‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 5 sur 39 · SOUS LES SUCCESSEURS DE CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

SOUS LES SUCCESSEURS DE CHARLEMAGNE

puissants, uniquement occupés à affermir et à défendre leur indépendance, ne tenaient compte que des exercices qui pouvaient leur donner quelque supériorité dans les armes : depuis que le droit avait cessé pour faire place à la force, ils négligaient de donner à leurs enfants une éducation , des connaissances qui pu auraient leur servir dans le cours de la vie, et si quelquefois ils les faisaient instruire , ce n'était , dit Rathier , évêque de Liège , que par un motif d'ambition , et pour les élever à l'épiseopat 1 ; encore l'épiscopat lui-même n 'était-il pas sans ressentir les effets de l'influence du siècle : le latin , qui jusqu'alors avait été comme la langue naturelle du clergé, commençait à être négligé; et en 994 , au concile de Mouzon, Aimon, évêque de Verdun, fut obligé de porter la parole en langue romane devant les prélats assemblés*.

Il n'était pas au pouvoir des rois de la deuxième race de changer cet état de choses. Ils n'avaient en France qu'une autorité contestée par tous les grands seigneurs, ils n'avaient même plus de capitale, Paris avait passé sous la domination des ducs de France. 11 fut donc impossible à ces princes, dont les domaines se réduisaient presque aux territoires de Rheims et de Laon, où ils avaient établi leur résidence, d'encourager les études non -seulement en France, mais même à Paris, qui appartenait à des feudataires si puissants que, deux fois, dans un court espace de

• Histoire Littéraire de la France, VI , 20.

» Histoire Littéraire de la France, VI, 3. — Simoicde dk Sismondi, Histoire des Français, IV, 61.

temps, ils leur arrachèrent leur couronne. Aussi, malgré l'apparition de Remi d'Auxerre dans cette ville, 1 école qu'il y avait fondée resta tellement obscure, que toutes les recherches des savants n ont pu parvenir à nous donner quelques détails sur sa situation pendant la durée du dixième siècle 1 jusqu'à l'époque où un chanoine de Liège, nommé Huboldus, vint y enseigner vers l'année 990.

Mais nous touchons enfin au moment de sortir de l'obscurité qui environne les premiers moments des écoles publiques parisiennes. Une révolution, semblable à celle qui plaça Pépin - le - Bref sur le trône , était sur le point de s'accomplir. La race dégénérée de Charlemagne s'était laissée dépouiller peu à peu de toutes les prérogatives de la royauté , elle n'avait plus de pouvoir, elle n'avait qu'un titre devenu inutile depuis que les moyens de le faire respecter lui manquaient. Bientôt ce titre lui-même lui fut arraché, et, le 3 juillet 987, le comte de Paris, Hugues-Capet, montait sur le trône au préjudice du duc Charles de Lorraine, frère de Louis V, le dernier monarque carlovingien.

L'avénement d'une nouvelle dynastie ne produisit pas dans la nation les effets qu'on aurait pu en attendre ; elle ne changea rien de ce qui existait avant elle, elle laissa au contraire s'affermir le système féodal qui devait si long-temps contrebalancer l'autorité des rois. Cette époque cependant est importante dans les

• Crkvier, Histoire de l'Université, l, 68. — Histoiie Littéraire de la France , VI , 33.

SOUS LES PREMIERS CAPÉTIENS. 3o,

annales de la civilisation , parce qu'elle nous présente les premiers mouvements que fit le peuple vers un meilleur ordre de choses. La langue nationale commençait à se former , les troubadours et les trouvères avaient paru dans le midi et le nord de la France , leurs chants adoucissaient les mœurs, et on avait vu naître alors ces germes heureux qui devaient commencer à se développer un siècle plus tard , sous le règne de Louis-le-Gros.

Peut-être ce moment eût-il été avancé , si les premiers Capétiens avaient été en état de seconder la marche de leur siècle ; mais ces princes, qui portèrent tous sur le trône l'incapacité la plus complète, ne savaient pas même soutenir leur propre dignité, et nous voyons successivement paraître devant nous Hugues -Capet, Robert, son fils, Henri et Philippe I er , sans que l'histoire daigne nous apprendre ce qu'ils firent pour leur peuple. Cette obscurité cependant n'était pas le résultat d'une ignorance absolue ; les études avaient fait quelques progrès dont Paris s'était particulièrement ressenti : l'élévation de ses comtes à la couronne lui avait rendu un peu de son ancien lustre, et il était devenu la résidence royale. Quelque restreint que fût alors le pouvoir du monarque , les rapports que sa suzeraineté faisait établir entre lui et les seigneurs , amenaient sans cesse une assez grande afïluence auprès de sa personne ; Paris était considéré comme la principale ville de la monarchie, et cette réputation attirait dans ses murs un grand nombre d etraugers. Des maîtres -qui avaient

quelque célébrité venaient y enseigner une jeunesse nombreuse , et , après Huboldus , on y avait vu tour à tour Gerbert, qui fut depuis pape sous le nom de Silvestre II 1 , l'homme le plus remarquable de son siècle; Lambert, élève du fameux Fulbert de Chartres , le maître de tous les savants de cette époque; Drogon* ; Manegold de Lutembach , dont les filles enseignaient la théologie aux femmes 3 ; et le célèbre auteur de la secte des nominaux , Roscelin.

Ces professeurs avaient tous enseigné dans le cloître Notre-Dame, avec l'autorisation de Tévêque; car on avait cru nécessaire l'approbation de l'autorité ecclésiastique , pour se préserver des erreurs religieuses dont ce siècle avait offert quelques exemples 4. Ce fut là l'origine du droit que s'arrogea le clergé sur les études, droit que l'Université supporta toujours impatiemment, et qu'elle s'efforça de restreindre par la suite dans de justes limites.

A côté de cette école publique , qui tint toujours le premier rang, s'en élevaient deux autres depuis longtemps existantes, mais qui n'étaient ouvertes que depuis peu à la jeunesse séculière : c'étaient les écoles de Sainte-Geneviève et de Saint-Victor, qu'illustrèrent bientôt les débats d'Abailard et de Guillaume de Chain paux.

1 Gbawcolas, Hist. de la Fille, de l'Église et de F Université de Paris , 1 , 280.

a Histoire Littéraire de la France, VII, 104.

3 Histoire Littéraire de la France, VII ,32.

4 Histoire Littéraire de la France, VII, 9.

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