DE LA MAILLE DE FLORENCE
Avant de rechercher l'origine de cette redevance, il est indispensable de savoir en quoi elle consistait.
Tous les ans, le jour de l'Invention du corps de saint Firmin, les habitants de la ville de Beaugency, détenteurs de certains domaines que nous désignerons bientôt, étaient tenus de se présenter à l'église de Saint-Pierre-Ie-Puellier, et là, à l'issue du chant de l'épître, ils devaient remettre au procurateur pne pièce d'or appelée maille de Florence, du poids de deux écus, déterminé plus tara par ces mots : deux deniers dix^sepi grains. A cette cérémonie assistait un orfèvre qui, après serment prêté, pesait la pièce oQerte.
(1) Acte de procure de r^iinée 199$.
Nous avions, ayant de nous liyrer k Tezamen de cette institution et de remonter à sa yéritable source, lu avec attention ce que les auteurs les plus graves ont écrit sur l'Université et sur la maille d'or. L'un, Lemaire, semble ne pas avoir poussé fort loin ses recherches et s'être arrêté, sans plus de travail, k ce que dit l'auteur de V Histoire des Antiquités d'Amiens; l'autre, H.Pellieux, médecin à Beaugency, auteur de l'histoire de cette ville, se prononce avec une telle légèreté sur cette institution, qu'il est impossible que, dans de semblables dispositions , il ait pu traiter avec conscience cette partie de son ouvrage.
Examinons cependant ce qu'ils rapportent :
Lemaire prétend que ce droit est si ancien que son commencement est immémorial, et il s'autorise, pour admettre cette proposition, d'un ancien titre reçu par Fallu, notaire k Orléans, le 14 janvier 1416. Par ce titre, <v la nation picarde dit avoir le droit de maille d'or et « être en bonne possession de le recevoir, duquel commencement il fit n'y a aucune mémoire d'homme : Quod nostrœ Picardiœ et suppo- « sita hàbentjus, sunt in bonâ etpacificâ et saisine à tali, tantoque ic tempore quod de initio memoria hominumnon existit.
<x Ce qui fait naître un doute, ajoute-t-il, de savoir de quel (c temps est la fondation et la donation de ladite maille d'or k ladite ce nation de Picardie, i> d'où il suit également que la guérison miraculeuse d'un comte de Beaugency, atteint de la lèpre , par l'odeur miraculeuse que répandait le corps de saint Firmin au moment de son invention, et qui se serait propagée et répandue d'Amiens k Beaugency, ne parait pas probable k Lemaire ; car, suivant lui, comme il n'y a mémoire d'homme de l'origine du droit, on ne peut assigner le temps de la naissance de ce droit k l'année 580, époque k laquelle eut lieu ce miracle; d^autant que la nation picarde n'a eu de procureurs et suppôts que depuis l'an 1250.
Enfin il conclut, du nom de Florence donné k la maille d'or, qu'elle n'a pu être en usage qu'k partir de la prise de possession du royaume de Sicile par Charles d'Anjou, qui permit, seulement en l'année 1265, aux Florentins, de mettre une fleur de lis dans leurs armes.
Ainsi, toutes les recherches de Lemaire n'ont d'autre résultat que
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de jeter du doute et de rembarras sur l'origine de ce droit, au lieu de réclairer et de la mettre en évidence.
H. Pellieux semble se rire de cette origine attribuée à la guérison miraculeuse du comte de Beaugency. Rapportant avec étendue les passages des anciens auteurs qui ont traité cette question, il leur reproche de n'avoir écrit que fort long-temps après l'événement et de manquer de l'authenticité que des travaux contemporains peuvent avoir.
Examinant les actes de foi et hommage, de la part des comtes de Beaugency, au chapitre d'Amiens, il les considère comme la conséquence de donations faites par les chanoines aux comtes de Beaugency , et il voit là l'unique cause de ces droits, dont l'origine , si on l'attribuait k un miracle, manquerait de probabilité; il préfère une interprétation, par des causes simples et ordinaires , à une interprétation par des causes qui contrarieraient les lois de la nature, et semblent avoir été souvent imaginées, dans les siècles d'ignorance, pour entretenir les peuples dans l'erreur.
Voici cependant ce que l'on raconte :
« L'an 687, le 15« jour de janvier, sous le règne de Thierry, roi « de France, saint Salve, treizième évéque d'Amiens, trouva miraa culeusement le corps de saint Firmin, le martyr, dans l'église ap- « pelée présentement Saint^Adieul.
«r Un des principaux miracles qui se firent lors de cette inven- « tion fut la guérison de Simon, seigneur de Beaugency, qui, étant <K travaillé de la lèpre et se trouvant, au moment que le corps fat levé « de terre, i la fenêtre de son château, sentit une odeur sumatu- « relie qui lui rendit sur-le-champ sa première santé.
a En reconnaissance de ce bienfait, il vint a Amiens rendre grâce « à Dieu et à saint Firmin, et donna â cette église plusieurs biens « considérables et, en outre, son château de Beaugency.
a Quelque temps après, l'évéque et le chapitre d'Amiens les rea mirent aux successeurs de Simon de Beaugency, à condition qu'ils « en feraient hommage à l'évéque et paiensient par chacun an vingt « sous et une obole de sens seigneurial.
« L'évéque et le chapitre jouirent en commun desdits biens.
c( Environ l'an 875, auquel temps la mense de Tévéque ayant été <c séparée de celle du chapitre, la mouvance du château de Beauce gency et les droits de fiefs et arrière-fiefs échurent à l'évéque, et c( l'évéque eut les biens domaniaux dans son partage (1). x>
L'origine du droit établie, nous nous demandons comment il faut l'attribuer à des causes d'une autre nature et qui seraient plus en harmonie avec le cours ordinaire des choses humaines?
Chaque âge a ses croyances ; tel événement qui nous parait aujourd'hui atteindre les dernières limites de l'impossible paraissait alors la chose la plus simple; méconnaître comme cause de l'établissement d'un droit l'événement d'une guérison spontanée et considérée comme miraculeuse , parce qu'elle a coïncidé avec un événement qui ntéressait la religion , l'attribuer, au contraire, à des causes politiques ou dégagées absolument du sentiment religieux , c'est se méprendre : les actions pubUques des princes du moyen-âge ne se séparaient jamais de la foi.
Le récit du mémoire touchant les droits de l'église d'Amiens sur la terre de Beaugency est donc vrai , et nous devons attribuer à un acte de foi , à un sentiment de vive reconnaissance causé par une guérison spontanée, la donation, par Simon de Beaugency, de son château et de ses domaines.
Cependant nous devons dire que nous avons consulté la Vie des sairUs pour savoir si on y aurait signalé cette circonstance miraculeuse d'une odeur agréable et bienfaisante remplissant l'atmotsphère, aumomentde l'invention du corps de saint Firmin par saint Salve ou saint Sauve, et nous devons dire que nous n'y avons trouvé rien de semblable.
En premier lieu, on doit remarquer une très-grande incertitude sur l'année â laquelle se reporterait cette invention; on varie entre les années 613, 615 et 687.
En second lieu, on ne parle que d'une circonstance vraiment miraculeuse qui accompagna l'exhumation du corps de saint Firmin :
a Ace moment, bien qu'on fût au XIU® janvier, les arbres r^ri-
(1) Extrait d'an manuscrit existant aux archives delà cathédrale d'Amiens, intitulé : Mémoire touchant 9es droits de VégUie d'Amieni sur la Urre de Beaugency.
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« rent leur parure de feuilles et de fleurs; on semblait revenu aux « jours du printemps le plus agréable, et cela dura pendant toute a la cérémonie de la translation. C'est pourquoi tous les ans, à la cr fête commémorativ^ de cet événement, on s'applique, dans la caa thédrale d'Amiens, par la décoration de l'église, par les ornements a de l'autel et le costume des ecclésiastiques, qui quittent ceux d'hyver cr pour ce jour, à rappeler le retour momentané et miraculeux du « printemps. »
Mais de ce que la Vie des saints ne fait pas mention de cette odeur suave qu'aurait exhalé le corps du saint, il ne faut pas en induire qu'il n'ait pas circulé alors une croyance populaire qu'il en ait été ainsi.
Ce qu'il ne faut pas perdre de vue, surtout pour expliquer cette donation du domaine de Beaugency au chapitre de la cathédrale d'Amiens, oe sont les rapports qui existaient entre les deux villes.
M. Pellieux les fait remarquer avec raison, en citant des passages de VUlisses de Golnitz; il y a une grande analogie entre le nom de la Picardie et le nom latin de la ville de Beaugency , l'une est appelée Belgitm, VmiteBalgerUiaeumet BdgerUiacum; or, le mot Belgium donné k la Picardie vient évidemment du mot Belgen, et BalgerUiacum ou Belgentiaeum n'est lui-même que la reproduction de ce mot.
n est donc raisonnable de croire que les habitants de Beaugency sont les enfants d'une certaii» colonie venue de la deuxième Belgique, par les hasards des guerres, s'implanter, à ia suite d'un seigneur, dans le lieu où s'est b&tie la ville de BdgentiiUMfn.
