‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 9 sur 18 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Depuis Charles V jusqu'à Louis XI (1361-1461).

« Le roy Charles, dit Christine de Pizan, biographe de Charles V, aimoit science et estude, et bien le monstroit à sa trés-aimée fille, l’Université des clercs de Paris, à laquelle gardoit entièrement les privilèges et franchises, et plus encore leur en donnoit, et ne soufïrist qu’ils fussent enfreints ; la congrégation des clercs et de l’estude avoit en grande révérance ; le recteur, les maistres et les clercs solenHelz mandoit souvent, pour entendre la doctrine de leur science , usoit de leurs conseils pour ce qui appartenoit à l’intelligence, moult les honorait et portoit en toutes choses et les tenoit beni-volens et en paix. Comme il advint, une foiz , qu’il lui fust rapporté que aucunes gens avoient murmuré de ce qu’il honoroil tant les clercs , il respondit : « Tant que sapience sera honorée en ce royaume , il continuera en prospérité; mais quand déboutée y sera, il décherra. » Aussi l’Université fut -elle puissamment protégée pai Charles V, artiste habile, suivant l’expression du chroniqueur, et expert dans les sciences. C’est au commen-

iïe l’université. OS

cernent de ce règne qu’elle prit le nom dé Fille ainée du roi, titre que Charles approuva solennellement, en confirmant ses privilèges.

Il eut bientôt l’occasion de la défendre dans une affaire importante. Les écoliers étaient dans l’usage, le jour de saint Nicolas, leur patron, de dresser des théâtres dans leurs collèges, pour y représenter quelques jeux ou quelques scènes appelées soties ou moralités. La veille et le jour môme, ils célébraient la Fête des fous, mascarade scandaleuse, que l'Université ne parvint à supprimer qu’aprés de nombreuses tentatives 1 . A l'exemple des diacres et des sous-

i Les anciens historiens rapportent plusieurs règlements et statuts à ce sujet. — « Jusqu’en 1-488, les écoliers n’ont pas laissé de passer les quatre fêtes des Rois, de la saint Martin , de sainte Catherine et de saint Nicolas, en farces, en danses et en symphonies déshonnêtes ; si bien qu’alors ne pouvant plus souffrir de tels abus les quatre-nalions, assemblées à Saint-Julien-le-Pauvre, et la faculté des arts y donnèrent ordre , commandant aux écoliers d’aller à l'église ces jours-là , d’entendre le service et d'étudier de même que les dimanches, hormis qu’après vêpres ils auraient deux ou trois heures à eux pour jouer et passer le temps à des divertissements honnêtes. Que si on leur permit de faire des farces , ce fut à condition d’être examinées auparavant; qu’au reste, ceci ne se passerait que dans leurs collèges et qu’ils n'iraient plus courir dans tous les autres; qu’enfin, les frais s’en feraient aux dépens du roi, et de l’argent seulement des bêjaunes. Ce règlement fut si exact qu’on obligea les principaux et les régents de jurer entre les mains du recteur de le faire observer de point en point , à peine de suspension, pendant douze ans au moins, et plus même si on le trouvait à propos ; que tout écolier, qui y contreviendrait, serait ou rayé du registre de sa nation , ou fouetté nu sur le dos par tous

diacres de Notre-Dame , les clercs créaient l’un d’eux évêque, et tous prenant ensuite des habits ecclésiastiques, parcouraient , le soir, à la lueur des torches , les rues de la ville en dansant et en chantant. Les bons bourgeois ne pouvaient dormir cette nuit-là. Le 5 décembre 1365, le jour de Saint-Nicolas, « les écoliers de Saint-Nicolas-du-Louvre , dit Félibien , poussèrent les réjouissances de leur feste bien avant dans la nuit. Les archers du guet, faisant leur ronde de ce costé-là, en saisirent quelques-uns qu’ils traînèrent au Chastelet. Ceux qui se défendirent furent maltraités jusque dans leur propre collège , où les archers, sans aucun respect pour le lieu, commirent de grandes violences. L’Université, sur la nouvelle de celte infraction de ses privilèges , demanda justice au roy contre le prèvost de Paris ; et le roy rendit une ordonnance , le 22 janvier de l’année suivante , par laquelle le prèvost fut obligé de faire satisfaction au recteur et aux députez de l’Université, en présence du roy et de son conseil ; ce que firent pareillement et à genoux quatre sergents du Chastelet. Mais pour oster en même temps aux écoliers de Saint-Nicolas toute occasion de querelle, sous prétexte de leurs franchises qu’ils estendoient jusque dans la place et dans la ruë qui estoient devant leur collège, le roy borna leur immunité à leur chapelle et à leur cime-

les régents dans la salle du college, au son de la cloche, en présence du recteur, du procureur et de tous les écoliers. » Antiquités de Paris, par Sauvai, 11, 622.

