CHAPITRE XXXVIII
Projet d'établissement d’un séminaire diocésain à Valence. — L'université en 1814. — Lettre de H. de Fontanes à Mgr Bécherel. — Mesures relatives au petit séminaire. — Nouvelles instances de l’évêque. — Opposition du grand-maître de l’université. — Rapport officieux. — Regrets et mort de Mgr Bécherel. — M. Devie et M. Fière. — Établissement provisoire du séminaire diocésain à Romans. — Écoles de Valence, pensionnats. — Mgr de La Tourrette. — Construction d'un grand séminaire à Valence. — 1830. — Affectation du grand séminaire au casernement de l’artillerie.
Nous venons d’exposer la situation de l’enseignement public à Valence sous le régime universitaire inauguré en 1809 et surtout en 1811. Nous n’insisterons pas davantage sur cette triste période de luttes et d’asservissement; nous nous contenterons de rappeler ici le jugement qu’en a porté un honorable écrivain, dont le zèle pour l’université n’est l’objet d’aucun doute : « Nous n’avons jamais été partisan de ce despotisme impérial , dit M. Rendu. Nous sommes bien éloigné de chercher en aucune manière à le justifier. Il était injurieux et blessant. Odieux au clergé, qu’il dépouillait, à l’université, qu’il prétendait servir, il dut passer vite, comme passe heureusement tout ce qui est violent et injuste (I). »
(I) Dans son livre de r/iislriicfion secondaire.
Mgr Bécherel avait enfin vu se réaliser l’un des vœux les plus chers à sa sollicitude , l'établissement de son petit séminaire à Valence ; mais il n’en désirait pas avec moins d’ardeur de pouvoir réunir autour de lui les jeunes ecclésiastiques du diocèse, qu’il était contraint d'envoyer à Viviers pour s’y préparer aux saints ordres, et bientôt il fit de nouvelles instances auprès du gouvernement pour en obtenir la cession d’un local dans lequel il pût organiser, son grand séminaire. Un décret du 2 juin 1813 mit, dans ce but, à sa disposition une partie de l’ancien couvent des Cordeliers; mais cet édifice , abandonné depuis la révolution , était dans un état de délabrement qui le rendait inhabitable, et d’ailleurs les formalités à remplir pour que l’évêque pût en disposer furent en si grand nombre, que plusieurs mois s’écoulèrent avant même que les clefs fussent remises entre ses mains.
Survinrent bientôt les grandes catastrophes qui renversèrent le gouvernement impérial , et que nous n’avons point à raconter en ce lieu. Nous dirons toutefois que les événements de 1814 ébranlèrent l’université jusque dans ses fondements. Les pères de famille crurent alors voir surgir une ère de liberté pour l'exercice du plus précieux de leurs droits, et s’évanouir enfin les entraves opposées à l’accomplissement de leurs vœux pour la libre éducation de leurs enfants. Les évêques surtout conçurent l’espoir d’un avenir meilleur pour les écoles ecclésiastiques , et celui de Valence n’attendit pas longtemps pour demander au roi Fautorisation de donner des professeurs particuliers aux élèves de son petit séminaire. Mais les uns et les autres avaient trop bien auguré du bon vouloir de la Restauration. Instrument des volontés absolues de l’empereur, l’univer-
sité, après avoir un instant courbé la tète, la releva pleine de confiance, lorsque Louis XVIII eut déclaré qu’elle serait provisoirement maintenue. Sa grande habileté fut alors de persuader aux hommes d'état qui présidaient aux nouvelles destinées de la Fiance qu’elle serait à leur service un puissant moyen de gouvernement; la grande faute de la restauration fut d’y croire ; et bientôt le monopole de l’instruction publique retomba aux mains de l’université. Le 26 mai 1814, M. de Fontanes écrivait à l’évêque de Valence :
« Monseigneur, j’ai reçu la lettre que vous m'avez adressée le 27 avril dernier, pour m’exprimer le désir de ne plus faire suivre les cours du collège par les élèves de l’école secondaire ecclésiastique. Je regrette de ne pouvoir répondre favorablement à ce vœu ; mais la législation universitaire n’a subi jusqu’à présent aucun changement. Tous les règlements sont en vigueur, et vous concevrez facilement que la moindre innovation aurait des conséquences fâcheuses , si l’on n’attendait pas que l’autorité suprême eût prononcé. Il est donc nécessaire de suivre la règle établie, et d'observer ponctuellement toutes les obligations qu’imposent les décrets. Les sentiments de l’université doivent d’ailleurs vous être connus. Elle désire que la religion et l'instruction ne soient point séparées dans les écoles. Il est digne de vous de seconder ses efforts, dont le succès ne peut être douteux sous le gouvernement qui nous est rendu. »
Quelques jours après, le directeur du petit séminaire reçut à son tour de M. Pal, recteur de l’académie de Grenoble , la lettre suivante dont le fond et la forme sont égament remarquables :
« J’ai été fort surpri (sic) d'apprendre que depuis quelque temps vous n'envoyé (sic) plus vos élèves au collège. Mon ettonnement (sic) a été d'autant plus grand que déjà j'avais été instruit par Son Excellence le grand-maître que Mgr votre évôque lui avait adressé une demande à l’effet d'obtenir pour les élèves de votre école la dispence (sic) de suivre les cours du collège, et qu’il avait été répondu à ce prélat que rien n’était changé dans les lois et règlements de l’université et qu’ils devaient continuer à être exécutés.
