‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 11 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Depuis Louis XI jusqu’i Henri II (1461-1*17).

Louis Xï, prince suffisamment instruit et quelque peu littérateur (car il est, dit-on, Fun des collaborateurs des Cent Nouvelles ), n’encouragea point FUniversité avec autant de bienveillance que ses prédécesseurs. A son entrée à Paris, il accueillit cependant avec bonté lillustre compagnie , et quoique les Facultés eussent dérogé à l’usage, en ne sortant pas audevant du roi, parce que, disaient- elles, on craignait l’embarras que causerait la muïtitudedes suppôts, qui étaient au nombre de plus de vingt-cinq mille, les privilèges universitaires n’en furent pas moins confirmés. L’Université ne prit aucune part aux troubles qui agitèrent le royaume, pendant la guerre du bien public ; le rusé monarque paya son dévouement par des éloges et n’en resta pas moins opposé) k ses empiétements. Le corps enseignant , se résignant à ne jouer aucun rôle politique, ne s’occupa que du progrès des études et de la réforme de son administration. Les collèges , qui jusqu’alors n’avaient été occupés

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que par les boursiers, furent ouverts à tous les écoliers, et l’on compta, sous ce règne, dix-huit collèges qui recevaient dix à douze mille externes *.

La découverte de l’imprimerie, qui devait changer la face du monde, donna aux études nn nouvel essor. Cet art merveilleux fut dû au moins en partie à un écolier de la très-glorieuse Université de Paris , Schefifer, qui y étudiait en 1419, comme il le dit lui-même*. Le recteur, Guillaume Fichet, homme d’un talent supérieur, appela dans la capitale, en 1470, et établit, dans les bâtiments de la Sorbonne, trois imprimeurs allemands, Ulric Gering, de Constance, Martin Krantz et Michel Friburger, de Colmar 3 . Voyez cependant à quoi tient l’immortalité 1 Le nom du recteur Fichet est-il connu aujourd’hui ? Cet homme distingué, dont les talents et les services auraient dû sauver le nom de l’oubli , professa pendant dix-huit ans , avant et après son rectorat, la rhétorique à la Sorbonne. H faut joindre à Guillaume Fichet , les noms de Français Tardif, du recteur Lapierre et de l’historien Robert Gaguin, qui enseignèrent les belles-lettres, sous ce règne, dans differents collèges. Enfin, les professeurs,

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* Cet usage, peu répandu , remontait à l’an 1396, et mit été introduit d’abord au college de Navarre .

* f'ojr. Mem. de l’ Ac. des luscript. et bettes-lettres , t. XVI et XVII.

3 L'un de ces trois imprimeurs, Ulric Gering, qui mourut en 1510, légua sa fortune aux colleges de Sorbonne et de Montaigu. La bonbonne reçut 8,500 fr., qui servirent à fonder deux chaires

de théologie -et quatre bourses nouvelles.

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utilisant l’admirable découverte de l’imprimerie, publièrent des ouvrages sur l’enseignement, et suppléèrent ainsi à leurs cours publics. Fichet , entre autres, fit imprimer à la Sorbonne trois livres de sa rhétorique. En même temps, les études de grec, qui ne devaient prospérer qu’au seizième siècle, reprirent une nouvelle extension; Hermonyme (ou Hyéronyme), de Sparte, puis Tranquillus Andronicus, de Dalmatie, vinrent professer à Paris, vers 1476.

L’Université, qui défendit toujours avec courage les libertés de l’église gallicanne, fit une violente opposition à Louis XI, à l’occasion de la pragmatiquesanction. Les docteurs s’en repentirent. Le despote déclara, en 1467, que l’Université ne devait pas s’occuper des affaires d’État ; et, afin que la compagnie n’eût à sa tête que des hommes dévoués aux intérêts de la royauté, il exigea qu’un commissaire du gouvernement assistât aux élections du recteur, parce qu’il n’est pas juste , disait-il , de disposer de la fille sans que le père en soit instruit. Louis XI interposa également son autorité dans cette ridicule querelle des réalistes et des nominaux, qui ressuscita tout à coup après quatre siècles d’oubli. Le confesseur du qui roi, était réaliste , fit prononcer contre ses adversaires l’exclusion de l’Université et même le bannissement ; les ouvrages en faveur des nominaux furent enchaînés dans les bibliothèques. Sept ans après , on rendit pleine et entière liberté aux nominaux; alors, personne ne s’occupa de ces absurdes systèmes. En 1471, Louis XI exigea un nouveau serment

DE l’uHIVERSITE.

de fidélité de tous les suppôts de l’Université, parce qu'un grand nombre d’entre eux étaient sujets du duc de Bourgogne; il obligea presque tous les écoliers picards à sortir de Paris. Enfin, sa politique soupçonneuse ne voulut point d’étrangers dans les hautes fonctions de l’Université, et le recteur Corneille Houdendick , qui était flamand , se vit forcé de donner sa démission.

