‹ Histoire de l'Université de Valence, et des autres établissements d'instruction de cette villeChapitre 21 sur 72 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Projet de réforme dans l'université. — Premières tentatives de l’évèijue de Valence. — Protestations des docteurs. — Neutralité du conseil de ' ville. — Transaction. — Nouvelle lutte. — Factum de l’université. — Dernière transaction. — Nouveaux statuts et règlements.

On a vu que, durant les premières années du dix-septième siècle, l’université de Valence avait recouvré une partiede son ancienne splendeur. Lescure, Josserand, Finct, Pacius, des Bleins, n’étaient pas des jurisconsultes aussi fameux que Cujas; mais ils enseignaient avec talent, et jouissaient auprès de leurs élèves d’une réputation méritée. Malheureusement , ces doctes professeurs, après avoir restauré l’université au point de vue des études, ne réussirent point à rétablir son organisation intérieure bouleversée pendant les troubles dont notre ville avait été longtemps le théâtre. De graves abus s’étaient introduits dans ce corps autrefois si bien discipliné ; les règlements étaient tombés en désuétude, et les désordres s’y multipliaient de jour en jour, lorsque Charles Jacques de Léberon, évêque de Valence, résolut, en sa qualité de chancelier, de porter remède à ce déplorable état de choses.

Il communiqua d’abord son dessein aux régents, parmi

lesquels plusieurs l’accueillirent fort mal. Le prélat devait s’y attendre. L’université avait appris depuis longues années à mépriser l’autorité épiscopale, et scs docteurs, ne voyant que d’un œil jaloux les prérogatives du chancelier, épiaient toutes les occasions de s’affranchir d’une dépendance qui leur était devenue odieuse. Charles, toutefois, ne se laissa point décourager par leurs hostiles dispositions, et le peu de succès qu’eurent ses premières tentatives auprès d’eux le persuada mieux encore du besoin qu’ils avaient d’une réforme radicale.

Il en écrivit au parlement de Grenoble le 6 du mois de juin de l’année 1632, et sollicita de la cour un arrêt de réformation. Sa requête motivée fut l’objet d’un long et sérieux examen, et l’année suivante, 26 août 1633, un arrêt fut rendu, enjoignant à l’université de Valence de subir la réforme projetée par son chancelier. L’université refusa d’obéir, et en appela comme d’abus au parlement de Toulouse. L’évêque, de son côté, en appela au roi, le priant de le confirmer dans le libre exercice de ses prérogatives. Les esprits s’échauffèrent de part et d’autre ; la lutte s’envenima; le corps universitaire en vint à des extrémités déplorables. Vainement les docteurs essayèrentils de mettre dans leurs intérêts le conseil de ville , en lui députant le More, Marquet et Vermenton pour l’engager à s’unir à eux contre le prélat; le conseil, dans sa séance du 28 janvier 1634, rejeta leur demande en ces termes laconiques : « Sont venus au conseil trois députés de l’université demandant la jonction de la ville et son intervention

dans leur procès avec le seigneur évêque Délibéré

et conclud que la ville ne le peult. » Enfin, le 13 juillet 1634, l’évêque et le recteur, s’étant abouchés , conclu-

rcnt à une transaction qui sauvegardait l’autorité du prélat et ouvrait les voies à la réforme.

Cette transaction fut homologuée au parlement de Toulouse, et confirmée par le roi le i’O juillet 1635. Elle n'eut pas néanmoins tout l'effet qu'on avait lieu d’en attendre. En vain le roi avait-il nommé l’archevêque de Bourges et quatre commissaires pour régler le différend ; leur intervention fut inutile; et, lorsque l'évêque de Valence voulut user de son droit en nommant de son chef deux professeurs à la première et à la seconde chaire, le doyen et le recteur protestèrent contre cette innovation et repoussèrent les deux élus. Alors le parlement de Toulouse et celui de Grenoble portèrent arrêt sur arrêt, tantôt en faveur de l’évèque, tanlôl en faveur du corps enseignant. La lutte recommença donc plus vive que jamais, et se prolongea jusqu’à ce qu’cnlin, le 13 juin 1638 , le conseil privé du roi y mit un terme en donnant gain de cause à l'évêque.

