X, UNIV£RS!T
Seigneur, nous la donnons à ceux qui la cherchent dignement. » Et , comme il leur demandait ce qu’ils voulaient en retour, ils répondirent : « Un lieu commode, des créatures intelligentes, et ce dont on ne peut se passer pour accomplir le pèlerinage d’icibas, la nourriture et l'habit. » Le roi, plein de joie, les garda d’abord avec lui quelque peu de temps. Puis, forcé d’entreprendre des expéditions militaires, il ordonna à l’un d’eux , nommé Clément , de rester en Gaule, lui confia un assez grand nombre d’enfants de haute, de moyenne et de basse condition, et leur fit donner des aliments, selon leur besoin, et une habitation commode. L’autre (Jean Mailros, disciple de Bède) , il l’envoya en Italie pour y ouvrir une école.
« Lorsqu’aprés une longue absence le victorieux Charles revint en Gaule, il se fit amener les enfants qu’il avait confiés à Clément, et voulut qu’ils lui montrassent leurs lettres et leurs vers. Ceux de moyenne et de basse condition présentèrent des œuvres au-dessus de toute espérance, confîtes dans tous les assaisonnements de la sagesse; les nobles, d’insipides sottises. Alors le sage roi, imitant la justice du juge éternel, fit passer à sa droite ceux qui avaient bien fait, et leur parla en ces termes : « Mille grâces, mes fils, de ce que vous vous êtes appliqués de tout votre pouvoir à travailler selon mes ordres et pour votre bien. Maintenant efforcez-vous d’atteindre à la perfection, et je vous donnerai de magnifiques évêchés et des abbayes, et toujours vous
serez honorables à mes yeux.» Ensuite, il tourna vers ceux de gauche un front irrité, et, troublant leurs consciences d’un regard flamboyant, il leur lança avec ironie, tonnant plutôt qu’il ne parlait, cette terrible apostrophe : « Vous autres nobles, vous, fils de grands , délicats et jolis mignons , fiers de votre naissance et de vos richesses, vous avez négligé mes Ordres, et votre gloire et l’étude des lettres; vous vous êtes livrés à la mollesse, au jeu et à la paresse, ou à de frivoles exercices. » Après ce préambule , levant vers le ciel sa tête auguste et son bras Invincible, il fulmina son serment ordinaire : « Par le roi des cieux , je ne me soucie guère de votre noblesse et de votre beauté , quelque admiration que d’autres aient pour vous ; et tenez ceci pour dit , que si Vous ne réparez par un zèle vigilant votre négligence passée , vous n’obtiendrez jamais rien de Charles*. »
De toutes parts s’élevaient, comme par enchantement, à la voix de l’empereur, des écoles élémentaires, où l’on enseignait aux enfants la lecture, le chant d’église , le calcul et la grammaire. Les curés de campagne reçurent l’ordre de professer gratuitement, et d’inviter les parents à envoyer leurs enfants à l'école du monastère ou à celle de la paroisse. Dans les grandes écoles, on étudiait les arts libéraux , c’està-dire la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la mu*
* Le moine de Sainl-Gall , 1. 1 . Je me suis servi de l’élégante traduction de M. Michelet.
DE l’uWVKRSITÉ.
sique'. Les évêques secondèrent partout le zèle de Charlemagne. Leidrade fonda une école célèbre à Lyon ; Théodulf , à Orléans ; Alcuin , à l’abbaye de Saint-Martin de Tours; Sigulf, à l’abbaye de Ferrières , dans le Gàtinais ; Raban , disciple d’Alcuin , à Fulde. Celles de Reichnau, d’Ulrecht, de Corbie, de Fontenelle, de Saint-Riquier, de Saint-Wandrille, d’Osnabruck*, n’eurent pas une moins grande célébrité. A Paris, il y avait, près de la cathédrale et peut-être dans la maison de l’évêque , une école où l'on enseignait publiquement; en 790, l’abbé Trobat I" en fonda une à Saint Germain-des-Prés, et celle de Saint-Germain-l’Auxerrois acquit une telle réputation qu’elle a laissé son nom au quai voisin. Ces écoles, fondées sur tous les points du royaume, exercèrent une influence que l’on n’a pas assez remarquée ; elles opérèrent la fusion des races romaines et germaniques, en propageant parmi des populations différentes de mœurs, de lois et d’intérêts, les mêmes doctrines et le même esprit. De leur sein la foi se répandit avec la science en Saxe, en Frise, en
1 Ce cours d’études, suivi de bonne heure en Italie, introduit ensuite en Espagne et en Angleterre, apporté en France de ce dernier pays, était connu au moyen âge sous les noms de Trivium, et de Quadrivium. Les differentes parties qui le composaient sont énumérées dans le distique suivant :
Gramro. loquitur ; Dia. vers docet ; Reth. verba colorât ;
Mus. canit; Ar. numerat ; Geo. pondérât; Ast. colit astra.
