‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 25 sur 39 · SOUS PHILIPPE-DE-VALOIS · texte numérisé non relu

SOUS PHILIPPE-DE-VALOIS

et qu'il avait échappé d'une manière miraculeuse au sort qui l'attendait. Cette princesse, qui habitait l'hôtel de Nesle, recevait souvent dans son lit les écoliers dont la figure lui plaisait, et, après avoir assouvi ses passions, pour ne laisser aucune trace de sa débauche, elle faisait précipiter dans la Seine, par les fenêtres de sa chambre à coucher, les malheureux objets de sa funeste prédilection.

Semblablemeut où est la reine Qui commanda que Buridan Fût jeté en un sac en Seine u

Un seul de ces écoliers, Jean Buridan, dit Robert Gaguin, eut le bonheur d'échapper au supplice; c'est pourquoi il publia ce sophisme : Ne craignez pas de tuer une reine, si cela est nécessaire \ Cette épouvantable aventure est attestée par tous les écrivains contemporains, et les ballades du moyen âge ont célébré le bonheur de Buridan :

Mais si l'Université n'était point exempte dans cette occasion des charges que la misère du temps faisait peser sur tous les Français, elle voyait d'un autre coté non seulement ratifier, mais même aug-

i Villon, Ballades des Dames du temps jadis, édit. de 1723, pag. a4. — Dulaurk, Histoire de Paris, III, 290. — Brantôme, Histoire des Femmes galantes , dise. 11, ai t. 1.

» Compendium Roberti Gaguini, liv. vu, pag. 1^9, édit. de

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menter par des privilèges nouveaux les privilèges anciens que les rois lui avaient octroyés. Philippe , non content de confirmer les droits qu'elle possédait déjà , et surtout celui de ne pouvoir être forcée à plaider ailleurs qu'à Paris , et qu'on appelait de garde gardienne 1 , avait publié des ordonnances très -favorables. Une déclaration du 20 mai 1 345 avait placé l'Université sous la protection spéciale du prévôt de Paris, et lavait chargé de punir, non-seument dans son ressort, mais encore dans toute letendue du royaume, ceux qui porteraient atteinte à ses privilèges. Cette ordonnance royale qui fut rendue sans même que l'Université fut obligée de payer les droits du sceau, sine financia, excita quelques murmures de la part des juges, dont elle violait la juridiction; mais le roi tint bon, et l'ordonnance reçut sa pleine et entière exécution.

A ces avantages émanés du trône , à la protection de l'autorité séculière, venait se joindre celle non moins puissante de l'autorité spirituelle; et c'est à cette époque qu'il faut rapporter l'origine d'un usage précieux pour l'Université ; usage qui dut sa naissance à la bienveillance que lui portaient les pontifes Romains. Clément VI avait remplacé Benoît XII; élève, comme son prédécesseur, de l'Université, il s'en ressouvint pendant son règne, et c'est à dater de son exaltation, en i348, qu'elle prit l'ha-

1 Le Beuf , Histoire du Diocèse et de la Fille de Paris , I r

SOUS PII ILI PPK-Dfc-VALOIS. I J I

bitude d envoyer chaque année à la cour de Rome , pour la distribution des bénéfices dont le pape avait à disposer, un rôle , sur lequel étaient inscrits les noms de ceux de ses suppôts qui y avaient le plus de droits Ces faveurs, qui rejaillissaient sur tout le corps, l'orgueil d'avoir donné plusieurs papes à la chrétienté , et d'avoir formé les plus illustres membres du clergé gallican, avaient porté la faculté de théologie à se considérer comme la première de l'Université , et comme supérieure aux autres facultés ses égales. Des divisions intestines qui prenaient, comme on voit, leur naissance dans l'amour-propre, ne tardèrent pas à éclater. Les théologiens avaient prétendu que l'Université ne pouvait être convoquée sans l'assentiment préalable de leur doyen, et que le recteur lui-même devait venir le lui demander. De telles prétentions, qui tendaient à ravaler la dignité du recteur, avaient été repoussées par la faculté des arts et les autres facultés, qui , pour punir leurs orgueilleux adversaires , les avaient même retranchés de leur sein, lorsque l'intervention du pape termina la querelle , en condamnant les théologiens. Malgré le peu de succès de cette tentative, ceux - ci n'en avaient pas moins conservé l'espoir d'arriver à leur but, qui était non seulement de tenir le premier rang entre les facultés, mais même de donner en toutes occasions au doyen , leur chef, la prééminence sur le recteur, ainsi que le droit de placer son nom avant le sien, en tête de tous les actes