Une circonstance qui vient fortifier cette croyance , c'-est que les deux villes ont eu, dans les temps les plus reculés, le même patron et la même vénération pour lui. Beaugency et Amiens honoraient particulièrement saint Firmin ; et lorsque l'on réunit ce culte, en se reportant à ce temps de foi vive, aux autres coïncidences que nous avons signalées, on est convaincu du lien de famille, de l'union d'origine existant entre les deux villes.
Tout s'explique maintenant: Simon était Picard ; il se trouvait dans un château près du lieu où le corps de saint Firmin a été retrouvé , car il ne faut pas croire qu'il était à Beaugency ce jour-là; mais il est
plus naturel de penser qu'il possédait un autre. château près d'Amiens (1) : il était lépreux, maladie commune k cette époque; la guérison se manifeste au moment de l'invention du corps du martyr; un sentiment, alors universel de foi vive, lui fit penser que le corps du saint, par son odeur suave, avait hftté ou déterminé sa guérison. Suivant l'usage, U se fit vassal du saint représenté par l'évéque et lui donna les terres de Beaugency.
Cette donation maintint les rapports qui avaient originairement existé entre la Pic^die et la ville fondée par les Picards; l'immobilité des institutions a prolongé, jusqu'aux derniers temps de leur existence, une relation de famille qui se perd dans la nuit de la féodalité.
Ce point de départ fixé, nous n'avons plus qu'à rechercher la transformation du droit en une tnaiUe.
Nous avons vu, en premier lieu, que cette donation fut remplacée par un droit de vingt sous et une obole du cens seigneurial, et qu'en l'année 895 eut lieu la séparation des deux menses : celle de l'évéque, celle du chapitre.
Jusque-là, le droit unique avait un créancier unique : l'évéché réuni au chapitre. A cette époque, deux créanciers se présentent au lieu d'un : lamense épiscopale, la mense abbatiale; nous allons en même temps voir le droit se diviser en deux.
Si nous consultons le cartulairedu chapitre d'Amiens, nous voyons que le droit unique a été payé, en se transformant, il est vrai , par suite delà variation delà valeur des monnaies, jusqu'en l'année 1291.
C'est ainsi qu'en l'année lilS, Enguerrand, 58« évéque d'Amiens, reçoit l'hommage de Raoul, seigneur de Beaugency, et les vingt sous et une obole de redevance, à cause de son château et d^ndances, et lui accorde l'investiture en réservant, toutefois, les droits du domaine appartenant au chapitre dans ladite terre de Beaugency.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que l'exercice de ce droit aurait été
(1> Cependant il résulte d'un Titre nouvel des reconnaissance» censueUes appartenant au chapitre d*Âmiens, reçu par le prévôt de Beaugency, en Tannée 1451, que Todeur agréable répandue par le corps de ce saint serait venue jusqu'à Beaugency, ou ledit seigneur reçut guérison de la maladie de Im lèpre de U^ueUê il était entaché; mais cette énonciation, empruntée à un acte du XV« siècle,, ne détruit pas notre observation.
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suspendu 4ès son origine, k ce point que les évêques d'Amiens euxmêmes en auraient perdn la trace.
a Nous avons découvert, dit l'évêque d'Amiens, que nous avions « des droits sur le château de Beaugency, et nous avons cru utile, a du consentement du vénérable Raoul, comte de Beaugency , de reff nouveler les anciens titres de ces droits et de les transmettre k nos « successeurs par deux reconnaissances nouvelles. »
Cette entrée en matière est suivie de la reconnaissance du droit de vingt sous et une obole par le comte de Beaugency, et de la foi et hommage dus par lui à l'évêque d'Amiens, et celui-ci lui rend le château de Beaugency, lemunicipiuni (1), appelé Broytels (2) (depuis Braytels), et ses dépendances, réservant le droit de seigneurie (domtnicaturasalm) que l'église d'Âmiensa toujours possédé sur ce château.
On pourrait croire que pour obtenir ce nouveau titre l'évêque d'Amiens a été obligé d'user de quelque violence à l'égard du comte de Beaugency, ou qu'il serait parvenu à s'emparer du château, car il déclare le lui rendre {reddimus); or, pour que l'évêque ren^jt le château, il fallait qu'il l'eût repris. Cependant tout semble s'être passé d'accord entre le seigneur de Beaugency et l'évêque d'Amiens ; et le droit renouvelé se transmet aux évêques ses successeurs.
Enfin cent soixante-treize ans après, en l'année 1291, Jeanne de ChâtUlon, fiUe de Hugues de ChâtiUon , comte de Blois , bru de saint Louis, ayant épousé Pierre de France, comte d'Alençon, rendit l'hommage à l'évêque d'Amiens; mais ici lé droit de vingt sous une obole, change : il est remplacé par un cierge du poids de cent livres offert au nom de la dame de Blois, d'Alençon et de Beaugency, le jour de la Saint-Firmin, célébrée dans l'église d'Amiens; et il paraît que ce mode de porter foi et hommage fut substitué définitivement, à partir de cette époque, à la redevance de vingt sous une obole.
Tout ce que nous venons de dire concerne exclusivement le droit appartenant à l'évêque et se concentrant sur la mense épiscopale ; il
(1) Municipium, ville municipale, dont les habitants avaient, sous la domination romaine, droit de bourgeoisie et celui de vivre selon leurs coutumes.
(2) Breiachia, Baltrescha, d'où Ton a fait Bretyques, Breteques, etc., et d'où Ton a bien pu faire Broytels et Braitels, lieu où se faisaient les cris publics et les proclamations de justice (Laurière).
est important de le suivre dans la partie concernant la inense diichapitre, séparée de Tautcg mense dès Tannée 875.
En l'année 1140, le chapitre, ne pouvant jouir librement des biens qu'il avait à Beaugency, prend le parti alors en usage; il accense <^ biens, consistatit en dîmes et autres droits, à Hubert, prêtre et officiai d'Amiens, moyennant une redevance de dix-neuf sous, monnaie d'Orléans; et k ce moyen il lui confère le privilège appartenant k Téglisé d'Amiens, en l'honneur de saint Firmin , A' être exempt de toutes serbitudes, et libre de toute exaction de la part du pouvoir séculier.
Cet acte d'accensement a été consenti en présence de Hanassès, évéque d'Ortéans.
Hubert faisait là un assez bon marché, car il possédait, par suite de ce contrat: pour la tour de Beaugency, vingt sous, de phis cin({ tous du même Cens, douze deniers pour sa résidence, payables pài' la porte Vendôme; cinq sous pôdr la dime perçue au-delà de la Loire; la ^Ume de ce qui était perçu aux portes de Blois et de Bonneval pour
le rouage (1) par chaque voitui^e attelée de quatre chevaux (le
droit est en blanc); cin(| sous pour le champ de Gravant et pour deux arpents de terre labourable au même fond que le chapitre tient du don de Mathilde (2).
Gomme on le voit, des titreà séparés constatent des droits différents appartenant k deux êtres distincts : la mense épiscopale, la inense du chapitre. De ces deux di^oits, d'une origine commune, l'un subit une première transformation, l'autre se prolonge; mais il change de maître et nous fait pressentir la transformation qu'il va également éiibir.
L'an était d'un acquit facile, s'élevait k Une vateur dépassant celle
{i) Par rèuàgè, il faut eatendre le droit de circuler en Toitufô. fa% inot se retroaye^ ainsi qu'en le veirra, dans les titres subséquents: en latin rotagiu^, opposé au droit perçu sur les piétons, pedagium,
(2) Il est important de remarquer que cet acte remonte à Tannée pendant laquelle Simon II, comte de Beaugency, confirme au chapitre d'Amiens les anciens droits qui avaient été aiôcordés à son église par ses prédécesseurs (Pellieux, tiisloire de Béantgency).
Cette Hatbilde, qu^il n'est pas d'ailleuk-s fort intéressant de connaître, est sans doute une flUe de Gervais, seigneur de CMteau-dû-Loir, que H. Pellieux marie au septième enfant de Lanceiin, deuxième comte de Beaugency»
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dont il était la replrésentatioii, et plus 6)n8idérable que celle du nuihéraire qu'il remplaçait; un cierge de cent livres, k cette époque, devait valoir au moins vingt sous un denier. Le nouveau mode de paiement de la redevance était bien plus conforme à l'esprit du siècle quenel'étaitrancien, car il conciliait, avec la valeur réelle du cens dû, le sentiment religieux et le sentiment de respect que l'on portait aux seigneurs d'une aussi haute naissance. Il était difficile qu'un droit qui impliquait une sorte de vassalité fût exigé d'un prince, dans le même mode que celui qu'on aurait observé k l'égard d'un vilain.
L'autre droit, au contraire, pouvait être perçu en nature ; mais ces redevances, imposées probablement k peu de personnes dans l'origine, se divisèrent; et comme chacune de ses panies était de peu d'importance , et que cette importance diminua encore avec le temps, il est probable qu'il intervint un contrat par lequel on évita les paiements partiels, difficiles k percevoir, a cause de l'absence de rapports commerciaux, par la réunion de toutes les redevances dan)» un signe d'une valeur k peu près équivalente, d'où l'origine de maille (Tor.
Nous retrouvons, en effet, dans un acte portant déclaration d'hypothèque, en date du 13 janvier 1509, la désignation des biens frappés de la redevance, et nous voyons que cette désignation est, k peu de chose près, la même que celle de l'acte de 1149.