* Cette dernière école, fondée en 80-i, était destinée à l’étude du grec et du latin.
Westphalie; une même lumière éclaira la France, < l’Italie, l’Allemagne. Chez les Slaves, trois cents jeunes gens fréquentaient le collège de Jaroslaw 1 .
Alcuin, qui eut, dans les travaux entrepris par Charlemagne, la plus large part, rendit, en outre, un service inappréciable à la littérature; je veux parler de la révision et de la correction des manuscrits. Les bibliothèques avaient été dans un tel désordre, au siècle précédent, qu’à Saint- Wandrille l’enceinte consacrée aux études était occupée par la meute du guerrier qui avait usurpé le monastère.
Dans les couvents qui avaient été respectés, les anciens manuscrits, défigurés par des copistes ignorants, étaient devenus méconnaissables. L’empereur comprit que tous ses efforts , que tout son zèle de réformateur devaient tourner de ce côté, et il donna l’exemple. « La veille de sa mort, dit un historien contemporain , il avait soigneusement corrigé, avec des Grecs et des Syriens, les évangiles de saint Mathieu , de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean. »
Le diacre Paul composa, d’après ses ordres, un homiliaire, qui fut adressé aux évêques, et dont il se flattait d’avoir banni les sens corrompus et les grossiers solécismes , tandis qu’ Alcuin révisait les livres sacrés. L’art du copiste procura bientôt gloire et fortune à ses intelligents interprètes, qui ne négligèrent même pas les auteurs profanes; car Alcuin, dit-on, copia et corrigea les comédies de Térence. C’est donc la patiente érudition du clergé et le zèle éclairé de Charlemagne
* Voyez le Cours de M. Guizot.
DC l’i-MIVEBSITÉ. 25
qui nous ont transmis les chefs-d’œuvre de l’antiquité, ces admirables monuments de l’intelligence humaine.
L’empereur s’occupa avec non moins d’activité d’une réforme que Pépin-le-Bref avait déjà tentée. 11 voulut établir partout la liturgie romaine et le chant grégorien. Il réussit dans sa chapelle 1 , « car, dit Eginhard , il s’y entendait merveilleusement , quoiqu'il ne lût jamais en public , et qu’il ne chantât qu’à demi-voix et en chœur. » Mais tous ses efforts furent inutiles au milieu de tant de peuples, divers de mœurs et de langage*. Le clergé gallican
1 a Jamais, dans la basilique du docte Charles, il ne fut besoin de designer à chacun le passage qu’il devait lire, ni d’en marquer la fin avec de la cire ou avec l’ongle; tous savaient si bien ce qu’ils avaient à lire , que si on leur disait à l’improviste de commencer , jamais il ne les trouvait en faute. Lui-même, il levait le doigt ou un bâton, ou envoyait quelqu’un aux clercs assis loin de lui, pour designer celui qu’il voulait faire lire. Il marquait la fin par un son guttural que tous attendaient en suspens, tellement que soit qu’il fit signe après la fin d'un sens, pu à un repos au milieu de la phrase, ou même avant le repos, personne ne reprenait trop haut ou trop bas, quelque étrange commencement que cela pût faire. En sorte que, bien que tous ne comprissent pas, c’était dans son palais que se trouvaient les meilleurs lecteurs, et nul n’osa entrer parmi ses choristes (fût il connu d’ailleurs), qui ne sût bien lire et bien chanter. » {Le moine de S. Gall, 1. 1 , c. 7.)
