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satisfaire les exigeances des prêtres et des lettrés , étaient dans ces circonstances moins peut-être le résultat de l'opinion populaire et de la puissance morale qu'ils exerçaient sur les esprits, que le résultat d'une politique habile. Philippe le Bel occupait alors le trône (:a85), et ce prince avait annoncé par les premiers actes de son gouvernement qu'il ferait peser un sceptre de fer sur les peuples soumis à son empire. Savant dans l'art du machiavélisme , inflexible dans ses volontés, implacable dans ses vengeances , persévérant dans ses projets, Philippe voulait dominer sur l'Europe, et devenir l'arbitre des royaumes voisins : orgueilleux à l'excès , la moindre contrariété augmentait son irritabilité naturelle, et toute résistance était considérée comme un crime. Les défauts de son caractère, qui devaient influer sur sa politique, étaient cependant susceptibles de plier devant son intérêt , mais l'instanf d après ils reprenaient leur empire, . et leur violence naturelle augmentée encore par les obstacles, ne connaissait plus aucune borne. Peu belliqueux, ce n'était point par la puissance des armes qu'il voulait conquérir cette suprématie qu'il ambitionnait; les armes pour lui n'étaient que les auxiliaires destinés à seconder les ressorts principaux de son gouvernement, et ces ressorts, c'étaient l'or et l'intrigue! Sous un tel monarque, qui ne voulait reconnaître d'autres lois que sa volonté , les privilèges étaient des garanties bien peu suffisantes, et l'Université aurait pu craindre pour les siens, si Philippe, engagé contre le Saint-Siège dans
une lutte redoutable , n'avait pas été obligé de chercher un appui dans les classes les plus influentes de la nation. C'est sans doute à cette nécessité qu'on doit attribuer sa bienveillance pour le corpsuniversitaire. Afin de satisfaire aux besoins de sa politique, pour acheter ceux qu'il voulait gagner, l'or de ses sujets lui était nécessaire : déjà , en chassant de la France les Italiens et les Juifs, il s'était emparé de leurs richesses, lorsque la guerre contre Édouard, dont il avait saisi le duché d'Aquitaine, et la nécessité de faire face à la ligue formée contre lui, vinrent redoubler ses besoins. La France fut accablée d'impôts; des'ordonHances somptuaires', disposant de la fortune des citoyens, les contraignaient, sous peine de perdre la liberté, d'apporter à la monnaie leur vaisselle d'or et* d'argent, et réglaient leurs dépenses d'habits , d'équipages , et même le nombre des plats qu'ils pouvaient avoir à leur table l . *
Au milieu de ces actes de tyrannie du despotisme royal, l'Université seule était épargnée; sa pauvreté et le danger d'irriter une compagnie puissante dictèrent probablement cette mesure exceptionnelle. Soit politique, soit bienveillance, Philippe fut persévérant ; car bientôt après ( en 1 297 ) , il affranchit ses membres du droit de péage dans toute l'étendue de son royaume , et soumit à la même obligation jusqu'aux terres de ses vassaux. C'était donner à l'Université
1 Ordonnances du Louvre, 1 , 3*4 , 54 1 . — Simon de de Sismondi, Histoire des Français , VIII, 487.
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un droit qu'il n'était pas en son pouvoir de concéder; aussi fut-il obligé , pour assurer son exécution , d'employer le langage de la force dans deux re se rit s à la date de i3o3 et i3o4, adressés au bailli d'Amiens , et dans lesquels il explique les motifs de sa volonté, par les égards qu'on doit « aux travaux, aux veilles, « aux sueurs , à la disette de toutes choses, aux peines « et aux périls que subissent les étudiants pour ac- « quérir la perle précieuse de la science »
Ce ne fut néanmoins qu'en i3oa qu'il confirma officiellement les diplômes émanés de Philippe-Auguste, imposant en même|emps ( i3i i ) au chevalier du guet l'obligation qui pesait sur le prévôt de Paris, de jurer, à son entrée en charge, le maintien des privilèges universitaires 2 .
Il avait besoin alors de se faire des partisans : en 1293, le cardinal Benoît Caietan avait succédé, sous le nom de Boniface VIII, à Célestin V, que son incapacité avait forcé de descendre du trône de Saint- Pierre, après un court pontificat. Le nouveau chef de l'Église était un homme d'un caractère altier; et dès le commencement de son règne, il avait réussi à indisposer contre lui le roi , les prêtres et les docteurs, en
favorisant les religieux mendiants, et en leur accordant
« Ordonnance de i3ia. — Bulleus, Historia Universitatis , IV, 164.
a Pasquieh, Recherches de la France , liv. ni, chap. 19. — Ga an colas , Histoire de la Fille, de VÊvêché et de V Université de Paris, I,
Il4 HISTOIRE DE L V N I V E R S I T É
un secours de mille inarcs d'argent a prendre sur loti* les legs pieux qui se feraient eu France.