Voici comment s'exprime cet acte :
a A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Loys Roillard, <c licencié ès-lois , garde de la prévêté d'Orléans , salut , comme aux « procureurs et suppôts de la nation de Picardie ea l'Université '« d'Orléans, par fondation, dotation, constitution oA autrement, de te tous temset ancienneté soit due, accoustumé prendre, soient tenus <v et leur doivent payer et apporter chacun an, le jour de l'Invention ^ de saint Firmin, tes détenteurs jouissant et possédant rentes et cho- (c ses qui en suivent et autres héritages assis au-dedans et environs de ti la ville de Beaugency; c'est k sçavoir : de la dixme du vin de la « cousture qui se prend et livre sur certaines vignes entre Tavers et « Baugenci; de la rente que doict la maison de la porte Yendosme; « du rouage dudict Baugenci; de la dixme du val de Loire, du lieu te de Bonneval et ses appartenances séant en la paroisse de Yillor- « ceau ; de la dixme de celui de BcHsmwt, paroisse de Gravant; de
<K certaine masure et jardins au lieu de la Lugodière, près de la Fon- « taine-au-Bourreau , une maille de Florence, en or et de poids, de «( rente perpétuelle. »
C'est ainsi qu'en rapprochant l'acte d'accensement de l'acte de reconnaissance d'hypothèque on voit que la maille de Florence représente les vingt sous un denier originairement dus par Hubert de Beaugency. *
Comment ce droit s'est-il transformé, comment les étudiants sontils devenus les créanciers de ce droit? c'est ce qui nous reste à expliquer.
Cependant nous ne pouvons nous dispenser de faire remarquer le rapport particulier qui existe entre la redevance de la matUe et le miracle attribué à la découverte du corps de saint Firmin, par suite duquel Simon donna k l'évêque et au chapitre d'Amiens, alors confondus, son château de Beaugency; donation qui, alors, n'était considérée que comme un acte de soumission représenté par une redevance dont la division n'apparut qu'au moment de la séparation des menses épiscopale et du chapitre.
Ce rapport r^ulte du rapprochement entre le jour de la fondation du droit et le jour du paiement qui en était fait; ce n'était pas le jour de la fête de saint Firmin, célébrée par l'église le 25 septembre; mais bien le 15 janvier, fête de l'Invention du corps de ce saint, que se payait hmailled^or; et c'est ainsi que la redevance révèle le caractère de la fondation, l'esprit dans lequel elle a été faite, et confirme le récit du miracle qui rendit la santé k Simon de Beaugency, ou plutôt la foi dont celui-ci était animé lorsqu'il s'est livré à l'acte de vasselage, k l'égard de saint Firmin, dans la personne de l'évêque et du chapitre d'Amiens.
Revenons k la transformation du droit et k la substitution des étudiants de l'Université au chapitre; nous en sommes, il est vrai, réduit aux hypothèses sur ce point; mais elles sont tellement faciles k concilier avec la nature des choses, que notre tâche ne nous parait pas plus péniUe ici que dans les parties assez laborieuses que nous avons déjk parcourues.
Un mot aussi nous semblera indispensable sur le nom même, sur la forme de cette maille et sur les signes auxquels on la reconnaît.
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Nous commencerons notre examen par la substitution des étudiants de l'Université au chapitre d'Amiens.
L'acte d'accensement consenti par les membres de cette corporation religieuse, au profit d'Hubert de Beaugency» est un acheminement à cette substitution. Le chapitre d'Amiens est resté, à la vérité, le propriétaire de la redevance ; mais à mesure que les temps s'accomplissaient, cette redevance perdait singulièrement de sa valeur. On a fait a ce sujet des appréciations qu'il est intéressant de rapporter ici.
La maiUe d'or, substituée k la redevance de vingt sous un denier, représentait à peine cette valeur, qui avait quelqu'importance au moment du contrat d'accensement (1149); elle devait être du poids de 2 deniers 17 grammes trébuchants; mais bientdt le prix de l'or augmenta, et on a calculé qu'en 1555 ces 2 deniers 17 grains équivalaient à 45 sous; qu'en 1648, il^ avaient atteint la valeur de 5 fr. et celle de 13 fr. 18 sous m 1789.
La valeur intrinsèque de l'objet adopté comme mode de paiement de la redevance prenait un accroissement imprévu par ses fondateurs; on pourrait croire qu'ils dussent attribuer k son paiement une plus grande importance; il n'en est rien cependant, car cet accroissement, tout considérable qu'il fût, n'était pas en relation avec la progression toujours croissante des biens que la maille représentait et de la fortune du chapitre d'Amiens. Ainsi , la valeur de la redevance diminuait en augmentant, et 20 sous 1 denier en 1149 valaient plus que les 45 sous de 1555, les 5 liv. de 1648 et les 13 liv. 18 sous de 1789.
On conçoit donc facilement que le chapitre ait pu en faire le sacrifice; d'ailleurs, l'intérêt de cette fondation pieuse se tirait surtout de son origine : c'était un vœu religieux, bien plus qu'un hommage féodal; l'indifférence devait nécessairement gagner les esprits, et l'abandon de ce droit, ou plutôt sa transmission, dut s'effectuer sans difficulté.
Hubert de Beaugeney devait faire parvenir ces vingt sous un denier à Amiens ; l'éloignement , les difficultés des communications, augmentées par les guerres et les troubles , durjent inspirer au débiteur
et aux créanciers un moyen pins sûr et plus commode; au premier de s'acquitter, aux autres de recevoir. Les étudiants de Picardie, réunis k Orléans en nation, étaient les représentants de cette prorince et particulièrement du chapitre, dont quelques membres pouvaient être au nombre de ces étudiants et même en former la majeure partie ; il est naturel de penser qulls eurent mandat de recevoir d'abord les vingt sous un denier, et que par la suite des temps, par les tolérances de cette époque, comme moyen de rattacher les Picards à leur pays, les étudiants continuèrent à percevoir ce droit (1).
Tout concourt à l'admission de cette supposition, et le jour choisi par les étudiants pour célébrer leur fête et recevoir la maille nous semble la manifestation la plus évidente de sa justesse*
Nous disions que les étudiants avaient commencé par percevoir vingt sous un denier de redevance , et nous nous appuyons sur une circonstance importante. Nous avons vu que dans un acte reçu par Pallu, notaire k Orléans, le 14 janvier 1416, la possession des étudiants picards de la perception du droit était si ancienne que de son commencement il n'y avait aucune mémoire d'homme: Tantoque tempore quodâe initiomefnoria hominum nonexistit ; or, la maiUe de Florence,
(i) Nous trouTons dans un mémoire fort étendu sur TUniversité d'Orléans» appartenant à la bibliothèque du petit-fils de M. Guyot, l'un des docteurs-régents de cette Université, on autre motif de la fondation et de la perception, par les écoliers picards, de la maille d'or. 11 y est dit : « La fondation etdbnation de cette ft maille vient de ce que Beaugency, ayant été assiégée par les Anglais, Ait secourue « et délivrée par les écoliers d,'Orléans, et notamm^t ceux de la nation picarde, qui « s'y firent paraître au-dessus des autres, en reconnaissance de quoi le comte de « Beaugency fit cette fondation l'an i2S5, de laquelle nous sommes annuellement a servis. »
GeHe cause et cette date de la fondation ne peuvent être admises : la fondation est antérieure à l'année 1265, époque à laquelle les Anglais n'assiégèrent pas Beaugency. L'auteur du mémoire a pu vouloir dire que, lors des guerres de l'Angleterre à la France, au commencement du XV» siècle, les écoliers picards se conduisirent si bien à ce siège, que la ville de Beaugency paya la maille entre leurs mains, au lieu de la payer au chapitre d'Amiens ; mais quelle que fïït la reconnaissance de la ville de Beaugency, elle ne pouvaitforcer les débiteurs à payer à d'autres qu'à leurs créanciers, et les créanciers à ne pas percevoir un droit préexistant. Pour cela, il aurait fallu que ce fût la ville qui eût contracté l'obligation, tandis qu'elle l'avait été par une trèsipetite partie de ses habitants seuls, détenteurs des biens chargés de la redevance.
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dont nous allons définir la véritable signification, ne pouvait être payée qa'au commencement du JTf^ siècle; ce n'est pas au XV<» siècle que l'on se serait servi d'expressions dont le véritable sens exprime une origine tellement ancienne et tellemeqt incertaine qu'elle remon-^ terait à une époque inconnue , si on avait voulu parler de la vMiUe d^or elle-même.
Ceci nous conduite examiner pourquoi le moyen de libération était ce qu'on appelle la tnaille d'or de Florence.
On a beaucoup disputé sur ce point.
En examinant la maiUe, on remarque qu'à la face elle porte l'ef-r figie de saint Jean^Baptiste, et au revers une fleur de lis avec ce mot: Florentia, On s'est demandé pourquoi un Saint-Jean, pourquoi cemot FlorefUia? car, a-t-on dit, rien ne rattacbe la fondation à ce saint, ni k la ville de Florence; et, se jetant dans la supposition, on a prétendu que cette pièce était en parfait rapport avec la monnaie frappée dans cette ville , depuis que Charles d'Anjou avait permis à ses habitants d'y mettre une fleur de lis. On a prétendu aussi que la tète de saint Jean-Baptiste, apportée de Constantinople à Amiens, étant déposée k côté des reliques de saint Firmin, où elle se faisait remarquer par les cures miraculeuses qu'elle opérait de l'épilepsie, appelée mal Saint-Jean, les Picards avaient pensé devoir placer l'eCfigie de saint Jeaû sur la médaille payée en l'honneur de saint Firmin (i).
