‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 15 sur 18 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Dcpuia l’entrée de Uenri IY dan» Paris jusqu'à la mort de Louis XIV.

Le 2 avril 1594-, l’Université se rendit en corps auprès de Henri IV, pour le complimenter. « Le roi , dit Lestoile, lui fit fort bon visage, appela ses membres messieurs nos maîtres, leur dit qu’il vouloit tout oublier, et qu’il aimeroit et honoreroit toujours singulièrement leurs corps et facultés ; de quoi messieurs nos maîtres s’en allèrent fort contents, disant autant de bien de sa Majesté, que peu auparavant ils en aYoient dit de mal. » Il sévit seulement contre certains membres du corps enseignant , qui avaient joué un grand rôle dans les troubles de la ligue. Le docteur Pelletier fut condamné à être rompu vif, Rose fut renvoyé dans son diocèse de Senlis, d’autres furent exilés. Quant au proviseur de la Sorbonne, le cardinal Pellevé, il mourut de rage et de frayeur, le jour même de l’entrée du roi. Ces esprits turbulents ne cédèrent point de bonne grâce; mais le parlement les obligea à garder le silence. Rose, étant revenu à Paris pour répandre un nouveau libelle, fut condamné à faire amende honorable dans la grande salle du pa-

lais de justice, et banni de Senlis pour un an, avec défense de prêcher pendant son exil. Un bachelier, nommé Jacob, ayant annoncé qu’il soutiendrait la prééminence du pape sur les rois, maximes ultramontaines qui avaient toujours trouvé dans la faculté de nombreux défenseurs, fut arrêté, ainsi que le docteur qui devait présider à cette thèse publique. Tous deux firent amende honorable, à genoux et la tête nue, et le même jour, 19 juillet 1595, un arrêt du parlement défendit de soutenir de semblables doctrines, sous peine d’être puni comme criminel de lèse-majesté. Ces exemples effrayèrent les séditieux, et l’ordre fut rétabli dans l’Université.

La compagnie, qui s’occupait à réparer le mal causé par la guerre civile et qui recouvrait peu à peu son ancienne splendeur, ne tarda pas à renouveler sa lutte avec les jésuites, ses éternels ennemis.Dèsl’annéel 554, lorsque, suivant l’expression pittoresque de Pasquier, les jésuites commencèrent à lever les cornes, les docteurs de Sorbonne avaient déclaré, dans une assemblée générale, « que cette nouvelle société, qui s’attribuoit le nom de Jésus, recevoit sans nul choix toutes sortes de gens, quelque crime qu’ils eussent commis, et quelque infâmes qu’ils fussent ; qu’elle ne différoit en rien des prestres séculiers, puisqu’elle n’avoit ni l’habit, ni le chœur, ni le silence, ni les jeûnes, ni toutes, les autres observances qui distinguoient et qui maintenoient l’estât religieux ; qu’elle sembloit violer la modestie de la profession monastique par tant dïmmunitez et de libériez qu’elle avoit dans ses fonctions,

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surtout daus l’administration des sacrements de pénitence et d’eucharistie, sans nulle distinction de lieux ni de personnes, dans le ministère de la parole de Dieu et dans l’instruction de la jeunesse, au préjudice de l’ordre hiérarchique, contre les privilèges des Universités, et à la grande charge du peuple; qu’elle énervoit le saint usage des vertus, des pénitences et des cérémonies de l’Église; qu’elle refusoit aux ordinaires l’obéissance qui leur estoit duë; qu’elle privoit les seigneurs de leurs droits; qu’elle introduisoit partout des procès, des divisions, des jalousies, des querelles et des schismes ; enfin, que pour toutes ces raisons on pouvoit dire que cette société paroissoit périlleuse en matière de foy, ennemie de la paix de l’Église, fatale à la religion monastique, et plus née pour la ruine que pour l'édification des fidèles 1 . »

En 1564, l’Université cita ses ennemis devant le parlement; malgré les spirituels plaidoyers de Pasquier, alors simple avocat, les Jésuites furent maintenus en la possession d’enseigner. Cette décision ne fit qu’accroître la haine de l’Université et du clergé. Les troubles politiques vinrent interrompre cette importante querelle , et l’on vit même quelques théologiens, dans leur aversion pour Henri 111 et son successeur, faire alliance avec les jésuites. Mais aussitôt après l’entrée de Henri IV à Paris, l’Université attaqua ses rivaux, dont les établissemens, entre autres le collège de Clermont, lui faisaient le plus grand tort.

