UO HISTOIRE
tant a profit quelques intervalles de raison , résolut de marcher lui-même contre les ennemis de son peuple. Au moment où il sortait de Paris, le rec- Jeur le harangua et le supplia, dans les termes les plus énergiques, de rétablir la paix dans sa maison. En même temps , l’Uniyersité demandait au ciel, dans des prières publiques, la fin de la guerre civile, qui désolait la France : « Le sabmedy, quatrième jour du mois de juin de l’an 1411, dit l’auteur du Journal d’un Bourgeois de Paris, toute l’Université, de quelque estât qu’il lust, sur peine de privation, furent à Ja procession, et les petits enfants des escoles, tous nus piez, chacun un cierge allumé en sa main , aussi bien le plusgrapd que le plus petit, et s'assemblèrent en cette humilité à Sainte-Catberin,e du Val-des-Escoliers, portapt de saintes reliques sans nombre. Là chantèrent la gpant messe, puis revindrent à cueur jeun L v Deux ans auparavant, jl y avait eu une première procession remarquable par l’affluence de maîtres et d’écoliers qpi la composaient. Partie de Sainte-Geneviève pour aller à l’abbaye de Saint-Denis, elle était si nombreuse , que la tête du cortège entrait à Saint-Denis, quand le recteur était encore dans la rue des Matliurins 1 * 3 . Mais, à part quelques honorables exceptions , là se bornèrent les efforts de l’Université pour obtenir le retour de l’ordre et de
1 Collect. des mémoires relatifs à V Hist. de France , par
KIM. Michaud et Poujoulat, première scrie, II, 635.
? Dubrcuil, 6.1L
DE L’UNIVERSITÉ
la paix ; elle ne voulut s’imposer aupun sacrifice, et elle refusa obstinément de contribuer aux taxes demandées par le roi.
Lorsque les Cabochiens , les partisans du duc de Bourgogne, se furent rendus maîtres de la capitale , l’Université, dominée par quelques factieux, fut en quelque sorte complice des excès populaires. Son orateur, Benoît Genlieu, député aux états généraux de 14 î 3, se plaignit de la mauvaise administration des finances, et reprocha à Charles VI de ne point suivre les exemples de son père : « Sire, dit-il en terminant, l’Université votre fille et vos bons et fidèles bourgeois en ont beaucoup de doulepr. » Ce discours parut trop modéré aux factieux, et l'Université demanda au roi une nouvelle audience. L’orateur de la compagnie, le carrpe Eustache de Pavilly, attaqua sans aucune mesure les fautes du gouvernement et les prodigalités de la coqr. « Toutes ces choses, sire, ajouta-t-il, l’Université ne vous les a point dites pour en tirer un avantage personnel, mais pour faire son devoir; chacun sait que ce n’est pas elle qui est accoutumée d'avoir les offices et les profils; elle ne se môle que de ses éludes et de vous remontrer ce qui touche votre honneur et votre bien. » Ce fut ce même Eustache de Pavilly qui osa dire au Dauphin, quelque temps après : « La folie du roi, votre père, et la mort du duc d’Orléans sont les châtiments de leurs débauches; si vous les imitez ou si vous ne changez de conduite, on vous privera de la couronne. » Les honnêtes gens, qui eurent le courage
de protester contre ces excès, furent poursuivis par le parti dominant; la populace saccagea la maison du vénérable Jean Gerson, chancelier de l’Université, l’auteur de Y Imitation de J. -C. , et lui-même n’échappa à la mort qu’en se cachant sous les voûtes de Notre- Dame.
La pire de toutes les tyrannies est la tyrannie du peuple. L Université, indignée de subir le joug des compagnons de messires Caboche et Capeluehe, boucher et bourreau de la ville de Paris, revint à des sentiments plus modérés; elle maintint seule, suivant les expressions d’un vieil historien, «l’honneur, le respect de la vraie religion et l’amour du bien public. » Aussi les princes vinrent-ils en personne la remercier de ses louables efforts à combattre l’anarchie. « Le 7 août 1413, le duc de Guyenne accompagné des ducs de Berry, de Bourgogne, de Bavière et de Bar, se rendit aux Mathurins, où l’Université était assemblée, et témoigna tant d’affection à toutes les facultés qui composent cet illustre corps, que jamais elles ne reçurent plus d’honneur d’aucun fils de France x . » Quelque temps après, le duc de Bourgogne se vit obligé d'abandonner Paris. Gerson demanda alors et obtint la condamnation des infâmes doctrines, soutenues par le cordelier Petit , et l’apologie du guelà-pens de la rue Barbette fut brûlée publiquement, par ordre de la faculté de théologie, sur le parvis de Notre-Dame, le 13 février 1414. On songea ensuite à
* Félibien, II, 770.