» La demande de Mgr l'évôque de Valence a provoqué les ordres formels que j’ai reçu (sic) de tenir la main à ce que dans mon académie tous les chefs d'établissement sans exception se conforment aux obligations qui leur sont imposées , et d’employer à ce sujet, s'il est nécessaire, les moyens de contrainte qui sont prescrits par les lois. Je vous invite donc à faire suivre sans aucun retard par vos élèves les cours du collège de Valence, à m’envoyer l’état de vos élèves, et à m’adresser le montant de la rétribution universitaire pour le deuxième trimestre du présent exercice. Si vous n’avez point d’occasions sûres pour cela, vous pourrez vous servir de la voie de la diligence. »
La lettre qu’on vient de lire fut communiquée à Mgr Bécherel, qui dut se résigner à voir son petit séminaire subir momentanément cette tutelle odieuse ; mais dès lors aussi il redoubla d’instances auprès du ministre pour obtenir en faveur de son grand séminaire le local affecté aux exercices du collège. On se souvient que, depuis cette époque, l’évêque de Valence n’avait cessé de protester contre la destination de cet immeuble, et que tous ses efforts avaient échoué contre l'omnipotence de l’université; mais, vers la fin de 1814, celle-ci, quoique provisoirement maintenue, était
devenue pourtant un peu moins impérieuse , et Mgr Bécliercl profita de ces conjonctures pour assurer l'issue d’une négociation qu’il poursuivait depuis si longtemps. Il écrivit donc le 10 août au ministre de l’intérieur et lui demanda la restitution de l’ancien séminaire de Valence; attendu que la partie du couvent des Cordeliers qu’un décret impérial avait mise à sa disposition était impropre à un établissement de cette nature. Le 1" septembre , M. Jourdan, conseiller d’état , administrateur général des cultes, lui répondit que , s’étant fait rendre compte de ce qui avait eu lieu précédemment , il avait remarqué qu’il serait possible d’arriver au but désiré, au moyen de l’abandon qui serait fait à la ville du couvent des Cordeliers pour le collège, qu’il avait écrit dans ce sens au préfet de la Drôme, en l’invitant à s’entendre avec le maire de Valence pour procurer sans retard au ministre les renseignements nécessaires, afin que la décision de cette affaire pût être soumise au roi.
M. Descorches, préfet de la Drôme, informé de ces dispositions, en témoigna à l’évêque une vive satisfaction (1), et, quelques jours après , le maire, ayant convoqué son conseil municipal, lui soumit l’examen de cette affaire. Divers pourparlers eurent aussi lieu entre M. le préfet, M. le maire , M. Devie , vicaire général , et M. Boveron Desplaces , président du tribunal, membre du bureau d’administration du collège. Les suffrages semblaient se réunir en faveur de Mgr Bécherel , et l’affaire s'acheminer vers une heureuse solution , lorsque de sourdes et déloyales menées la firent échouer de nouveau complètement.
(1) Lettre du préfet de la Drôme à l’évéque de Valence, en date du 7 septembre 1814.
