‹ Histoire de l'Université de ParisChapitre 8 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Louis VII. — Réunion en corps des maîtres de l'école de Paris. — Formation des nations. — Ce'lestin III soustrait tes clercs à la justice civile. — Philippe-Auguste. — Protection qu'il accorde aux écoles. — . Il les place sous la surveillance du prévôt de Paris. — Diplômes de l'an 1200. — Premiers statuts de l'Université. — Hérésie des Albigeois. — Splendeur des écoles. — Portrait des écoliers. — Blanche de Castille , mère de saint Louis , et le cardinal Saint-Ange. — Querelle entre les écoliers et les habitants de Saint-Marceau. — Grégoire IX accorde à l'Université le droit de suspendre ses leçons. — Conservateurs apostoliques. — Université de Toulouse. — Démêlés entre l'Université et les religieux mendiants. — Guillaume de Saint- Amour Existence des Facultés.

Le long règne de Louis VII avait été employé à continuer et à affermir le grand œuvre de la régénération du trône, si heureusement commencé par son père. Quoique ne possédant aucune des qualités qui font un grand roi, quoique ayant sans cesse à lutter contre un adversaire incontestablement plus habile que lui, Henri II , roi d'Angleterre , Louis-le- Jeune cependant avait su maintenir la dignité du trône vivement me-

Go HISTOIRE 1>£ LUW!VJ£RS1TÉ

nacée par son riva! : il avait été secondé, il est vrai, par un redoutable auxiliaire, la puissance ecclésiastique. L'indépendance du caractère de Henri, sa fierté qui ne lui permettait pas de se courber sous le joug des prêtres, ses longs démêlés avec la cour de Rome, l'issue tragique de sa querelle avec l'archevêque de Cantorbéry , Thomas Becquet , avaient soulevé contre lui les passions du clergé : Louis, au contraire, s'en était en tous temps déclaré le protecteur; c'était dans ses Etats que les papes, menaces par les armes impériales, venaient chercher un asyle ; c'était lui qui le premier, cédant à la voix de saint Bernard, avait saisi l'oriflamme pour marcher à la défense de la Terre-Sainte. Cette conduite devait lui mériter la reconnaissance de l'Église, et cette reconnaissance devait avoir d'importants résultats. Les papes en effet, obligés de lutter en Italie, et jusque dans Rome même, contre les partisans des empereurs et de la liberté, s'étaient accoutumés à regarder la France comme étant plus spécialement leur patrimoine spirituel; c'était dans son sein, dans les chaires de ses écples , qu'ils allaient chercher , pour gouverner toutes les églises, des hommes qui leur fussent entièrement dévoués; de là cette vive émulation qui se manifestait pour les études; de là la splendeur des écoles françaises; de là l'importance qu'acquiert, à partir de ce siècle, l'histoire littéraire, que nous verrons se mêler aux événements politiques, et y exercer une immense influence. à C'est à dater du douzième siècle que le sujet que iious traitons va acquérir une unité qui lui avait

SOUS LOUFS VII. 6l

manqué jusqu'ici , parce que c'est à cette époque que lus diverses branches des connaissances humaines cherchèrent à se réunir; que la liaison qui doit exister entre elles commença à être comprise par les savants, et qu'ils sentirent que la corrélation intime de toutes les sciences devait aussi s'étendre sur les maîtres qui les enseignaient; soit afin qu'en formant un corps leurs lumières réunies pussent être plus utiles à l'humanité, soit afin qu'ils pussent plus facilement \ se prêter un appui tutélaire contre les efforts de la barbarie. Toujours est-il que c'est pendant cette période qu'ils formèrent une compagnie {universitas) qui bientôt eut une organisation, un chef, des règlements, et que nos rois se plurent à environner de leurs faveurs.

