CHAPITRE î
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Les Carlovingiens. (768-987.)
On a longtemps regardé Charlemagne comme le fondateur de l’Université de Paris 1 , et cette tradition populaire, que le bonhomme Pasquier attaqua le premier, dansses curieuses Recherches, s’explique facilement. Ce puissant empereur a ranimé le mouvement intellectuel chez les Francs avec tant de zèle, de persévérance et de bonheur, la gloire littéraire de son règne est si belle, qu'il n’est pas étonnant qu’on ait cru devoir placer à celte époque l’établissement de l’Université, berceau delà civilisation française.
J’ai dit combien grande était la décadence morale de la Gaule franque au huitième siècle. Le clergé lui-même devenait ignorant et grossier. « Dans les écrits qui nous ont été fréquemment adressés par les couvents, dit Charlemagne à l’abbé de Fulde, nous
1 La fête de Charlemagne est encore célébrée, le 28 janvier, dans nos colleges. Ce fut Louis XI qui l’établit en 1 480, et comme elle fut négligée dans la suite, un statut de l’Université la rétablit expressément en 1 601 .
Hisroiae
avons pu remarquer que le sens des religieux était droit, mais leurs discours incultes; que ce qu'une dévotion pieuse leur dictait fidèlement au dedans , ils ne pouvaient l’exprimer au dehors sans reproches, par leur négligence et leur ignorance de la langue. » Il était à craindre que la barbarie n’étouffàt les derniers germes de la civilisation ; mais le génie de Charlemagne régénéra en peu de temps le vieux monde mérovingien. Il réunit autour de lui pour ce grand œuvre les savants de tous les pays; Théodulf, S. Prudence, Agobard, Leidrade, Walfried Strabo,S. Boniface, Gottschalk, etc, et enfin l’anglais Alcuin, la gloire de cette époque. Ces hommes, d’une science universelle, suivant l’expression des anciens historiens, secondèrent les efforts de l’empereur franc , qui donna le premier à ses sujets l’exemple de l’étude. Son zèle fut infatigable; « il consacra beaucoup de temps et de travail, dit Eginhard, son biographe, à la rhétorique et à la dialectique, mais surtout à l’astronomie: il apprenait le calcul et étudiait le cours des astres avec une curieuse et ardente sagacité. Il s’essayait aussi à écrire , et portait d habitude sous son chevet des tablettes , afin de pouvoir , dans ses moments de loisir , s’exercer la main à tracer des lettres ; mais ce travail ne réussit guère, il l’avait commencé trop tard. » Charlemagne parlait le latin avec autant de facilité que la langue tudesque; il savait le grec, peut-être même l’hébreu , le syriaque et l’esclavon. Outre des écrits théologiques, nous avons de lui deux pièces de poésie , adressées à Alcuin et à Paul
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Warnefrid, et 00 lui €0 attribue beaucoup d’autres 1 * . Enfin, il commença une grammaire tudesque, et fit recueillir les vieux chants nationaux de l’Allemagne.
Pour propager plus facilement l’instruction dans le peuple , Charlemagne voulut faire partager ses élut des aux leudes qui l’entouraient. Ce fut dans ce but qu’il fonda dans son palais, sous les auspices d’Alcuin, une école à laquelle assistaient Charles, Pépin et Louis, ses fils; Gisla, sœur, et Gisèle, fille de 1 empereur; Eginhard et les autres conseillers intimes. Cette célèbre école se tenait probablement à Paris , au palais des Thermes 3 , mais seulement pendant le séjour de l’empereur. Les écoles du palais , en effet , n’étaient établies nulle part d'une manière permanente; elles se tenaient là où se trouvaient l’empereur et sa suite, à Quiercy , à Thionville, à Worms, et le plus souvent à Aix-la-Chapelle 3 . L’enseignement d’Alcuin , si l’on en juge par les fragments qui nous sont parvenus, n’avait point d’objet déterminé. Il y avait plus d'entretiens que de leçons , et la naïve curiosité de ces illustres élèves embarrassait souvent le professeur. Tantôt l’empereur le questionne sur la diffé-
1 Voyez le cinquième volume de la Collection des historiens de France.
* Mémoires de V Ac. des tnsc. xv, 659.
3 M. de Gaulle , Nouvelle histoire de Paris, 1 , 317. « On voit donc , «joute le savant historien, que les auteurs, qui donnent Alcuin pour premier maître à l’école publique de Paris , confondent çetie institution avec l’école du palais.»
rence qui existe entre éternel et sempiternel, perpétuel et immortel; tantôt il lui demande pourquoi l’on ne trouve dans aucun évangile Y hymne queJ.-C. a chanté après la Cène. Il se forma, en même temps, dans le palais une académie, dont tous les membres empruntaient un surnom à l’histoire sacrée ou profane. Charlemagne avait le surnom de David; Alcuin, Eginhard, Théodulf, ceux d’Albinus, de Calliopus et de Pindare, etc. Dans la première passion de la science , comme dans toute passion , a dit avec raison M. Guizot, l’enthousiasme est toujours un peu singulier et bizarre.
11 faut lire dans les historiens contemporains avec quel empressement l’empereur accueille les savants étrangers, avec quel soin il suit, dans les écoles, le progrès des études. « Il advint, dit un chroniqueur, qu'au rivage de Gaule débarquèrent, avec des marchands bretons, deux scots dHibernie, hommes d’une science incomparable dans les écritures profanes et sacrées. Us n’étalaient aucune marchandise, et se mirent à crier, chaque jour, à la foule qui venait pour acheter : « Si quelqu’un veut la sagesse, qu’il vienne à nous, et qu’il la reçoive, nous l’avons à vendre... » Enfin , ils crièrent si longtemps, que les gens étonnés, ou les prenant pour fous , firent parvenir la chose aux oreilles du roi Charles, amateur toujours passionné de la sagesse. 11 les fit venir en toute bâte, et leur demanda s'il était vrai , comme la renommée le lui avait appris, qu’ils eussent avec eux la sagesse. Us dirent : «Nous l’avons, et, au nom du