‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 6 sur 18 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Depuis Saint Louis jusqu'à Charles V. (1226-13M. )

Louis IX, à son avènement au trône, s’empressa de ratifier les privilèges accordés à l’Université par Philippe-Auguste, son a eul.

Les historiens placent, dès le commencement de ce régne, un événement frivole dans son principe, mais dont les conséquences pouvaient être fort graves. L’Université s’était toujours servie, pour sceller ses actes, du sceau de l’évêque de Paris; mais, soit que l’évêque prétendît percevoir un droit pour cet usage, soit que l’Université, en haine du chancelier, cherchât à secouer le joug de la puissance ecclésiastique, elle se fit fabriquer un sceau particulier. Le cardinal de Saint-Ange, légat du pape en France, étant arrivé à Paris, les chanoines de Notre-Dame citèrent devant lui l’Université, pour qu’elle eût à ne point se servir du nouveau sceau. La cause ayant été plaidée de part et d’autre, 1 Université convint avec les chanoines de prendre le légat pour arbitre, et remit entre ses mains le sceau qui faisait l’objet du différend. Le légat, sans autre délibération, rompit le sceau, en

DE L’UNIVERSITE

GT

criant anathème contre ceux qui en feraient fabriquer un autre. Les docteurs se récrièrent hautement; les élèves, indignés, se soulevèrent, prirent les armes, et, sourds à la voix de leurs maîtres, jurèrent de venger les prérogatives de leurs écoles, violées par le légat. Ils assiégèrent la maison du cardinal, brisèrent les portes, et allaient peut-être se porter aux dernières violences, lorsque le roi envoya des soldats qui repoussèrent les écoliers par la force des armes, et délivrèrent le légat. C’est à l’occasion de cette insulte qu’Honorius déclara « que quiconque oserait poursuivre un cardinal, à main armée, serait déclaré infâme, criminel de lèse-majesté, excommunié, l.anni, ses maisons rasées, ses biens confisqués. » Mais bientôt après, l’objet de la querelle disparut , et vers l’an 124 j, Innocent IV accorda à l’Université le droit d’avoir un sceau particulier 1 .

Nous arrivons enfin à la célèbre émeute de 1229, événement fort grave, dont le récit est fait avec beaucoup d’exactitude et d’impartialité dans l'Histoire manuscrite de saint Louis , par Lenain de Tillemond* : « Le lundi gras 26 mai 1229 (c’était alors comme aujourd’hui un jour de congé dans l’Université) , quelques écoliers picards étant sortis de Paris pour aller se divertir du côté de Saint-Marcel, après avoir joué quelque temps, s’en allèrent boire à un cabaret

1 Fëlibien, I, 269.

* Cet ouvrage consciencieux et d’une érudition remarquable, est aux manuscrits de la bibliothèque royale, suppl. fr. n° 2013. — M. de Gaulle en a donné des extraits dans son Histoire de Paris ,

du faubourg, où ils trouvèrent du bon vin. Quand il fallut payer, ils prirent querelle avec le cabaretier. Les voisins vinrent au bruit, battirent les écoliers, et les chassèrent. Ceux-ci ramenèrent , le lendemain , leurs compagnons, qui entrèrent de force chez le cabaretier, défoncèrent tous les muids, attaquèrent et blessèrent tous ceux qu’ils trouvèrent dans les rues, hommes et femmes. Le doyen de Saint-Marcel alla porter sa plainte devant le cardinal romain et devant Guillaume, évêque de Paris. Guillaume aurait dû retenir la cause devant lui et son official, selon les privilèges accordés à l’Université en 1200, par Philippe- Auguste, et confirmés en 1228 par saint Louis. Mais, soit qu’il fût moins favorable à l’Université, à cause des entreprises qu’elle faisait contre l’autorité épiscopale, soit qu’il jugeât que la faute des écoliers devait être punie par la puissance royale, lui et le légat allèrent promptement trouver la reine, qui gouvernait toutes choses, et la prièrent de tirer vengeance d’un si grand crime. La reine alla un peu trop vite en cette occasion, et au lieu de faire les choses dans l’ordre de la justice, elle envoya en diligence le prévôt de la ville et quelques archers pour punir les coupables, sans épargner personne. Les archers étant sortis de la ville et ayant trouvé des écoliers qui n’avaient point eu de part à l’insolence des Picards, ils se jetèrent sur eux, en tuèrent et en blessèrent quelques-uns, et dissipèrent le reste.

