L’UROLOGIE EN GRECE ET A ROME
Les traumatismes accidentels de la vessie sont assurément fort graves et c’est ceux-là que désignait Hippocrate. Mais les chirurgiens, jusqu’au XVIII® siècle, ont compris dans l’interdiction les traumatismes chirurgicaux et ont ainsi retardé les progrès de la taille.
Hippocrate reconnaît quatre maladies des reins.
« Première maladie des reins : une douleur aiguë est ressentie au rein, aux lombes, au flanc, au testicule du côté malade ; le patient urine souvent ; peu à peu l’urine se supprime. Avec l’urine sort du sable ; quand ce sable traverse l’urètre, il cause une vive douleur qui se passe quand il est expulsé ; puis les mêmes souffrances recommencent. De plus, quand il urine, il frotte sa verge à cause de la douleur.
« Ce n’est pas la vessie, mais le rein qui est graveleux. Cette maladie provient du phlegme ; quand le rein attirant cette humeur ne la rejette pas ensuite, elle s’y soUdifie et forme de petites pierres. Les choses étant ainsi, on étuvera tout le corps, après quoi on donnera du suc de scammonée.
« Quand la douleur presse, on fait des applications chaudes là où la souffrance est la plus forte. Quand il s’est formé gonflement et soulèvement, vous ferez à ce moment une incision sm’ le rein et, évacuant le pus, vous traiterez la gravelle par les diurétiques.
« Deuxième maladie des reins. — Les douleurs se font sentir avec une grande violence ; cette maladie vient de fatigues quand, les veines qui se rendent au rein se déchirant, le rein s’emplit de sang. Dans cet état, le patient rend, avec l’iuâne, du sang au début de la maladie, puis avec le temps du pus. S’il garde le repos, il guérira très promptement ; mais s’il fait quelque effort, les douleurs deviennent beaucoup plus vives. Quand le rein s’est rempli de pus, formant un gonflement près du rachis, inciser profondément dans le rein. Si l’incision réussit, le malade guérit sur-lechamp ; si on échoue, on peut craindre que la plaie ne se ferme pas. Si les bords de la plaie se recollent, la cavité du rein se remplit de pus en dedans ; si le pus se fait jour en dedans et passe dans le rectum, il y a chance de salut ; mais s’il va rejoindre l’autre rein, la mort est à craindre. Employer les évacuants, les mêmes moyens et le même régime que dans le cas précédent. Cette maladie se termine souvent par une phtisie rénale.
« Troisième maladie des reins. — L’urine rendue est comme du jus de bœuf rôti. La maladie vient de la bile noire, quand la bile afflue dans les veines qui se rendent au rein ; s’y arrêtant, elle ulcère les veines et le rein ; c’est donc l’ulcération qui fait qu’une telle humeur est rendue avec l’m’ine. Les douleurs se font sentir aux lombes, à la vessie, au périnée et au rein même, pendant peu de temps ; puis la souffrance cesse, pour reprendre bientôt avec acuité.
« Traitement : évacuer le ventre avec l’épithymum ou la scammonée ; applications chaudes sur la partie douloureuse. Eégime : farine cuite avec du miel et régime relâchant ; petit-lait et lait, vin blanc miellé.
« Quatrième maladie des reins. — Elle vient de la bile et du phlegme, pendant l’été surtout ; elle vient aussi par excès de coït ; des douleurs se font sentir aux flancs, aux lombes ; le malade ne supporte pas le décubitus siu’ le côté sain, qui augmente la souffrance à l’excès, et lui donne la sensation d’un organe qui, suspendu au flanc, se déchirerait. Mais s’il se couche sur le
LA MÉDECINE GHECQUE APRÈS HIPPOCUATE
ventre, il ne souffre pas. Les pieds et les jambes sont toujours froids. L’urine brûlante et épaisse est rendue avec peine et dépose un sédiment épais semblable à de la farine ou rougeâtre si c’est de la bile qui domine ; si c’est la pituite, il sera blanc et épais. Cette maladie dure environ un an, une suppuration peut se former ; dans ce cas on incise jusqu’au rein et on évacue le pus. »
La première maladie répond assez bien à des accidents lithiasiques,, à des coliques néphrétiques, avec ou sans calculs vésicaux. L’interprétation de la seconde, plus difficile, conduit à l’idée d’accidents suppuratifs ; l’hématurie initiale et la terminaison font penser à la tuberculose, et l’influence du repos à une pyonéphrose avec distension. Dans la troisième espèce, les symptômes décrits sont une hématurie abondante (jus de bœuf rôti) et des douleurs lombaires et irradiées ; peut-être est-ce le cancer du rein.
La description de la quatrième espèce est plus vague ; l’influence de la position agit comme dans une hydro ou une pyonéphrose, mais les urines à la fois rouges et purulentes ne sont-elles pas celles de la tuberculose ou de la lithiase infectée avec accidents vésicaux ?
A trois reprises il est fait appel à l’intervention chirurgicale et l’on se <lemande si Hippocrate pratiquait la néphrotomie. « Si l’on aperçoit une tumeur ou une élévation à la région rénale, pratiquez une incision », dit-il, mais il ajoute : « débarrassez l’organe des graviers par des diiu'étiques ». Ce qui semble indiquer qu’il ne retire pas les calculs; tsu-vs-v xa^a tov vscppov, voudiait dire « incisez jusqu’au rein et non pas le rein » et de même plus loin : « quand il y a du pus dans le rein, faites une incision à la partie tuméfiée et coupez profondément jusqu’au rein». Ici encore il n’est question que de la loge périrénale et d’aillem-s, la tuméfaction lombaire qui est pour lui l’indication de l’intervention ne se produit que dans les cas de périnéphrite suppurée. Mais pour la deuxième espèce, il recommande d’inciser profondément « dans le rein », et il reconnaît la possibilité d’une fistule quand il dit : « si l’on échoue, on peut craindre que la plaie ne se ferme pas ».
Quoi qu’il en soit de l’importance de l’intervention, on voit que l’indication de donner jour au pus intra ou périrénal est des plus nettes et fait honneur à la hardiesse et au sens chnique du gi-and vieillard de Cos.
Enfin, il connaissait la néphrite au sujet de laquelle il s’exj3rime ainsi :
« Les hydropisies sm'venant aux maladies aiguës sont toutes mauvaises car elles ne déhvrent pas de la fièvre, font accroître les douleurs et conduisent a la mort. Certaines proviennent des flancs et des lombes, d’autres du foie. Dans la première, les pieds demeurent enflés ; il s’y joint des diarrées obstinées qui ne diminuent pas les douleurs des flancs ni des lombes et ne vident pas l’abdomen. »