1 Buli.rus, Historia Vnivenitau IV, 3ia.

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émanés de l'Université entière. Ils saisissaient avec empressement toutes les circonstances qu'ils croyaient propres à les faire triompher , et ils se montraient aussi opiniâtres que leurs rivaux étaient persévérants. Déjà plusieurs scènes désagréables avaient eu lieu pour usurper, dans des cérémonies publiques , le rang d'honneur auquel ils aspiraient , lorsqu'une scène de ce genre se renouvela , en 1 347 > avec plus de scandale et d'éclat. L'Université devait assister à un service célébré dans l'église de Saint- Germain , en présence de la reine Jeanne d'Evreux , de plusieurs prélats et de l'archevêque d'Embrun, alors nonce du pape en France, et docteur en théologie. L'archevêque , qui soutenait les prétentions de ses collègues , alla se placer sur le siège destiné au recteur, afin de faire par là , à l'avenir, un titre pour les théologiens. Le recteur, c'était Jean de La Marche, qui depuis fonda le collège de ce nom r , arrive à la tête de l'Université, s'avance vers le prélat , et lui demande si c'était comme archevêque, ou bien comme docteur, qu'il occupait cette place ? C'est comme docteur, répond-il. A ces mots, il est sommé de la quitter: sur son refus , on l'expulse de force ; et la faculté des arts , qui regardait le recteur comme étant plus spécialement son chef, prouva , un peu trop énergiquement peut-être dans cette circonstance, qu'elle ne voulait souffrir aucun empiétement sur ses droits. L'archevêque offensé adressa des plaintes au pape, qui

1 CnkviER, Histoire de l'Université, 11,417.

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ordonna au recteur de lui faire satisfaction Au reste, il paraît que, dans ces temps encore grossiers, rien n'était plus commun que ces querelles sur les préséances ; et nous voyons peu de temps après , en i "35o, s'élever, aux obsèques de Philippe-de- Valois , une rixe entre le Chapitre de Notre-Dame et l'Université, dans laquelle le recteur fut battu. Pour prévenir le retour de pareilles scènes, il fut décidé , dans l'accord qui intervint, que dorénavant le Chapitre et l'Université marcheraient vis-à-vis l'un de l'autre et sur deux lignes 2 égales. Mais l'harmonie fut plus difficile à rétablir dans le sein de l'Université, et plusieurs années s'écoulèrent encore sans que les théologiens voulussent se départir de leurs prétentions. Ils se séparèrent même tout-à-fait de l'Université, et voici dans quelles circonstances : le roi de Navarre , Charles, surnommé le Mauvais, commençait dès lors à préluder aux intrigues qui lui acquirent une si affreuse réputation, et qui troublèrent pendant si long-temps le royaume. Fier de la qualité de gendre du roi, il souffrait avec peine l'ascendant que le connétable Charles d'Espagne avait pris sur Jean II; trop lâche pour l'attaquer à force ouverte, il voulait cependant se défaire d'un favori dont il redoutait l'influence; et le connétable fut assassiné à Laigle par ses ordres 3 (i 353). La

i Fêtera acta et instrumenta Facultatis T/ieologiœ, contra Rcctoretn. Cité par Crévier, II, 389.

■ Le Beuf, Histoire du Diocèse et de la Ville de Paris, 11,6.

3 Velly, Histoire de France, V, 45.

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