« Les régents ayant appris ce qui s’était passé cessèrenttous leurs leçons, vinrent se présenter à la reine

DE L’UNIVERSITÉ

et au légat, et demandèrent justice de la violence qu’on avait exercée, non sur ceux qui méritaient réellement d’être punis , mais sur toute l’Université. Ils ne purent rien obtenir ni de la reine, ni du légat, ni de l’évêque de Paris, ou du moins ils n’en obtinrent pas tout ce qu’ils demandaient. Les quatre nations qui composent l’Université ordonnèrent qu’on cesserait tous les exercices , ce qui fut cause que beaucoup d’écoliers se retirèrent , car on fut longtemps à chercher des voies d’accommodement ; mais enfin, comme rien ne se concluait, tous les maîtres et les écoliers, hors un fort petit nombre , abandonnèrent la ville ; il n’y demeura pas un seul régent qui eût quelque réputation ; tous les exercices « cessèrent. Un chronologiste écrit qu'on résolut par un commun décret de transférer l’Université à Nantes, sous la protection du duc de Bretagne, qui offrait aux professeurs plus de faveurs et de privilèges qu’ils n’en avaient à Paris. Les autres disent seulement qu’ils se dispersèrent en diverses provinces, et s’arrêtèrent particulièrement à Reims, à Angers, à Orléans et à Toulouse ; d’autres passèrent jusqu’en Angleterre, en Espagne et en Italie. Mathieu Pàris nomme quelques docteurs anglais qui quittèrent Paris, et se retirèrent vraisemblablement dans leur pays. Henri III, roi d’Angleterre, écrivit, le 16 juillet de cette année aux maislres et à l’ Université des escoliers étudiants à Paris. Il leur témoigna la douleur qu’il avait eue des injustices qu’ils avaient soufferts à Paris , leur dit qu’il souhaitait extrêmement de les

voir rétablis dans leur liberté, et leur offrit, s’ils voulaient passer dans son royaume, tel lieu qu’ils voudraient pour y demeurer avec toute la liberté et toute la tranquillité possibles. Il leur promit encore de leur fournir gratuitement des logements et beaucoup d autres choses, s’ils voulaient venir à Oxford.

»Ceux de l’Université, ou plutôt quelques-uns d’entre eux, en quittant Paris, firent serment de n’y retourner jamais qu’on ne les eût entièrement satisfaits. Ils s éloignèrent, dit Mathieu Pàris, en maudissant le légat du pape, l’orgueilleuse Blanche, et le coupable accord qui les unissait. Il s’était répandu, ajoute-t-il, un bruit sinistre, et qu’on n’ose répéter : on disait que le légat avait séduit la reine, et se comportait avec elle autrement qu’il ne convenait. Les maîtres de l’Université firent aussi, d’eux-mêmes, à Angers et à Orléans, des bacheliers et des licenciés, ce qui n’avait coutume de se faire que par l’autorité de l’évêque de Paris et de son chancelier, ou celui de Sainte-Geneviève. Ce fut pourquoi l’évêque de Paris etlelégat prononcèrent contre eux diverses sentences d’excommunication. Dans un concile provincial tenu à Sens, il fut ordonné que ceux de l’Université qui, sous prétexte de leur serment, s’étaient retirés à Orléans et à Angers, seraient privés pendant deux ans des fruits de leurs bénéfices, ou, s’ils n’en avaient point, déclarés incapables, s’ils ne revenaient dans les deux ans.

» Le pape Grégoire IX voulut remédier à ce désordre. 11 commit Maurice, évêque du Mans, Adam,

de l’uhivessité. 71

évêque de Senlis, et Jean, archidiacre de Ghàlong, pour travailler en son nom à réconcilier le roi et la reine avec l’Université. Il désirait qu’on fit aux maîtres et aux écoliers une satisfaction convenable, qu’on leur rendît leur liberté ordinaire, telle qu’elle leur avait été donnée par Philippe -Auguste, et qu’ils revinssent à Paris reprendre leurs exercices ordinaires. Il écrivit sur cela à ses commissaires Je 24 novembre de cette année, et leur parla de leur serment, qui ne devait point arrêter la paix, étant contraire à la justice. Le 26 il écrivit une longue lettre (qui est à lire), au roi et à la reine, pour les conjurer d’agréer cette réconciliation, et même il les menace, s’ils ne le font; ce qui ne se rapporte pas à cet empressement et à ce zélé que nos historiens attribuent à saint Louis pour rappeler l’Université.