DE i/umvEBsmi. fjg
rendre les derniers honneurs à la mémoire de Louis d’Orléans. Au commencement de l’année suivante, l’Université assista aux obsèques de ce malheureux prince, et l’oraison funèbre fut prononcée par deux de ses docteurs, Gerson et Jean de Courtecuisse. Le 10 juin de la même année , la nation de France fit célébrer un service solennel, et ordonna une procession générale. L’invasion des Anglais, qui mit le comble aux malheurs du royaume, ayant exigé, en 1418, le prélèvement d’un impôt extraordinaire, le corps enseignant voulut y contribuer, « pourvu toutefois, dit-il, que l’exemple ne tirât pas à conséquence. » Le roi accepta, mais il exempta de cette imposition les docteurs et les maîtres, dont la plupart n’avaient que de faibles ressources pécuniaires. L’Université était redevenue la très-amée fille du roi, et Charles VI ne dédaigna pas de venir assister plus d’une fois à ses assemblées ’.
Le recteur avait fait chasser de Paris les suppôts, partisans déclarés de Jean-sans-Peur ; la majorité dé l’Université prêta serment de fidélité au roi, et cinq cents écoliers furent désignés pour défendre Paris contre les attaques des Bourguignons. Ces mesures énergiques attirèrent sur l’Université toi^e la haine de la faction contraire. Dans la terrible réaction qui
1 Entre autres occasions, lejourdela fête de Saint-Guillaume, en 1417. La nation de France donna aux chevaliers qui accompagnaient le roi, et à ses suppôts, un déjeuner dont la dépense totale monta à 11 livres 11 sous 4 deniers, Crévier. III, 382.
M3 mÿt §£
HISTOtSE
suivit la prise de Paris, au mois de mai 1418, un grand nombre de clercs furent massacrés par la populace comme Armagnacs; et bientôt après , îean-sans- Peur obligea l’Université à révoquer la condamnation qui avait été portée contre la doctrine de Petit. Après Fassassinat du duc de Bourgogne, dont le recteur Larcher prononça Foraison funèbre, la situation de la compagnie fat triste et misérable. Livrée à un désordre inouï, dominée par les Anglais qui ne respectaient même pas ses privilèges et Faceablaient d'impôts, abandonnée par les honnêtes gens, par les bans clercs qui se rendaient à l’Université de Poitiers, auprès de leur souverain légitime , Charles VU, TUniversité de Paris n’avait plus que le souvenir de sa splendeur passée. Une réprobation éternelle doit s’attacher au nom tristement célèbre de Pierre Cauchon, conservateur apostolique de l’Uni versitê, et à ceux des docteurs anglo-bourguignons, qui, oubliant tous principes d’humanité, de morale et d’honneur national, se distinguèrent par leur acharnement fanatique contre l’héroïque jeune fille, connue sous le nom de la Pucelled’Orléans. Aussitôt qu’elle fut tombée au pouvoir des ennemis, les clercs s’empressèrent de demander sa mise en jugement, et ne cessèrent point d’écrire au roi d’Angleterre, au duc de Bourgogne et k Jean de Luxembourg au sujet de « telle femme qui se dit la Pucelle, au moyen de laquelle l’honneur de Dieu a esté sans mesure offensé, la foi excessivement blessée, et l’Église trop fort déshonorée ; car, par son occasion, ydolàtries, erreurs, mauvaises doctrines et
de L’tmmERsni.
