette décision devait faire pressentir aux nationaires picards que leur droit prétendu devait donner lieu à une transaction ; et nous y voyons la reconnaissance de celui des Allemands, mitigé par le désir que durent éprouver les docteurs consultés de terminer ce différend qui troublait une cérémonie imposante.
Les natipqaires français pensaient également que les Allemands avaient la préséance; et, conformément à ce sentiment, ils avaient , en l'année 159S, invité le procureur de la nation germanique à prendre part à leur fête, avant d'inviter le procureur delà nation picarde; il est vrai que celui-ei, « mécontent de ce que l'invitation ne lui avait ff pas été adressée en premier lieu , refusa d'y répondre, et qu'il ne a se rendit que lorsque les Françaù, se soumettant k toute réparait tion, vinrent derechef, lui promettant de l'envoyer quérir le pre- «t mier par les tambours et trompettes, ce qu'ils firent. »
De leur côté, les élèves de la nation germanique avaient inscrit sur leurs registres un ordre de préséance semblable k celui que nous rencontrons sur les registres de la nation picarde , c'est-à-dire qu'ils prétendaient marcher immédiatement après la nation française : les querelles fréquentes sur cette question prirent un caractère tel qu'il fiiUut en référer aux tribunaux.
La marche suivie dans cette occasion est longuement racontée par l'acte de procure de l'année 1595; on y voit que, le 15 du mois d'octobre de cette année, les Allemands présentèrent une requête en latin au procureur général de l'Université, par laquelle ils disaient , suivant l'acte de procure, le second lieu leur appartenir.
Cette requête fut présentée dans un collège tenu sur la convocation de ce procureur généra) ; un délai de huitaine fut accordée à la nation picarde pour répondre.
Ce fut dans ces circonstances et le 26 du même mois que M. le prince de Condé fit son entrée k Orléans.
On a vu plus haut la mention de la présence du corps universitaire à cette solennité; elle offrait une trop belle occasion pour que la question qui divisait alors les nations picarde et germanique ne fût pas soulevée; aucune des deux n'y manqua.
Le jour suivant, dit l'acte de procure auquel nous avons emprunté les détails de l'entrée du prince, survint un différend entre nous et le procureur de Normandie d'une part et celui d'Allemagne de l'autre, disant <c lui avoir été fait injure en lui refusant le second lieu que « nous eûmes seulement depuis la porte du pont jusqu'au milieu d'i- «t celui , là où fut faite l'oraison, durant laquelle futagitée la disputedu a lieu, marchant en tel ordre, savoir : le procurateur de France , puis (c nous comme procurateurs de Picardie et Champaigne, celui des (c Normands après, et en dernier lieu celui d'ÀlIemaigne. »
Comme on le voit, on disputait le terrain pied à pied, et rien n'a^ rétait le zèle des représentants de chaque nation pour conquérir le pas sur ses compétiteurs. Ce conflit se termina par la retraite du procurateur de la nation allemande; mais aussitôt après la cérémonie, les membres de l'Université se réunirent, et le résultat de la délibération fut que si les nationaires picards %'ob$UnaterU4àu$er de force au lieu de justice et de droit, il leur serait défendu de s'assembler en coUége,
La procédure reçut une plus grande activité de ces débats, et sur une assignation donnée par les Allemands, la cause fut portée devant le bailliage le i novembre : les Picards perdirent leur procès et furent condamnés aux dépens.
Les nationaires picards ne se soumirent pas même à la décision de la justice; et en l'année 1606, ils protestaient encore contre elle, en refusant d'assister aux obsèques de H. le docteur Delalande. Le procurateur constate que « tous les écoliers s'y rendirent, excepté ceux « de la nation picarde, pour cause que les Allemands, qui étaient a plus de deux cents, s'étaient saisis de la préséance à eux accordée;
DE l'université DE LOIS D'oRLÉANS. 157
(I cette saisie, ajoute-t-il, fut cause qu'un conseil national ordonna 5 que personne des trois nations (les Picards, les Champenois et les ff Bourguignons étaient réunis) ne s'y trouverait, afin de nepréjudicier <c en aucune façon aux droits que nous y avotis eus autrefois. i>
Nous avons examiné les droits généraux appartenant à l'universa* lité des écoliers ; nous les avons signalés perdant de ce caractère pour prendre, jusqu'à un certain point , celui de particulier à chacune des corporations, et nous avons été ainsi amené , par une pente facile, à l'examen des privilèges vraiment spéciaux et appartenant exclusivement aux corporations diverses des étudiants.