» Ceux qui ont examiné cette histoire avec plus de soin avouent que le roi et la reine n’él aient point portés à rappeler 1 Université par des promesses et des satisfactions, mais qu’ils employaient seulement des édits menaçants pour obliger les maîtres à revenir. Le pape écrivit encore à Guillaume, évêque de Paris, l’accusant en termes fort rudes d'entretenir la querelle et d’avoir occasionné la dispersion de l’Université. On prétend qu’il rappela pour ce sujet le cardinal de Saint-Ange, légat, qui sortit du royaume à la fin de cette année. Du Boulay attribue à cette dispersion de l’Université de Paris l’origine de celles d’Orléans, d’Angers, de Poitiers, de Reims et de plusieurs autres, On trouve dans quelques mémoires, qui ne

paraissent pas anciens, que l’école de Reims était si célèbre par les lettres, particulièrement pour la philosophie, qu'en 1230 beaucoup d’écoliers quittèrent Paris pour y aller étudier. »

L’Université parisienne, après deux ans d’exil, reparut en 1231. Voici comment Tillemont raconte les circonstances de ce rétablissement : « Le roi et les évêques voulaient forcer les maîtres à revenir par les peines qu’ils décernaient contre eux. Ce fut ce qui obligea ces maîtres de députer deux d’entre eux au pape, Geoffroy de Poitiers et Guillaume d’Auxerre; ils agirent tellement auprès du pape, que ce fut, à ce qu’on croit, ce qui produisit la paix de l’Université, procurée par quelques personnes sages. Il paraît que la paix était faite avant le 13 d’avril, et que les maîtres et les écoliers y étaient revenus, au moins ceux qui n’avaient pas juré de ne plus revenir. Le pape supposait que saint Louis leur donnerait des privilèges (c’est-à-dire renouvellerait ceux qui leur avaient été accordés) , et leur taxerait des amendes contre ceux qui leur avaient fait injure. Saint Louis les reçut en effet avec beaucoup de bonté, et fit promptement réparer par les bourgeois les injures qu’on leur avait faites. Il donna aussi les ordres nécessaires pour obliger les bourgeois à laisser vivre les écoliers en paix et sûreté. On prétend qu’il leur fît faire quelque serment pour cela. Il semble que ceux de l’Université aient aussi été obligés à faire quelque satisfaction comme s’ils avaient eu part à la faute, et avaient les premiers causé le désordre. Le 13 d’avril

DE l’UHIVERSITÉ.

le pape adressa une bulle à l’Université, comme déjà rétablie à Paris, pour y régler diverses choses. Il y permet de revenir à Paris à ceux qui avaient juré de n’y point rentrer qu’on ne les eût satisfaits comme ils le demandaient, ce qui marque qu’on ne leur fit pas une satisfaction tout entière. Le lendemain il écrivit à saint Louis pour le prier de témoigner de l’affection à l’Université, de faire observer le privilège que Philippe-Auguste lui avait donné en 1201, de leur faire payer l’amende qu’il avait ordonnée , et d’agréer que les jokers des maisons fussent taxés par deux maîtres et deux bourgeois choisis par l’Université, de peur que les propriétaires ne les louassent trop cher. Le 19 il donna commission à deux c hanoine s d’informer du meurtre des écoliers qu’on disait avoir été fait par le doyen de Saint-Marcel et par quelques autres du même faubourg, et de lui mander ce qu’ils auraient vérifié, afin de procéder ensuite contre les coupables. Le 25, il manda au même doyen et à l’évêque de Paris d’obliger leurs vassaux aux mêmes choses auxquelles saint Louis avait obligé les siens pour le repos de l’Université. Il avait donné le même ordre à l’abbé de Saint-Germain dès le 13 du mois. Le 9 janvier 1263, Urbain IV mande à l’évêque de Meaux que si saint Louis fait faire serment aux bourgeois de Paris, ses vassaux, de ne faire tort à aucun membre de l’Université, il doit obliger l’évêque de Paris, les abbés de Saint-Germain, de Sainte-Geneviève et le chapitre de Saint-Marcel à faire faire le même serment à leurs sujets. Grégoire IX écrivit de nouveau, le 6 de mai, au