antres maux et inconvénients irréparables se sont ensuivis en ce royaume. Et en vérité, ajoutent les clercs, tous loyaux chrestiens vous doibvent mercier grandement d’avoir fait si grand service à nostre saincte foi et à tout ce royaume; et quant à nous, nous remercions Dieu de tous vos ouvrages et vostre noble prouesse, tant comme le povons ; mais peu de chose seroit avoir fait une telle prinse, s’il ne s’ensuivoit ce qu’il appartient pour satisfaire à l’offence par icelle femme perpétrée contre nostre très doux créateur.... Et ce seroit intolérable offence contre la majesté si cette femme demeuroit en ce point, et qu’îi advînt que cette femme fût délivrée ou perdue, comme ont dit aucuns adversaires soi vouloir efforcer de faire, et appliquer tous leurs entendements, soit par argent ou rançon; mais nous espérons que Dieu ne permettra pas advenir un si grand mal sur son peuple, et que ainsi vostre bonne et noble prudence ne souffrira pas, mais y saura bien pourvoir convenablement; car si ainsi estoit foicte délivrance (Ficelle sans convenable réparation, ce seroit déshon** neur irréparable à vostre grande noblesse et à tous ceux qui de ce se seroient entremis. »
Le procès de Jeanne d’Arc commença et l’Université de Paris, vendue aux Anglais, continua son infâme rôle. « Lorsque les juges se trouvaient empêchés dans les réponses de la Puœlle , dit on vieil historien, ils lui en éerivoient afin d’avoir son opinion ; elle s’assembloit tantôt aux Bernardins, tantôt aux Mathurins, et pour cette cause le procès est plein
d’une infinité de ses avis. » Six membres de la faculté de théologie furent envoyés à Rouen en qualité d’assesseurs, et l’on rédigea douze articles contenant les griefs du procès, qui furent soumis à la délibération des facultés de droit et de théologie par deux de ces assesseurs x . Il est inutile d’ajouter que la décision des docteurs fut conforme aux désirs des bourreaux de Jeanne d’Arc. Les clercs écrivirent en môme temps à l’évêque de Beauvais et au roi d’Angleterre pour les féliciter de la grande gravité qu’on avait tenue au fait de Jeanne d’Arc et de la sainte et juste manière de procéder des juges , dont chacun devoit être bien content. L’Université finissait son message par exprimer le vœu que cette affaire fût menée par justice brièvement , car la longueur et dilacion estoient périlleuses pour le peuple , qui pour icelle femme avait été moult scandalisé 3 .
On connaît la fin de ce triste procès, la honte éternelle du peuple anglais. A la nouvelle du supplice de Jeanne d’Arc , l’Université ordonna « une procession générale à Saint-Martin-des-Champs , où un frère dominicain fit une déclamation contre cette pauvre fille pour montrer que tout ce qu’elle avoit
‘ Ces deux assesseurs e'iaicnt Jean (ou Pierre) Morice et Nicolas Midi; ils appartenaient tous deux à 1 Université' de Paris. Dans une lettre au roi d’Angleterre , l’Université fit valoir les fatigues et les périls du voyage. Les frais leur furent largement payés à leur retour. — Notice sur Jeanne £ Arc, par MM. Michaud et Poujoulat, 1837, in-8°, 156.
* Notice sur Jeanne d’Arc , iliid.
Digitizec
DE l’üKIVERSITÉ. ai
fait, c’était œuvres du diable, non de Dieu. » Mais les Anglais et leurs dignes acolytes ne purent anéantir l’esprit national ; à la voix du roi de Bourges , qui devait être bientôt roi de France, les bons citoyens, nobles ou manants, coururent se ranger autour de l’antique bannière aux fleurs de lis. Les partisans de l’étranger, effrayés de cette réaction , se cachèrent ou firent amende honorable, et l’Université , revenue à des sentiments plus nationaux , se déclara peu à peu contre les Anglais. Le duc de Bedford acheva de s’aliéner les clercs parisiens, en créant une nouvelle Université à Caen (1431). Le recteur, en blâmant devant le parlement certains décrets du gouvernement , ne craignit pas de dire « que de semblables ordonnances devraient plutôt être appelées désordonnances , » et quelque temps après, on changea le nom de la nation d’Angleterre en celui de nation d’Allemagne 1 . En 1432, l’Université de Paris envoya des députés au duc de Bourgogne pour qu’il cherchât à mettre fin aux maux qui désolaient le royaume, et l’année suivante, quand PhiHppe-le-Bon vint à Paris, elle l’engagea vivement à s’unir au parti d’Orléans contre les Anglais. Elle envoya enfin des députés à la conférence que le duc avait indiquée à Arras, et où il conclut cette paix célèbre, signal du triomphe de Charles VII.