1 Fâibieo, II, «096.

H1SIOIRL

Le 18 avril 1694, par une délibération unanime, elle décida qu’elle emploierait tous ses moyens et ses ressources pour l’expulsion des jésuites ; une taxe fut imposée sur chacun de ses membres pour reprendre l’ancien procès intenté contre eux.

Jacques d’Amboise , docteur en médecine , alors recteur, les accusa « d’être ennemis de la loi salique et de la maison régnante; il leur reprocha leur attachement au parti espagnol, et rappela leur opposition aux libertés gallicanes. » Les jésuites, qui avaient eu l’habileté de se ménager des amis jusque dans Je sein delà faculté de théologie, obtinrent son appui, et demandèrent à l’Université de se désister de son action et de les incorporer à la compagnie , moyennant toute la soumission due au recteur. Leur demande fut rejetée et l'affaire portée au parlement , le 12 juillet, où elle fut jugée à huis clos sur leur requête. Antoine Arnauld , élève de l’Université , qui porta la parole pour elle , les accusa des maux qui depuis trente ans désolaient la France, et, suivant l’usage du barreau de son temps , il les accabla d’injures et leur prodiguâtes épithétes les plus insultantes *. Louis Dallé, avocat des curés de Paris,

1 Voyez un livre curieux , intitule les Annales des soi-disant jésuites , 1 , 524. — Arnauld refusa ses honoraires. L’Université rendit & l’unanimité le décret suivant : a Ne voulant point demeurer coupable d’ingratitude , nous avons jugé nécessaire de consigner dans nos registres un tel bienfait , afin que la mémoire s’en conserve toujours , et nous avons astreint et astreignons tous les ordres de la compagnie à se regarder comme obligés envers le-

DE (/UNIVERSITÉ

en même temps en procès avec les jésuites , parla ensuite, et, quoique plus calme qu’Arnauld, il n’en fut pas moins terrible pour ses adversaires. Claude Durel n'osa entreprendre la justification des jésuites, dont il s’était chargé , et les pères furent contraints de présenter leur défense. Ils étaient parvenus à faire appointer l’affaire au grand conseil du roi, lorsque l’attentat de Jean Châtel, élève du collège de Clermont (décembre 1594) , vint décider la sentence du parlement qui les bannit du royaume.

« Le coup de Chàtel ; dit L’Estoile, porta le plus grand préjudice à l’Université , et fit retourner plus de six cents écoliers de toutes les nations qui venaient à Paris, et en fit sortir presque autant d'autres qui y étaient habitués. » Cependant les études prospéraient , grâce au calme qu’avait ramené dans Paris le règne de Henri IV, L’Université se montra alors ce qu’elle aurait toujours dû être, la fille atnée du roi, soumise, fidèle et respectueuse. En 1595, elle ordonna des réjouissances extraordinaires pour célébrer l’absolution que le pape venait enfin d’accorder à Henri; elle était d’autant plus fière de, ce grand événement, qu’il était dû en partie à l’un de ses élèves, le célèbre cardinal d’Ossat, ancien professeur

dit sieur Arnauld , scs enfants et descendants, à tous les devoirs auxquels sont oblige's de boDS clients envers un fidèle patron , et à promettre à ne jamais manquer à ce qui pourra intéresser leur honneur, leur réputation et leur utilité. » Ce décret fut signé du recteur, scellé du grand sceau de l’Université et offert à Antoine Arnauld.

de Rhétorique et de philosophie au college de Lisieux, à Paris. La faculté de théologie déclara en même temps « que Henri IV devait être, reconnu comme roi véritable et légitime , qu’il n’était aucunement loisible à qui que ce soit d’attente# à sa personne, sous prétexte de religion, de péril de la foi, ou autres causes quelconques. » Néanmoins le roi se défiait avec raison de plusieurs docteurs qui excitaient en secret le fanatisme. Il fonda, en 1 596 , à la Sorbonne, deux chaires de théologie positive, qui forent assimilées à celles du collège royal; et dans son célèbre règlement sur rUniversité, il s’occupa avec

un soin tout particulier de la faculté de théologie. L’article 11 du statut exige de tous ceux qui aspirent à des grades le serment d’obéissance et dé fidélité aux lois et au roi.

