‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 6 sur 39 · SOUS LES PREMIERS CAPÉTIENS · texte numérisé non relu

SOUS LES PREMIERS CAPÉTIENS

On enseignait dans ces diverses écoles la totalité des sciences qu'on divisait en deux sections , appelées trivium et quadrivium : la première comprenait la grammaire, la dialectique et la rhétorique ; la seconde renfermait l'arithmétique , l'astronomie , la géométrie et la musique. La réunion dans un même individu de la connaissance du trivium et du quadrivium constituait le savoir le plus étendu, c'était là un des titres d'Abailard.

Mais l'étude qu'on cultivait le plus alors, et vers laquelle se portait davantage le goût du siècle , était celle de la dialectique , à laquelle se réduisait la philosophie. Bérenger , l'auteur de la secte des sacramentaires, dont les opinions furent condamnées en io5o par le concile de Paris 1 , où, dit-on, il enseigna, l'avait accréditée. On suivait pour guides les écrits d'Averroës et l'ouvrage des Dix catégories, attribué à Saint -Augustin , mais ils furent bientôt supplantés par l'aristotélisme, introduit en France par Jean-Scot; et, pendant des siècles entiers, les principes du philosophe grec régnèrent despotiquement dans les écoles. Cet amour de la dialectique fit négliger l'étude de la vraie philosophie, corrompit ce sentiment du beau dans le style que les Romains avaient porté jusqu'à la perfection , et introduisit ce goût de disputes et d'argumentations qui sembla si long - temps être le partage des savants, et qui s'exerçait sur les objets

■ G&ancolas , Histoire de la Fille, de l'Église et de l'Université de Paris, I, 3o4. — Voltaire, Essai sur les Mœurs, ch. 45.

l\1 HISTOIRE DE L'UNIVERSITÉ

les plus futiles ». On examinait, par exemple, les questions de savoir : si le porc qu'on mène au marché pour le vendre était tenu par l'homme ou par la corde, et on en était venu au point d'être obligé de se servir dans les argumentations de pois ou de fèves, pour savoir si le nombre des négations l'emportait sur celui des affirmations 3 . Ce besoin d'analyser, de disputer, s'introduisit bientôt dans les études sacrées, et donna naissance à la théologie scolastique, dont le principal caractère fut d'appeler le raisonnement dans les matières de foi , et fut la cause de ces erreurs religieuses qui couvrirent par la suite la France de bûchers et d'échafauds.

Quelque vicieux que fût ce genre d'enseignement, il habituait cependant l'esprit à une sorte d'indépendance, et lui donnait une idée de sa capacité. Malheureusement les moines seuls en profitaient; ils s'essayaient à tous les genres de connaissance, et, dans ce siècle où les papes ne leur avaient pas encore interdit l'exercice de la médecine , ils étaient les seuls qui la cultivassent 3 . Aussi fit-elle à cette époque quelques progrès : on vit ouvrir alors sous la protection des Normands, qui avaient conquis la Fouille, l'école de Salerne; et, malgré la répugnance qu'inspirait l'islamisme , tous les médecins qui voulaient se perfectionner dans leur art, suivaient l'exemple que leur

1 Histoire Littéraire de la France, VII , i3a. > Bulleus, Historia Universitatis , I, 5 12. — Dulaure, Histoire de Paris , II , 246.

3 Histoire Littéraire de la France, VII, i34.

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