Le 13 avril 1436 , le duc de Bourgogne fit son entrée à Paris au nom de son roi légitime. « Et le
1 Crcvier, IV, 79.
Hisroinf
vendredi ensuyrant , dit le chroniqueur , pour U grâce que Dieu a voit faite à la ville de Paris, fut faite la plu» solennelle procession qui fut faite pi$é avoir cent ansj car toute l’Université, petits et grands, furent à Sainte-Catherine-du-Val des Écoliers, chacun ung cierge ardent en sa main , et étaient plus de quatre mille j sans autres personnes que prêtres et écoliers '. » Les facultés contribuèrent en outre de leur plein gré à un impôt extraordinaire, qui devait subvenir aux frais de la guerre. A l’entrée de Charles VII dans sa capitale, le 12 novembre 1438, elles se rendirent au-devant du roi, le haranguèrent h Notre-Dame, et le complimentèrent de nouveau, le lendemain , à l’hôtel Saint-Pol, en présence de toute la cour. Plus tard , les docteurs firent amende honorable en réhabilitant la mémoire de Jeanne d’Arc. Çe fut maître Robert Cibolle, chancelier de l’Université, qui le premier écrivit pour la révision du procès de l’héroïne d’Orléans.
L’Université, qui ne paraîtra plus sur la scène politique qu’à l’époque de la Ligue, se borna dès lors à son administration intérieure et à ses propres affaires. Elle envoya des députés au célèbre concile do Bâle, qui produisit la Pragmatique-sanction et où l’on s’occupait delà réforme de l’Église. Les Facultés écrivirent à leurs envoyés : « Nous vous signifions que notre intention n’est pas que nos privilèges soient
1 Journal d'un bourgeois de Paris, Collect. Micbaud , t. III ,
de l’ukivmüute. tt9
soumis à aucune discussion devant quelque juge que ce puisse être ; nous voulons qu’ils soient supposés et reconnus pour des principes avoué», parce que, d’une part , ils sont fondés sur le droit commun et que de l'autre, leur exercice constant et notoire de toute antiquité fait prescription et vaut titre. » Ainsi que nous l’avons vu mainte» fois, aucune corporation ne défendait ses privilèges avec plus d’audace et de courage, l’Université de Paris ne laissa jamais un outrage impuni. En 1440, Jean Bayart, Colin Feucher et Arnoulet Pasquier, sergents à verges , accompagné» d’un meunier, nommé Gilet Kolaud , et de Guillaume deBesençon, faiseur de cadrans , arrachèrent du couvent des Augustin», Nicolas Aimery, maître en théologie, et tuèrent dans le tumulte un religieux qui leur taisait résistance. L’Université prit aussitôt la défense desAugustins, membres de la compagnie. Les coupables firent amende honorable, en chemise^ nus pieds et tenant une torche allumée ; ils forent condamnés à une amende de mille livre pariais, puis leurs biens furent confisqués ©t eux-mêmes bannis à perpétuité. Enfin , un bas-relief, qui attestait la réparation faite à l’Université , fut placé à l’angle de la rue et du quai des Augustins 1 . Les clercs ne l’emportèrent point , quelques années après; l’abus qu’ils faisaient de leurs privilèges devenait intolérable. Us refusèrent de donner leur part d’un impôt ordonné en 1446, et ils méconnurent la juridiction des com-
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missaires du fisc, prétendant ne pouvoir être jugés que par le roi. En même temps, suivant l’usage, les classes furent fermées. Charles VII en ordonna la réouverture , refusa de juger les affaires du corps enseignant, et le soumit à la juridiction du parlement, qui , suivant les propres expressions de l’ordonnance royale , « connaît, décide et détermine tous les jours de moult plus grandes choses que celles de ladite Université. » Le scandale fut grand dans les classes, et la décision du roi exaspéra les maîtres et les élèves : « La cour de parlement, disaient-ils, est la sœur de l’Université et non pas sa maîtresse. »
Le prévôt de Paris faisait fréquemment emprisonner des écoliers, sans égard pour leur qualité. Le Châtelet en renfermait plus de quarante, en 1453, quand le recteur, sur l’ordre de l’Université, se présenta chez le prévôt pour les réclamer : ils lui furent rendus. Il revenait avec un cortège nombreux dans la rue Saint-Antoine , lorsqu’il fut rencontré par un commissaire accompagné de huit archers. Une rixe s’élève : un bachelier en droit , Raimond de Mauregard, est tué; vingt écoliers sont blessés; le recteur lui-mêmeeûtpérisans le secours d’un bourgeois, qui arrêta le bras d’un arbalétrier prêt à le percer d’une flèche. Les bourgeois qui s’étaient armés avaient tendu des chaînes dans les rues. L’Université fit célébrer, le lendemain, le convoi du malheureux écolier. Toutes les leçons , toutes les prédications cessèrent , et une députation fut envoyée au parlement pour demander le châtiment des coupables et la mise en
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de l’université.
