‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 22 sur 39 · SOUS PHILIPPE-DE-VALOIS · texte numérisé non relu

SOUS PHILIPPE-DE-VALOIS

Au moment où les officialités étaient ainsi l'objet des plaintes de la couronne, l'évéque de Paris ne craignait pas d'attaquer l'Université dans ce qu'elle avait de plus cher, la conservation de ses privilèges. Il avait fait arrêter un écolier accusé d'avoir enlevé une femme, et de plus il l'avait condamné à l'amende , au mépris d'une bulle de Grégoire IX , de ia3i , qui défendait à tout juge ecclésiastique d'infliger à un écolier une peine pécuniaire; l'Université somma l'évéque de restituer la somme, sur son refus le bannit de son sein, le déclara parjure, et porta l'affaire devant le pape qui condamna l'évéque à restituer

Jean XXII régnait toujours, et ce pontife, déjà si favorable à l'Université, lui accorda peu de temps après la confirmation d'un droit bien utile à ses membres, celui de posséder des bénéfices sans être obligé à résidence. Toutes ces faveurs cependant n'empêchaient pas la compagnie de s'élever contre les doctrines qui lui semblaient peu conformes à l'orthodoxie, quels qu'en fussent les auteurs ; et on en eut bientôt un exemple. Le pape avait prétendu dans un sermon que les saints ne jouissaient pas de la vision de Dieu, et qu'ils ne l'auraient qu'au jour de la résurrection éternelle; cette opinion s'était répandue en France, et avait été prêchée à Paris même. Philippe de Valois , craignant les suites que pouvait avoir une querelle

1 Le Bruf , Histoire du Diocèse et de la Ville de Paris , I, 53 7 .

j4* histoire de l'université

théologique, voulut anéantir celle-là dès sa naissance. Dans ce but, il convoqua à Vincennes, dans sa maison *, une assemblée de prélats et docteurs en théologie : la délibération fut unanime ; l'Université en corps condamna la doctrine du pape, et déclara que les saints voyaient Dieu face à face * . L'acte de cette décision , datée de 1 333 , rut envoyé au pape par le roi , avec une lettre dans laquelle il lui disait : « Nos doo « teurs savent mieux ce qu'il faut croire en matière « de foi que les juristes ou autres clercs qui compo- « sent votre cour, et qui ne savent que peu ou point « de théologie , et nous châtierons ceux qui soutien- « nent le contraire 3 . » On dit même qu'il le menaçait, « s'il ne se révoquait, de le faire ardre * ; » mais cette menace rapportée par un seul auteur ( le cardinal Pierre d' Ailli ) est peu probable ; on ne fut pas obligé d'ailleurs d'en venir à de semblables extrémités, le pape se rétracta et mourut peu de temps après, laissant le trône pontifical à Jacques Fournier, fils d'un boulanger du comté de Foix , qui fut élu sous le nom de Benoît XII , ( 1 334). Le nouveau pontife , élève de l'Université de Paris, donna des marques de

1 Launoy, Historia Collegii regii Navarrœ , pag. 6t.

* Fleury, Histoire Ecclésiastique, XIX, 494. — Bulleus, Historia Universitalis , IV, a35.

3 Duverhet, Histoire de la Sorbonne, I, 70. — Velly, Histoire cte France, IV, 4*2.

4 Le Beuf, Histoire du Diocèse et de la Fille de Paris, I, 543. — Crbyier, Histoire de l'Université, II, 3*1.

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prédilection pour le corps auquel il avait appartenu , en lui faisant l'honneur de lui notifier son exaltation *, usage qui fut suivi par plusieurs de ses successeurs , en ordonnant que tous les élèves qui se distingueraient dans les monastères fussent envoyés à rUniversité pour s'y perfectionner; et enfin en autorisant les docteurs à porter, comme marque distinctive de leur dignité , un chaperon rouge , ornement qu'ils ont toujours conservé depuis.