Nous voudrions commencer par ce qui concerne la nation française proprement dite ; nous regrettons de ne pouvoir le faire que parinduction, nos recherches pour rencontrer les registres qu'ellea dû tenir, ainsi que le faisaient les autres divisions d'écoliers, ayant été vaines; nous eussions eu à étudier les mœurs , les usages et les droits de cette classe de Français primitifs, et s'enorgueillissant de ce titre avec plus de hauteur et de fermeté que ne le pouvaient faire de leurs titres de nationaires ceux qui, se maintenant dans la possession d'un titre effacé, substituaient l'esprit provincial au sentiment national.
Mais ce que nous ne pouvons faire directement, nous pouvons le faire au moins avec quelque certitude ; c'est ainsi qu'k propos du port d'armes, nous avons démontré que les étudiants formant la tiation française devaient l'avoir, puisque la nation allemande était en possession de ce privilège; nous avons la preuve aujourd'hui que les écoliers de la' nation picarde l'avaient également; que, par conséquent, ce droit était inhérent k la qualité d'étudiant en l'Université d'Orléans, et qu'ainsi on doit le ranger parmi les droits les plus généraux. Nous trouvons cette preuve dans le récit de querelles que contiennent quelques actes de procure , entre autres celui de l'année 1615.
ff Sur le soir, dit le premier de ces procurateurs (il est bon de noter « qu'il s'exprime ainsi après avoir raconté les détails d'un banquet), « comme chacun m'accompagnait jusqu'en mon logis, nous ren- « contrâmes un nommé Laurenceau, lequel, comme issu de Cham- « pagne, fut sommé de payer le droit dû pour la solennité de saint « Firmin (fête patronale des nationaires picards, sur laquelle nous
a reviendrons), qui, pensant être défendu de quelques-uns qui l'en- « vironnaient, faisait refus d'y contribuer. Après plusieurs propos, un (V de sa compagnie sollicita un des miens de lui prêter son épée, je- « tant la main sur la garde, pour venger le tort qu'il prétendait imc( pudemment être fait k un de ses amis; mais son orgueilleuse c( témérité fut aussitôt rabattue par un seul éclat de nos armes. »
Ainsi tout le monde, sauf un des belligérants, avait des armes et tous mirent l'épée k la main, tous avaient le droit de port d'armes : il n'en était pas ainsi de la liberté de conscience.
Il parait certain que pour être étudiant il fallait être catholique, et que les seuls Allemands pouvaient professer la religion réformée; c'est ce qui résulte très-évidemment de l'édit du roi Henri IV rendu en février 1600, dont nous avons rapporté les termes plus haut et que nous reproduisons ici : (c En temps de guerre, ils peuvent, sous c( notre sauvegarde, venir en ladite Université, y faire résidence , <c s'en retourner, $am être recherchés en leur religion, faits prisonc( nierSj ni mis à aucune rançon, combien qu'ils fussent du parti <i contraire. »
On doit donc placer au nombre des immunités spécialement accordées aux étudiants étrangers celle d'apporter, dans un pays déchiré par les dissensions religieuses, le culte de leur choix et de leur éducation ; et comme la réforme avait principalement établi son empire au sein de cette nation, il est à croire que l'immense majorité des étudiants allemands appartenait à la religion réformée ; nous en avons renc(mtré et signalé la preuve dans les registres de cette grande corporation.
II fallait attacher à cette époque, malgré l'esprit qui dirigeait le prince dont le plus grand acte fut l'édit de Nantes , et plus encore aux époques précédentes, une importance considérable à la présence des étudiants allemands aux Universités françaises, pour user k leur égard d'une tolérance que la haine des partis rendrait incroyable, si on n'en puisait la preuve dans les documents les plus respectables ; cela se conçoit cependant, lorsque l'on envisage le nombre des étudiants de cette nation, le rang auquel ils appartenaient, la richesse et le luxe qu'ils déployaient, l'amour de l'étude dont ils étaient animés.
DE l'université DE LOIS d'ORLÉANS. i59
Et cependant le danger était grand pour la foi; la ville d'Orléans, de tous temps disposée k l'hérésie et à l'opposition, devait se laisser entraîner par des hommes d'une haute naissance, de mœurs et de contenance graves , passionnés pour l'étude, surtout si on les compare à la jeunesse turbulente et frivole qui appartenait aux diverses provinces du royaume.
Aussi la^rëforme poussa de profondes racines dans cette antique cité, et nous ne craignons pas d'attribuer à la présence de l'Université, à l'esprit d'examen qu'elle introduisait au sein de la société orléanaise, et surtout aux communications fréquentes avec les membres de la corporation germanique, les progrès rapides que fit la réforme dans t^us les rangs, et surtout dans les rangs élevés des habitants de cette ville.
Ce que nous avons dit jusqu'ici restreint notre tàdie à retracer les privilèges particuliers à la nation picarde ; mais nous devons avant tout déterminer ce que l'on doit entendre par ces mots.