L'altération des monnaies françaises, que Philippe avait eu lui-même l'impudeur d'annoncer dans une ordonnance où il disait que « les affaires pressantes « de son royaume l'avaient déterminé à faire fabriquer « une monnaie où il manquerait peut-être quelque « chose du poids et du titre 1 : » les exactions rigoureuses dont il frappait la France, et qu'on nommai* la maltote pour indiquer l'injustice avec laquelle elles étaient levées a , et qui pesaient même sur les prêtres , avaient excité la colère de go n i fa ce , qui les regardait comme une usurpation. Dans une bulle, rendue à Àgnani le 1 8 août 1296, devenue depuis si célèbre comme le premier acte de son éclatante querelle avec le monarque français; dans la bulle Clericis laïcos, enfin, il avait annoncé qu'il prendrait la défense des clercs, et frapperait d'à na thème quiconque, roi ou empereur, sans Tordre exprès du Saint-Siège, exigerait une subvention du clergé. Le ton impérieux du pontife avait offensé le prince; il y vit une atteinte portée aux droits de sa couronne, et à son tour, par une ordonnance dur 7 août 1 296 3 ,il défendit, à quelque personne que ce fût, d'exporter de son royaume de l'or et de l'argent, à moins d'une permission exprésse de lui. Une semblable défense, qui portait le plus grave préjudice
• Ordonnances du Louvre, I, 3a 5.
* Si monde de Sismondi , Histoire des Français, VIII, 5i6\ 3 Si monde de Sismondi, Histoire de s Français , VIII , Stft
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à I«i cour de Rome, en la privant des tributs du plus opulent des pays chrétiens, avait été amèrement censurée par Boniface : « Qui osera , s'écriait - il dans «une nouvelle bulle, la bulle lneffabilis amoris, « qui osera porter atteinte aux libertés ecclésiastiques « contre son Dieu et son Seigneur; sous quel bouclier « se cachera-t-il pour éviter que le marteau de la puis- « sance suprême ne le réduise en poudre et en cen- « dres? » Cependant la mésintelligence n'avait pas entièrement éclaté, et la canonisation de l'aïeul de Philippe, saint Louis, faite en 1297 paraissait avoir étouffé tous ces ferments de discordes. Mais ce calme était trompeur, et, entre deux hommes orgueilleux et aussi irritables, l'explosion de h coJère ne pouvait tarder long-temps. Au sujet de quelques prétentions élevées par l'archevêque de Narbonne, le pape avait écrit à Philippe, le 18 juillet i3oo: «Si tu tolères, « mon fils, de telles entreprises contre les églises de « ton royaume, tu pourras craindre ensuite avec, rai- « son que Dieu, le maître des jugements et le roi des « rois, n'en tire vengeance ; et certainement son vicaire « à la longue ne se taira pas: s'il attend quelque temps « avec patience pour ne pas fermer la porte à la miséri- « corde, il faudra bien enfin qu'il se lève pour la pu- « nition des méchants et la gloire des bons » U avait en même temps envoyé auprès de Philippe, en qualité de légat, une de ses créatures, Bernard de Saisset, évêque de Pamiers : personne n'était moins propre à
' Simon m- dk Sismondi , Histoire des Français, IX, 72.
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une pareille mission, et il offensa Philippe au lieu de Tadoucir. Insulté par un de ses sujets, le roi le fit arrêter dans son diocèse; amené à Paris, son procès lui fut fait ; il fut déclaré coupable du crime de lèze-majesté, et Philippe envoya un ambassadeur à Rome pour demander au pape « de priver des ordres sacrés et de « tout privilège clérical, Bernard, cet homme dévoué à a la mort, dont la plus longue vie corromprait les lieux « qu'il habite; et cela afin que le roi puisse en faire « un sacrifice à Dieu par la voie de justice » A cette demande , le pape irrité intervint pour son protégé, pour le clergé dont on avait violé les franchises, et dans la bulle Ausculta fili y il renouvela avec force ses anciennnes prétentions sur la suprématie spirituelle a ; et pour travailler, disait-il, à la réforme du
1 Si .mon m. de Sismondi, Histoire des Français , IX, 76.
3 Bonifacius Episcopus, servus servorum Dei, Philippo Francorum régi. Deum timc et mandata ejus observa : scire te volumus, quodïn spiritualibus et temporalibus nobis subes , beneiiciorum et prabendarum ad te collatio nulla spectat. Et si aliquarum vacantium custodiaro habeas, usumfructum earum successoribus reserves, et si qua contulisti, collationem haberi irritam decrevimus et quatenus processerit revocamus. Aliud credentes fatuos reputamus.
Datum Laterani , quarto nouas decerabris , nostri pontificatus anno sexto.
A quoi le roi répondit par autres lettres latines, mais d'une bravade plus grande :
Philippus Dei gratia Francorum rex , Bonifacio se gerenti pro summo pontifice, salutem modicam, sive nullam. Sciât tua maxiraa fat ni tas, in temporalibus nos alicui non subesse. Aliquarum Eccle-