‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 17 sur 39 · SOUS PHICIPPE-LE-BEL. J · texte numérisé non relu

SOUS PHICIPPE-LE-BEL. J

qui n'apportât aucune résistance à ses volontés; Bertrand deGoth, archevêque de Bordeaux, lui avait paru être cét homme, et par son influence il avait déterminé son exaltation sous le nom de Clément V. L'événement prouva qu'il ne s'était pas trompé ; et sa soumission à tous les désirs du roi , son aveugle condescendance dans le procès des Templiers, furent la récompensé qu'il offrit au monarque. Cet ordre fameux, qui depuis plus d'un siècle s'était dévoué à la défense des lieux saints, avait excité, à ce qu'il paraît, par ses richesses, la cupidité de l'avide Philippe : il avait conçu le projet de s'emparer de ses biens, et la coopération du pontife lui assurait le succès de son entreprise. Déjà, dans toute l'étendue de la France, les Templiers avaient été arrêtés, et jetés au fond des prisons, lorsque le roi convoqua, en i3o8, à Tours les États généraux , pour délibérer sur leur sort: lUniversi té reçut ordre d'y assister : « Le « roi , dit le chanoine Jean de Saint - Victor, fit as- « sembler un parlement à Tours de nobles et d'igno- «bles,de toutes les châtellenies et villes de son « royaume : il voulait recevoir leurs conseils sur ce « -qu'il convenait de faire des Templiers selon leur « confession : le jour avait été assigné à tous ceux qui « furent invités , au premier du mois qui suivrait la « Pâque. Le roi. voulait agir avec prudence; et, « pour ne pas être repris, il voulait avoir le jugement a et l'assentiment des hommes de toute condition de « son royaume : aussi il ne voulait pas seulement « avoir le jugement délibératif des nobles et des let-

« très, mais celui des bourgeois et des laïcs. Ceux-ci, « comparaissant personnellement , prononcèrent pres- « que tous d'une manière commune que les Templiers « étaient dignes de mort. L'Université de Paris, et « surtout les maîtres en théologie furent requis ex- « prcssément de donner leur sentence, c'est ce qu'ils « firent par les mains de leur tabellion, le samedi « qui suivit l'Ascension ». » Cette sentence était leur arrêt de mort : car, comme ils étaient accusés d'hérésie, ils donnèrent le conseil « de s'en tenir aux rè- « gles que la Cour romaine a tracées sur les actes reli- <t gieux , les hérésies et les crimes énormes , » et ces règles étaient le bûcher.

La bienveillance du pape pour récompenser l'Université de la conduite qu'elle avait tenue dans tous les événements qui avaient signalé le règne de Philippe , éclata au concile même de Vienne par un décret où il réduisit, dans l'intérêt des écoliers, les frais nécessaires pour arriver au doctorat, et qui étaient alors considérables. Il fut même proposé d'affecter aux étudiants une certaine partie des bénéfices ecclésiastiques ; mais ce projet ne devait recevoir d'exécution que plus de cent ans après, au concile de Baie en i43i. Cette prédilection , marquée pour l'Université de Paris , se retrouve encore dans les actes de Jean XXII , successeur de Clément V , qui , dès son exaltation (i3i 6) , non content de confirmer les privi-

1 Joankes,Canonicos sarcti Victoris, pag. 4^6. — Simonde av. Si smon m , Hist. des Français , IX , 219.

léges accordés par ses prédécesseurs , et ceux même qui émanaient de V autorité royale , recommanda encore tous ses membres aux collateurs de bénéfices comme devant mériter la préférence ; aussi cette préférence excita-t-elle la jalousie d'une Université étrangère, l'Université d'Oxford ; et Édouard II, roi d'Angleterre, écrivait au Saint-Père pour s'en plaindre et réclamer au moins l'égalité en faveur de ses sujets.

Si les papes et les rois s'efforçaient à l'envi d'augmenter la splendeur et la puissance de l'Université , celle-ci de son côté faisait tous ses efforts pour seconder ses protecteurs , en assurant , par une bonne discipline intérieure , sa prospérité toujours croissante. Elle avait créé dans son sein un tribunal présidé par le recteur pour juger les causes de ses membres , et devant lequel il n'était pas permis de se servir de l'organe, mais seulement du conseil d'un avocat. Ce tribunal ne rendait pas de jugements en dernier ressort, on pouvait appeler de ses décisions à l'Université entière, réunie en assemblée générale; et un statut de 1 3i 5 condamne à cinq sous parisis d'amende quiconque aura usé de cet appel et aura succombé ». Ces statuts, ces règlements, qui devaient avoir force de * loi pour tous les membres , étaient confiés à la garde du recteur, de même que leur rédaction était son ouvrage; mais leur multiplicité qui augmentait tous les jours, et le peu de durée des fonctions rectorales rendaient ce magistrat tout-à-fait

• Crkvier, Histoire de V Université , II, 240.

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Ia6 HISTOIRE DE LU» I VERS1TÉ

impropre à ce soin; et , pour le remplacer, on nomma en i'3i6 un greffier qui devait en être uniquement chargé. Ce greffier, pris d'abord parmi les notaires apostoliques , fut plus tard exclusivement choisi dans le sein de la compagnie, et tiré de la faculté des arts. En même temps on instituait pour le doctorat en théologie la thèse dite Grande-Sorbonique : les thèses se divisaient en plusieurs classes, en majeure ou mineure , en sahatine ou tentative ; en petite et grande sorbonique; dans cette dernière, le candidat devait, sans boire ni manger, sans quitter sa place, soutenir et repousser les attaques de vingt assaillants ou ergoteurs qui, se relayant de demi-heure en demi-heure, le harcelaient depuis six heures du matin jusqu'à sept du soir x .

L'Université, la même année, tentait, de son propre mouvement, de mettre un terme aux abus qui pouvaient naître de ses privilèges. Ces privilèges qui consistaient principalement à n'être, dans certains cas , justiciables que du tribunal des conservateurs apostoliques, venaient ( i3i5 ) d'être renouvelés par Louis X à son avènement au trône a ; et l'Université , pour se montrer digne des bontés du roi, avait publié un décret sévère qui prononçait des peines et des dommages-intérêts contre les plaideurs téméraires qui, abusant de leurs droits, déclinaient la compétence des juges civils , même dans les affaires qui de-

1 Duvernet, Histoire de la Sorbonne , I, 44.

• Ordonnances du Louvre , 1 , 6a3.

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