Ce changement ne fut pas, et ne pouvait pas être la conséquence d'une déclaration positive; il fut nécessité par la force des choses et en quelque sorte le résultat d'un jej^UiûeuGnsJti L'immense con-

cours (Fécoliers que, depuis long-temps, Paris voyait arriver dans ses murs, exigeait, dans l'intérêt même de l'ordre public , rétablissement d'une discipline spéciale à laquelle ils pussent être astreints; l'action des maîtres sur des auditeurs* ta plupart avancés en âge, et que l'indépendance de leur conduite devait rendre moins faciles à diriger, était nulle tant qu'elle restait isolée; pour qu'elle eût quelque force, il devenait nécessaire qu'il y eût entre eux unité de conduite, et cette unité ne pouvait être obtenue que par leur réunion en société : c'est ce qui eut lieu , et déjà cet état

6a msToiRE de l'université

de choses existait vers le milieu du douzième siècle, car Mathieu Paris rapporte que Jean de la Celle, élu en 1 195 abbé de Saint-Alban , avait fait ses études à Paris et avait été associé au corps des maîtres, ad electorurn consortium magistrorurn l .

A l'exemple des maîtres, et peut-être même avant eux , les écoliers s'étaient également réunis , et avaient établi entre eux des distinctions de patrie, destinées à rallier tous les individus appartenant au même territoire, et à leur offrir par là une protection et des secours souvent nécessaires à des hommes que le besoin de s'instruire avait éloignés de leur famille et de leur pays. Cette division, qui, par son utilité, ne tarda à comprendre les maîtres eux-mêmes dans son sein, partagea l'Université, c'est-à-dire, tout ce qui tenait aux écoles, maîtres ou écoliers, en quatre nations ou provinces, connues sous les noms de France, d'Angleterre, de Normandie et de Picardie; cette division, qui subsista jusqu'à nos jours, dut, en raison de son utilité, prendre naissance dès les premiers moments de la célébrité des écoles parisiennes; et elle était déjà formée en 1169, puisqu'ou prétend que | Henri II, roi d'Angleterre, offrit, dans sa querelle avec Becquet de Cantorbéry , de prendre pour arbitres les suppôts des diverses provinces de l'école de Paris a .

1 Bulleus, Historia Univers itatis, II, $67.— Histoire Littéraire île la France, XVI, 45.

a Bulleus, Historia Universitatis , II, 365. — Créviee, Histoire de f Université, I, 1 5 4.

Une compagnie ainsi divisée ne pouvait pas sub- / sister sans chef, et il est probable que sa création date de la même époque; mais cette époque est incertaine. Au milieu de l'obscurité qui environne les premiers temps de la formation en corps de l'Université, nous ne pouvons pas former des conjectures; cependant il est certain qu'il existait à la fin du dou- \ zième siècle; car une ordonnance de Philippe-Au- \ guste, de Tan iaoo, en fait mention.

Dès le moment qu'il y eut un corps de maîtres , avec un chef et une organisation , il dut nécessairement aussi s'opérer un changement dans la faculté d'enseigner. Pendant long-temps cette faculté n'avait été gênée par aucune entrave : quiconque en avait le désir pouvait fonder une école ; le talent faisait le maître, et ne tardait pas à attirer des écoliers; plus tard il n'en fut plus ainsi. La liberté primitive pouvait faire usurper à beaucoup d'individus qui ne possédaient d'autre capacité que leur présomption, un titre que l'ignorance aurait pu discréditer : dès lors, pour pouvoir enseigner, il devint nécessaire d'avoir obtenu ce qu'on appela la Licence. Elle était accordée par le maître des écoles, c'était le nom qu'où donnait au chancelier des Églises sur le territoire duquel on voulait enseigner, et qui, comme on l'a vu , s'était arrogé le droit de conférer une sorte d'investiture. Deux chanceliers , celui de Notre- Dame et de Sainte-Geneviève, possédaient seuls à Paris ce pouvoir, auquel on avait eu soin de mettre des bornes. Ils ne pouvaient refuser cette licence à