roi et à la reine, en renvoyant à Paris Geoffroy de Poitiers et Guillaume d'Auxerre, qui avaient travaillé à Rome pour le rétablissement de l’Université. 11 en fait 1 éloge, proteste qu’ils n’ont rien fait à Rome contre l’honneur du royaume, et prie le roi et la reine de rejeter la mauvaise opinion qu’on leur aurait pu donner contre ces deux docteurs, et encore un autre nommé Jean Lepage. Le 5 du même mois, il ordonna que pour le bien de la paix on n’obligerait point à subir un nouvel examen, ni à prendre de nouvelles licences, ceux qui, ayant eu la permission des évêques des lieux, avaient régenté à Angefs*et à Orléans, après avoir été examinés selon les formes par les chanceliers de Paris, ou l’abbé de Sainte-Geneviève ou par les docteurs, si c’était dans le temps du trouble. Il leva en même temps les censures fulminées par le concile de Sens ou par d’autres contre l’Université dans les troubles. Il en adressa la commission au doyen de Soissons et à un chanoine. 11 permit aussi à l'Université de suspendre ses leçons si l’on tuait quelqu’un de ses membres, à moins que les coupables ne fissent satisfaction dans les quinze jours. »

C’est à cette époque que commença la lutte entre riiniversilé et les membres du clergé, lutte opiniâtre qui ne cessa qu’à la révolution de 89, et dont il reste encore bien des traces. En 1229, pendant les troubles dont je viens deparler, les Dominicains ou Jacobins’ et

1 Le célébré Albert-le-Grand fut un des premiers jacobins qui enseignèrent à Paris.

DE l’üWIVESSITÉ.

les Franciscains obtinrent de l’évêque et du chancelier de 1 Église de Paris une chaire de théologie, afin de retenir au moins le peu d’étudiants qui restaient encore dans la capitale. Peu après les moines s’attri-» huèrent une seconde chaire, et ils établirent dans leurs monastères des écoles de théologie. L'Université réclama contre ces entreprises : « Aujourd’hui, ditelle dans une épitre adressée à tous les prélats, la ville de Paris ne compte plus que douze chaires de théologie, depuis que les dominicains et les autres moines ont établi des professeurs de leurs ordres en différentes villes. Or, de ces douze chaires, sept sont occupées par les régul iers, frères prêcheurs et m i neurs, religieux du Val des écoliers 1 cisterciens, prémontrés et trinitaires; trois autres sont remplies par des chanoines de Paris, en sorte qu’il n’en reste que deux pour les professeurs séculiers qui ne sont pas chanoines de la cathédrale. » L’Université abolit en conséquence, par un décret solennel, l’une des deux chaires publiques des Dominicains.

La même année (1252) on eut encore à déplorer une rixe sanglante entre des bourgeois et des écoliers. L’un de ceux-ci ayant été tué et quelques autres emprisonnés quoique couverts de blessures, l’Université interrompit ses leçons, voulut exiger de tous ses membres le serment de ne les reprendre qu'aprés la réparation de l’injure quelle croyait avoir reçue, et prononça l’exclusion des professeurs franciscains

1 Ordre de chanoines réguliers, né , vers le commencement du siècle , dans le sein de i’Uumrsité.

et dominicains, qui refusèrent de prendre cet engagement. Le comte de Poitiers, chargé de la régence depuis la mort de la reine Blanche et en l’absence de saint Louis, fit pendre ou exila les bourgeois qui s’étaient battus contre les étudiants, mais en même temps il protégea les religieux mendiants. Saint Louis, entouré sans cesse de franciscains et de dominicains % leur donna une influence, immense et les soutint opiniàtrément contre leurs adversaires s . Enfin le pape Alexandre IV publia, en 1258, la célèbre bulle Quasi lignum vitce, qui maintint les moines en possession de leurs chaires, et, s’il faut en croire quelques historiens, découragea tellement l’Université qu’elle se dispersa de nouveau. Mais bientôt elle reprit courage, et la lutte recommença sur un nouveau terrain.

Les Mendiants, hardis novateurs, dans un siècle d’ailleurs singulièrement mystique, songeaient à une foi nouvelle, à un nouvel Évangile. Jean de Parme , général des Franciscains, osa publier dans ce sens un

1 Le confesseur de la reine Marguerite rapporte que le saint roi eut la pense'e de se faire dominicain, et que ce ne fut qu’avec peine que sa femme l’en empêcha.