Nous avons dit que François P^^ réduisit les dix natims au nombre de quatre, et que la nation picarde se composait des étudiants de Picardie et de Champagne, tandis que la nation française , proprement dite, se composait des étudiants venus de l'Ile-de-France, de la Touraine, de la Bourgogne et de l'Aquitaine. Cet état de choses, qui commença en l'année i538, ne tarda pas à être modifié.
En l'année 1616, il intervint une convention entre les nationaires picards, champenois et bourguignons, aux termes de laquelle, k partir de cette époque, ils devaient rester confondus et ne plus former qu'une seule nation, dont tous les membres devaient concourir ensemble k l'élection d'un unique procurateur pris alternativement et indistinctement parmi les étudiants appartenant k ces trois provinces.
Une note mise au bas du même traité nous apprend que cet accord n'eut pas de suite.
On pourrait attribuer la séparation des nationaires au respect qu'inspirait un arrêt réglementaire de parlement, et k l'impossibilité de le modifier sans l'intervention du pouvoir public ; mais il parait que si l'accord fut rompu entre les Picards, les Champenois et les Bourguignons, ce fut k la suite des prétentions exagérées de ceux-ci.
La note s'exprime ainsi : « Cet accord n'a pas réussi entre les «( Bourguignons, d'autant qu'ils voulurent faire les feudaires (1).
« C'est pourquoi nous prions nos successeurs de ne jamais leur « accorder ce qu'ils nous demanderont , s'il n'est contenu dans ce « susdit feuillet, qui a été fait et écrit en présence du prieur et du <( receveur des Bourguignons (2). »
Déjà lesBourguignqns avaient eu un difiérend avec la nation française, k laquelle ils avaient été mélangés; ils prétendirent que leurs limites devaient s'étendre jusqu'à Lorris, et par conséquent comprendre une partie de la province de l'Orléanais; cette prétention fut admise dans une assemblée générale de l'Université tenue, en 1595, contre la résistance des Français ; il y fut décidé que les nationaires se compteraient par diocèse; et comme non-seulement Montai^is, mais encore Lorris, étaient dans la circonscription du diocèse de Sens, la nation Bourguignonne s'enrichit, au détriment de la nation française, des étudiants appartenant à cette partie de l'Orléanais.
La séparation des nationaires , sauf cette modification, resta donc la même , et l'arrêt du parlement rendu sous François I^^^ continua kêtre exécuté.
Cependant nous avons la trace de quelque mélange de la nation bourguignonne avec les nations picarde et champenoise.
U parait que toutes les trois payaient leur bienvenue à la même caisse; car, pour arriver k sa perception, on arrêta que les nationaires de Picardie, de Champagne et de Bourgogne seraient contraints de payer leur bienvenue et reconnaissance de nation dans la quinzaine «, jour pour jour, après avertissement, «c puis seront, tous lesdits « sieurs nationaires qui n'assisteraient pas aux assemblées desdites « nations picarde et de Champaigne , condamnés à payer cinq sous «c tournois. »
Cette confusion de trois nations est bien plus manifeste par ce qui suit :
(1) Vieax mot en usage en Picardie, qui, dans son sens le plus large, veut dire ployer une étoffe en deux, et dans son sens figuré, être double, sans franchise; en anglais , le mot feud veut dire querelle, contestation, haine.
(2) Ce feuillet ne s*est pas retrouvé dans les documents consultés.
« Finalement fat çoncla et arrêté qu*à l'apetit et esgard de cer- « taines remontrances qui, en ladicte assemblée, furent faictes par « MM. les Bourguignons, que lesdicts sieurs Bourguignons jouir « raient des procures ^t receptes, tant de maille que aultres, soubs a cQn4ition néantmoinis que la maille qu'ils pourraient recevoir ser « rait au tour et au lieu d'un Champenois (1). »
Ainsi , les Picards et les Champenois admettaient les Bourguignons dai^s leur communaujté ^t ne ^ réservaient que le droit de }2l maille.
Parmi les droits appartenant k Tune et à l'autre nation, nous der Yons négliger, pour y revenir plu^ tard, celui de iaire célébrer des i^rvices dans l'église de Saint-Pierre-Ensentalée, par suite de certaiuies fondations, bien que ces services aient eu pour conséquence d'assez fréquentes|difficultés avec le clergé de cette paroisse ; nous nous arrêterons au droit plps considérable et plus important de la fftaille d'or,' appartenant dans l'origine, et d'une manière exclusive, à la nation picarde, partagé ayec la nation champenoise, exercé plus tard, exclusivement par elle, après la disparition des Picards de l'Université d'Orléans , excepté dans les derniers temps , où le droit a été iriBçq p^ an nationaire picard.