Tout ceci nous parait devoir se résoudre par une considération bien simple : le florin, qui portait originairement i'efligie de saint Jean-^ Baptiste, est devenu une monnaie courante, et le roi qui l'a adoptée, Pbilippe-Ie-Bel , a voulu qu'on y gravât cette efiigie; Charles Y, dauphin et régent pendant la captivité du roi Jean, son père, a placé aussi un saint Jean-Baptiste sur la face de sa monnaie, et, sous les deux rois, le revers de la médaille portait une fleur de lis. On a payé la redevance de Beaugency avec un florin ; et si on a ajouté FlarenUa, que ne portaient pas les florins proprement dits, c'est qu'on a ajouté k ces fleurs de lis épanouies le mot qui, en termes de blason,
(1) Vpir Lemaire à ce sujet
exprime cette fleur elle-même (1) ; il est vrai qu'en même temps ce mot est le nom latin de la ville de Florence ; mais il nous parait évident que rien dans la pensée du débiteur de la redevance et de son créancier ne peut se rapporter à cette ville, à saint Jean-Baptiste, non plus qu'au règne de Charles d'Anjou. En général, les idées les plus simples sont les plus justes; et celle qui consiste k ne voir qu'un paiement k l'aide d'une monnaie ayant cours dans le royaume, alors qu'il fallait en efiet un paiement k l'aide d'une monnaie, nous semble bien préférable k toutes les explications les plus ingénieuses et les plus savantes.
Une objection pourrait être élevée : c'est que la maille ne s'appelle pas florin, que les florins ne portaient pas le mot Flormtta, et que depuis la disparition des florins du système monétaire en France, la maille s'est perpétuée avec les mêmes signes.
Nous dirons k ce sujet que si la maille ne s'est pas appelée florin, c'est qu'elle était encore plus la représentation d'une redevance féodale qu'un mode de paiement, c'est qu'elle était, par conséquent, bien plus une petite médaille ou maille qu'une monnaie (2).
Ces explications suffisent, ce nous semble , pour démontrer les nuances qui séparent la maUle du florin, tout en conservant son analogie avec lui.
Nous justifions notre proposition par les variations qu'a 8id>ies la médaille dans son. module.
L'un des livres de la nation picarde porte k sa première page un Christ , de chaque cdté de cette figure on a retracé une maille; sur la face, on voit un personnage que nous aurions pris pour un roi plutôt que pour un saint, si ce n'était le nimbe dont sa tête est ornée: ce personnage est en pied, couvert d'un manteau royal; sa
(1] Voir FuRETiÈBE et le Jtmmal de Trévoux. In imà homm i>arte inscolptiis fiiit flos UUi medi monetae nomen indictum ; in àUerâ effUîus sanetus Joannei Bôpiùta (Du Gange).
En blason, on appelle un écu florencé celui qui porte des fleurs de lis.
(2) Quasi medieUu nummi, dit Du Gange. Le même dit que du mot médaille on a formé celui de wiaille, qui a été d'abord attribué à toutes sortes de monnaies et qui est demeuré ensuite aux plus petites. (Voir aussi le Dictionnaire de Trévoux.)
DE l'université DE LOIS D'ORLÉÀNS. i7K
tôte est couronnée, it a un sceptre k la main ; & la légende, on remarque une croix.grecque avec la lettre 5, le mot Johannes et un B, enfin un signe que nous pensons être une tour; le revers porte , conune nous Tavons dit, un lis épanoui , une croix grecque k la légende et le mot Florentia.
Nous avions pensé d'abord que ce florin est celui qui fut frappé pendant la captivité du roi Jean , et que sa face n'est autre chose qu'une allusion à ce roi, dont la tour indique la captivité ; mais comme die est de ce côté en tout semblable aux florins fraj^ parPhilippele-Bel , excepté que ceux-ci portaient en légende ces lettres : P. Di. gra. Fra. R. (Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France ou des Français, nous avons abandonné cette idée (1).
Sous Louis Xm, époque à laquelle le florin n'avait plus cours en France, on voit disparaître de la légende du revers de la maUle, le mot Florentia pour faire place k celui de Ludovicus, ce qui démontre que dans l'origine on enlevait k la maUle le cachet monétaire appartenant au florin, et qu'on le lui restituait lorsque le florin l'avait perdu (2).
La réception de cette redevance, ainsi tombée dans les mains des écoliers de la nation picarde, donnait lieu k une cérémonie dont nous avons sous les yeux de nombreux pfocès-verbaux; il ne nous semble pas nécessaire de nous étendre sur cette partie de nos recherches; la parfaite conformité de tous ces actes entre eux nous fait une loi de nous tenir k l'examen d'un seul. Nous pourrions prendre au hasard, nous préférons cependant, k cause de sa clarté, celui qui fut dressé
(1) Un SftTant numismatiste de Beaugency, M. Dachalais, a publié dans la Revue nrnnismaiUgue française un article sur la maiUe d^or. Sa dissertation, tonte spéciale, est de nature à contrarier quelqaes-nnes de nos appréciations; mais conune il awue luiHBême que le problème historique delà maiUe, au point de Tue numismatique, est encore à résoudre et qu'il ne se charge pas de le foire, nous persistons dans ce que nous ayons dit à ce siyet.
(2) ^Ge que nous avons dit du double caractère de monnaie et de médaille, qui doit être attribué à la mafUtf^ est confirmé par cette circonstance que cette maille se frappait à Beaugency, chez le détenteur des biens grevés de la redevance, dont le successeur, M. PeUieux, fils de l'historien de la ville de Beaugency, possède encore le œin et U$ fers, au moyen desquels U renouvelle cette maiUe au profit des numismatistes désireux de la posséder.
par Jacques Hasnyer, notaire au chàtelet d'Orléans ; nous en extrairons les principaux passages :
« Aujourd'hui mercredi, 1? janvier 1616, jour et fête de saint c( Firmin (il aurait été plus exact de dire de l'Inyeptîon du corps de «r saint Firmin, la fête en l'honneur du martyr étant célébrée le K 25 novembre), fête des écoliers de la nation de Picardie et de «c Champaigne, estudiant en l'Université d'Orléans, Je)ian JoUy , « marchand, demeurant au Vivier, paroisse de Court-sur-Loire, au a nom et comme procureur spécialement fondé de 1^ procuration de ce Guillaume Jobanneau, sergent de la justice de la chasteUenie de a Court, s'est, en 1^ personne de Jacques Mnsnyer, notaire royal au a chastelet d'Orléans, et des témoins soubscrits, transporté en l'église a de Monsieur SaintrPierre^le-Puellier de cette ville d'Orléans, i <c l'heure de dix k onze heures du matin, où illec, pendant la leca ture qui se faisait à l'épistre de la grand'messe, ledit JoUy a préor sente aux procureur, recepveur et suppôts de laditte nation de cr Picardie, en la présence des recteur, docteurs et procureur général « de ladicte Université d'Orléans, une maille d'or, marquée d'une a fleur de lis, que ledit Jobanneau, comme sieur du rouage de la « ville de Beaugency, est tenu et obligé payer, bailler et présenter ic chacun an , jour et heure, auxdicts procureurs et suppôts de laa dicte natiop. v>
Il constate ensuite la réception de cette maiUe par le procfurateur de l'Université qui , o: à l'instant, l'a fait poiser par Auguste Poirier, lor maistre orfebvre de ladicte ville , et par le poids qui a été faict, a s'est trouvée poiser 3 deniers 17 grains, qui est le poids dont ^ elle doit être. »
On doit remarquer ici que le débiteur ne paie que copme sieur du rouage, tandis que, suivant les titres anciens, plusieurs immeubles el e^ses étaient chargés de cette redevance, et entre autres le roiuige de Beaugency ; mais, d'une part, les procurateurs étaient devenus négligents à constater les débiteurs de la redevance et les détenteurs des biens affectés k son paiement, et d'une autre part il suffisait qu'elle fût acquittée par un seul ou par tous.
Cependant, en 1619, on vit trois femmes de Beaugency se présen* Jer k l'office de Saint-Pierre-le-Puellier avec leur maille d'or.
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Au premier abord, k$ natùmaires se mutinèrent, disant que ce la a maiUe d'or ne devait point être présentée par une femme^ allégant <r qu'elle devait être apportée par le détenteur des biens, et non par ff personnes interposées^ » Une lacune existant an registre nous em-^ pèche de suivre le récit du procurateur, cependant nous voyons qu'au grand regret des nationaires la médaille est reçue ! .
« Je prie ceux qui nous succéderont, ajoute le procurateur, de « ne commettre jamais une telle faute. x> Il admet qu'une indisposition puisse empêcher le paiement direct, mais il soutient qu'on doit l'exiger du débiteur lui-même , et qu'en tous cas on doit en répons*ser la femme : Quia ab omnibus oficiis âvilibus et publicis removetur, quare fro alio intervenire non potest.