Le 14 décembre, en effet, le préfet de la Drôme reçut de M. de Fontanes la lettre suivante qui étonnera nos lecteurs :
« Paris, le 14 décembre 1814.
» Monsieur le préfet.
» J'ai reçu, avec la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 1 4 novembre dernier, toutes les pièces relatives à la réclamation laite par Mgr l’évêque de Valence des bâtiments occupés par le collège de cette ville pour y placer son séminaire diocésain.
» Les droits de la ville de Valence sur la propriété de son collège sont aussi légitimes qu’inattaquables, ils sont fondés sur une possession de plusieurs siècles , et sur les actes de l’autorité publique.
» L’université qui connaît tous ces droits et les siens, auxquels la prétention de Mgr l’évêque porte également atteinte, proteste contre l’entreprise de ce prélat. J’écris en même temps à M. le ministre de l’intérieur pour lui représenter la violation des droits de l’université et de ceux de la ville dans celte circonstance, et l’inviter à donner des ordres pour qu’ils soient tous maintenus et respectés.
» J’adresse toutes les pièces qui concernent cette affaire à M. le recteur dé l'académie de Grenoble ; je lui enjoins d’envoyer sur-le-champ un inspecteur à Valence ou d’y aller lui-même , pour conférer avec les autorités compétentes et soutenir les intérêts du collège.
» Agréez....
» Fontanes. »
Le ton âpre et hautain de cette lettre n’est pas ce qui étonne le plus , il était alors dans les habitudes de l’université ; mais ce que l’on ne conçoit guère , ce sont les titres qu’elle invoque en faveur des droits de la ville de Valence sur la propriété de son collège, droits qui, selon le grandmaître de l’université, étaient fondés sur une possession de plusieurs siècles. Or, il est de notoriété publique, et le fait est consigné dans des documents irrécusables, que le local occupé par le collège n’avait été affecté à cette institution qu’en 1803. Les missionnaires du Saint-Sacrement l’avaient construit de leurs deniers en 1784 et l'avaient habité avec leurs élèves jusqu’en 1792. Cet immeuble n’avait pas été aliéné , et le vœu de ses anciens propriétaires , dispersés par la Terreur, était qu’il lût rendu à sa première destination. Le collège ne jouissait donc de ce local que depuis onze ans, et c’est une possession de date si récente que le grand-maitre appelle une possession de plusieurs siècles ! Que n’invoquait-il plutôt en faveur de l’université le droit du plus fort, ou à tout le moins celui du fait accompli.
Évidemment M. de Fontanes avait été induit en erreur. Nous avons voulu remonter à la source des renseignements qu’il avait reçus et qui motivèrent la lettre qu’on vient de lire. Après bien des recherches, nous avons découvert la minute d’un rapport rédigé par une main officieuse et dans laquelle sont analysés les actes de la municipalité de Valence relatifs aux divers établissementrs désignés dans la ville sous le nom de collèges depuis 1581 jusqu’à l’époque de la révolution. Ces actes rappellent la fondation ou la dotation du collège des Arts, du collège Montluc, du collège des Jésuites, du collège Morel, du collège des Prêtres de la Mission , et sont présentés dans le rapport comme résu-
mant les annales du collège de Valence. Or, toutes ces institutions créées à diverses époques , établies sur divers points de la ville, n'avaient rien de commun avec le collège fondé en 1803. Celui-ci ne fut pas même fixé dans le local qu’occupait l’ancien collège des Prêtres de la Mission; on ne pouvait donc à aucun titre rattacher son existence à celle des établissements antérieurs , pour imaginer en sa faveur une possession de plusieurs siècles. Ce système de défense était ingénieux sans doute, et il devait assurer gain de cause à l’université , mais il reposait évidemment sur des données historiques propres à tromper la religion du ministre ; et ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’il ait prévalu sur les justes réclamations de Mgr Béchercl.