8 Dans une lettre adressée au pape par des professeurs de l’Université, où ils refusent d’admettre les Mendiants dans leur sein , on voit que saint Louis avait donné des gardes à ces derniers : « Quoniam ipsi, de inandato domini regis, paratam semper habeant ad nutum suum multitudinem armatorum, undè etiam solemnitates magisteriorum suoruûi nuper sine nobis cum armatis plurimis celebrare cœperunt. » Duboullai, 111, 290, cité par M. Michelet.

de d’université. 77

livre intitulé : Introduction à l’Évangile éternel, qui fit grand bruit, et dont plus tard l’inquisition romaine condamna vingt-sept propositions. Entre autres , Jean déclarait que « de môme que l’Ancien Testament avait cédé la place au Nouveau, celui-ci avait aussi fait son temps; que l’Évangile ne suffisait pas à la perfection; qu’il avait encore six ans à vivre, maisqu’alors un Évangile plus durable allait commencer, un Évangile d’intelligence et d’esprit; jusque-là l’Église n’avait que la lettre. Ces doctrines, communes à un grand nombre de franciscains, furent acceptées aussi par plusieurs religieux de l’ordre de saint Dominique. C’est alors que l’Université éclata. Le plus distingué de ces docteurs était un esprit fin et dur, un Franc-Comtois, un homme du Jura, Guillaume de Saint-Amour. Le portrait de cet intrépide champion de l’Université s’est vu longtemps sur une vitre de la Sorbonne 1 * * * * . 11 publia contre les Mendiants une suite de pamphlets éloquents et spirituels, où il s’efforçait de les confondre avec les Béghards et autres hérétiques, dont les prédicateurs étaient de même vagabonds et mendiants : Discours sur lepublicain et le pharisien; Question sur la mesure de l’aumône et sur le mendiant valide; Traité sur les périls prédits à l’Église pour les derniers temps 9 , etc. Sa force est dans l’Écriture, qu’il

1 Ce portrait a été gravé en tête de ses œuvres. Constance,

1632, in-4”.

’ Ce fameux pamphlet fut aussitôt traduit en vers français. Du-

boullai, III, 548. Les moines en furent effrayés si longtemps que,

même en 1633, ils sollicitèrent du conseil privé de Louis XIII un

possède, et dont il fait un usage admirable : ajoutez le piquant d’une satire, qui s’exprime à demi-mot. Malheureusement il est trop visible que l’auteur a un autre motif que l’intérêt de l’Église... Ce grand procès fut débattu à Anagni pardevant le pape. Guillaume de Saint-Amour eut pour adversaires le dominicain Albert-le-Grand, archevêque de Mayence, et saint Bonaventure, général des Franciscains. Saint Thomas recueillit de mémoire toute la discussion, et en fit un livre. Le pape condamna Guillaume de Saint-Amour, mais en même temps, il censura le livre de Jean de Parme, frappant également les raisonneurs et les mystiques, les partisans de la lettre et ceux de l esprit ’. » Cette décision toutefois fut très-partiale; Guillaume de Saint-Amour, censuré publiquement, fut détenu longtemps loin de sa patrie, tandis que le pape écrivait à l’évêque de Paris de détruire en secret le livre de Jean de Parme. Mais l’Université fit brûler avec solennité au parvis Notre-Dame V Évangile éternel, et obligea l’auteur à se démettre du généralat. En vain l’on tenta des moyens de conciliation entre 1 Université et les Mendiants, en vain un traité fort avantageux pour ces derniers fut rédigé, en 1256, dans un concile de Paris ; le pape, qui avait défendu au chancelier de Sainte-Geneviève d'accorder des licences à ceux qui ne

arrêt qui défend, sous peine de mort, d’imprimer, vendre ou lire le Traité de Guillaume Saint-Amour. M. de G.-ulle, 11, 141.

’ M. Michelet, II, G27 et suiv. Nulle part, ce point d'histoire n’est développé avec plus d’intérêt. — Tillemont a laissé une histoire manuscrite de cette querelle.

DE i/uNIVERSlTE. 79

se soumettraient point sans restriction à la bulle Quasi Kgmm, cassa l'accord, et, par trois nouvelles bulles, encouragea les prétentions et les entreprises de ces moines. L Université fut contrainte de les admettre dans son sein. Mais elle ne négligea aucune occasion de donner des dégoûts aux docteurs Mendiants; elle les reléguait aux derniers rangs dans la liste des professeurs, et soutenait contre eux les curés, dont ils s’efforçaient d’envahir aussi les fonctions, protégés là comme partout ailleurs par Innocent IV et par ses successeurs. Il n’en faut guère excepter qu Urbain IV, qui, par lui-même et par son légat Simon de Brie, essaya de rétablir la concorde et la paix dans les écoles parisiennes ’. Deux recteurs, élus concurrremment en 1269, furent destitués l’un et l’autre parle légat, qui, peu d’années après, éteignit un nouveau schisme du même genre et régla les formes de l’élection du recteur. Il intervint encore dans une affaire avec l’official, dont les gens avaient maltraité quelques étudiants. L’official fut interdit, exilé, contraint de livrer à la justice ses propres domestiques, et l’Université fut satisfaite.