Ainsi^ ces trois femmes de Beaugency représentaient sans doute tous les détaiteurs des biens frappés de l'obligation de la mailk, et il ne faut pas induire du paiement de 16i6 que les débiteurs étaient réduits au sieur durouage, mais, au contraire, que ces débiteursétaient toujours les propriétaires des immeubles et choses dont l'énumération figure dans l'accensement de 1149.
Cette réflexion est démontrée par le nom que portait l'une des rues de Beaugency; on l'appelait la rue de la Maille, parce que les immeubles qui la composaient étaient presque tous affectés à son paiement. Cette rue s'appelle aujourd'hui, et depuis 1789, la rue de F Union, sans doute par opposition au droit féodal que son ancien nom rappelait et par allusion au mélange de toutes les classes de la société.
La formalité de l'épreuve du poids de la médaille était toujours remplie , et la nation picarde était tellement rigoureuse sur ce point qu'on l'a vue, en 1706, refuser la maille, parce qu'elle ne pesait que 2 deniers 16 grains 1/2, au lieu de 17.
Cette redevance a été payée jusqu'au 13 janvier 1789, jour auquel la nation picarde a fait célébrer la dernière messe en l'honneur de son patron.
Hais déjà de graves difficultés s'étaient manifestées a l'occasion de la perception de ce droit.
Nous avons fait connaître la réunion de la nation de Champagne h la nation picarde , et l'effort tenté pour réunir à c^ deux nations
celle de Bourgogne; la rénnion des deux nations et leur fusion en une seule devait^elle être un obstacle à ce que le droit, tout ï la fois réel et personnel, pût être exercé par d'autres que par les représentants de la nation picarde? On pensa qu'il pouvait être dévolu, car les Champenois fiirent associés k l'exercice de ce droit.
Mais ce ne fut pas tout encore : avec le temps, l'Université d'Orléans vitlenombredesesétudiantsdiminuer; il se trouvamême qu'en l'année 1673 aucun élève de la nation picarde n'étudiait k Orléans, et qu'ainsi on ne célébra pas la fête de saint Firmin, et qu'on ne dut pas recevoir de maille. Telle était du moins la prétention des détenteurs des biens frappés de la redevance ; ils allaient jiuqu'à vou^ loir se rédimer de cette onéreuse prestation.
De plus, la négligence apportée dans cette perception était telle qu'on se contentait depuis long-temps de recevoir la maille sans constater l'avoir reçue; on ne dressait plus d'acte notarié; les débiteurs voulaient invoquer la prescription; ils consultaient , et le bruit de ces intentions était parvenu aux oreilles des docteurs-régents de l'Université qui se livrèrent, pour laconservation du droit appartenant k la nation picarde et ne devant intéresser qu'elle, k une démarche que nous avons peine k comprendre.
Voici en quels termes est conçu l'acte dont nous nous occupons : <i J'ai, Charles Goullu, docteur*régent en l'Université d'Orléans, et lors a recteur en icelle, fait savoir aux débiteurs, par personnes non sus- <c pectes,que s'ils manquaient k la présenter, ils tomberaient dans la « peine du défaut de prestation ; que nous avions de bons titres, ce ce qui les a fait venir présenter la maille \e 13 janvier 1773. J'avais K adverti M^ Pierre Leroy, notaire royal au chastelet, qui s'y trouva a avec deux témoins. La compagnie y assista ; il fut dressé procès- <c verbal sommaire de ladite prestation, signé de nous tous, des écoi< liers, et entr'autres de H® Simon Coquault, natif de Rheims, k ce qui elle fut présentée. »
Ainsi, l'Université s'identifiait tellement avec le corps des étudiants qu'elle prend les fait et cause de ceux-ci , sthnule leurs débiteurs; et pour la mise en pratique et la cons^*vation du droit, dresse des actes et fait remettre k un étudiant isolé, natif de la province de Champagne, la redevance qui appartenait, suivant nous, exclusivement k la nation picarde.
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L'Université ne s'en tint pas Ik; elle se nût & la rechercbe de tons les titres; et le procès-verbal contient la nomenclature d'actes notariés et de sentences qui constatent la remise de la tnaUlê, ou les droits des étudiants.
Ces actes remontent à l'année 1ÎS36 et continuent jusqu'k Pannée 1673.
Tous furent levés par les soins des docteurs^régents et déposés dans leurs archives, et le recteur de l'année 1673 donne son avis pour la conservation du droit tel qu'il a toujours été acquitté depuis son mode 4e paiement transformé.
« Il faut^ dit-il, de temps en temps, faire reconnaître le droit , fc percevoir la maiUe, exiger titre nouvel, appeler, dans les occasions «c où elle est perçue, un notaire, qu'il rédige procès-verbal.
a Pour avoir déclaration d'hypothèque, sans bruit ni coût, il faut, «c k la première prestation qui sera en 1674, que Vescolier, à qui la « maUle sera présentée, demande à ceux qui la présenteront (le noie taire de l'Université ou autre présent)^s'ils sont seigneurs ou deb- «r tenteurs du rouage de Beaugency et autres héritages sujets k la « prestation de IsC maiUe, qui est ceux qui la doivent ; et si ceux qui « la présentent ne disent rien, déclarera auxdicts représentants que, « iaute de leur répondre qui ils sont, il ne veut recevoir ladite «r maHUs et l'ira quérir avec la nation, suivant les arrêts et santenees a sur ce intervenus ; (fest le moyen défaire parhr les muets. »
C'est ici le lieu d'abandonner un moment cet acte pour examiner quelle était la sanction de cette obligation de payer la maille. À défaut de paiement, le procurateur de la nation allait, suivi de tous ceux qui la composaient, précédés delà musique et de leurs bedeaux, k Beaugency, et Ik ils exigeaient la remise de la maiUe, et ils étaient indemnisés de leurs frais de séjour et de voyage par les débiteurs en retard de la payer. C'est ce qui est formellement énoncé dans l'acte de 1509.
Nos redierches se sont exercées sur ce point; mais nous n'avons rira trouvé dans aucun acte de procure qui nous révélât que cette partie des droits des étudiants ait été mise en pratique. On {^tend cependant que Calvin, en l'année 1530, faisant partie de la nation picarde, alla k Beaugency k la tête de tous ses co-nationaires, et mit
i80 HISTOIRE
aiosi les débiteurs de la maUU à rançon. Nous voulons bien croire qu'il en a été ainsi ; mais pour nous, nous nous bornons k constater ce que nous révèlent les pièces, objet de nos recherches.
Nous croyons devoir revenir à l'acte de 1773.
Une difficulté se présenta cependant k l'esprit du recteur de l'Université : S'il n'y avait aucun Picard à Orléans , k qui paierait-<»i le droit? Le recteur répond k cette question : A défaut de Picards; le bedeau peut le recevoir.
C'était, sans doute, bien loin pousser les choses que de transférer ce droit k un mercenaire et de le constituer représentant d'une nation qui disparaissait des études; mais il existait une raison que l'on s'empresse de faire connaître.
a Ce droit, ajoute le recteur, est k conserver k l'Université, les a débiteurs voudraient bien commuer la maiUe en monnaie oou- « rante; je serais bien d'avis de la commuer en un écu d'or, la nutille a ne vaut pas cinq sous^ plus; mais k la charge de payer le service au a sieur curé , et qu'k défaut de Picards ils la présenteraient k H. le a recteur : ce serait un beau droit pour l'Université, d
Le recteur aurait pu trouver un autre motif puisé dans l'écrit de l'institution des bedeaux qui, nous l'avons dit d^k, perpétuaient la nation auprès de laquelle ils avaient été admis, alors même que par une circonstance quelconque elle disparaissait; et qui restaient Ik comme un centre auquel on devait se réunir, où devaient se retrouver les livres ayant appartenu k la nation, les traditions de l'association et une initiation aux règlements qui l'avaient autrefois régie; et malgré ce caractère affecté aux bedeaux, ou pour mieux dire au bedeau général, nous ne saurions admettre qu'ils eussent qualité pour recevoir un signe d'hommage tout personnel k la seule nation disparue momentanément ou k toujours de l'Université.
Le recteur examine encore si l'on peut offrir la maiUe dans une autre église que celle de Saint-Pierre-le-Puellier ; il résout cette question par l'affirmative , mais il estime que le sieur curé doit se contenter d'un écu qui vaut 60 sous pour son service , et qu'il ne faut pas souffrir que V écolier qui a reçu la maille la porte à l'offerte , comme pour mreté de ce qu'il fmt pour le service, cela n^étant pas harinéte.
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n termine en conseillant de s'opposer ^ ce qu'il soit donné des rubans aux débiteurs, à qui, assure-t-il, il n'en est pas dû (1), et par mentionner des actes de prestation de la maillé dressés en i675 et i676.
Cet avis et ces actes nous semblent contredire un arrangement intervenu entre les Picards et les Champenois au cours de l'année i59i .
En l'année 157S, ils étaient convenus que les procurateurs seraient alternativement élus et pris dans les deux nations, et qu'ils recevraient ainsi alternativement la maille; mais les troubles étant survenus, ce traité entre les deux nations ne fut pas suivi.