8 Nous lisons daos les anciens historiens un grand nombre d’anecdotes cuiieuses qui prouvent l’impuissance de cette tentative. « Voyant avec douleur que le chant était divers selon les diverses provinces, l’empereur demanda au pape douze clercs instruits dans la psalmodie. Mais, par malice, lorsqu’on les eut dispersés
HIST01HX
conserva ce rhythme et cette voix sauvages qui , suivant l’expression des Italiens, ressemblaient à un bruit de chariots confusément retentissant, et les écoles de chant, fondées à Soissons et à Metz , furent à peu prés inutiles.
Le mouvement intellectuel, sous le règne de Charlemagne , est constant et réel , mais il ne faut pas en exagérer les résultats. Pour la partie littéraire, les poésies de Théodulf, évêque d’Orléans; la Vie de Charlemagne, par Eginliard ; quelques lettres d’Alcuin et de Leidrade, archevêque de Lyon , méritent peutêtre seules quelque attention. Quant aux sciences naturelles et physiques, elles furent négligées ou étudiées sans fruit. Ainsi que l’observe M. Michelet, ce qu’il faut surtout admirer dans l’œuvre du législateur, c’est la volonté, c’est l’effort de rétablir l’unité de l’enseignement dans l’empire. A la mort de Charlemagne (814), les peuples qu’il avait soumis reconquirent leur indépendance; l’édifice social et politique qu’il avait élevé de ses puissantes mains s’écroula , son empire ne fut plus qu'un souvenir , mais rien ne put étouffer les germes de la civilisation renaissante. Grâce à l’essor donné par le grand homme, les lettres furent cultivées avec la même ardeur pendant les effroyables calamités du siicle de fer et la dissolution de la monarchie carlovingienne.
de côté et d’autre, ils se mirent à enseigner tous des méthodes différentes ; Charles, indigné, se plaignit au pape, et le pape les mit en prison. » là. ibid., c. 10.
DE l’uMIVERSITÉ.
Les successeurs de Charlemagne furent pour la plupart des princes instruits, qui protégèrent les études. Louis-le-Débonnaire parlait le latin avec élégance et comprenait lé grec ; son érudition était surpassée par celle de sa femme, la belle saxonne Judith. Charles-le-Chauve était versé dans la langue grecque’, et l’école du Palais, dirigée par l'Irlandais Jeaà 8cot, brilla sous son règne d’un nouvel éclat. L’émpereur assistait à toutes les leçons et accordait àü professeur une extrême familiarité, s’il faut ajoutet foi à l’anecdote suivante : a Jean était un jour assis à table en face du roi, et de l’autre côté de la table. Les mets ayant disparu, et comme les coupes circulaient, Charles, le front gai, et après quelques autres plaisanteries, voyant Jean faire quelque chose qui choquait la politesse gauloise, le tança doucement en lui disant : Quelle distance y a-t-il entre un soi et un Seat! ( Quid distat inter soltum et Scotum ?) — Rien que la table, répondit Jean, renvoyant l’injure à son auteur*. » Sous Louis-le-Bègue , le chef des études du palais fut Mannon, l’un des philosophes les plus distingués de cette époque.
Les bibliothèques devinrent de plus en plus riches, et les copies des écrivains de l’antiquité se multiplièrent. Les manuscrits remplacèrent les armes et les
’ Jo me suit servi pour eeue période de l’excellent travail de l’abbc Lcbcuf, sur l’état des sciences dans les Gaules depuis la mgrt de Charlemagne jusqu’à ç elle du roi Robert. T. n du Recueil de divers écrits, in- 12. Pari;, 1738.