Les sages réformes de saint Louis dans la législation et l’administration de la justice, en rendant indispensable l’étude du droit, donnèrent une nouvelle fmpulsion aux études. Aussi un certain nombre de collèges furent fondés sous ce régne ; ceux de Sainte- Catherine du Val des Écoliers, du Trésorier, de Calvi

1 Créyier, jffùt de F Univ. II, inilio.

et de la Sorbonne Ces établissements, dit l’auteur de la Nouvelle histoire de Paris, n’étaient pas encore ce qu’on a appelé depuis colleges, dans l’acception moderne de ce mot; c’étaient alors des communautés, quelquefois appelées hôpitaux et hospices, où l’on entretenait un petit nombre de pauvres écoliers; d’autres collèges étaient créés par les ordres religieux, jaloux de ménager à leurs propres élèves les moyens de suivre les leçons des Universitaires : tels étaient ceux qui ont porté les noms des Malhurins, des Bernardins, des Carmes, des Augustins, de Prémontré, etc. — Après Albert-le-Grand, saint Thomas, saint Bonaventure et Guillaume de Saint-Amour, les plus célèbres professeurs de l’Université, à cette époque, furent Alexandre de Haies; Gautier Cornu t; Henri Clément; Jean Wardes, de l’abbaye des Dunes, le premier cistercien (religieux de l’ordre de Citeaux) qui ait enseigné à Paris ; Vautier de Slavennes, qui y avait expliqué le Maître des sentences avant d'être abbé de Bonne-Espérance; Jean, depuis doyen de Laon; Humbert, qui devint ensuite archevêque de Milan, et qui a composé une concordance de l’ancien et du nouveau Testament, etc. Tous ces docteurs, par une vanité ridicule, mais qu’expliquent les mœurs pédantesques de l’époque, prenaient les singulières qualifications d’universel, d’irréfragable, d’angélique , de séraphique, subtil, admirable , solennel, etc.

Ce beau règne de saint Louis, qui fonda, pour ainsi

1 M. de Gaulle, U, passim.

de l'ümvebsité.

Al

dire, la civilisation moderne, ne fut guère favorable > à l’Université. Les guerres et les travaux de législation attirèrent toute l’attention de ce prince , qui ne chercha pas à seconder l’impulsion nouvelle donnée aux études. En toute occasion, il soutint le parti des moines contre le corps enseignant, et en mourant (1270), il laissa aux ordres mendiants les manuscrits qu’il avait réunis en assez grand nombre à la Sainte- Chapelle, sans faire aucune mention de l’Université, à‘ qui un tel legs eût été plus utile \

Le règne de Philippe-le-Hardi fut signalé par de graves troubles, qui éclatèrent dans l’Université. J’ai dit* que le Pré-aux-Clercs était un sujet éternel de discorde entre les écoliers et les religieux de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Ceux-ci supportaient avec peine le voisinage des écoliers, « la plupart hommes faits, mal disciplinés et fort disposés à la querelle et aux batteries. « L’abbé Gérard de Moret, pour se mettre à l’abri de leurs insultes, fit bâtir un mur auprès du chemin qui conduisait au pré. Grande rumeur dans l’Université; les étudiants déclarent qu’ils ne souffriront point cet empiétement, et le vendredi 12 mai 1278, ils arrivent en foule pour détruire le mur élevé par 1 abbé. Mais au son du tocsin, les

^ i — ' ïi'lliH »• . ;r.» ij. A: i ï. ; ; •

1 Elle possédait déji une collection d’ouvrages qu’elle tenait de la libéralité d’un archidiacre de Cantorbéry. Cette petite bibliothèque était déposée entre les mains du chancelier de l’église de Paris, pour être prêtée aux pauvres étudiants. M. de Gaulle II