En 1591, il fut renouvelé; il est vrai que les débiteurs pouvaient^ ce nous semble, refuser de payer k un Champenois ; cependant nous voyons un écolier né a Reims recevoir la maille en 1673, et en même temps le recteur de l'Université prétendre qu'k défaut de Picard ce serait entre les mains du bedeau que la redevance serait acquittée ; enfin nous le voyons prétendre assurer & l'Université ellemême ce droit d'une origine auœi spéciale et aussi relative.
La maille fut perçue jusqu'en l'année 1789, ainsi que nous l'avons fait remarquer ; les Picards continuèrent jusqu'à cette époque à fréquenter l'Université; et quoiqu'elle fût déjà dans un état de décadence qui devait faire prévoir sa fin prochaine, cependant le nombre toujours a^sez considérable de nationaires picards et champenois inscrits sur son registre rendit inutiles les précautions prises par le recteur, pour assurer, au profit du corps universitaire, en l'absence même de ces nations, l'exécution de l'obligation.
Telles ont été l'origine, les vicissitudes et l'extinction de ce droit, dont la prolongation suflSrait à constater la base sur laquelle reposait l*ordre social avant la révolution de 1789.
Nous pensons n'avoir plus rien à dire de la maille d*or de Florence.
Nous ne voulons pas, cependant, quitter la nation picarde et champenoise sans la suivre, ainsi que nous l'avons fait à l'égard de la na-
(1) On a été Jusqu'à prétendre que lliabitant ou les habitants de Beaugency qui se trouvaient à la cathédrale d'Amiens le jour de l'Invention du corps de saint Firmin, s'ils répondaient à l'appel qni était fait après l'épltrc, étaient nourris aux frais du chapitre et recevaient une paire de gants blancs.
tion germaniqoe, josque dans ses habitudes, ses eérémonies, ses ré« glements et ses plaisirs.
Cette nation, qui prenait le titre de fiddmima, et qui avait, comme nous rayons vu, ses statuts, ses (aciers et ses suppôts, ses élections et sa fête, devait tenir et tenait, en effet, une place importante dans la grande institution de l'Université d'Orléans; elle dut avoir ses querelles et ses luttes, car cette jeunesse aimait le bruit, l'éclat et les festins, et l'esprit de corps semble avoir été porté chez elle jusqu'à une sorte d'enthousiasme; mais les festins auxquels les réunions g^érales donnaient lieu n'approchaient pa$ de la magnificence des festins de la nation germanique.
Nous trouvcms, à l'année 1615, un détail très-circonstancié des frais auxquels donnait lieu la solennité de l'Invention du corps de saint Firmin :
a Chaque élève devait contribuer à ces frais pour la somme de <r 52 sous.
« Les officiers, ainsi que l'ancien de la nation, étaient exceptés de cette ccmtribtttion ; on invitait les maîtres, les bedeaux et l'avocat (1).
« La veille au soir, le procurateur devait faire donner une aubade « à chacun des écoliers et faire dire le service divin à Saint-Kerre- « le-Puellier ; le droit du curé était de 5 livres.
« On invitait les musiciens de Saint-Âignan à chanter la messe; « on leur donnait 4 livres.
a On donnait au chœur de la paroisse de Saint-Aignan âO sous;
« Aux marguilUers de Saint-Pierr&4e4^iellier, pour les tapisseries^ <r 5 livres 4 sous«
« Le procurateur devait faire six armùiries, deux de Picardie, deux « de Champagne et deux de sa famille , trais desquelles dwaiefit être «r devant Viglise et trois devant son logis. »
« n devait avoir tambours, fifres et trompettes pour la veille de « h fête à vêpres, et le jour à la messe.
<c II devait donner aux bedeaux à verge (ceux de l'église, cayr les « bedeaux des nationaires portaient la masse d'argent) sdon sa wa UnM.
(1) Gelai qui soutenait les droits de la nation devant les tribunaux, sans doute.
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« II devait avoir des flambeaux poar conduire les donneurs d'au- « bade.
a II devait donner une pinte d'hypocras à chaque docteur, à l'avo- « cat de la nation, au bedeau général et au chevalier du guet s*il « vetU.
« n devait donner ses livrées k chaque nationaire et aux bedeaux, a d'une aulne et demie de taffetas blanc et bleu.
« D devait faire faire leur collation k tous les nationaires à sa vo- « lonté.
« Enfin il devait donner 32 sous au serviteur de la nation. »
Nous avons un autre détail des dépenses bien plus étendu et bien plus dair.
On trouve à la page 52 du registre que nous avons plus particulièrement consulté, le mémoire suivant :
« Aux tambours et trompettes, 1 escu et demi ; aux violons et a hautbois, 5 escus; au peintre pour les armes, un escu; au curé <c de Saint-Pierre-le-Puellier, un escu; aux marguilliers, 25 sous; « pour le clocher de l'église, 20 sous; aux chantres de Saint-Aignan, « 1 escu 1/2; pour les tapisseries, 1 escu; à l'orfèvre, pour poids de « la fnaiUê, 7 sous 6 deniers; somme de la dépense et frais accescc soires, 12 escus; au pâtis^er, pour la viande du disner (où assis- « taienthuit personnes), 11 escus; au boullanger, 3 escus; pour le c( vin, 3 escus 2/3; pour la vaisselle, 20 sous; pour un panache au « recepveur, 55 sous. »
Les souscriptions ne nous paraissent pas avoir été toujours en rapport avec les frais que ces démonstrations devaient occasionner. Nous 'trouvons celles de Tannée 1593 qui ne comptaient que dix-sept noms; de 1594, qui n'en comptaient que quinze ; de 1595, qui n'en comptaient que huit; de 1613, qui n'en comptaient que vingt; de 1616, qui en comptaient trente-deux; de 1623, qui n'en comptaient que onze.
 partir de cette date on ne trouve plus aucune mention de ces souscriptions.
Ainsi, an cours des XYI* et XVn« siècles, c'est-à-dire dans les plus beaux jours de la présence des nations picarde et champenoise 2i Orléans, la moyenne des souscripteurs n'est que de vingt et un, ce qui
184 msTOiRc
donnait, pour chaque souscription, 35 livres 12 sous. H Ëiut croire qu'après la fête, chacun de ceux qui y avaient pris part ajoutait à ce qu'il avait donné, et que le droit de bienvenue servait également k parfaire ce qui manquait à la recette pour compenser la dépense.
Le paiement de ce droit de bienvenue était rigoureusement néces» saire pour entrer aux assemblées générales et y donner sa vcmx ; c'est ce qui résulte d'un règlement arrêté en 1592; les écoliers devaient l'acquitter l'un après l'autre, à moins qu'il, ne le Mt par des écoliers membres de la même famille, jaçoit que frères.
La somme n'était pas fixée d'une manière certaine ; il semble que Von prenait en considération la fortune de chacun des étudiante. En règle générale, cette somme était de cinq écus d'or, ainsi que cela est établi par une note placée en tète du règlement de 1596 : Novitii quinque omnes nummos naUoni sdvutU. Mais il est évident que cette somme n'était pas toujours exigée; on remarque, en examinant le détail des bienvenues payées, une grande inégalité entre elles.
Cet état de choses devait laisser une grande place à la faveur et donner lieu à quelques abus.
On sentit le besoin de fixer ce point important, et, en 1608, la bienvenue fut définitivement arrêtée à la somme de 2 escus, eutployàbUs au profit 4e$ écoliers et à leurs plus pressées et urgenies af-foires.
Il y avait aussi la ressource des amendes. Nous voyons dans ce règlement que ceux qui s'abstenaient de se présenter aux assemblées générales payaient 5 sous tournois.
Cependant, il parait que ces fonds n'étaient employés aux frais de la fête que par exception, car en l'année 1591, on prend une délibération expresse à cet égard, fondée sur le petit nombre des écoliers à l'Université, les donne^rs 4'esmse, les r^etanî, \e& calamités du temps et les guerres civiles ; et dans cet acte on déclare que la bienvenue «'emploierait toujours à la morfle (1), nkois Uplus souvenit à soulager la nation.
Lja nation n'avait pas, il est vrai, beaucoup d'autres dépenses ^ faire, car elle ne possédait pas de bibliothèque, et le bailliage lui avait
(i) No^s ayons vainement recherché lo sens de ce vieux mot
DE l'université DE LOIS d'ORLÉANS. 18S
prêté, ainsi qu'à la nation de France, une des salles du Chfttelet pour ses convmiai ou assemblées.
Enfin elle possédait une autre ressource sur l'origine de laquelle nous insisterons peu , et qui atteste l'antiquité de sa présence à Orléans. Ces ressources consistaient dans des services donnés par ses anciens fondateurs, en V Université, et remontant à 4826.
« Premièrement, en l'église de Saint-Pierre-Ensentelée, les gagiés « sonttenusde faire célébrer, tous les vendredis de l'année, une messe ce de requiem à sept heures, à laquelle, toutefois, ne sommes tenus «r d'assister; puis, le 26 août, sont tenus de faire célébrer une messe « dé requiem avec le libéra sur la sépulture du défunt fondateur, k a laquelle les procureur et receveur nationaires sont tenus d'assis- « ter, et doivent être advertis par MM. les gagiers, et chacun doit «c recevoir un sou de distribution. »
On croirait que ce sont les gagiers qui doivent recevoir la somme distribuée; le procurateur de 1591 nous apprend qu'il a assisté à ces ofiQces dans l'église de Saint-Pierre, et que les ga^ers auraient donné trois sous, savoir : un sou au procurateur et les deux autres aux rereceveur et bedeaux (1).