L’édit de Nantes, qui accordait aux protestants le libre exercice de leur culte, ne fut point approuvé par l’Université, qui forma opposition, « voulant que h les écoliers de la religion prétendue réforméë fos- » sent exclus de l'entrée aux collèges de l’Univer- » sité. » Le parlement refusa de l'enregistrer; mais le roi ayant été prendre séance dans son sein , toutes les difficultés furent levées. Ces mesures législatives n'éteignirent pas la haine que l’on portait aux huguenots. Paris ne renfermait pas de temples protestants:

! vaut ’ . •

les religionnaires étaient obligés d’aller entendre }e prêche d’abord à Ablon-sur-Seine, puis à Charenton ; chaque fois qu’ils sortaient de la ville, leur départ était , pour une populace fanatique, le signal de mille

DE l’iINIVEBSITÉ.

outrages. Les écoliers étaient souvent les instruments dont on se servait ; et les excès à cet égard allèrent si loin, qu’on fut obligé de dresser, dans la vallée de Fécan , à l’extrémité du faubourg Saint- Antoine; une potence pour y pendre le premier qui troublerait le repos public, (te a conservé les monuments de ces provocations, faites à une jeunesse déjà trop turbulente. Dans son curieux journal , L’Estoile rapporte une de ces proclamations qu’on placarq dait dans les rues de l’Université; elle était conçue en œs termes : « On fait savoir à tous écoliers, grammairiens, artiens, et autres illustres étudiants en notre Université lutécienne, qu’ils aient à se trouver aujourd’hui, post prandium 1 , sur le bord de la -Séine*, cum fusùbus et armis, pour s’opposer, tem~ pore opporlüno % aux insolences de la maudite secte ■huguenote et abloriiste; faisant défenses à tous, pré- ,v»tt, lieutenant qt autres, d’empêcher ceci, sous peine d’encourir lîire de Dieu et du peuple chrétien et catholique. À Paris, le 18 septembre 1605. » La jeunesse des écoles était toujours là même; dans un -Mitre endroit, L’Estoile raconte qu’à la foire dé Saint- Germain, théâtre ordinaire des exploits des étudiants, « un laquais coupa les deux oreilles à un écolier, 'et les lui mit dans sa pochette.» Pour venger la victime,

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1 Après le dîner.

* Sans doute dans le Prè-aux-Clêrcs.

3 Avec armes et bdtons , pour s opposer en temps opportun

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ses camarades tuèrent tous les laquais qu’ils rencontrèrent*.

r Sous Louis XIII, l’Université ne joua aucun rôle politique. Ses privilèges furent confirmés en 1631 , mais ce n’était plus qu'une formalité. Un corps privilégié., dans toute l’acception du mot, ne pouvait exister dans une monarchie absolue, surtout lorsque Je. véritable roi se nommait Richelieu. Le corps enseignant essaya seulement une fois de faire revivre les anciennes coutumes; il demanda à siéger aux états généraux de 1614; ses prétentions furent rejetées, et dès lors il n’en fut plus question. Les études n’en devinrent que plus florissantes. Richelieu , qui .avait des prétentions au bel esprit, encourageait les gens de lettres et les savants. Il protégea les différentes facultés, surtout celle de théologie, et se fit nommer proviseur de Sorbonne. Aussi, lorsqu’en 1636, les armées impériales, après avoir envahi la Picardie, menacèrent la capitale, l’Université reconnaissante .vint offrir à Richelieu un corps de quatre cents soldats, levés et entretenus à ses dépens 3 . Il ne faut pas oublier que Louis XIII exécuta le projet de son père, et qu’il ordonna, en 1610, les premiers travaux de la construction du collège royal de France, sur la place de Cambrai. Les professeurs, protégés par le bon Henri 3 , le furent également par son fils. Profitant

1 M, de Gaulle, Hist. de Paris, 11, 202.

* Vollnirc, Hist. du parlement de Paris, chap. 53.