Entre autres dispositions, le conseil avait statué que les lettres de doctorat , de baccalauréat et de licence seraient scellées du sceau du chancelier et signées par son secrétaire, et qu’aucun des habitants de Valence ne pourrait être promu aux deux premières chaires de droit. Ces deux articles irritèrent beaucoup les docteurs. Trois d’entre eux, Gaspard Froment, Pierre de Rubic et Laurent Crozat en demandèrent l’annulation , sous prétexte que les lettres de baccalauréat ne devaient être scellées, disaient-ils, que du grand sceau de l'université, et que les Valentinois ne pouvaient être exclus des deux premières régences de droit, s’ils en étaient jugés capables par les docteurs de cette faculté. Charles de Léberon répondait que le degré de baccalauréat ne devait pas être conféré par le recteur, lequel.

n’étant que laïc, ne pouvait représenter le Saint-Siège en la collation de ce grade; que les lettres de doctorat et de licence, étant rédigées au nom de l’évôque, devaient être scellées de son sceau et signées par son secrétaire, comme le recteur scellait et signait les actes émanés de sa juridiction; ce qui paraissait d’autant plus rationnel, que les chanceliers de toutes les autres universités avaient leur sceau, marque essentielle de leurs prérogatives, et que l’évêque de Valence, en vertu d’un concordat antérieur, pouvait même disposer de ceux du corps universitaire. Charles ajoutait que le conseil du roi avait ordonné pour d’excellents motifs que les deux premières régences ne fussent dévolues qu’à des docteurs étrangers de rare et singulière érudition , suivant l’usage et les divers arrêts des parlements.

L’évêque de Valence, se voyant ainsi appuyé de la cour, ne s’inquiéta plus des protestations de l’université, et il redoubla d’efforts pour activer l’œuvre de la réforme. Ce fut alors que Pierre de Bubic , docteur régent de l’université, l’un des plus intrépides jouteurs dans cette lutte, publia contre l’évêque un terrible Factum, qug nous avons encore aujourd’hui, et dans lequel il repoussait la réforme avec une amertume de langage qui décèle plus de passion que de bonne foi (1 ).

Ce Mémoire souleva une véritable tempête au sein de l’université, et paralysa toutes les tentatives de Charles de Léberon; mais l’habile négociateur, tout en ajournant l’accomplissement de ses desseins, n’eut garde de se découra-

(1) Ce mémoire est vraiment remarquable par l’ordre, l’enchaînement des idées, et par l’élégance du style. Il a 53 pages et se trouve à la bibliothèque de Grenoble sous le n° 17,413.

gcr; il attendit des jours meilleurs. Quatre ans s’écoulèrent encore, et enfin, en 1642, lassés de leurs vaines résistances, les officiers de l’université consentirent à un concordat irrévocable, et acceptèrent de nouveaux statuts. L’acte fut passé devant notaire le 24 septembre de la même année, en présence de Charles de Léberon, d’une part, et de Jean le More, premier professeur et doyen de la faculté de droit , Paul Gaspard , doyen de la faculté de théologie, Louis Bon, doyen de la faculté de médecine, et Louis de Dorne, docteur, commis et procureurs de l’université , d’autre part.

Les articles de ce concordat se trouvent reproduits presque en entier dans les statuts qui furent rédigés alors et acceptés par le corps universitaire ; ces statuts ont été insérés dans le Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, tom. I“, pag. 912. Nous regrettons de ne pouvoir les reproduire ici, à cause de leur étendue, car ils feraient connaître à nos lecteurs comment l’université de Valence était constituée à cette époque ; mais nous donnerons un extrait de ces précieux documents parmi les pièces justificatives.

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