DE t’uKlVERSITÉ.

tiôre. Toutesfois , pour compenser avantageusement cette diminution de l’estendue 4e leurs privilèges , il leur donna mille francs d’or qui dévoient estre employez à acheter des maisons ou des rentes; outre oent francs d’or en réparation des dommages qu’ils disoient avoir souffert de la part du prévost et des sergents, à condition de les tenir quittes de ce qu’ils répétoientcontreeux. Le continuateur deNangis ajouste que, dans cette querelle, ceux du guet avoient jetté un escolier dans la rivière, et que le corps fut trouvé quelque temps après proche des Augustins, et enterré dans l’église des Carmes, où l’Université lui fît des obsèques solennelles*. »

L’année suivante, Charles V accorda une nouvelle marque de faveur à l’Université. Ce corps avait, entre autres privilèges, celui d’acheter le vin sans payer de droits. Les fermiers généraux des aides violèrent cetfe immunité , sous prétexte que les bourgeois , pour éviter la taxe, prenaient le titre d’écoliers. Le roi ordonna, par lettres patentes du 18 mai 1366, que désormais le vin serait livré sans droits aux clercs, qui apporteraient le sceau du recteur.

Quelque temps après, la turbulence des écoliers occasionna une rixe assez grave, mais cette fois ils n’échappèrent point à la sévérité des lois. La veille de saint Nicolas, au soir, ils rencontrèrent le guet, en revenant de chez le recteur, où ils avaient été corn* duire leur grand évêque. Une querelle s’ensuivit de Jâ'nji ut. .c.Tf.i ns 4 n3«i3 .a/fn.l -, ?

1 Félibien, 1, 656. .

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cette rencontre , suivant l’usage ; les écoliers furent battus et poursuivis jusqu’aux écoles de la rue de la Boucherie, où les gens du guet firent quelques prisonniers. Un écolier avait été blessé au milieu du tumulte ; le parlement envoya aussitôt le chevalier du guet chez l’écolier malade , pour l'interroger. « Non seulement la porte lui fut fermée au nez, mais quantité de ses gens blessés, quoiqu’il fît savoir qu’il venait de la part de la cour. Aussitôt, ceux qui avaient couru les rues, la nuit de saint Nicolas, furent condamnés à faire amende honorable à genoux, pieds nus, sans manteau ni ceinture; et là, à demander pardon au roi, à l’évêque, au recteur et à l’Université qui y était assemblée. Pour les autres qui avaient fait résistance au chevalier du guet, il leur fut pardonné, avec défense à l’avenir, sous peine de punition, d’être réfractaires aux ordres du parlement 1 .»

Les privilèges du corps enseignant n’en furent pas moins à l’avenir gardés et respectés. Cette même année, Jean de Viry, abbé de Sainte-Geneviève, fut exclu du sein de l’Université, pour avoir souffert que , dans son monastère et en sa présence, des docteurs de Sorbonne fussent insultés et maltraités par ] des domestiques. Vers le même temps , le chef d’une grande compagnie , Arnauld de Cervolle, seigneur de ] Cbàteauvillain en Champagne , ayant arrêté et volé ( plusieurs maîtres de 1 Université, le recteur s’en plai- i gnit, exigea et obtint une restitution de 286 livres , somme alors importante. Enfin, en 1373, un arrêt du 1 Sauvai, ibid., 622. > •. .

DE L’UNIVERSITÉ

fure parlement condamna Robert Puiscome, écuyer, et de l’un de ses sergents, à une amende de six-vingts lis pr xres, et à demander pardon publiquement à l’UniveriB d sité et à un de ses membres, nommé Cervoi, qu’ils erdi avaient insulté.