' " * Les professeurs du collège Royal se trouvaient dans une triste $tiuatiju,|lcrs de l’entrée de Henri IV k Paris. * Ils firent une dé-

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DE L’UNIVERSITÉ

du calme dont elle jouissait, l'Université s’occupa du progrès des études et fit dans son sein de notables améliorations. En 1639, Lebé et Louis Barbedor, syndics de la corporation des écrivains de Paris, fixèrent, par ordre de la compagnie, l'écriture française d’une manière invariable, et en déposèrent des modèles au greffe du parlement. La faculté de théologie montra seule, au milieu du progrès général, un attachement aveugle à la routine. Malgré les efforts de quelques hommes éclairés, entre autres du célèbre Edmond Richer, les maximes ultramontaines avaient de nombreux partisans en Sorbonne. Les anciens réglements n’étaient pas défendus avec une moins grande opiniâtreté. En 1624, trois chimistes, nommés Billon , Bitaut et de Claves, coupables d’avoir combattu Aristote, la seule autorité que voulût alors reconnaître la Sorbonne dans la science, furent emprisonnés, puis bannis. L'arrêt qui les condamna, et qui se trouve consigné dans les registres du parlement ( le 28 août 1 624), « fait défenses à toutes personnes, sous peine de la vie, de tenir ni enseigner aucunes maximes rfq n 'vj Düp nHns liBnoiqeioa 1ttBSj|!f(MW «q'io'i putation à ce prince, qui les reçut avec bonté; et, apres, les avoir écoutés, il dit à ceux qui étaient près de lui : « J’aime mieux qu’on diminue de ma dépense et qu’on m’ôte de ma table pour en payer mes lecteurs; je veux les contenter; M. de Rosny les paiera. » Les professeurs eurent ordre de se trouver le lendemain chez M. de Sully, qui, après leur avoir fait l’accueil le plus favorable, leur dit : « Les autres vous ont donné du papier, du parchemin et de la cire ; le roi vous a donné sa parole ; et moi je vous donnerai de l’argent, » Saint-Foix, III, 91. , ,

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contre les ancièns auteurs, ni faire aucunes disputes que celles qui seront préalablement approuvées par les docteurs de la faculté de théologie. »

L’Université ne prit aucune part aux troubles de la Fronde. On ne là voit parditre que dans quelqués occasions peu importantes. « Le samedi, 16 janvier 1649, ditnn historien, le recteur et tous les suppôts dë l’Université vinrént offrir leurs services au parle-* ment , auquel ils présentèrent dix mille livres pour tout le corps *, et demandèrent d’étre conservés dans leurs privilèges ; à quoi la cour répondit , par la bouche du premier président, qu’elle acceptait leurs offres,' et qu’ils pouvaient compter sur sa protection pour la conservation de leurs privilèges. » La compagnie fît auSsi quelques démarches auprès du roi; eh 1662, elle envoya demander la mise en liberté du cardinal de Retz, qui venait d’étre arrêté par ordre de la cour. Mais, si elle suivit l’opinion publique; elle ne prit jamais l’initiative, et sa haine contre Mazarin ne l'entraîna point au delà des convenances. Le corps enseignant comprenait enfin que ce n'était pas à lui à jouer ün rôle dans les affaires de l’État ; il n’avait ét ne dévait avoir d’antre mission que l’enseignement de la jeunesse.

Le règne de Louis XIV fut favorable à ^Université. Mazarin fonda, en mourant (1661), le collège qui porte son nom; et ses successeurs aux affaires accor-