* Guillaume de Malmesliuy, trad. de M. Guizot.
chevaux qu’on avait coutume d’offrir au prince, à l’approche des grandes fêtes et au premier jour de l'année. Aussi la bibliothèque de Charles-le-Chauve devint si considérable , qu’il put la partager à sa mort entre son fils et les monastères de Saint -Denis et de Compiègne. Les abbés rivalisèrent de zèle pour augmenter les richesses littéraires de leurs couvents. « Loup de Ferrières, voyant que, dans son canton , l'on ne trouvait point de Suétone , l’emprunta de l’abbaye deFulde pour le faire transcrire] il eut d’Eginhard quelques ouvrages de Cicéron et un Aulugelle. Il emprunta ailleurs un Salluste et les Verrines de Cicéron pour les copier ou les collationner; de l’abbaye de Pruym , les Èpitres de Cicéron ; de son archevêque, Tite-Live. 11 faisait des emprunts d’auteurs profanes jusqu’en Italie; il demanda même au pape Benoît III, Cicéron de Oratore, les douze livres des Institutions deQuintilien etles Commentaires de Donat surTérence. On peut juger de ce que contenaient les bibliothèques des grands monastères, et surtout celle du roi, en fait d’auteurs profanes, par le catalogue de celle de l'abbaye de Saint Riquier, fait en l’an 831, dont j’ai extrait cet article : De libris grammaticorum, Donalus , Pompeius , Probus, Priscianus . . . , Servius, Tullius Cicero, Fabulœ Avieni, Virgilius. De libris antiquorum , Plinius secundus , De moribus et vilâ imperalorum, Ilistoria Homeri. Frodoard, qui écrivait l’histoire de Reims au dixième siècle , fait voir par des citations que la bibliothèque de celte église contenait les oeuvres de Jules César, de Tite-Live, Vir-
DE l’uNIVEHSITÉ.
gile, Lucain.., Que ne peut-on pas dire de la bibliothèque de Saint-Benoît sur Loire, s’il est vrai qu'au dixiéme siècle, sous l’abbé Abbon, il y eut cinq mille écoliers, tant religieux qu’externes, qui devaient tous à leurs maîtres deux volumes par forme d’honoraires? Les moines de Montirender, au diocèse de Châlons-sur-Marne, faisant en 990 l’inventaire des livres de leur abbé Adson, lorsqu’il fut parti pour Jérusalem , y trouvèrent la Rhétorique de Cicéron , Servius sur Virgile , deuxTérence, une explication des Eglogues et des Géorgiques de Virgile , deux glossaires latins. Le Virgile de huit «à neuf cents ans conservé à la cathédrale de Metz, l’Horace du même temps conservé en celle d’Autun, le Juvénal et le Perse qui étaient dans la même église, font voit’ que les maîtres d’alors ne donnaient pas l’exclusion aux auteurs profanes L »
Les langues , surtout le grec qui était d’une utilité réelle pour la liturgie et l’explication des livres saints, furent étudiées avec soin. Louis-le-Débonnaire fit même traduire la Bible en vers tudesques 2 . On s’occupa pour la première fois du droit canon et du droit civil, essais infructueux, sans doute, d une législation impuissante à une pareille époque de dissolution, mais qui ne méritent pas moins d'être remarqués. Enfin nous voyons des traces de littérature. Chaque église plaça dans ses archives la vie des saints
1 Ltbcuf, loco cit. , 15 etsuiv.
2 là. ib. 10, et suiv. L’auteur a recueilli sur ce sujet des documents fort curieux.
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de son diocèse ; chaque monastère eut la biographie des abbés les plus célèbres. Frodoard composa une histoire des évêques de Reims; Nithard, l'anonyme, connu sous le nom de l'Astronome, Thégan, chorévôque de Trêves, rédigèrent le» annales de leur temps, sans critique, il est vrai, et dans un style incorrect qui fait regretter Eginhard , mais du moins, avec conscience et bonne foi. Abbon nous a raconté le siège de Paris parles Normands, et F réculfe, évêque de Lisieux , mort en 830, est l’auteur d'une histoire générale jusqu’à la fin du sixième siècle de l'église, travail qui n’est point sans mérite. Parmi les poètes, il faut placer au premier rang Théodulf, dont nous avons déjà eu occasion de parler au règne do Charlemagne, Florin de Lyon et Walfried Strabo, abbé de Keichnau. Sous Charles-le-Chauve, un moine d’Auxerre, nommé Hérie, écrivit en vers une vie de saint Germain, dont la réputation fut si grande, qu’on l’expliquait publiquement dans les écoles des monastères. Cependant le mauvais goût ne tarda pas à altérer les saines traditions de la poésie antique. Les auteurs ne craignirent pas de latiniser des mots grecs pour les adapter à la mesure du rhythme, et l'on vit un moine composer, à la louange de Charles-le-Chauve , une pièce de 136 vers, dont tous les mots commençaient par la lettre C.