Ab Lorsque Charles V rendit, en 1374, la célèbre orm donnancequi fixait à quatorze ans la majorité des

re- rois, il voulut que l’Université fût présente à l’enreent gistrement de cet édit au parlement. 11 la consulta n également à l’occasion du fameux schisme qui éclata à la mort du pape Grégoire XI, et qui occasionna de si grands troubles dans l’Église. Deux prélats se disputaient le trône pontifical, Urbain VI et Clément VII; lient ce dernier , fuyant devant son rival , s était retiré à par- Avignon. Il fallut choisir entre ces deux chefs. Après mni- de vives discussions, l’Université, malgré l’opposition t des deux nations de Picardie et d’Angleterre, déclara pas qu’elle reconnaissait le pape d’Avignon, et que l’éleeiême tion d Urbain était nulle. Nous allons voir bientôt , firt que la décision des docteurs parisiens ne fit point iffert cesser cette déplorable querelle.

ioc- Sous un prince aussi lettré que Charles-le- Sage , par homme d’esprit et de goût, fondateur de la Biblio- ’une thèque du roi, les études devaient être nécessairement r de florissantes. Un grand nombre d écrivains de l’antiwlé quité furent traduits par des membres de l’Université, lai- Mentionnons, parmi ces modestes et savants transes, lateurs . le célèbre Nicolas Oresme 1 ) qui fut préeep- :du

1 Ommc iy'çiU cent livres pour la traduction <!:• la Morale <l'A-

leur de Charles V. Le nombre des écoliers augmenta ; tous ceux qui aspiraient à la science se dirigeaient vers Paris. Aussi, dés le commencement du quatorzième siècle, l’Université occupait à elle seule la montagne Sainte-Geneviève et le faubourg Saint- Germain, enfin tout le côté de la Seine qui est encore désigné sous le nom de Quartier Latin. La rue du Fouarre 1 était spécialement destinée aux étudiants de la faculté des arts. En 1358, les professeurs se plaignirent à Charles de Valois, régent du royaume, que la tranquillité des classes était troublée, pendant le jour, par les chariots passant près des écoles; que, la nuit venue, la rue était jonchée d’immondices, et que souvent les écoliers venaient enfoncer les portes pour se divertir avec des femmes | perdues de mœurs, et souillaient d’ordures l'intérieur ! des classes. Le régent leur permit sur leur demande d’établir deux portes à l’extrémité de la rue du Fouarre. Les barrières ne furent pas établies aussitôt sans doute, puisqu'on voit qu’en 1362 seulement le roi Jean donna deux arpents de la forêt de Fontainebleau pour les construire. Sous Charles V, les facultés des arts et de droit furent obligées de chercher un autre emplacement, et elles occupèrent le clos

ristotc, et il obtint une pension pour la Politique du même auteur. Crc'vier, II, 427.

1 La rue <lu Fouarre ou du Feurre doit son nom à la paille, appelée Jeurre au moyen âge, que l’on répandait dans les classes pour servir de siège aux écoliers. Saiot-Foix, loco oit. , 127.

de l’université.

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Bruneau (rue Saint-Jean-de-Beauvais, rue des Carpies, etc). A la fin de ce règne, les suppôts de l’ Université étaient si nombreux, que dans une assemblée générale, on compta, sans y comprendre les écoliers, plus de dix tailles suffrages. Ce peuple de savants reçut de nouveaux statuts. Le pape Innocent VI envoya à Paris, pour travailler à la réforme de l’Université, les cardinaux de Saint-Marc et Aicelin de Montaigu; ces prélats publièrent leurs règlements au mois de juin 1366. Il fut ordonné aux professeurs défaire leqrs leçons oralement, et de ne plus dicter des cahiers à Jieurs élèves j on défendit à ceux-ci d’être assis sur des bancs ou autres sièges élevés ; ils devaient se mettre à terre sur la paille, suivant l’usage et par humilité ; on fixa à ?eize ans ! a durée des cours théologiques pour obtenir )a licence; à neuf ans, le temps nécessaire pour concourir au doctorat en médecine ; epfin, les classes duren commencer désormais à cinq heures du matin,