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DE l/lWIVEHSITÉ. y 183

dêrent leur protection au corps enseignant. La création des Académies des sciences et des inscriptions, la construction de l’Observatoire, l’accroissement de la Bibliothèque royale, les encouragements donnés aux savants par le grand Colbert, toutes ces belles institutions qui contribuèrent sous Louis XIV aux progrès des lettres et de la civilisation , ne pouvaient avoir sur les études qu’une heureuse influence. En 1694, le roi rendit, au sujet de la faculté de médecine, un arrêt important. Les médecins de province, qui n’avaient pas été reçus à Paris, voulaient cependant y exercer , avant d’avoir justifié , par de nouveaux examens, qu’ils en étaient dignes. Cette prétention donnait lieu à de violentes contestations. Louis XIV défendit à tout médecin étranger à l’Université de Paris d’y exercer, à moins d’être approuvé par elle ou, d’être attaché à la personne du roi ou de la famille poyale, et plus de seize ans après, en 1711, il. renouvela cette défense, en accordant aux membres de la faculté de médecine de Paris le privilège de pouvoir exercer sans obstacle dans toute l'étendue delà France : m Attendu, porte l’ordonnance, que peux qui étudient en médecine dans la capitale, y trouvant plus de moyens que partout ailleurs de s’instruire dans toutes les parties de la science qui y sont ebseignées, par, les .maîtres les plus habiles, ce serait ûmtilemeqt qu’on les, obligerait à recommencer de nouvelles études sous des professeurs parmi lesquels il s’en rencontrerait rarement d’aussi capables que cefax dont ils auraient pris les leçons. » Enfin, une ordon-

nance remarquable institua l’enseignement du droit civil, qui avait été prohibé, comme je l’ai dit ailleurs 1 , par une bulle du pape Honorius III. Les lettres-patentes sont du mois d’avril 1679 ; elles furent enregistrées au parlement , le $ mai suivant. « Nous avons cru, y est-il dit , ne pouvoir rien faire de plus avantageux pour ie bonheur de nos peuples, que de donner aux gens qui se destinent au ministère de la justice les moyens d’acquérir la doctrine et la capacité nécessaires, en lenr imposant la nécessité de s’instruire des principes de la jurisprudence , tant des canons de l’Église et des lois romaines que du droit français ; ayant d’ailleurs reconnu que l’incertitude des jugements, qui est si préjudiciable à la fortune de nos sujets , provient principalement de ce que l’étude du droit civil a été presque entièrement négligée depuis plus d’un siècle par toute la France, et que la profession publique en a été discontinuée dans l’Université de Paris. A ces causes , nous ordonnons que dorénavant les leçons publiques du droit romain seront rétablies dans l’Université de Paris et dans toutes les universités de notre royaume où il y a faculté de droit (art. 1 et 2); nous ordonnons également que le droit français, contenu dans nos ordonnances et dans nos coutumes, soit publiquement enseigné (art. 14).» Par la même disposition , le roi accorda des distinc- ‘ tions honorifiques aux professeurs en droit, et l’année d’après, dans un nouvel édit, il établit, pour ceux

* Yoyex ci-dessus, p. 49*

de l’uhivemitk. 185

d’enlre eux qui auraient professé pendant sept années, une préférence pour la nomination aux bénéfices.

En reconnaissance de ces grands services rendus à la science, l’Université seconda activement le roi dans sa lutte contre la cour de Rome , et elle fit enregistrer solennellement la célèbre déclaration de principes, rédigée par Bossuet, qui consacrait la liberté de l’Église gallicane (1682). Elle prit également part aux éloges que l’on décernait'chaque jour à Louis XIV. « En 1684, dit Félibien, le sieur de Pommereu, prévost des marchands et les eschevins , par traité passé avec l’Université de Paris, le 24 juillet, fondèrent un panégyrique à l’honneur du roy Louis-le- G ranci, qui serait récité tous les ans, le 16 mai , par le recteur de l’Université , en présence du prévost des marchands et des autres officiers du corps de ville, laquelle , à cette fin , promit de faire payer au receveur de l'Université, tous les ans, quarante louis d’or, valant 440 livres. La fondation fut acceptée par l’Université et homologuée au parlement le 17 aoust 1684. » ,

L’illustre compagnie fut cependant troublée plus d’une fois, sous ce régne, par de misérables controverses. Je veux parler de la célèbre querelle du jansénisme, qui agita le royaume pendant plus d’un siècle. C’était à tout prendre une continuation de la guerre contre les jésuites ; aussi l'Université se mitelle aussitôt parmi les ennemis des révérends pères. Je n’entrerai point ici dans les détails de cette ridicule affaire, qui serait complètement oubliée au-