Quoi qu’il en soit, l’évêque dut ajourner à des temps plus heureux l’établissement de son séminaire diocésain. Mais déjà très-avancé en âge et fatigué d’ailleurs de tant d'efforts inutiles, il ne s’occupa guère plus de cette affaire, et bientôt il emporta dans la tombe un vœu dont la réalisation avait été l’objet de sa sollicitude durant tout le cours de son épiscopat. Mgr Bécherel mourut le 26 juin de l’année 1815, et quatre vicaires généraux capitulaires furent chargés de gouverner le diocèse durant une vacance qui se prolongea jusqu’à la fin de l’année 1819. M. Devie, l’âme de • cette administration, se distinguait dès lors par une aptitude aux affaires, par des talents et des vertus qui le firent bientôt juger digne d’être élevé à l’épiscopat. Secondé par M. Fière, chanoine de la cathédrale, dont l’ardeur, le dévoûment pour toutes sortes de bonnes œuvres ont laissé parmi nous d’impérissables souvenirs, il résolut de pourvoir sans délai à l’établissement d’un grand séminaire. Il commença d’abord par réitérer auprès du ministère des
cultes la demande si souvent faite et si souvent rejetée des bâtiments de l'ancien séminaire diocésain. Il réussit à intéresser en faveur de cette négociation plusieurs personnages influents à la cour, lesquels sollicitèrent auprès du ministre le décret qui devait enfin rendre ce local à sa première destination. Le général comte de Maccarthy, aide-de-camp du prince de Gondé , fut un de ceux qui témoignèrent le plus de zèle pour le succès de cette affaire; il écrivit plusieurs fois à l’administration des cultes; mais, comme on l’avait prévu , tous scs efforts échouèrent devant l’opposition de l’université qui recourut à mille expédients pour paralyser le bon vouloir du ministère (1).
Désespérant de pouvoir triompher de cette opposition et convaincu d'ailleurs que le couvent des Cordeliers était impropre à l’organisation d’un séminaire, M. Devie forma le dessein de l’établir provisoirement à Romans. Il y avait alors dans cette ville un ancien couvent de Récollets, que quelques Chartreux, expulsés de Bouvantes, avaient acheté en 1795 et qu’ils avaient donné à l’hospice de Romans par acte reçu M* Savoie, notaire, le 16 juin 1813, à la charge d’y établir une école chrétienne. Ces religieux s’étant retirés à la Grande-Chartreuse de Grenoble le l' r juillet 1816, l’administration de l’hospice, devenue propriétaire du couvent et de ses dépendances, résolut de le mettre en location, et l’offrit aux vicaires généraux de Valence pour l’établissement d’un séminaire diocésain. M. Devie et M. Fière furent chargés de cette négociation, et après de nombreuses conférences avec les administrateurs de l’hos-
(1) Lettre de M. Féry, secrétaire général de l’administration des cultes à M. ne Maccarthy, en date du 19 avril 1816.
pice, ils passèrent avec eux, le 15 mars 1817, un bail à loyer au prix annuel de cinq cents francs.
Quelques jours après, tous les jeunes élèves du diocèse , qui jusqu’alors avaient suivi les cours théologiques du séminaire de Viviers, furent convoqués à Romans dans le modeste asile transformé pour eux en séminaire provisoire , et l’administration leur donna pour directeur M. l’abbé Feugier.
Vers l’époque dont nous parlons, la ville de Valence avait déjà vu se réorganiser dans ses murs la plupart des autres établissements d’instruction publique dont la révolution l’avait dépouillée. D’une part , l’école des Frères rétablie, comme on le sait, en 1807, prospérait de jour en jour. De l’autre , madame Planta et madame Bosc , anciennes religieuses de Notre-Dame, avaient ouvert pour les jeunes fdles deux pensionnats qui devinrent bientôt florissants. Le souvenir des vénérables fondatrices de ces deux institutions vit encore dans les familles chrétiennes de Valence. Le pensionnat de madame Bosc est dirigé aujourd’hui par mademoiselle Pochon , et celui de madame Planta, confié en 1822 à mademoiselle Second qui l’a élevé au premier rang parmi les établissements de ce genre , est sous la direction de mademoiselle Perrotte.
Durant le cours de la môme année 1815, M. Devie rétablit aussi à Valence le pensionnat des Sœurs de la Visitation. Ne pouvant recouvrer leur ancien monastère qu’un décret impérial du 15 août 1806 avait cédé à la commune pour un hôtel-de-ville, il leur acheta le couvent des Minimes qu’elles occupent encore de nos jours. L’église de ce couvent avait été, pendant la révolution, convertie en salle
de spectacle; les sœurs 11 e purent l'acheter qu'cn 1818, grâce aux sollicitations de leurs nombreux amis et à la protection d’une illustie princesse.
