SOUS JEAN II
à leurs prétentions. Cette affaire, qui peut nous donner une idée du crédit dont l'Université jouissait, puisque les rois même cherchaient à se concilier son suffrage , peut aussi nous en donner une de son peu de richesse; car nous voyons que le recteur et ses partisans furent obligés de demander un délai, afin de trouver de l'argent pour payer leurs procureurs et leurs avocats
Mais le soin de défendre l'honneur de son corps et les prérogatives du recteur n'empêchait pas la faculté des arts de s'occuper à rédiger pour elle-même les règlements qu'elle jugeait nécessaires , et nous trouvons, eh 1 355, un statut décrété unanimement, qui ordonne aux maîtres de faire leurs leçons oralement, avec défense de rien dicter à leurs élèves, excepté les jours de fêtes. Ce statut , qui fut réformé un siècle après, en i45a, par le cardinal d'Estouteville, est un des monuments du goût de ce siècle, dans lequel les savants aimaient à déployer leur érudition avecun luxe oratoire tout-à-fait déplacé, et nous en possédons la preuve dans des ordonnances de Jean II, rendues vers la même époque, qui enjoignent aux avocats , sous peine de punition , de se renfermer uniquement dans les questions qu'ils avaient à traiter, sans y mêler des digressions étrangères, et qui leur prescrivent aussi de « mettre leurs noms et surnoms « en fin des mémoires et écritures qu'ils composent « pour leurs clients a . »
* Crévier , Histoire de l'Université , II, 4°4« 1 Ordonnances du Louvre , III, 646.
Toutes les tribulations intestines qui tourmentèrent l'Université pendant cette période, n'avaient nui en aucune manière à son accroissement; ce tempslà, au contraire, avait été marqué par de uouvelles fondations de collèges : Tannée i348 en avait vu deux s'ouvrir, celui de Chanac et celui des Trois- Évêques. Le premier situé rue de Bièvre, fut depuis appelé de Saint - Michel , et eut le triste honneur de compter au nombre de ses élèves le fameux cardinal Dubois; l'évêque de Paris, Guillaume de Chanac en avait été le fondateur. Le second, élevé sur la place Cambrai , servit pendant long - temps aux cours de la faculté de droit, et une partie de ses bâtiments fut démolie, lors de la construction du collège de France. En i353, un chevalier, Pierre Becoud, affectait sa maison, rue Descartes n° 21 , au collège de Boncour, aujourd'hui réuni à l'École Polytechnique , et dont l'un des principaux élèves, P. Galland, fut le traducteur des Mille et une Nuits. L'année suivante, le collège de Justice, rue de la Harpe n° 84, sur l'emplacement duquel se trouve maintenant le collège Saint-Louis, était dû à la libéralité d'un chanoine de Paris, qui lui donnait son nom; et enfin, en 1 359 , Étienne et Godefroid de Boissi élevaient, pour les membres de leur famille, le collège de Boissi, consacré à des étudiants des quatre facultés. Ces deux hommes honorables , que l'amour seul du bien animait, prévoyant que leur famille pourrait venir à s'éteindre, stipulèrent dans l'acte de fondation, que , dans ce cas, « on pourrait choisir des sujets dans le