jourd’huj, si ejfoo’eût donné naissance à l’un de* chefs -d’œuyre de notre langue , les Provincial», de Paspal. Mais elle fut le rootjf de mille persécutions Contre les membres du çprps enseignant , soupçonnés de jansénisme : le fameux docteur Arnauld et ses parr tisans furent chassés de le Sorbonne^ et le vénérable Rolljn lui-mên)e fut destitué des fonctions de principal du collège de Beauvais, à Paris, qu’il exerçait t depuis qujnxe ans (1712). Enfin; les atroces poursuites exécutées contre les protestants , et surtout la protection accordée par Je roi aux jésuites , les plus redoutables rivaux de l’Uniyersjté, portèrent le plus grand préjudice aux intérêts de la compagnie. , î. f.Mais aile .comptait alors parmi ses membres des bommes d’un rare mérite, les Cofifin, les Hersan, les Rolljujiiîui redoublèrent d’efforts et parvinrent Prendre leurs collèges aussi florissants que ceux de^ jésuites. Si ceux-ci ont eu d’illustres disciples, il ne faut pas oublier que Pascal, Descartes, Molière, Boileau , ont reçu l’éducation , qui développa leur génie., dans les établissements de l'Université de Paris. • !d. i i. - , î i • t <s O- ,ft: ,

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Depuli la mort de Louis X\\ Jusqu'à la révolution fraoçslie ( .

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Le régent de France, pendant laminoiàté, d§ Louis XV, Philippe d’Orléans, homme d’esprit et dp goût , protégea de tout son pouvoir les savants; et, 1$^ littérateurs. L’un des premiers actes importants dé son administration fat en faveuf dp l’ Université. Jusqu’à cette époque, l’enseignement n’était pas gratuit, lés écoliets payaient à leurs professeurs une certaine rétribution. Cet état de choses né pouvait durer plus longtemps. Les jésuites, dont lès leçons étaient gratuites, en retiraieht trop de profit. Pour subvenir aux frais hédessitëà pàr cette amélioration, oit résolut dp réunir aux postes du royaume, moyennant une forte rétribution , les messageries dé l’Université, dont j’ai déjà parlé ' , et qui n’étaient pour la compagnie que d’Utl chétif revenu. « Là pfcëmiére résolution qui fut prise , dit Saint-Foix , fut d’assigner aux professeurs sur le trésor royal une pension de -cent mille livres; mais M. Coffin , qui étoit alors recteur de l’Univer-

1 Voyez ci-dessus, p. 162 et suir.

sité, représenta qu’elle ne pnuvoit ni renoncer à son ancien droit sur les messageries , ni accepter un revenu fixe, de peur que si, comme il étoit déjà arrivé, l’or et l’argent devenoient plus communs , ayant toujours la môme somme, elle n’eût pas toujours la même valeur; qu'il serait plus équitable de lui donner une partie certaine et détermiuée de l’argent que les fermiers des postes rendoient annuellement au roi ; que cette quotité suivrait les temps dans une juste proportion et produirait toujours un revenu suffisant pour l’entretien des professeurs. On suivit ce projet comme le plus raisonnable, et il fut arrêté que l’Université aurait le vingt-huitième effectif du prix du bail général des postes et messageries de France 1 . » Dès lors, l’instruction fut gratuite dans l’Université ; les professeurs eurent en même temps une existence honnête et purent obtenir des pensions de retraite, après vingt ans d’exercice. L’Université célébra d’une manière solennelle ce grand événement (avril 1719). Elle alla en procession entendre le Te Deiim à Saint-Roch, qui était déjà l’église paroissiale de la famille d’Orléans. Le recteur Coffin , dit le spirituel écrivain que je viens de citer , o fit en cette occasion une infinité de remerciements, de harangues et de mandements français et latins. 11 y en a au roi, à M. le duc d’Orléans, à M. d’Argenson , à M. Fagon,

1 Essais hist. , III, 343. — Quelque* auteur* disent cependant que la réunion de* messageries de l'Université' aux postes du royaume eut lieu moyennant une rente de 1 r >0, 000 livres.

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aux premiers présidents du parlement , de la chambre des comptes , de la cour des aides , do grand conseil , à tous les chefs des autres tribunaux, à l’archevêque de Paris, à l’Université, au public. » Rollin lui-même sortit de sa retraite pour adresser au roi et au régent un discours de remercimeut, au nom du corps enseignant l .