Cette haute considération que le pape témoignait pour l'Université, était partagée par tout le monde , et les gens riches ou puissants s'empressaient de la manifester en continuant à l'envi de fonder dans son sein des maisons où leurs compatriotes pusseut venir profiter de ses lumières. En 1 33a un abbé de Saint- Wast fondait le collège d'Àrras. La même année, Jeanne de Bourgogne, veuve de Philippe-le-Long , faisait élever ( peut-être pour expier ses erreurs ), dans la rue des Cordeliers , le collège de Bourgogne , dont remplacement est occupé aujourd'hui par l'École de Médecine. Deux ans après , en 1 334 , un archevêque de Tours , Étienne de Bourgueil, léguait une maison et un verger qu'il possédait rue Serpente n° 7, pour y établir le collège de Tours. Les étrangers même partageaient cette émulation qui peuplait Paris de maisons d'enseignement , et on voyait tout ii -la- fois s'ouvrir sur le Mont-Saint-Hilaire , rue des

Carmes n° a3 , le collège des Lombards, dû à la

t Bitii.ru*, Historia Univenitatis , IV,

libéralité de quatre Italiens, dont un apothicaire ( 1 334 ) ; le collège de Lizieux , fondé par l evêque de cette ville , Gui d'Harcourt , rue Saint-Jean-de- Beauvais n° 5 , dans une maison consacrée maintenant à une florissante école d'enseignement mutuel ( i336); et celui d'Autuïi, rue Saint-André-des-Arts n° 3o , auquel le cardinal Pierre Bertrand , évêque d'Autun, attacha son nom ( i33y ). Peu d'années se passaient, ainsi qu'on le voit, sans être signalées par quelque établissement de ce genre ; les dignitaires de l'Église n'étaient pas les seuls qui s'en fissent gloire ; les laïcs eux-mêmes aspiraient à cet honneur, et les annales universitaires nous présentent deux collèges, celui de l'Avé-Maria , rue de la montagne Sainte- Geneviève n° 83, et le collège Mignon, rue Mignon n° 1 , fondés , le premier en 1 33g , par Jean Hubant , président de la chambre des enquêtes , pour des enfants âgés de moins de seize ans, parce que, dit le fondateur, c'est alors qu'ils commencent à tourner à mal ; et le second en 1 343 par Jean Mignon, clerc du roi et maître des comptes.

Ces nombreuses maisons voyaient sortir chaque année de leur sein une grande quantité d élèves qui se répandaient dans toute l'Europe chrétienne , et y portaient le nom et la réputation de la compagnie à laquelle ils étaient fiers d'appartenir. Quelques-uns même, parvenus aux hautes dignités civiles et ecclésiastiques, aimaient à combler de bienfaits l'école à laquelle ils devaient leur élévation; aussi voyons - nous que l'Université possédait déjà à

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cette époque un trésor qui resta confié à la garde de l'abbé de Sainte- Geneviève jusqu'en i355, où il fut transporté au collège de Navarre , à la suite d'une querelle survenue entre l'abbé et l'Université 1 .

Jaloux de conserver la réputation que leur avaient transmise leurs devanciers, les maîtres faisaient tous leurs efforts pour adopter les améliorations utiles. C'est ainsi que la charge de doyen, qui donne dans chaque faculté une espèce de suprématie, et qui tend à faire considérer celui qui en est revêtu comme le chef de ses collègues, cessa, en 1 338 , d'être déférée à l'ancienneté, comme l'avaient voulu jusqu'alors l'usage et l'étymologie , pour être confiée , par la voie de l'élection, à celui qui en serait jugé le plus digne \ La faculté de médecine fut la première qui donna l'exemple de cette innovation. On ne négligeait en même temps rien de ce qui était nécessaire pour réformer les abus qui pouvaient être préjudiciables, soit au bien des études, soit aux écoliers; le droit du bèjaune était de ce nombre. Ce nom singulier était donné à une sorte de bienvenue, qu'on exigeait des nouveaux étudiants, et qu'on employait à boire et à manger. On l'avait appelée ainsi, selon Ducange, par allusion aux becs jaunes des oiseaux qui ne sont pas encore sortis de leurs nids , c'est-à-dire qui sont

' Lk Bbuf , Histoire du Diocèse et de la Fille de Paris ,

1 Bui.lp.us, Historia Universitatis, IV, a 57.

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