2 V oyez page 50.

domestiques et les vassaux du monastère avaient pris les armes; la lutte s’engagea, et les écoliers furent obligés de prendre la fuite, en laissant plusieurs prisonniers. Deux jeunes clercs, Gérard de Dole et Jourdain Tristan, succombèrent quelques jours après à leurs blessures. L’Université adressa aussitôt ses plaintes au cardinal de Sainte-Cécile, légat du pape, et déclara qu’elle fermerait les classes , si justice ne lui était point rendue avant quinze jours. On s’empressa d'accéder à sa requête. Le légat condamna le prévôt de l’abbaye à cinq ans de réclusion dans un monastère. Le roi examina l’affaire dans son conseil particulier, et se montra plus sévère. Il exila plusieurs vassaux de l’abbaye, et obligea les religieux à fonder deux chapellenies, l’une dans l’église deSainte- Gatherine-du-Val-des-Écoliers , rue Saint-Antoine , et l’autre dans la chapelle de Saint- Martin-des-Orges, près de l’abbaye, dans laquelle les écoliers entendaient la messe les jours de congé. L’abbé et les religieux furent de plus condamnés à payer deux cents livres pour les réparations de cette chapelle, et diverses amendes au recteur et aux parents des écoliers morts.

Trois ans après, nouveaux désordres parmi les clercs. « En l’an 1281, dit un ancien historien, il y eut si grand trouble et sédition à Paris entre les Picards et les Anglois, que l’Université pensa demeurer déserte. En cela est à inférer qu’il y avoit grande quantité d’escoliers anglois à Paris, puisqu’ils prévaloient contre les Picards \ » Pour empêcher de plus

1 Le PDubreuil, 612.

de l’université.

iris ent urs ; et irès ses pe, î ne finale un iseil dIqm à te- 6) BS, eut eut ites rses ■ts.

les

iy

Pi-

rer

ide

lus

grands désordres, le prévôt fit enfermer au Châtelet les chefs des deux partis. Aussitôt les classes furent fermées, et elles ne rouvrirent que par considération pour Philippe-le-Hardi. « Sire, lui dit le recteur, à votre recommandation et par respect pour vous, les maîtres reprendront leurs leçons, mais sous la ferme espérance néanmoins que vous nous ferez jouir de nos privilèges. »

Sous Philippe-le-Bel, les écoliers montrèrent la même turbulence, et ce prince absolu, qui faisait pendre les bourgeois et manants de sa bonne ville , lorsqu’ils avaient l’outrecuidance de se plaindre des impôts ou de la fausse monnaie, fabriquée par le roi, s’inclinait humblement devant l’Université. Aussi la fille aînée de nos rois, fiére de son impunité, orgueilleuse de sa puissance, usait et abusait de ses privilèges. Tandis que les recteurs défendaient les droits et franchises de l’illustre corporation contre les chanceliers de Notre-Dame les clercs, dans leurs querelles particulières, se faisaient justice les armes à la main. Quelques-uns d’entre eux se battirent, en 1288, avec les gens du cardinal Cholet , légat du pape, et l’un

* L’anecdote suivante peut donner une ide'e de la susceptibilité du corps enseignant au moyen âge. « Un prédicateur cordelier dit un jour dans un sermon : «Priez pour 1’Université et pour le chancelier qui en est le chef. » L’Universite' prit feu et obligea le cordelier à se retracter. Il fallut que dans un autre sermon le moine déclarât expressément qu’il s’était trompé, et que le chancelier n’était chef ni de l’Université, ni d’aucune Faculté. » Saint-Foix, édit, de 1778, ffl, 340.

des jeunes gens fut tué. L’Université exigea qu’on lui remit les coupables , et le prélat fonda une chapelle expiatoire. Dix ans après, à la suite d’une querelle, trois chapelles furent élevées au Châtelet pour le même motif. Le rang ni la naissance ne mettaient à 1 abri de la vengeance universitaire, et le prévôt de Paris l’éprouva cruellement, en 1304. Voici comment les historiens contemporains rapportent ce grand événement. Un clerc, natif de Rouen, nommé Philippe Barbier , ayant , selon les uns , commis un assassinat, ou s’étant exprimé trop librement, suivant les autres, sur les actes du gouvernement, fut appréhendé au corps par les sergents du prévôt, Pierre Jumel ou Le Jumeau. Ce magistrat fit pendre le coupable sur-le-champ, malgré sa qualité d’ecclésiastique et sa demande formelle d’être renvoyé devant ses juges naturels. A la nouvelle de cet acte illégal, le recteur fit fermer les classes, et l’official de l’église de Paris , secondant la vengeance de l’Université, ordonna, sous peine d’excommunication, à tous les membres du clergé de la capitale de se réunir, le 8 décembre, à l’église de Saint-Barthélemi , rue de la Barillerie. Ils se rendirent de là en procession à la maison du prévôt qu’ils assaillirent de pierres, en criant : « Retire-toi, retire-toi, Satan maudit! fais réparation et rends honneur à notre sainte Eglise que tu as déshonorée et offensée dans ses franchises ! Puisses-tu , si tu ne répares ton crime, être englouti vivant dans la terre avec Dathan et Abiron ! » Les prêtres prononcèrent plusieurs fois cet anathème, que le peuple répétait à