La mort de Charles V (1380) fut le signal des troubles qui devaient désoler , pendant près d’un demi-siècle , notre malheureuse patrie. L’Université de Paris y joua un grand rôle. Elle témoigna d’abord son indignation des rapines exercées par Je pape d’Avignon, et dont profitaient les tuteurs du jeune roi Charles VI. « Après en avoir conféré en diverses manières, dit un historien , elle trouva à propos de députer au roy et aux princes pour demander un concile général, comme le plus sûr moyen pour terminer avec le schisme tous les maux qui en estoient les

suites. Jean Rousse (ou de Ronce), natif d’Abbeville, demeurant au collège du cardinal Lemoine, fut choisi pour porter la parole au nom de l’Université. Mais le duc d’Anjou, soupçonné d’avoir part aux deniers levez par la chambre apostolique d’Avignon, ayant sçu ce qui se passoit, prévint le député qu’il fit arrester de nuit et conduire au Cliastelet, où il fut mis dans ■un cachot. La nouvelle de cette détention mit en grand mouvement le clergé et surtout l’Université : le recteur, accompagné de plusieurs professeurs de toutes les facultez, alla plusieurs fois trouver le duc d’Anjou, pour lui demander la délivrance du prisonnier. Après bien des refus , le prince se laissa fléchir et le fit relasclier ; mais il envoya en mesme tems publier dans les escoles une deffense d’agiter désormais de semblables questions... Tout ce que cet ordre produisit fut la défection de quantité de docteurs qui se retirèrent à Rome auprès d'Urbain VI, lequel fut ravi de voir ranger de son costé les principaux membres d’un corps aussi célèbre que 1 Université de Paris, estimée la première du monde chrétien. Jean Rousse, qui s’y estoit retiré des premiers, fut renvoyé à Paris avec des lettres d’Urbain, par lesquelles il remercioit 1 Université et l’exhortoit à continuer ses soins pour l’extirpation du schisme. On lut ces lettres dans une assemblée publique de l’Université. Le duc d’Anjou, l’ayant sçu, ne put dissimuler son chagrin; il fit chercher le porteur des lettres, qui s’enfuit à Rome en diligence. Plusieurs autres docteurs l’y suivirent, entre autres le chantre de l’église

DE l’uHIVERSITE.

de Paris, et Jean Gilles, distinguez par leur sçavoir , parleur probité, et également mécontens de la conduite du régent. Cette contestation de l’Université avec la cour dura trois mois 1 . »

Les clercs profitèrent la même année de l’anarchie dans laquelle se trouvait le gouvernement, pendant la minorité de Charles VI, pour se venger de leur ennemi déclaré, Hugues Aubriot. Cet excellent magistrat était coupable à leurs yeux de chercher à établir l’ordre dans la ville et à réprimer les excès d’une jeunesse turbulente. 11 avait eu déjà de nombreux démêlés avec l’Université, et il avait même différé pendant trois ans de prêter serment au recteur, « en prétendant qu’il ne devait point le faire en public. » 11 avait défendu aux marchands de vendre des armes aux écoliers, sans sa permission, et ses sergents prévenaient tous les désordres avec une vigilance dont on n’avait jamais eu d'exemples. On disait même dans les écoles que le prévôt avait fait creuser dans le Petit-Chàlelet, exprès pour les écoliers turbulents, deux cachots qu’il appelait par dérision, l’un, le clos Bruneau, l'autre, la rue du Fouarre. L’Université ne pardonna pas à Aubriot d’avoir osé braver sa puissance, et elle le traduisit, lorsqu'elle crut le moment favorable, devant la justice de l évêque. Le duc d’Anjou sacrifia à la haine du corps enseignant ce fidèle serviteur, qui fut condamné à une prison perpétuelle pour crimes d’impiété, d’hérésie et de débauche , après

1 Fclibien, II, 689.

niSTOME

avoir fait amende honorable, le 17 mai 138*1, au parvis de Notre-Dame 1 .

