‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 12 sur 39 · SOUS PHILIPPE LE BEL. IO · texte numérisé non relu

SOUS PHILIPPE LE BEL. IO

jours à s'affranchir de la surveillance universitaire , voulurent s'arroger le pouvoir de donner la Licence sans se soumettre à l'observation d'aucune règle. Le recteur, Jean de Vasta , s'opposa avec énergie à de telles prétentions qui blessaient les droits du corps, et le plaçaient sous la dépendance du chancelier. Un appel fut aussitôt interjeté à Rome, et la faculté des arts défendit ( 1 292 ) à tous ses bacheliers de se présenter devant son adversaire pour obtenir la Licence tant que durerait le procès.

Ces luttes fréquentes, et dans lesquelles l'Université avait presque toujours l'avantage, lui avaient donné le sentiment de ses forces : aussi n'était-il pas d'outrage, d'atteinte portée à ses franchises , qu'elle laissât passer sans avoir obtenu une éclatante réparation, quelle que fût la protection dont étaient entourés les coupables ou les dignités dont ils fussent revêtus. En 1288, le cardinal Cholet, le même qui depuis, en 11295, fonda le collège qui porte son nom , aujourd'hui réuni à celui de Louis-le-Grand , était légat en France ; ses gens, dans une querelle avec les écoliers, en avaient tué un ; et le légat, pour apaiser l'Université, s'engagea à fonder pour elle une chapelle avec 20 livres parisis de rente, et à lui livrer les coupables lorsqu'ils auraient été saisis. Une cause du même genre fut, en 1298, l'origine de la fondation des trois chapelles dites du Châtelet ; et celles du Trésor ont encore plus de célébrité en raison de l'événement auquel elles durent leur naissance. Le prévôt de Paris, Pierre Jumel, avait fait pendre un clerc, nommé Barbier,

I IO HISTOIRE DE l'unIVEUSITÉ

accusé de s être exprimé avec trop de liberté sur certains actes du gouvernement », malgré sa qualité d ecclésiastique, et sa demande formelle d'être renvoyé devant un juge d'Église , qui seul avait le pouvoir de le condamner. L'Université offensée dans ses privilèges cessa toutes ses leçons jusqu'à ce qu'elle eût obtenu justice du prévôt. Elle ne se fit pas attendre. Le prévôt, destitué de sa charge, fut condamné à fonder deux chapelles, et obligé d'aller à Rome demander son absolution. Là s'arrêta la vengeance de l'Université ; mais l'Official, dont on avait violé la juridiction en condamnant un laïc à mort, en tira une plus éclatante.

II ordonna à -tout le clergé de Paris, sous peine excommunication , de se rendre processionnelle-

ment, le 7 septembre i3o4, à la maison du prévôt, d'y jeter des pierres en criant : «retire-toi, retire- ■ toi , maudit satan , reconnais ta méchanceté , et « rends honneur à notre sainte Eglise que tu as dés- « honorée autant qu'il est en toi , et offensée dans « ses franchises : si tu ne le fais , puisses - tu être « associé avec Satan et Abiron que la terre engloutit « tout vivant a . » Ces excès, qui peignent le caractère du clergé, qui toujours, surtout dans ses querelles avec l'autorité, s'efforce d'associer la Divinité à sa vengeance ; cette condescendance du pouvoir pour

* Simondf. de Sismowdi, Histoire des Français , IX, jSj.

J Le Beuf , Histoire du Diocèse et de la Fille de Paris , I , 438. — Ceévier , Histoire de l'Université, II , 148. — Dtvernet, Histoire de la Sorbonne , 1 , 56.

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