DE 1,’UHIVEKSITÉ.

grands cris. Le roi Philippe-le-Bel fonda deux chapelles en expiation de l’injure de Jumel, que les lettres patentes nomment ci-devant prévôt de Paris, ce qui montre qu’il avait été destitué de sa charge \ Ce fonctionnaire dut également, disent quelques auteurs, détacher de la potence le corps de Philippe Barbier, et le remettre aux suppôts de l’Université, après l’avoir baisé sur la bouche. Enfin il fut contraint d’aller implorer du pape l’absolution de son prétendu crime 3 .

Ces faits, qu’il me serait facile de multiplier, attestent la puissance de l’Université de Paris, qui devint en peu de temps l’un des premiers corps de l’État. L’éclat qu’elle répandait sur la France entière , ses richesses, ses immenses privilèges, le nombre de ses suppôts et de ses écoliers, son caractère ecclésiastique, tout concourait à la faire redouter des rois et respecter du peuple. Aussi, lorsque Philippe-le-Bel entreprit d’attaquer deux grands pouvoirs, la papauté et les Templiers , il eut soin de se concilier l’assentiment du corps universitaire. Les facultés se réunirent plusieurs fois en assemblée générale, et, malgré les excommunications pontificales , approuvèrent par un acte solennel les projets du roi. Ce n’était, d’ailleurs, que de la reconnaissance. En 1297, Philippe-le-Bel avait affranchi les membres de l’Université du droit de péage dans tout le royaume. « On doit des égards, dit l’ordonnance, aux travaux, aux veilles, à la disette de toutes choses, aux peines et aux périls que subis-

1 Felibien, I, 515.

3 Dubreuil, 61 2.

sent les étudiants pour acquérir la perle précieuse de la science ’. » En 1302, il avait confirmé les privilèges accordés ad corps enseignant par Philippe-Auguste, et en 1311 il.avait imposé au chevalier du guet l'obligation» qui pesait sur le prévôt, de jurer, à son entrée en charge» le maintien des privilèges universitaires.

L’Université intervint dès lors dans toutes les affaires publiques. Lorsque Philippe-le-Long, s’emparant du trône de Louis-le-Hutin, à l’exclusion de la reine- veuve, fit reconnaître parles barons, prélats et ' bourgeois, assemblés en la cité de Paris, le principe de la loi salique, il demanda l’approbation des clercs ®. En j 1333, le pape Jean XXII ayant dit, dans un sermon, que les saints ne jouiraient de la vue de Dieu qu’au jour de la résurrection, Philippe-de-Valois, craignant que cette opinion n’occasionnât des querelles théologiques, en appela aux docteurs de l'Université. Ceux-ci déclarèrent que les saints voyaient Dieu face à face, et obligèrent le pape à se rétracter. Jean XXII ne s’en montra pas moins zélé protecteur de l’Université, à l’exemple de tous les souverains pontifes. Son successeur, Benoit XII, était élève des écoles parisiennes; il s’empressa de notifier son exaltation à l’illustre corps dont il avait été membre, usage qui fut suivi par plusieurs de ses successeurs, et il ne cessa pas de combler de faveurs ses anciens maîtres; il autorisa les docteurs

‘ Duboullai, IV, 164.

1 « Ceux de l’Université approuvèrent ; mais ils ne firent point de serment. » Chroniques de Saint-Denis, édit, de M. Paulin Pâris, V, 231 .

DE L’UNIVERSITÉ

use de la ivilëges uguste, t l'oblii entrée iitaires.

lésa ft’cmpandel> rétif je de li s ‘.En rmon, qu’su pan t éoloîi-ri r ocf,

$'en è,à uici es; rps lu- »ler

Page 1