Ce règne n’en fut pas moins favorable au corps enseignant. Louis XI encouragea les lettres , lorsque sa politique ne l’entraînait pas à des mesures arbitraires. Le 14 avril 1478, il rendit à Arras une ordonnance qui confirmait tous les privilèges de l’Université ; deux ans après, il prescrivit, comme je l’ai déjà dit , la célébration de la fête de Charlemagne. Enfin, n’oublions pas que l’enseignement de la médecine prit , sous son règne , une grande extension , qu’on fonda en 1472 une école de médecine, et qu’en 1474 on fit la première opération de la pierre 1 * * * * * * * 9 .

1 « Au mois île janvier 1474 , les me'decins et chirurgiens de

Paris représentèrent à Louis XI que plusieurs personnes de considération « étaient travaillées de la pierre , colique, passion et mal de côté; qn’il serait très-utile d’examiner l’endroit où s’engen-

draient ces maladies ; qu’on ne pouvait mieux s’éclaircir qu’en

opérant sur un homme vivant , et qu’ainsi ils demandaient qu’on

leur livrât un franc-archer qui venaild’étre condamne à être pendu

pour vol , et qui avait été souvent fort molesté desdits maux. »

On leur accorda leur demande; et cette opération, qui est, je

crois, la première qu’on ait faite po la pierre, se fit publiquement

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Pendant les troùbles qui agitèrent la régence d madame de Beaujeu, soèurde Louis XI, rUniverfeil resta en dehors de toutes les passions politiques ; 1 recteur répondit avec beaucoup de dignité au du d'Orléans, qui voulait entraîner dans sa rébellion le grands corps de l’État. Charles YM, relégué pendan sa jeunesse, dans le château d’Amboise, avait eu un» éducation fort négligée; il ne connaissait de la langue latine, que la célèbre maxime de son père : Qui nefcû dissimulare, nescit reynare. Le jeune prince , dont lee idées étaient toutes chevaleresques et qui n’aspirai I qu’à la gloire militaire, favorisa cependant, autant qu’il lui fut possible, les clercs de sa bonne ville de Paris. 11 assistait souvent aux leçons et ne dédaignait pas d’accepter les cadeaux d’usage, qui étaient un bonnet d’écarlate et des ganta violets, que la compagnie avait eoutame d’offrir aux princes qui la visitaient. Enfin , après avoir confirmé ses privilèges, il rendit, le 20 m irs 1489, une célèbre ordonnance qui fit cesser les contestations, sans cesse renaissantes, entre là cour des aides et l’Université, en déterminant quels seraient les suppôts qui devaient être associés à ses immunités et franchises. Ce furent, outre les maîtres

dans le cimetière de l’église Saint-Séverin. « Après qu’on eut examiné et travaillé, ajoute la chronique, on remit les entrailles dedans le corps dudit franc-archer, qui fut recousu , et , par l’ordonnance du roi , très-bien pansé, et tellement qu’en quinze jours il fut guéri; il eut rémission de ses crimes, sans dépens, et il lui fut même donné de l’argent. » Saint-Foix-, III, 267.

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et les écoliers, quatorze bedeaux , quatre avocats et deux procureurs au parlement, deux avocats et un procureur au Châtelet, vingt-quatre libraires, quatre parcheminiers, quatre marchands de papier, sept fabricants de papier (trois à Troyes, quatre à Corbeil), deux enlumineurs, deux relieurs, deux écrivains et un messager pour chaque diocèse 1 . La même année , le roi voulut imposer un décime sur le clergé, et, pour vaincre l’opposition de l’Université et du parlement, il sollicita une bulle du Vatican. La compagnie n’en refusa pas moins de payer l’impôt , en appela du pope mal conseillé au pape mieux conseillé , et montra tant d’énergie, que les commissaires du saint-siège furent obligés de déclarer que l’on n’avait pas eu l’intention de comprendre dans l’obligation du décime les véritables membres de l’Université. Le corps enseignant de Paris , comme nous l’avons déjà vu , s’opposait toujours avec courage aux empiétements de la cour de Home. En 1498, Charles VIH voulant réformer le clergé de France , et lui donner une constitution indépendante du saint-siège, demanda l’opinion de l'Université sur la question de savoir si le pape était obligé tous les ans de réunir un concile général; si, dans le cas de refus, les princes séculiers pourraient s’assembler ; enfin , si l’Église de France pourrait, sur le refus du pape, s’assembler elle-même et former un concile. L’Université répondit affirmativement.