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cause du prévôt de Paris. Un arrêt du parlement, du 21 juin 14B3, condamna les archers à faire amende honorable à l’Université, nus en chemise, une torche à la main ; celui qui avait voulu tuer le recteur eut le poing coupé; mais le prévôt fut renvoyé de la plainte. Cette décision parut si peu satisfaisante à l’Université, qu’elle déclina la juridiction du parlement, continua de suspendre tous les cours, et se montra très-hostile à l’évêque, parce qu’il avait refusé de mettre la ville en interdit. L’année suivante, les classes furent enfin ouvertes et les sermons autorisés, excepté toutefois dans les paroisses de Saint-Paul, Saint-Gervais, et Saint- Jean-en-Gréve, sur le territoire desquelles l’attentat avait été commis, et dont la population, à ce qu’il paraît, avait pris parti pour les archers. Un arrêt du parlement ordonna qu’une colonne serait élevée sur le lieu du crime, avec une inscription destinée à en perpétuer le souvenir : mais cet arrêt ne fut jamais exécuté 1 .
L’Université eut à cette époque de nouvelles contestations avec les religieux Mendiants , qui avaient obtenu du pape Calixte III la permission de confesser. Les Mendiants furent exclus de toutes les Facultés. Le connétable de Richemond interposa son autorité, et présenta lui-même à l’assemblée des clercs les députés des moines : « Messieurs, dit-il, je vous ramène ces bons religieux , qui n’étaient pas bien avisés, et je vous prie, mes bons seigneurs, que, en faveur de
* M. Dubarle, I, 268 et *unr.
BUTOIRS
moi et pour te bien du pays, il vous plaise de les recevoir comme vos suppôts, de les traiter araiablement comme devant. » Cette réconciliation ayant été désapprouvée par le général des dominicains, la querelle recommença malgré les menaces du pape, qui écrivit au roi , pour se plaindre de la présomption criminelle de sa fille aînée. En 1458 , les religieux Mendiants renoncèrent à leurs prétentions, et rentrèrent dans le sein de l’Université. A la même époque la compagnie eut une violente querelle avec la cour des aides, qui méconnaissait ses privilèges. Pour obtenir justice, le corps enseignant ordonna la suspension générale des sermons dans Paris, et, résistant aux ordres du roi, il fit excommunier les agents fiscaux dont il croyait avoir à se plaindre (^20 mars 1460). 11 menaçait déjà de fermer les classes , lorsque Charles Vil céda à ses remontrances. Les clercs restèrent, il est vrai, soumis à la juridiction de la cour des aides , mais ils eurent près de cette cour un magistrat spécialement chargé (j^lpjura intérêts, sous le nom de conservateur.