Après la célèbre révolte des Maillotins (1382), Î’Üniversité et l’évéque de Paris allèrent se jeter aux pieds du roi et de ses tuteurs; ils obtinrent un édit d’absolution, dont les chefs seuls de la révolte furent exceptés. L’année suivante, ils voulurent encore apaiser la colère royale ; mais , cette fois , leur démarche fut inutile. Les docteurs firent ensuite tous leurs efforts pouf faire cesser le schisme qui désolait la chrétienté. On peut dire que l’Université a été, comme le parlement, le bouclier de l’Eglise de France contre les empiétements de la cour de Rome, elle défenseur infatigable des libertés gallicanes , quoique son zèle ne fût point tout à fait désintéressé; elle s’opposa surtout fortement aux exactions de Clément VIL Non

content d’avoir levé pendant neuf ans le dixième de tous les bénéfices du royaume, ce prélat avide voulut, en 1383, imposer une nouvelle taxe* sur le clergé. L’université adressa aussitôt ses remontrances au roi, qui donna ordre à l’agent du pape, l’abbé de Saint- Nicaise de Reims, de sortir de France sous trois jours. Deux docteurs célèbres de l’Université de Paris. Pierre d’Ailly et Nicolas Clémangis, rédigèrent un mémoire

* Àubriot fut delivre, l’anncc suivante, par les Parisiens revoltc's; il se retira en Bourgogne, où il mourut quelque temps apfës. — M. Paulin Pdris, dans son c'ditiondes Chroniques de S. Denis, VI, 478, rapporte une chanson fort curieuse, composée sans doute par un écolier, sur un prévôt de Paris , nommé Hugues Aubriot, lequel eut moult de Jortunes en la fin de ses jours.

de l’iwiversitk.

dans lequel l’illustre compagnie demandait que les deux papes rivaux s’en remissent à la décision d’arbitres, ou que l’on assemblât un concile général. Le duc de Berry, dévoué à Clément VU, jüra qu’il ferait jeter à la Hviére ceux qui oseraient renouveler cette proposition. Le duc de Bourgogne accorda enfin à l’Université une audience solennelle du roi 1 , et le jeune prince accueillit d’une manière assez favorable les remontrances des docteurs. Mais les intrigues de Benoît XII!, sùccesseur de Clément VII, firent oublier les intérêts de l’Église, et l'Université reçut la défense expresse de s’immiscer dorénavant dans Cette affaire. Elle eut alors recours à son expédient ordinaire; elle fit fermer les classes et empêcha les curés de prêcher (1392). Enfin les opinions de I Université prévalurent, et six ans après on déclara que l’Église gallicane se gouvernerait, en attendant un pape légitime, selon ses anciennes franchises. Malgré les louables efforts des facultés de Paris , ce malheureux schisme ne cessa qü’en 1L29 , à l’abdication de Clément VIII.

L'histoire intérieure de l’Université n’a pas moins d’intérêt pendant ce règne que sous les précédents. Je passe sous silence les incessantes querelles de la compagnie avec les ordres mendiants et le chapitre de Notre-Dame. Un conflit plus grave eut lieu entre le corps enseignant et le chancelier de l’église de

1 Mii! ippe-tc-FIardi, duc de Bourgogne, favorisait les clercs; il leur laissa uuc somme considérable par son testament,

MSTOIHE

Paris, Jean Blanckaert, au sujel des candidats à la licence. Le chancelier demandait dix livres par candidat; l’Université soutenait que l’obtention de tous les grades devait être gratuite. Nous ignorons l'issue de cette affaire, qui fut portée devant le pape et le parlement, au mois de février 138G, mais les chanceliers continuèrent à exiger un droit de chaque bachelier qu’ils admettaient à la licence 1 .

La turbulence des écoliers parisiens, dont Jehan Frollo 8 est le véritable type, occasionna encore à cette époque de graves désordres : suivant l’usage , l’Université, se prétendant offensée, demanda et obtint d’éclatantes réparations. On a vu pendant longtemps, dans l’église des Carmes de la place Maubert, un tableau représentant un homme en chemise, portant une torche, et à genoux devant un groupe de religieux. Au-dessous était l’inscription suivante :

« C’est la représentation de l’amende que fit Richard de Metz, sergent à verge au Chastelet de Paris , le dimanche à heure de prime, dix-neuviéme jour du mois de may, l’an 1387, à l’église et aux religieux, prieurs et couvent de céans : pour cause qu’il avoit extraict violemment et par force deux escholliers hors des limites de cesle église. A laquelle il fut admenc dudit Chastelet pour amender ladite offence , par

* Ces droits variaient suivant les facultés. Les licencies ne payaient qu’un franc.

