SOUS PHI LIPPE-DE-VALOIS
moment de commencer à régenter. On leur faisait jurer, entre autres choses, d'être toujours du parti des maîtres séculiers, et de ne pas admettre au baccalauréat ni à la licence ès-arts, des religieux, quels qu'ils fussent 1 . C'est sans doute à ces sentiments hostiles contre les moines en général, qu'il faut attribuer les nombreuses querelles de l'Université avec l'abbaye de Saint-Germain ; querelles d'autant plus fréquentes et plus vives, que les deux partis se voyaient d'un mauvais œil. Le Pré- aux- Clercs , cet objet de la prédilection universitaire, était, comme on sait, voisin de l'abbaye , et la source ou le prétexte de mille contestations. Depuis la rixe tragique de 1278, la rivalité paraissait s'être un peu assoupie, lorsqu'elle se réveilla avec force en i3i7 , sur la question de savoir à qui devait appartenir la justice du Pré et des lieux circonvoisins. Des violences furent commises de part et d'autre , et l'affaire fut portée par l'Université devant la Cour de Rome ; les moines de leur côté en appelèrent au Parlement , qui ordonna que, pendant la durée du procès, la justice contestée serait mise en la main du roi. L'Université s'offensa d'un arrêt qui semblait lui ravir un droit acquis , et sa colère retomba sur le gardien nommé par le Parlement, Jean Morel, chevalier, et de plus l'un de ses membres. Elle le chassa du corps par un décret solennel, où elle le traitait de scélérat, d'excommunié, de sacrilège, de parjure, de membre pourri, etc. , etc.,
l48 HISTOIRE DE L V NI VER SI TÉ
et elle fit publier sa sentence par toute la ville, en ayant soin de la faire traduire en français pour l'intelligence du peuple l . Les esprits cependant finirent par se calmer, les partis se rapprochèrent en i335, et enfin eu i345 l'affaire fut entièrement terminée, moyennant une somme de 3oo livres payée par les religieux , et l'abandon qu'ils firent à l'Université du droit de présentation aux cures des églises de Saint- André -des - Arcs et de Saint-Côme, situées au coin des rues de la Harpe et de l'École de médecine 2 .
La manière dont se termina cette querelle et les privilèges dont Philippe-de-Valois se plut à gratifier l'Université étaient une compensation de l'échec qu'elle venait d'éprouver en i34^, au sujet de l'impôt sur le sel, qui, suivant les paroles d'un contemporain, acquit à Philippe « l'indignation et maie grâce des grands « comme des petits et de tout le peuple 3 ; » cet impôt, connu sous le nom odieux de gabelle, et qui valut au roi l'ironique épithète d'auteur de la loi salique, était impatiemment supporté. L'Université voulut s'en affranchir , mais ses efforts furent inutiles ; elle invoqua, en vain, ses privilèges, et se servit sans succès de la plume d'un des plus illustres de ses membres, de Buridan, célèbre alors par ses; écrits sur Aristote et par ses romanesques amours. On disait qu'il avait été l'amant de la reine Jeanne de Bourgogne,
i Crévier, Histoire de l'Université, II, 364. > Dulaure, Histoire de Paris, II, 3 19.
3 Vklly, Histoire de France, IV, 497.