Le règne de Louis XII commença par l’une de ces

• Crevier, IV,*4t7,

BUTOIRS

violentes contestations du pouvoir avec le corps enseignant, qui jetaient le trouble dans Pariset nuisaient au progrès des études. Pour satisfaire aux vœux émis quatorze ans auparavant par les états de Tours , le nouveau roi rendit, le 31 août 1498, un édit qui restreignait les privilèges de l’Université , réformait plusieurs de ses règlements, et réduisait au temps des études la puissance des privilèges scolastiques, dont auparavant on pouvait user pendant toute la vie. L’indignation fut grande dans les écoles. Après avoir vainement protesté contre l’enregistrement de l'ordonnance, 1 Université ordonna, le 25 mai, une procession solennelle à l’église de Sainte-Catherine du Val des Écoliers , où fut célébrée une messe du Saint- Esprit pour demander que Dieu inspirât au roi des sentiments plus favorables. Louis XII restait inflexible; alors les classes furent fermées , les prédications suspendues, les médecins reçurent l’ordre de ne plus visiter leurs malades. Des placards injurieux contre le roi et le chancelier Gui de Rochefort furent affichés dans les carrefours ; quelques écoliers osèrent même dessiner sur la porte de l’hôtel Rochefort un cœur traversé de deux poignards. Tous les clercs coururent aux armes, et, malgré les mesures du prévôt et du chevalier du guet, une émeute était inévitable. Mais le roi , qui était à Corbeil , en imposa aux mutins par son énergie. Il reçut avec sévérité le recteur, Jean Cave, et les députés de l’Université; il exila Thomas Varvert ou Warner, et Jean Standonc*, qui,

‘ L'exil de Standonc, détermine par la cessation des leçons,

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dans leurs sermons , avaient parlé de Louis avec irrévérence , et le prince lui-même marcha sur Paris à la tête d’un fort détachement de troupes. Il entra par la porte Saint-Jacques, et traversa le quartier de l’Université, entouré de ses hommes d’armes, la lance en arrêt et les arcs bandés. Personne ne fit résistance, et l’ordonnance fut enregistrée au parlement 1 .

L’Université , qui eut le bon esprit de céder en cette circonstance , fut heureuse et tranquille sous Louis XII, prince lettré et ami des savants. Elle vit ses privilèges les plus importants confirmés et respectés avec soin , et elle s’occupa en silence de ses études et de son administration. Une seule fois, elle fut appelée à soutenir les droits de l’Église et du royaume. Le pape Jules II , ce grand ennemi des Barbares , ainsi qu’il nommait les Français, ayant fait écrire par le dominicain Cajetan un ouvrage qui défendait les principes ultramontains , Louis en référa aux docteurs en théologie. « Nous vous prions, leur

était moins la punition de son attachement aux libertés universitaires, que de sa résistance dans une autre affaire h laquelle le roi prenait le plus vif intérêt : c’était la rupture de son mariage avec Jeaune de France, pour épouser Anne de Bretagne, qu’il avait aimée autrefois. Cependant , en 1499, le roi , informé de* grands services que Slandonc avait rendus à l’enseignement , le rappela de son exil. Né dans la classe la plus pauvre, domestique daDS la maison de Sainte-Geneviève , Slandonc travaillait le jour pour vivre , et la nuit montait au clocher pour étudier au clair de lune. 11 s’éleva par son mérite à tous les grades académiques, et parvint au rectorat en 1485. — M. de Gaulle, II, 179.

1 Félibien , II, 894. — Dubreuil , 015.

écri-yit-.*l , que vous , après avoir reçu ledit livre , le visitiez et examiniez diligemment, et le confiniez par raison en points et articles esquels il vous semblera être contre vérité; si n’y veuilliez foire faute, et vous nous ferez service trés-agréable en ce faisant.» La réfutation fut confiée au docteur Jacques Almain 1 . — Quelques réformes importantes eurent lieu à cette époque dans l’Université. Les clercs menaient une vie déréglée qui leur attira plus d’une fois les reproches du fougueux prédicateur, Olivier Maillard. 11 demandait aux écoliers si leurs parents les avajent envoyés à Paris, et aux maîtres s’ils étaient payés pour dépenser leur argent avec des prostituées ( mere triç(s). On voulut porter remède à ces désordres. Les professeurs, surpris dans une querelle ou dans une orgie, furent privés des droits académiques; les écoliers battus de verges. Défense fut faite aux maîtres de pension de laisser sortir leurs élèves pendant la nuit, Un règlement de la faculté des arts défendit, en 1488, les danses, les chansons et les déguisements. Les comédies , où se plaçaient souvent les allusions les plus grossières , furent soumises à la censure du principal* Le Pré-aux-Clercs , ce théâtre sanglant des exploits des écoliers , leur fut interdit ; et en 1489, on les empêcha de marcher à l’avenir en tête des processions, où ils portaient le trouble. La Nation de France publia des réglements sur les plus minces dé-

1 Son ouvrage est intitulé : De l'autorité de l’Église et des conciles, contre Thomas Cajetan .

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