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aucun de ceux qui en étaient capables, et qui avaient rempli les formalités exigées , c est-à-dire qui avaient été reçus Bacheliers. Ce grade, qui était l'intermédiaire entre la qualité de maître et celle d'écolier, était ainsi nommé de la couronne de laurier, que le candidat était censé recevoir, et du mot baçca , parce que cette réception était toujours accompagnée d'un repas Cette licence n'était alors, à proprement parler, qu'une cérémonie, et son obtention était purement gratuite. Deux conciles , celui de Londres en 1 1 38 , celui de Latran en 1 1 79 , et une décrétale d'Alexandre III l'avaient formellement ordonnée a ; mais cet état de choses ne subsista pas long-temps, et dès le douzième siècle, Pierre-le- Mangeur avait obtenu du même pape la permission d'exiger un droit modique pour la concession de la Licence. Cette faveur, qui devait être personuelle , eut le sort de tous les abus; elle ne tarda pas à devenir un principe.

Dans le temps même où l'intérêt privé s'efforçait d'exploiter à son avantage ce désir ardent qu'on avait de s'instruire , les écoliers étaient partout l'objet d'une sollicitude universelle : des hommes puissants s'empressaient de seconder le goût pour les études , en établissant des collèges destinés seulement à servir d'asyle aux écoliers indigents. Robert de Dreux, (ils de Louis-le-Gros, avait donné l'exemple

1 Grancolas, Histoire de la Fille , de F Èvéché et de F Université de Paris 9 I, i55.

■ Histoire Littéraire de la France, IX, 27.

en fondant en 1187 le collège de Saint-Thomas-du- Louvre, alors appelé hôpital des pauvres clercs 1 ; cet exemple fut suivi ; et les collèges de Constantinople, fondé sur la place Maubert en 1206; des Bons-Enfants Saint-Honoré en 1 209 , dont les écoliers furent obligés d'aller demander l'aumône, jusqu'à ce que les bienfaits de Jacques Cœur les eussent arrachés à la misère a ; et de Saint-Nicolas-du-Louvre en 1217, érigé en église par l'évêque de Paris, Du Bellai,en i542, attestent le goût du siècle.

L'autorité civile les comblait également de ses faveurs. Déjà une ordonnance fameuse ( l'authentique habita ) , rendue par l'empereur Frédéric Barberousse en faveur de l'école de Bologne , avait environné les écoliers de la protection impériale, et dans les affaires contenticuses les avait soustraits à la juridiction ordinaire, pour les soumettre à celle de leurs maîtres ou de l'évêque de la ville 3 . Paris ne tarda pas à posséder le même avantage ; les papes , qui presque toujours se déclarèrent les protecteurs de ses écoles , se plurent à combler les écoliers de privilèges que les rois s'empressaient de confirmer. C'est ainsi qu'ils dispensèrent de la résidence tous les possesseurs de bénéfices, maîtres ou écoliers, qui étudiaient ou enseignaient à Paris (iïs qui in scholis militant) 1 *. C'est ainsi que de leur propre autorité ils les enle-

1 Dr 1. ai* r f, Histoire de Paris , II, 392.

' Hist. Littéraire, IX, 81. — Dulaure, Hist. de Paris, II 345.

3 Bulleus, Historia Unirersitatis, II, 498.

4 Histoire Littéraire de la France, IX, 9. XVI, 43.

Gti HISTOIRE DE L V N l V K R SI T K

vèrenl à la justice civile. Une décrétale de Cèles* lin III, de iigh, statue positivement que, même clans les affaires civiles , tous les clercs doivent être j âgés d'après le droit canon et par les juges ecclésiastiques du lieu où ils font leurs études l . Ces énormes privilèges , qui avaient principalement pour but de n'apporter aucune interruption à leurs travaux, devinrent la source de tant d'abus, qu'en i45i l'Université fut obligée d'ordonner qu'aucun de ses membres ne pourrait assigner sa partie adverse sans avoir au préalable donné connaissance de l'affaire à la compagnie, afin qu'elle pût décider si l'on était ou non dans le cas du privilège 2 . Dans la suite cette distinction de justice, qu'ils devaient à leur qualité de clerc, et qui , les plaçant dans une position spéciale , n'était propre qu'à arrêter l'action légitime des lois, fut aussi effacée de nos codes, et les membres de l'Université ne conservèrent plus que le pouvoir d'évoquer toutes leurs affaires au Châtelet de Paris , qui devint ainsi un tribunal qui leur fut propre.