8 L’un des personnages du beau roman de Notre-Dame de Pàris.

DE l’uKITEBSITÏ.

deux huissiers du parlement, en l’estât où voir le pouvez 1 . »

Quelques années après, l'Université poursuivit des archers qui avaient maltraité quelques écoliers en pension chez un licencié, nommé \eulet. Cette institution, désignée sous le titre de Pédagogie, est, dit-on, le premier établissement de ce genre qui ait été formé à Paris.

Un jour de fête de l’année 1404, l’Université se rendait en procession à l’église Sainte-Catherine du Val-des- Écoliers, pour prier le ciel de mettre un terme au schisme pontifical. Quelques pages de Charles de Savoisy, chambellan et favori du roi, sortaient en ce moment de la rue Pavée-Saint-Antoine, où était situé l’hotel de ce seigneur ; ils troublent les rangs de la procession, et leurs chevaux éclaboussent les écoliers. Aussitôt ceux-ci crient aux armes , et se précipitent sur les pages ; ils maltraitent l’un d eux. Les varlets de Savoisy, obligés de prendre la fuite, viennent racouter à leur maître l’affront que les gens de sa maison viennent de recevoir. Savoisy, fier de son crédit , leur conseille de se venger de vive force. Excités par ces imprudentes paroles, les pages s’emparent de leurs armes, courent à Sainte-Catherine, pénètrent dans l’église, frappent tous ceux qu’ils rencontrent, et profanent le sanctuaire. Charles de Savoisy leur promit l'impunité, mais l’Université outragée fit fermer ses classes et demanda justice au roi. L’un

* Dubreuil, 5T5.

de scs docteurs, nomme Pierre-aux-Bœufs, plaida devant le parlement qui rendit son arrêt à l’hôtel Saint- Pol, en présence du roi et de la cour. La vengeance du corps enseignant fut terrible. Malgré les instances du roi et la soumission du chambellan, les magistrats décidèrent que la maison de Savoisy serait démolie, quelui-mème fournirait ccnt livres de rente pour fonder cinq chapellenies, qu’il paierait mille livres de dommages-intérêts aux blessés, et mille livres à l’Université; les trois principaux coupables furent fouettés et bannis du royaume. «L'article delà démolition parut exltême, dit Félibien ; on tâcha de le modérer, mais l’Université en poursuivit si vivement l’exécution, que le roi lui-mème ne put sauver de la maison de Savoisy que les galeries ornées de peintures, qui étaient bâties sur les murailles de la ville. La démolition se fit avec une solennité toute nouvelle, au son des trompettes, le 26 août 1404. a Quelque temps après”, le roi permit à Savoisy de rebâtir sa maison , mais l’Université s’y opposa, et elle ne consentit à la réédification de l’hôtel, que cent douze ans après, en 1517, mais à la condition qu’on placerait sur la porte l’inscription suivante :

« Cette maison de Savoisy , en l’an 1404, fut détnolie et abattue par arrêt , pour certains forfaits et excès commis par messire Charles de Savoisy , chevalier , pour lors seigneur et propriétaire d’icelle maison , et ses serviteurs, à aucuns écoliers et suppôts de l’Université de Paris, en faisant la procession de

DE L’UNIVERSITE’. iiir

ladite Université à Sainte-Catherine dü Ÿal-des-fecoliers, près dudü lieu, avec autres réparations, fondations de chapelles et charges déclarées audit arrêt, fet a demeuré démolie et abattiie l’espacë de cent douie ans, ët juscju à ce que ladite Uhivèrsilé, de gtàfce spéciale, et pour certaines causes, eût permis la féédificdlion d’iceiic, aux charges tohvenues et déclarées 6s lettrés sur Ce faites et passéeS à ladite Université, eh l’an 1517. à