Nous avons divers traités sur la m usique, qui datent de cette époque 1 . On enseignait cet art, comme je l’ai déjà dit, dans les écoles. Quant aux sciences physiques,
1 Lebeuf,95 et suiv.
DE l’uNIVERSITE. 51
elles firent peu de progrès, même l’astronomie, dont le but était tout religieux. 11 y avait à Aix-le-Chapelle, dans le trésor impérial , un énorme bassin en argent sur lequel était représentée la situation des étoiles et des planètes par rapport à la terre. Les savants, disent les écrivains contemporains, venaient souvent l’étudier, mais sans critique, sans intelligence; ils suivaient servilement les travaux de Boèce et de Bède. On n'examinait point d’ailleurs, sans quelque crainte respectueuse, le système céleste. Loup, de Ferrières, interrogé sur les comètes, répondit qu'il fallait plutôt les craindre que les expliquer. La médecine seule, si négligée sous Charlemagne \ progressa pendant celte période. Les médecins, presque tous moines, sont en grand nombre.
Le mouvement intellectuel n’a donc point cessé en France, à la mort de Charlemagne. C’est là une de ces erreurs si communes, popularisées par la tradition et par d'ignorants compilateurs. Le clergé, dépositaire fidèle des lettres et des sciences , ne montra jamais plus d’ardeur. Sans doute, l’érudition de celle époque est pédantesque, le plus souvent ouérile; mais faut-il s'en étonner? L’intelligence renaissait, pour ainsi dire, et ces esprits naïfs aspiraient, dans leur avide curiosité, jusqu’à l’affectation de la science. Admirons plutôt le zèle, l’activité inces-santé de ces bons religieux qui , comme l’abbé de Cluny, étudiaient partout, même à cheval , et qni
1 L'empereur n’ ordonna l’étude de crtte science dans les école», que vers la fin de sa vie. Voyez Hist. litte'r. îv, 26, 274.
rivalisaient dèfforts pour propager l’instruction. « Afin que les travaux de Charlemagne ne fussent point inutiles, dit l’abbé Lebeuf, les pères du concile de Paris, de l’an 829, demandèrent à l’empereur l’établissement de trois écoles plus célèbres que les autres. Ils recommandèrent l’exécution de l’ordonnance de ce prince au sujet des écoles, et ils voulurent, afin qu’on en vît les effets, qu’on amenât les écoliers aux conciles provinciaux. Le concile de Meaux, de l'an 845, voulut que les évêques eussent auprès d’eux un docteur capable d’enseigner les autres. On voit, dans les états assemblés à Aix-la-Chapelle, vingt ans auparavant , quelque mention d’écoles établies ou projetées pour les enfants et les ministres de l’église. Un autre concile de France, tenu à Savonnières, proche Toul , en 859, marqua aussi son attention en ordonnant l’établissement des écoles dans les lieux où elles manquaient , parce que les évêques s’étaient aperçus qu’on perdait le véritable sens de l’Écriture sainte par le défaut de connaissance des langues ’. » Toutes ces écoles étaient ecclésiastiques. La plus célèbre fut celle de Reims, dans laquelle le célèbre Hincmar et son successeur, l'archevêque Foulques, secondés par deux moines de Saint-Germain d’Auxerre , Remi et Hucbald , rétablirent les études. Remi vint ensuite enseigner à Paris avec son compagnon, et il ouvrit, vers 908, dans la capitale, la première école publique, qui est considérée, par les savants Bénédictins, comme le berceau de l’université.
1 Dissertation, etc., 5.
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Les invasions des Normands et la chute des derniers débris de l’empire carlovingien arrêtèrent les études. Mais ce ne fut qu’une halte dans le progrès. Le 3 juillet 987, le comte de Paris, Hugues-Capet, monta sur le trône, et nous allons voir, dès cette époque, la civilisation s’établir, en même temps que le monde politique, sur des bases inébranlables.