Si nos rois s'empressèrent toujours de sanctionner de leur autorité les privilèges que les papes accordaient à l'Université, ce fut moins peut-être par dé-

1 Mandamus quatenus si quas causas pecuniarias elcrici Parisiis oommorantes habent contra aliquos, vel aliqui contra illos, ipsas jure canonico dccidatis.

Décret., Grec. IX, cap. Qaod elcrici ; de For. comp.

1 Crxvter, Histoire de l'Université, IV,

férence pour les pontifes romains, que dans un but d'utilité politique : telle est en effet l'intention qui paraît avoir présidé aux ordonnances de Philippe-Auguste, qui le premier fixa d'une manière stable les privilèges universitaires. Ce prince, depuis qu'il régnait , avait élevé plus haut qu'aucun de ses prédécesseurs la splendeur du trône; malgré la malheureuse issue de la croisade, sa politique habile , ses succès militaires à l'aide desquels il avait déjà considérablement augmenté le patrimoine de ses pères, avaient fixé sur lui les regards de l'Europe, qui le considérait comme le plus puissant des monarques chrétiens. Sa lutte avec l'Angleterre avait encore contribué à augmenter l'idée qu'on avait de sa puissance , et cette puissance était véritablement devenue formidable depuis la mort de son plus terrible adversaire, Richard Cœur-de-Lion , tué en t 199 au siège de Chaluz-Chabrol. L'éclat de sa gloire, la renommée de ses armes avaient porté son nom chez tous les peuples connus, et ses travaux civils avaient en même temps concouru à donner à la France une prospérité toujours croissante. Plus que jamais Paris était devenu le rendez-vous des lettrés. Dès le commencement de son règne , il s'était attaché à embellir une ville qu'il regardait comme la première de ses États. Une nouvelle enceinte plus forte, plus spacieuse, avait remplacé la première ; les rues nouvellement pavées rendaient les communications désormais plus faciles: tout cela, joint a la protectiou qu'il accordait aux

études *, avaient peuplé sa capitale d'une foule d'étrangers qu'il était important de conserver et de protéger. Il avait senti que les parents confieraient mal volontiers leurs enfants à un gouvernement qui n'était pas le leur , s'ils devaient craindre que , pour tous les écarts de jeunesse, ils fussent soumis à la justice, ou des seigneurs des fiefs , ou des prévôts des villes, dont on connaissait la vénalité, la partialité et la cruauté a . Déjà il avait consenti implicitement que les écoliers ne fussent justiciables que des tribunaux, ecclésiastiques, lorsqu'une rixe, survenue entre des bourgeois et des écoliers , vint donner plus d'authenticité à leurs privilèges , et fournir au roi l'occasion de les augmenter.

Dans l'année 1200, le valet d'un gentilhomme allemand, étudiant à Paris, et l'un des prétendants à l'évêché de Liège, prit querelle dans un cabaret avec des bourgeois : maltraité, il revint se plaindre à son maître, qui , associant à sa vengeance tous les étudiants de sa nation, se porta avec eux à la maison du cabaretier qu'ils laissèrent presque mort sur la place. Accourus au secours de leur concitoyen , les bourgeois du voisinage réclamèrent l'intervention du prévôt de Paris,

1 In illis diebus studium litterarum florebat Parisiis, nec legimus tantam aliquando fuisse scholarum frequentiam Athenis vel jEgypti : quod fiebat propter libertatem et specialem prarogativam defensionis, quam Pbilippus rex, et pater ejus ante ipsum, ipsis seholaribus impendebanl. Rigord, Fie de Philippe Auguste, — Histoire Littéraire, IX, 7.

» Simondk de Si smon m , Histoire des Français, VI, 195.