Ajoutons à tout cela la redevance de la maille dW, et nous ververrons que la corporation avait un assez grand fonds pour faire face il ses dépenses.
La fête de la nation n'était pas la seule occasion de se réunir et de se livrer aux plaisirs de la table : les élections étaient ordinairement suivies d'un festin; le procurateur de Tannée 1615 nous a livré les détails du repas auquel son élévation à ce grade a donné lieu :
« Le conoeniat (c'est ainsi qu'ils nommaient leur réunion gêné- « raie) achevé, nous allâmes dîner à l'hôtel de l'Escu, maîtresse hê- « tellerie de cette ville d'Orléans, lequel le receveur champenois avait «r fskix splendidement préparer. J'y obtins le maître degré d'honneur, a j'eus la première place, bon gré malgré la contestation qu'y voulut «c apporter le procureur déposé, ce que je prie mes successeurs de « remarquer et de s'en servir, le pareil débat survenant; durant le-
(i) L'église de Sadnt-Pierre-le-Piièllier devait célébrer une m^se quatre fçè» par. seBiaine, laquelle m dit de deux jours Vun, et le registre nous apprend que cette messe fut fondée par le pape Clément V, en 12â6.
186 HisTOims
« quel festin les tambours, trompettes, fifres, allmuërent te eœur des « plus refroidis, et les faisait autant souhaiter la guerre comme après tf ils furent désireux et apastis au jeu de cypris , et de feux tout ravis a de liesse d'ouïr la douceiu^ des violons et des sons tempérés de la « harpe ; les tables ôtées, nonobstant l'absence de quelques-uns muet tinés ou rebelles, nous allâmes jouer au cornichon pour te souper, « lequel ne fut en rien inférieur au précédent repas. »
Le lendemain, nouvelle fête ; te proeurateur ne peut s'cagager dans le récit de cette réjouissance :
« De vouloir décrire, dit-il, comme le soupper de cette nuit se « passa, je proposerais de nombrer les constels de l'Orient et les a sables de la rêveuse Afrique ; je vous dirai, seulement, que le dieu a Bacchus avait allumé de son doux nectar celui-ci; Vénus, qui « aime le vin, accompagna celui-là; Hébé, pour le bannissement de c( Yulcain, versa les pleins verres aux asustants; les coupes à la a santé du procureur et de la nation ne furent pas épargnées ; le dieu a Morpheus par après y survint qui assomma les convives qui furent <x réveillés par le son des tambours et trompettes, et tous unanime- (X ment résolurent d'aller donner les aubades du matin, afin que le « plus petit point fût gardé au traitement de ma- charge. »
Comme on le voit, l'orgie entrait dans l'économie des règlements des étudiants; les querelles et les défis n'en étaient pas absolument exclus. Le procurateur, qui semble avoir été ravi dans les plaisirs de la fête qu'il décrit, ne reculait pas davantage lorsqu'il s'agissait d'une affaire d'honneur; il nous raconte a que trois mois après, comme «I jamais rien ne demeure en même état, un je ne sais quel pédant a atioemol . voulut impudemment, comme je passais mon chemin, « marcher contre moi, et de faict m'osa pousser, ce qui ne resta pas « impuni, l'ayant repoussé; le lendemain, m'ayant manqué à quela que promesse (probablement au rendez-vous), l'éclipsé de son ab- « sence m'apporta aultant d'honneur qu'à lui de blftme; il en est a encore à se venger d'un soufflet qu'il a reçu de ma main. »
La querelle n'en resta pas là : les nationaires intervinrent, on se divisa en deux bandes; mais l'honneur de cette affiadre resta entièrement, si on doit l'en croire, à notre procurateur.
Ces luttes assez vulgaires, et dont plusieurs actes de procure nous
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offrent Texeniple, Paient de natore à troubler la travqitillité de la ville; comme les solennités de la fête patronale en étaient ordinairement l'occasion et, en tons cas, excitaient nne grande ablation dans la cité, l'antorité crut devoir quelquefois en arrêter les élans.
On rencontre plusieurs exemples de son opposition k ces solennités, notamment en l'année 1611.
Nous avons eu l'occasion de citer l'acte de cette procure lorsque nous avons voulu donner une idée du style et de la tournure de l'esprit à cette époque; nous devons y revenir, pour faire connaître les usages et les mœurs de ces associations.
Lors donc de l'élection du procurateur de cette année, U assigna jour à tous les nationaires à camparaUrê chss lui avec les mêmes équipages qui sont octroyés par privilège, savoir: « avec armes, tam- « bours et trompettes sonnantes, et même enseignes déployées; mar- « chant (continue le procurateur) en si bel ordre, nous fûmes disner <r à l'Escu, enseigne msdtresse, où chacun se comporta avec tant de a discrétion, que ceux qui nous virent sortir disaient que nous ve- K nions plutôt d'un sacrifice de vestales que de table. »
Cependant ce jugement, ainsi qu'on va le voir, ne semble pas avoir reçu un assentiment unanime. Le procurateur entame aussitôt le récit d'une scène qui va donner la mesure de son impartialité :
« Medio de fimie kporum « SmrgU ainwri oUqtM qniod in ^Mic foHtms angat.
a Et U n'y a de fête si javiale qui ne se puisse troubler par quelle ques incidents, car après nos modestes ébats, comme en bon ordre « nous marchions au long de la grande rue, void venir des sergents « apostés (ainsi fimt-il croire), qui s'adressèrent à nos joueurs de « trompettes, non au moindre des nationaires, craignaint la toucke, « leur faisant mandement de la part du prévôt d'Orléans de cesser ; « ced nous mit en trouble, d'où animés, nous redoublâmes comman- « déments qu'ils eussent k réitérer leurs sons, pour montrer toujours « que la fidélité de la nation picarde élève le front partout , et que la « force de notre Champagne alliée rompt toutes barrières de difficul-
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ce tés et ne peut se soumettre aux ^forts, sans force, d'une racadlle c( sergentesque. »
On craignit cependant de rencontrer des obstacles lors de la célébration de la fête; la très-fidèle Picardie et la très-forte Champagne ne dédaignèrent pas d'aller solliciter des magistrats la reconnaissance de leurs privilèges, et comme : faciU mutari non potesi quod per longa secula custoditum est ; que d'ailleurs : diutuma cansu^udo pro jure et Uge habetur, et enfin : quod diù wqvMm visum est id mdU improbare liceat, les deux nations réunies obtinrent toutes les autorisations qu'elles demandaient , de fêter dignement et bruyamment leur saint patron.
Cependant la veille, l'autorité, revenant sur sa dédsion, s'opposa aux promenades accompagnées de tambours, fifres et hautbois; vainement le procurateur disait aux agents de l'autorité : Bénéficia principum Uuissmê sùnt interpretenda, ils n'écoutaient rien. <r De « sorte que, de peur d'encourir la même peine qui advint aux Thé- « bains quand ils assistaient et présentaient sacrifices annuels à Ja- « laus, nepveu d'Hercule, nous fîmes célébrer la messe à Saint-Pierre- « le4^uellier par les musiciens de Saint-Âignan. v>
En d'autres termes, la fidélissime Picardie et la fortissime Champaigne n'eurent pas, quoiqu'elles en aient dit^ les autorisations demandées, et cédèrent devant l'autorité.
Ces oppositions se renouvelèrent quelquefois, et nous ne voyons pas, qu'à cela près de quelques forfanteries déjeunes gens , elles aient entraîné les étudiants à la moindre violence.
Les fêtes patronales avaient cependant un caractère religieux; nous avons constaté que ce sentiment était plus manifeste chez les nationaires allemands que chez ceux du royaume de France; mais en même temps nous avons considéré ces cérémonies comme un moyen de resserrer le lien national , et nous avons exprimé la pensée, dans laquelle nous persistons, que le sentiment religieux était d^autanti^ vif que les corporations d'étudiants étaient plus isolées et plus éloignées de leur patrie; nous en avons la preuve dans les détails que nous offrent les registres de la nation picarde.
Un orateur était entendu, qui prononçait tons les ans un discours
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pendant l'office : les procurateurs s'accordent pour vanter l'éloquence de leur orateur : « La messe dite, rapporte celui de 1591 , l'oraison a fut dédamée au grand contentement de toute l'assistance. »
Le procurateur ajoute : « C'est à remarquer que, depuis deux ans « toutes les autres nations n'ont iait les prières et oraisons le jour « de leur fête, et qu'il n'y a que la ndtre qui s'est maintenue et a « toujours gardé les bonnes coustumes, nonobstant la calamité du « temps, et que le nombre des nationaires eût été fort petit. »
Ce passage nous instruit, non-seulement de la persévérance avec laquelle on observait cet usage, mais encore de celle avec laquelle les cours étaient suivis.
Ainsi, au milieu des guerres civiles et religieuses, dans ces luttes de l'esprit de faction caché sous l'esprit de secte, on venait encore de pays, alors fort lointains, étudier k Orléans : ce fait révèle un grand amour de la science ; mais de la part des Picards, un véritaUe courage; car il devait être dangereux, à cette éjpoque, de se livrer à des actes religieux et de persister dans l'accomplissement des cérémonies du culte catholique.