Ce .ne fut point le seul service rendu aux lettres par le duc d Orléans. Un arrêté du conseil, du 20 juillet 1721 , créa la première école des langues orientales, en introduisant dans quelques collèges l’usage de faire instruire dans cette littérature des jeunes gens qu’on appelait enfants des langues ou arméniens , et qu’on employait ensuite dans les relations diplomatiques avec le [levant *. Ces heureuses améliorations, si favorables au progrès des études, aidèrent l’Université à soutenir dignement son rang, malgré les efforts des jésuites. „ Mais la compagnie fut encore troublée par la querelle du jansénisme et l’affaire non moins ridicule de la bulle Unigenitus. Ces déplorables controverses, qui

1 Sa harangue eut un tri»- grand succès; et, comme dans 1* première partie jl avait donné un aperçu et un abrège du plan que suivait l’Université pour l’instruction de la jeunesse, m pria l’orateur de vouloir bien étendre cette partie de ton dira ours, et d’en faire un ouvrage qui ne pourrait manquer d’efre utile aux élèveset aux maîtres. Cette délibération prise par la compagnie, le t8 janvier 1 790, fut la cause et l’origine du Traité des études. — Andrieux, Notice sur Rollin. , , / i

1 Felibicn ,11,1 530. — 11 existe encore au college de Louis- Ic-Graud une école de jeunes de langues.

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égayaient fort la partie sensée du public et qui excitaient la verVe de Voltaire, devinrent la cause de nouvelles itérsécutions*. Le cardinal de Fleury, premier ministré, fitchàsser delaSorbonne, en une seule année (!72'9), plus de cent docteurs; beaucoup furent exilés; l’àncien rtcteur Coflfin se vit refuser les sacre^ ments au moment de mourir, parce qu’il passait pour janséniste. Le vertueux Rolli» lui-même ne fut pas à l'abri de ces tyfanfriques vexations. On obligea l’Université à remplacer son respectable recteur par un sujet plus inôdért!; la police envahit plusieurs fois la petite maison de Rollin, qui écrivait alors son Histoire Homàine, et la fôuilla de là cave au grenier; on prétendait qU’îl aVàrt chez lui utte imprimerie clandestine, qui servait à publier un journal janséniste. CeS indignés persécutions ne cessèrent que vers la fin du règne Idé LôùisXV.

^Université arriva cependant à cette époque à son plofe haut point de splendeur et de prospérité. Le gouvernement encbufàgèa’ les efforts du corps enseîgnarit', a eHès : bienfaits dè l'instruction commencèrent à se répandre dans le peuple. Enfin, l’abolition «te te société des jésuites rendit à l’Université le pri-

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çepté tes pères f mères et, futeurs, d instruire chez gq*Jes enjapfs qui aufWPt plu? de neuf ans. Vingt-

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* Voyez Voltaire, Hist. du Parlement, tet Duveftoet, Hist. de

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DE I» UNIVERSITE

neuf collèges, dont les févériüs étaient presque nuis, furent supprimés ëf-rèunis aù coHégë Louis-Ie-firàii'cf, ancien établissement dés jésuites j qûi dëvinl'le chéflieu de l’Université. On y transféra lès archives de' tous les collèges , la bibliothèque de î’Univérsité , la halle du parchemin , et c’est là que siégea fé tribunal académique.

Louis XVI fit achever le collège de PranCe etposà la première pierre de fEcole actuelle de médecine. Ce bon prince , ami des lettres et partisan sincère du progrès , eût amélioré l’enseignement , et le gouvernement s’occupait à ce Sujet d'importantes réformes, lorsque lefe troubles politiques vînréni suspendre l’effet dé ces louables intentions . 1 ' ’, 1 ,f ' 1 1 f "\

Arrivé à la‘ chute ife ^ancienne Ûhjversîté de Paris , notis croyons devoir dbnner quelques détails sur la constitution d’ün corps qui eut’,' 'pendant sept siècles, tant d’éclat et ' de puissance, te poste le plus éminent de rUnivérsilé était celui de recteur *. Au dix-huitièmé siècle, ce haut fonctionnaire était élu tous les trois mois , mais on était dans l’usage de cori-'

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tinuer le liiême recteur pendant un^ année. À chaque élection , et quelqûëfois dans des circonstances solennelles', l’Université' ordonnait une grande procession, connue sous le nom de Procession du recteur.

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