Thomas, chargé par les devoirs de sa charge de maintenir Tordre dans la ville ; il prit la défense de ses administrés, et dans la mêlée cinq étudiants périrent ; les autres portèrent plainte au Roi : le prévôt et ses gens furent arrêtés , condamnés à une prison perpétuelle , avec interdiction des droits civils ; leurs maisons furent rasées, leurs arbres et leurs vignes arrachés. Le jugement fut exécuté, malgré l'intervention des écoliers qui pour toute peine demandaient seulement que les coupables fussent fustigés dans les écoles

Philippe , non content d'avoir réparé le mal , voulut encore le prévenir ; et c'est à cette occasion qu'il accorda, d'une manière authentique, aux écoliers le privilège dont jouissait déjà l'Église, d'être soustraits à la justice séculière dans les causes criminelles. Il enjoignit ensuite à tous les bourgeois de dénoncer, et même d'arrêter tous ceux qui frapperaient un écolier; leur demeure fut déclarée inviolable par la justice civile ; le même privilège fut étendu jusque sur leurs serviteurs, et on priva ceux qui seraient accusés par eux, du droit de se défendre , ou par l'épreuve de l'eau , ou par le combat judiciaire a ; et, pour assurer l'exécution de cette fameuse ordonnance, il fut prescrit à tous les prévôts de jurer, lors de leur en-

» Giuif colas , Histoire de la Fille , de ÏÉvéché et de l'Université, I, 1. — Dulauee, Histoire de Paris, II, 4a5. — Simonde de Sismondi, Histoire des Français, VI, 197.

■ Ordonnances du Louvre, I, a3. — Du l aire, Histoire de, Paris, II, 3/,6.

'JO HISTOIRE DE l' UNIVERSITÉ

trée en charge, en présence de l'Université ellemême, l'observation de ses privilèges. Long-temps ces privilèges et cet usage subsistèrent; mais ils finirent par avoir le sort de toutes les institutions qui ne sont pas fondées sur une justice réciproque, et qui tendent à rompre l'égalité qui doit exister entre tous les citoyens : ils tombèrent en désuétude , et en 1592 M. de Villeroi fut le dernier prévôt qui prêta ce serment.

Cette ordonnance est le plus ancien titre que nous possédions de l'existence de l'Université : c'est sur elle que se sont appuyés tous les historiens de cette compagnie célèbre pour rattacher au douzième siècle la réunion en corps des maîtres des écoles parisiennes. En effet, la punition énorme infligée au premier magistrat municipal pour avoir pris la défense de ses administrés, indique l'importance qu'on attachait aux écoles; et cette importance devait être en raison de leur utilité et de la considération dont elles jouissaient. En outre, l'acte émané de Philippe- Auguste fait mention du chef de l'étude pour le placer plus spécialement encore sous la protection des privilèges accordés; ces mots nous révèlent l'existence du recteur , car ce magistrat universitaire est le seul chef que le corps ait jamais eu. Peut-être alors n'était-il pas connu sous ce titre, peu importe; car toujours est-il qu'il y avait un chef, et que ce chef ne pouvait exister sans qu'il y eût une compagnie à la tête de laquelle il fût placé : au reste , le titre de recteur ne tarda pas à devenir le titre du chef de l'Université. Cette <

SOUS P HILIPPE- illGUSTE. 71

«lignite qui, ainsi que l'indique son étymologie latine, attribuait à celui qui en était revêtu la direction de sa compagnie , conformément aux règlements adoptés , n'avait dans l'origine que six semaines de durée ; plus tard , en ii65 , elle fut prolongée par le cardinal Simon de Brie jusqu'à trois mois ; et vers le dixseptième siècle , elle eut communément deux années d'existence. Le recteur, qui ne pouvait être tiré que du sein de la faculté des arts , était élu par les députés* des Quatre-Nations , qu'on nommait intrants. Cette élection se faisait à la chandelle éteinte, c'està-dire dans l'intervalle de la durée d'une bougie; si alors elle n'était pas terminée , on nommait de nouveaux électeurs. L'élection faite , on la célébrait par une procession solennelle . et , pendant tout le temps de sa magistrature, le recteur ne sortait jamais en public sans être accompagné de sergents ou bedeaux portant des masses d'argent, qui lui formaient comme une espèce de garde x .