Enfin, M. Devie, secondé par M. Descorches, préfet de la Drôme , procura à Valence l’établissement des sœurs institutrices de la Nativité de N'otre-Seigneur. Leur pensionnat et leur école gratuite s’ouvrirent en 1815 dans la maison Gilibert , vis-à-vis le tribunal , d’où ils furent transférés en 1819 dans l'hôtel de Bressac, et en 1835 au faubourg Saunière.
Cependant le zèle de M. Devie et de M. Fière n’était pas encore satisfait. Ils avaient ouvert dans la ville de Romans un asile aux jeunes ecclésiastiques du diocèse ; mais cette mesure n’était que provisoire , et l’administration s’occupait toujours avec ardeur de l’établissement d’un séminaire diocésain dans la ville de Valence. Ne pouvant, à défaut de ressources, relever les ruines des Cordeliers qu’un décret impérial avait affectées à cette destination, M. Devie résolut d’acheter la maison Sandoz, occupée de nos jours par les religieuses de Sainte-Claire ; le contrat de vente au prix de quarante mille francs était même sur le point d'ètre signé de part et d’autre , lorsque de secrètes intrigues firent encore échouer ce projet.
Mgr de La Tourrette , qui avait pris possession du siège épiscopal de Valence vers la fin de l'année 1819, conçut alors le dessein de mettre un terme à tant de déceptions, en priant Louis XVIII de faire construire luimème, au frais de l'État, un séminaire diocésain sur les ruines des Cordeliers. M. Fière , député à Paris pour appuyer celte demande, parvint à la faire agréer à la
cour; line ordonnance conforme fut rendue, et en exécution d'une décision du ministre de l’intérieur du 27 juin 1822, le préfet de la Drôme adjugea la construction du séminaire au prix de deux cent trente-trois mille cinq cent quarante-six francs. Cette adjudication se fit le 24 janvier 1823, et la pose solennelle de la première pierre eut lieu le l ,r juin 1824.
M. du Bouchage, alors préfet de la Drôme, seconda puissamment les vœux de Mgr de La Tourrette et les mesures qu’il prit pour hâter la prompte exécution de cette grande entreprise. Les travaux s’avancèrent avec lenteur, il est vrai, mais sans notable interruption, et ils touchaient à leur terme , lorsque éclata tout-à-coup la révolution de 1830.
Quelques mois après, l’évèque de Valence reçut du ministre des cultes la lettre que voici :
« Paris, 8 février 1831 .
» Monseigneur,
» Une demande a été formée par le conseil municipal de Valence à l’effet d'obtenir que les bâtiments dont la construction a été commencée sur l’emplacement de l’ancien couvent des Cordeliers pour l’établissement du séminaire diocésain, soient remis à la ville pour être affectés au casernement.
» Cette demande, qui m'a été communiquée par M. le ministre de l’intérieur, m’a paru fondée sur des motifs assez graves pour exiger un examen approfondi. Le gouvernement, en effet, sans perdre de vue la protection qu'il doit aux établissements ecclésiastiques , ne peut méconnaître de quelle importance il est d’assurer le caserne-
ment , principalement sur la frontière. Son devoir d'ailleurs est d’apprécier dans tous les cas les besoins des divers services publics qui peuvent se trouver en contact ou en litige, et de pourvoir à ceux qui lui sont démontrés être le plus en souffrance.
» Pour faire cet examen avec fruit dans l’affaire présente, il aura besoin de renseignements nouveaux et détaillés : M. le préfet est invité à les faire établir. Je vous engage à lui transmettre les observations qui pourraient lui être nécessaires....
» Agréez...
» Le ministre de l'instruction publique » et des cultes,
* Barthe. »
Cette lettre, il est aisé de le concevoir, affligea profondément l’évèque de Valence. En vain s’ein pressa-t-il d’adresser au ministère d’énergiques protestations; le ministère n’v eut aucun égard, et le 23 août 1831 parut une ordonnance de Louis-Philippe qui affectait le séminaire au casernement de l’artillerie, avec celte clause toutefois que, si le diocèse entreprenait la construction d’un nouvel édifice , la ville serait tenue d’y contribuer pour une somme de quarante mille francs.
Cet acte de violence n’a pas encore été réparé. Le serat-il un jour? Nous l’espérons.