Malgré ces troubles et ces querelles, si funestes aux progrès des études, l’Université se signala, sous ce régne, par d’importantes améliorations. Une réforme était nécessaire, après tant d’années de désordres. Le parlement fut chargé de cette tâche difficile; le recteur s’y opposa et ordonna une réforme ; mais ce long travail n’avançait pas. Charles VII demanda au pape un légat extraordinaire, ce fut le cardinal d’Estouteville, auquel il joignit des commissaires presque tous membres du parlement (1452). Le statut qu’il» ar-
DE L’UNIVERSITÉ
rêtèrent contenait des règles pour les quatre facultés. Ou remit les anciennes dispositions en vigueur, en les modifiant selon les besoins des circonstances. Dans la faculté de théologie, le temps d’étqde pour acquérir la permission d’enseigner fut réduit à cinq ans au lieu de sept j les droits excessifs de la faculté de droit furent fixés à la somme , encore considérable pourtant , de sept écus d’or pour la licence et de douze pour le doctorat. On concéda aux médecins la permission de se marier, sans perdre les droits de régence (le mariage était, au moyen âge , considéré comme incompatible avec les sciences, et cette absurde coutume privait de leur grade et de leur titre les maîtres qui ne gardaient point le célibat.) Le statut s’occupa de toutes les branches d’enseignement, de l’administration, de la discipline, et réprima l’extension du privilège scolaire. Enfin , les commissaires, pour faire observer les règlements, créèrent, dans la faculté des arts, la nouvelle charge de censeur, qu’on appela d’abord réformateur perpétuel. L’Université seconda ces réformes, et introduisit dans les écoles de nouvelles améliorations. Pour accorder à ses suppôts quelques ressources pour leur vieillesse , elle leur permit de vendre leur charge à un successeur;; agréé par elle. Le greffier jouit le premier, en 1449, de cette mesure, qui s’étendit, dit-on, quelquefois aux professeurs. Il fut défendu d’établir aucune pension sans la permission du recteur on enjoignit aux
1 Un article de la réforme de 1 452 concerne les maîtres de pen-
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martinets ou galoches ( écoliers externes ) de se loger dans ces établissements ou près des collèges; et plus tard , en 1463, un décret de la faculté des arts exigea, comme garantie de leur conduite, qu'ils demeurassent , soit chez leurs parents , soit chez un correspondant. On fixa enfin les honoraires de chaque examinateur pour l’admission au baccalauréat-ès arts à la modique somme de deux sous 1 .
Les études avaient été longtemps stationnaires ; l’enseignement le seul répandu était celui du droit canon et de la théologie. Ces études conduisaient au sommet de la hiérarchie ecclésiastique. La grammaire et la rhétorique étaient négligées ; la médecine se trouvait encore à un degré fort proche de la barbarie; on ne cultivait les sciences mathématiques que relativement à l’astrologie judiciaire, alors en grande faveur, même auprès des esprits les plus élevés. Aussi lorsqu’au commencement du quinzième siècle, on vit arriver aux écoles de Paris un clerc étranger qui , à l’àge de vingt ans, savait les sept arts libéraux , la théologie, la médecine, les droits civil et canon, les langues grecque , latine , hébraïque , arabe et chaldéenne, les armes et l’équitation, grand fut l’étonnement des docteurs; ils n'écoutèrent le jeune savant qu’avec une certaine terreur, et ils se dirent tout
sion. On leur reprochait « d’exiger de trop forte» pensions et d’ép argner sur la nourriture des élèves. »
1 Crévier, IV, 269.
de l’université.
bas que c’était V Ante- Christ. Je lis dans un poëte con lemporain :
J’ai vu par excellence Un jeune de vingt ans Avoir toutes sciences Et les degre's montans,
Soy vantant savoir dire Ce qu’oneques fut escripl ,
Par seule fois le lire Comme un jeune Antè-Christ.
Vers la fin du règne de Charles VII, les études prirent un certain développement; heureuse réforme, qui faisait pressentir l’époque de la renaissance. La prise de Constantinople par Mahomet II (en 1453), qui eut une si grande influence sur l’Europe, donna à l’Université de Paris de nouveaux hôtes, qui payèrent noblement l’asile qu’on leur accordait. L’un deux, Grégoire Tifernas, élèvedu célèbre Chyrsolore, le maître du Pogge et de l’Arétin, vint ouvrir, à Paris, deux cours publics de grec et de rhétorique; l’Université lui assigna cent écus de gages par an. Ces nouvelles études obtinrent peu de succès, car la misère chassa Tifernas de la capitale, vers 1459, et il vint mourir à Venise. Les études classiques ne fleurirent que pendant la période suivante.