Dans tous les actes de procure, ou à peu près, on trouve la mention de cette oraison prononcée par un orateur bien disant. L'un de ces actes, celui de 1611, s'exprime ainsi : c<H. Biot, orateur, sur les ce lèvres duquel les Grâces, jointes avec la déesse Pytho, semblent « avoir distillé le plus savoureux miel de bien dire, fut envoyé au- « près des ma^^strats pour obtenir le droit de parcourir la ville au « son .des instruments; et à la messe, après Toffertoire, il se mit en <c devoir de haranguer et de particulariser tant les louanges de saint «t Firmin que celles de l'une et l'autre nation. »
Un autre (1626) nous apprend que « l'orateur récita les louanges « de Monsieur saint Firmin et celles de la nation, où il se montra « fort éloquent, x» Il ne parait pas que cet orateur fût ecclésiastique; il semble, au contraire, avoir été pris parmi les nationaires et n'avoir pas eu ce caractère, du moins il n'en est fait mention nulle part, et cependant ce fut en chaire qu'il prononça son discours.
Ces réunions, animées tout à la fois par le sentiment religieux , par la puissance de la parole , les flatteries de l'éloquence et les licences de la débauche, devaient produire une grande intimité entre
les hommes des mêmes contrées, et d'autant plus serrés entre eux qu'ils étaient plus séparés de tous ceux qui partageaimt leurs études; la pensée de la suprématie, le désir d'obtenir la plus grande part de considération étaient entretenus par ces cérémonies et ces assemblées, et tout concourait ainsi à la persévérance dans une séparation que tout aurait dû concourir à faire cesser.
Et cependant on a vu que les mœurs, plus fortes que les institutions , tendaient à opérer une fusion qui devait être telle un jour qu'il n'y aurait plus qu'une seule loi pour un seul peuple : les Picards s'unissant aux Champenois se rapprochent, autant que posâble, des Français; les Bourguignons essaient de se mélange aux Picards, et ce n'est que pour obéir à des préjugés et à des souv^rs qui allaient s'affaiblissant chaque jour , que les corporations restent séparées les unes des autres.
Deux éléments commençaient d'ailleurs k lier les nationaires entre eux et en inéme temps à les désunir : soumis k une loi distincte par leurs règlements particuUers, ils étaient soumis à une même loi par les règlements généraux. Lorsque le temps sera venu, nous nous occuperons de ces derniers règlements; mais nous ne voulons pas quitter la nation picarde sans examiner ceux qui leur appartenaient.
On en rencontre deux, l'un k la date du 19 octobre 1596, l'autre du 21 janvier 1651.
Le premier est intitulé : StaîtUa fiddismMB Picardiœ et fortimmm Campaniœ, labore et diligentia Jacobi Leroy, AbtHwiUœi, ejusdemque nationis procurcUoriê his inscripta anno 4596, die 49 octohrie.
Le second était intitulé : Canstituiifmee fidelissinuB nationis Picar^ diœ et fortissimœ Campaniœ nuper à Simone Coppesio, Treceneis, juxta veterum privUegiorum marem reseriptœ, ae demum ab omnibus hvjusce nationis officiariis et suppositis comitiis habiUs ad hanc rem confirmaUB.
Ce dernier règlement a, comme <m le voit, été transcrit d'an** ciens privilèges, confirmés par délibérations des comices des deux nations, sous la procure de Simcm Coppois, de Troyes.
Ces statuts ont beaucoup d'analogie entre eux; les uns et les autres ont pour objet de régler les devoirs des procurateurs et attestent l'importance que l'on attachait k cette dignité.
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«[ Si quelqu'un d'entre nous, ce qu'à Dieu ne plaise, refuse la a procure, il paiera trois écus d'or, il sera noté d'inÊunîe, et du a consentement unanime, il sera rejeté du corps de la nation. » (Art. !•'.)
Cette fonction se donnait ezolusiTement k ceux qui ayaient obtenu le grade de bachelier. (Art. 3.)
« Le procurateur, dans le cercle de sa mission, ne doit rien faire « de contraire aux intérêts de la fidélissîme nation ; mais il doit agir <r pour son avantage et sa prospérité, et il en prête publiquement le « serment lorsqu'il postule le procurât.
L'art. 5 est copié sur les ré^ements de la nation germanique :
a Si quelqu'un de nous vient k mourir, tous les nationaires, avec « respect, en habit décent et une torche en main, conduiront le corps K da défunt; le plus ancien dans la corporation (afin que les nonces « le discernent plus facilement) aura le pas, et ceux qui tiendront «t prendront leur rang k mesure qu'ils arriveront. »
Nous avons vu plus haut ce qui est décrété par l'art. 8, dans la prévision d'une querelle et des secours que la nation accorde k chacun de ses membres. Nous ne reviendrons pas sur cette disposition, qui est, comme nous l'avons fait observer déjk, empruntée aux règlements de la nation germanique et aux anciennes ghildes.
L'art. 9 prescrit aux procurateurs le devoir de transcrire sur le registre tout ce qui arrivera et tout ce qui lui paraîtra utile au cours de sa procure.
L'art. 10 prescrit les honneurs funèbres k rendre au procurateur, s'il meurt dans l'exercice de ses fonctions : ot Dans ce cas, y est-il a dit, tous les nationaires conduisent le corps du défunt avec un grand a appareil, et en faisant les dépenses convenables, k l'église et k la «r fosse; il en sera de même de l'ancien procurateur. »
L'art. 11 prévoit le cas où un étudiant s'éloignerait de la ville pour aller étudier dans une autre, et décide que si cette absence se prolonge l'espace d'un an il perd ses droits d'ancienneté.
L'art. 12 prescrit de célébrer la fête de saint Firmin, patron de la nation, avec un grand appareil.
El enfin l'art. 15, ainsi que nous l'avons vu, établit que ceux qui
refusent de payer le droit des nationaires seront privés de tous les honneurs et dignités de l'association.
Nous ne croyons pas devoir transcrire en entier le second de ces règlements, portant la date du 12 janvier 1651, parce qu'il n'est que le complément du premier. Son principal objet est de régler les détails, dans ce qu'ils ont de plus minutieux, des devoirs du procurateur. Nous nous bornerons, après avoir bien déterminé, par les termes de ce second règlement, les véritables conditions de l'association et le lien moral des nationaires, à en extraire quelques articles qui nous ont semblé ne pas rentrer absolument dans les termes des dispositions du premier. Nous en agirons ainsi , d'autant mieux que le 12« article qui termine cette seconde délibération maintient les dispositions de la première : Nwitnem tammpmcisconstùutioniSms quœ initio libri reperiuntur liberanto.
L'art. 5 fixe à quatre écus d'or le droit de la nation, k la charge de tous ceux qui voudr<mt en faire partie et même de ceux qui voudraient prendre des grades. Cette somme devait être payée dans les huit jours entre les mains du questeur ou du procurateur, et sur ces quatre écus d'or, quatre quadrilles appartenaient au procurateur, le reste devait être emplo'yé k l'usage de la nation.
Comme on le voit, la somme exigée était bien supérieure à celle fixée par la délibération spéciale de 1608 : déjk le luxe augmentait, et par conséquent le besoin de la dépaise : les contributions des associés devaient être plus fortes.
Le questeur était tenu de rendre compte, tous les mois, de sa gestion devant le procurateur et les autres officiers qu'il convoquait chez ie scribe. (Art. 5.)
Enfin, par l'art. 10, on réglerait l'amende que devaient supporter ceux qui, convoqués pour une assemblée générale, ne s'y rendraient pas; cette amende était fixée k deux quadrilles.
Nous avons interrogé, dans cette partie de nos recherches, les dO' cuments qui pouvaient nous servir k reconnaître et k déterminer avec certitude les privilèges généraux inclinant k la nature de privil^es particuliers concédés k chaque nation; nous avons ensuite déterminé ces privilèges particuliers aux deux nations principales qui,
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avec d^aatres nations moins nombreuses et avec celle de France, étudiaient k l'Université d'Orléans; nous avons tâché de suppléer k l'absence regrettable des documents émanant de ces nations par ceux que nous ont laissés les nations germanique, picarde et champenoise, pour connaître la situation des autres corporations d'étudiants, en assignant, autant que possible, la part appartenant à chacune d'elles dans ces immunités.
Nous avons vu que toutes les nations avaient, ainsi que la nation picarde, leurs officiers produits de l'élection, leurs règlements et leurs droits, leur discipline, leur caisse commune; qu'ainsi elles avaient leur procurateur, leurs questeurs, leurs conseils, leurs bedeaux k masse, leurs armoiries, nous pourrions ajouter leurs bannières et leurs sceptres, ainsi que cela résulte de quelques passages des actes de procure et de quelques comptes répandus dans les registres de la nation germanique ; nous avons vu aussi en quoi consistai^t ces droits et ces privilèges, dont les conséquences étaient souvent vexàtoires et le plus souvent puériles et frivoles.
n nous sera [permis désormais de parcourir les autres parties de DOS travaux sans mélange de ce qui est relatif k chacune des nations d'étudiants, et d'aborder la véritable constitution de l'Université.
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