SOUS PHIL1PPE-LE-BEL. I I
ment à l'autorité légale dans une lutte où le pouvoir temporel menaçait d'être envahi par l'ultramontanisme. L'Université de Toulouse avait suivi cet exemple; elle fut aussi comprise dans la vengeance pontificale ; le pape furieux avait lancé bulles sur bulles. Dans l'une d'elles , il défend de donner aucune licence en France pendant tout le temps que durera l'excommunication. Il se proposait d'en publier de plus foudroyantes encore contre son audacieux rival, lorsque, arrêté au sein même de ses Etats, à Agnani, par les ordres de Philippe, il alla mourir à Rome , le i f octobre 1 3o3 , des suites de l'émotion qu'il avait éprouvée.
L'éclat de la querelle de Philippe avec le pape avait encore augmenté , s'il est possible , le respect qu'on portait aux décisions et aux lumières des membres de l'Eglise de France , qui , dans cette circonstance remarquable , n'avaient pas abandonné les droits de la couronne, pour appuyer servilement les ambitieuses prétentions de la tiare. 11 semble que vers cette époque la nation et le roi prirent à tâche de multiplier les maisons où ils pussent former des hommes qui devinssent un jour les soutiens de leur indépendance : aussi ce siècle peut - il être regardé comme celui de la fondation de la plupart 'des collèges. En 1291 , Raoul dllarcourt avait fondé, rue de la Harpe n° 94 , pour quarante écoliers , le collège dllarcourt, remplacé aujourd'hui par le collège Saint-Louis. Le cardinal Lemoine, élève de l'Université, (jui avait exercé en France les fonctions de
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légat, créait en i3o3, rue Saint-Victor n° 76 , dans le clos du Chardonnet *, le collège qui porte sou nom. Tous les ans, le i3 janvier, on y célébrait la fête du fondateur; un écolier, vêtu en cardinal, assistait aux offices divins avec les insignes de cette dignité ; et les autres venaient le complimenter et réciter des vers à sa louange \ Le collège de Bayeux, rue de la Harpe n° g3 , date aussi de cette époque ( 1309 ) , avec cette différence, que les étudiants en droit et en médecine y étaient admis concurremment avec les théologiens. Enfin la famille royale elle-même ne resta pas étrangère à ces actes de bienfaisance ; et le collège de Navarre , près la Montagne Sainte- Geneviève, dont les bâtiments sont aujourd'hui affectés à PEcole polytechnique, est un monument de la libéralité de Jeanne de Navarre 3 , femme de Philippe-le- Bel(i3o4) ; 2000 livres tournois de rente, laissées par la reine, suffisaient à l'entretien de soixante-dix boursiers, dont le roi était considéré comme le premier; et le revenu de sa bourse servait, dit- on, à acheter des verges pour châtier les autres 4. Raoul de Presles, clerc du roi, et l'un des plus fameux jurisconsultes du parlement , depuis enveloppé sous Louis-le-Hutin dans la disgrâce de tous les conseillers de Philippe-le-
1 Dulaure, Histoire de Paris, III, 101.
» Le Beuf, Histoire de la Ville et du Diocèse de Paris , I,
3 Lauiïoy, Regii Navarrœ Gymrnasii Historia.
* Coquille, Histoire du Nivernais. — -Dulaure, Histoire de Paris, III, 102.