On feihaHjuait dans l’éricienrie églisë dü cotivënt des Malhuriils, démolie à la fin du Siècle dërhièi’ , ùne tombe plate sur lac+beîle étaient représentés des hortitnèS eîlveloppës dans des suaires, en façon de pendus. Unë épitaphe làtirie indiquait qtië ce moriumeht était consacré à là métnoifé de Léger du MoüSsel, Normand, et Olivier Bourgeois , Breton, écoliers de l’Ühiversité de Paris. Sur une table dé bronze, fixée dans la muraille, une autrë inscription Française, beaucoup plus ample, offrait ce qui suit : « Ci-dessous gisent Léger du Moussel et Olivier Bourgeois , jadis dercs écoliers , étudiants ën l’Uhiversité de Paris , exécutés à la justice du roi, notre sire, par le prévôt de Paris, l’an Ü07, le vingt-sixième jour d’octobre, pour certains cas à eux imposes; lesquels, à la poursuite de i’Üniversité, furent restitués et rendus à l’évêqub de IParis, comme clercs , et au recteur et députés de i’Uiiivcrsité, comme suppôts d’icelle , à très-grande solennité, et de là en ce lieu-ci furent amenés, pour être mis en sépulture, l'an 1408, le seizième jour de mai, et furent lesdits prévôt et son lieutenant démis

UISTOIRL

de leurs offices, à ladite poursuite, comme plus à plein appert par lettres-patentes et instruments pour ce cas. Priez Dieu qu’il leur pardonne leurs péchés. Amen*. « — Les certains cas reprochés aux deux clercs étaient le meurtre et le vol à main armée. Messire Guillaume de Tignonville, prévôt de Paris, fit arrêter ces deux misérables, les condamna à être pendus et étranglés au gibet de Montfaucon, malgré les protestations du recteur, et les fit conduire au supplice, « dès l’instant même à jour failli, avec la lumière des torches, craignant que s’il remettait du jour au lendemain cette exécution, iis ne prissent recours du roi en faveur de l’Université*. » A la nouvelle de cette violation flagrante des privilèges universitaires, les classes furent fermées et les prédications suspendues pendant plus de quatre mois. Enfin, les facultés déclarèrent qu’elles iraient s’établir à l étranger, si pleine et entière justice ne lui était rendue. Cette menace effraya le roi, qui condamna le prévôt à détacher du gibet les deux écoliers. Après les avoir baisés sur la bouche, il les fit mettre sur un chariot couvert de drap noir, et marcha à la suite, accompagné de ses sergents et archers et de la plupart des membres du clergé et de 1 Université. Guillaume de Tignonville fut destitué de sa charge , et le roi l’ayant nommé quelque temps après premier président de la cour des comptes, le nouveau magistrat vint hum-

* M. de Gaulle, I, 518.

* Sauvai, III, 228.

DK l/uNIVfcRSITE.

blcment supplier le recteur de ne point s’opposer à son installation.

« Ladite Université, dit un chroniqueur, avoit grande puissance pour ce temps-là , tellement que quand ils mettoient la main à la besogne, il falloit qu’ils en vinssent à bout, et se vouloient mesler du gouvernement du roy et d’autres choses. » Les clercs jouèrent un rôle important au milieu des troubles que firent éclater, à Paris et dans la France entière, les rivalités des membres de la famille royale. Us tentèrent d'abord d’intervenir entre les partis; mais leur médiation fut récusée par le duc d’Orléans : « Vous n’appelleriez point de soldats, leur dit-il, dans vos assemblées pour vous aider à résoudre un point de doctrine, et l’on n’a que faire de vous ici dans les affaires de guerre ; retournez à vos écoles, restez dans votre métier, et sachez qu’encore qu’on appelle l’Université la fille du roi, ce n’est pas à elle à s’ingérer du gouvernement du royaume. » Les docteurs ne pardonnèrent jamais au duc ces humiliantes paroles, et la plupart embrassèrent le parti bourguignon. Ce fut un membre de l’Université, maître Jean Petit, cordelier, qui fit l’apologie du meurtre de Louis d'Orléans, assassiné par le duc de Bourgogne , Jean-sans- Peur, et cette puissante corporation ne voulut pas ou n’osa pas alors désavouer ces horribles maximes.

Lorsqu’en 1410, l’armée orléaniste s’avança sur Paris, une députation du corps universitaire vint supplier le duc de Berry de déposer les armes. Cette démarche fut inutile, et l’infortuné Charles VI, met-

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