Peu de temps s'était écoulé depuis l'obtention de ces importants privilèges , lorsque l'Université , qui déjà avait un chef, sentit la nécessité de créer un officier chargé d'agir pour elle dans toutes les affaires qui pourraient l'intéresser. Cet officier, dont la nomination remonte, suivant Duboullai, à l'an !2o3 a , est le syndic; institué sous les auspices du

1 Pasquieh, Recherches de la France, liv. îx, chap. 11. Crkvikr, Histoire de ï Université , IV, i5C. » Bullkvs, Hisloria Universitatis , III, a3.

Saint-Siège auquel l'Université avait demandé son consentement on ne tarda pas à s'apercevoir de l'utilité de son ministère. Non content du pouvoir étendu qu'il exerçait sur les écoles, le chancelier de l'Eglise de Paris, Jean de Candel, voulut en 1208 contraindre les maîtres à lui jurer obéissance et soumission ; s'a p pu vaut en outre sur l'exemple de Pierre- Je-Mangeur, il prétendait, malgré l'autorité des canons et des décrétales , exiger de l'argent pour la concession de la licence; et, pour donner pks de force à ses prétentions , il excommunia les maîtres et les écoliers rebelles; ceux-ci recoururent à la protection du pape qui maintint la franchise de leurs droits. Mais la tranquillité ne tarda pas à être encore troublée ; et, malgré la reconnaissance positive de ces mêmes droits, faite en iai5 par le cardinal Robert de Courçon , dans son statut universitaire , un nouveau chancelier, Philippe de Grève, fit revivre les prétentions de son prédécesseur, les appuyant des mêmes moyens ; il fallut une seconde fois recourir au pape. Honorius III occupait alors le Saint-Siège , il prit hautement la défense des écoles ; dans une bulle tfes-sévère , il fit justice ( 1219) de V insolence , c'est ainsi qu'il s'exprime , du chancelier, déclara nulles ses excommunications, confirma l'Université dans ses droits, et ordonna à son adversaire de venir à Rome rendre compte de sa conduite. C'est au commencement de ce siècle , vers le temps

« Crévirr, Histoire <le l'Université , I, 284.

de ces premiers débats que remontent les plus anciens statuts ou règlements intérieurs destinés à régir la compagnie ; l'un est l'ouvrage de l'Université ellemême; l'autre d'un légat du pape. Rendu en 1210 sur la proposition de huit commissaires , le premier, qui ne nous est pas parvenu , roulait sur la décence de l'habillement , sur l'ordre des leçons et des thèses 1 : chaque maître devait jurer de l'observer. Le second est l'ouvrage de l'Église; car dans ce siècle où les écoles étaient presque entièrement théologiques , l'Eglise seule avait le pouvoir de leur donner des lois; les princes ne se servaient de leur autorité que pour augmenter ou confirmer leurs privilèges : un légat du pape , Robert de Courçon , envoyé en France pour prêcher la croisade , est l'auteur de ce règlement rendu en 121 5; il reproduit une partie des dispositions contenues dans celui de 1210; mais elles ne s'appliquent qu'à la théologie et aux arts ( le droit et la médecine ne recevant encore aucune culture a ). L'âge que doivent avoir les maîtres, afin de pouvoir enseigner les diverses sciences, est fixé pour les arts à vingt- un ans et six ans d'étude ; pour la théologie à trente-cinq et huit ans d'étude 3 ; les leçons étaient faites par les bacheliers , qui ne pouvaient arriver à la Licence , et acquérir le titre de maîtres , qu'après les avoir continuées pendant un

• Bulleus, Historia Universitatis , III, 5a, 60.

» Histoire Littéraire de la France, XVI, 46.

3 Pisquik», Recherche* de la France, liv. m, chap. %g.

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