‹ Histoire de l'urologieChapitre 18 sur 76 · L’UUOLOGIE EN GRÈCE ET A RO.ME · texte numérisé non relu

L’UUOLOGIE EN GRÈCE ET A RO.ME

se former à iUexandrie une nouvelle école, d’origine et de conception grecques, qui allait à son tour acquérir autorité et renommée.

Nous devons cependant mettre hors de pair Aristote qui naquit en 384, au moment où Hippocrate allait disparaître ; il aurait écrit sur la médecine deux livres qui ont disparu. Il est peu probable que ces ouvrages aient eu une grande valeur, car ils n’ont guère laissé de trace, alors qu’en matière philosophique et scientifique l’autorité d’Aristote s’est imposée à ses contemporains et a subjugué les générations suivantes jusqu’au moyen âge.

Il n’a jamais disséqué d’hommes ; toutefois ses études anatomiques dénotent un progrès remarquable sur les descriptions d’Hippocrate; nous reproduisons ici celle que donne Aristote de l’appareil urinaire :

« Les reins, rarement uniques, sont placés auprès de l’épine du dos, et ressemblent à ceux du bœuf, car ils paraissent composés de plusieurs petits reins et n’ont pas une surface égale. Le rein droit est toujom's plus élevé que le gauche ; il est aussi plus sec et moins gras : ces observations s’appliquent à tous les animaux qui ont des reins. Les reins du phoque sont les plus compacts, quoique semblables d’ailleurs à ceux dubœuf; on ne trouve point en leur milieu cette cavité qui est dans tous les autres, et dont la grandeur seule varie. Des rameaux de la veine cave et de l’aorte se portent aux reins, mais ils s’absorbent dans leur substance et ne pénètrent point jusqu’à leur cavité : la preuve en est qu’on n’y trouve point de sang, ni d’autre liqueur susceptible de coagulation. Cette cavité est petite dans l’homme, et elle donne naissance à deux conduits assez gros qui se rendent à la vessie ; d’autres conduits forts et serrés, qui naissent de l’aorte, viennent les joindre. Il sort encore du milieu de chaque rein une veine qui a beaucoup de capacité, et dont les parois sont nerveuses : ces veines, après avoir traversé un passage étroit le long de l’épine du dos, disparaissent de chaque côté dans la hanche, reparaissent ensuite le long de cette même partie, et s’ouvrent enfin dans la vessie, qui est le dernier des organes contenus dans le bas -ventre. La vessie est attachée aux conduits qui viennent des reins, et qui aboutissent vers le canal qui va joindre l’iu’ètre. La vessie, presque dans toute sa circonférence, est enveloppée de membranes minces et fibreuses. » (Aristote, Hist. des animaux, p. 47, § 23.)

D’après Aristote aucun autre animal que l’homme ne devient calculeux ; la pierre se forme primitivement dans la vessie et a pour cause les humeurs qui descendent du rein.

Les deux fondatem’S de l’école d’Alexandrie, Erasistrate (307) etHérophile, né à Carthage en 304, relèvent d’Hippocrate mais ils cherchent à s’approprier ses doctrines, à se proclamer chefs d’école. Erasistrate, esprit positif, ennemi des sophistes, représente l’école de Cnide, tandis qu’Hérophile émane plutôt de Cos par son maître Praxagore. Ils créent chacun une secte à leur profit. Si leur contribution à la pathologie fut médiocre, il n’en est pas de même de leur science anatomique.

Hérophile disséquait des cadavres humains et fut même accusé, sans preuves, d’avoir ouvert des hommes vivants. Ses descriptions ont un caractère de vérité qui lui est particulier; plus tard, Galien, qui n’a disséqué que des animaux, sera frappé des différences qu’il constate et reprochera à Héroiîhile son inexactitude.

LA MEDFXINE ROMAINE

Héropliile découvrit des organes importants et donna le premier une description de la prostate ; tout au moins lui a-t-il donné le nom qu’elle porte et l’a-t-il isolée comme organe distinct.

Enfin, Erasistate bâtit un système physiologique rudimentaire, opposa le sang, qui est une nourriture, à l’mine, à la bile et au phlegme qui sont des excréments. Il distingua les artères des veines et des nerfs ; ayant trouvé les artères vides de sang à l’autopsie, il en conclut qu’elles contiennent de l’air, conception acceptée universellement et qui retarda si longtemps la découverte de la circulation du sang. Il reconnut que l’urine filtre des reins, mais sans trouver l’explication de ce phénomène. De ces deux auteurs nous rapprocherons Lycus ; Galien, qui le cite, lui reproche d’avoir avancé que le sang vient aux reins pour les nourrir et que l’urine est i)roduite par ce qu’il y a de superflu dans le sang.

Si la physiologie et l’anatomie ont fait quelques progrès pendant cette période, il est difficile de saisir une notion nouvelle sur la pathologie urinafie Toutefois l’ostracisme dont Hippocrate avait frappé la taille n’empêchait pas cette opération d’être pratiquée. Deux siècles après lui, Ammonius, «l’Alexandrie, la perfectionna en coupant ou rompant le calcul pour en faciliter la sortie. Après avoir ouvert le périnée et le col vésical et être parvenu au contact du calcul, il le contournait avec un crochet pom* l’empêcher de rentrer dans la vessie, puis il le sectionnait ou le faisait éclater en frappant sur lui avec un instrument mince et émoussé à sa pointe ; il recommandait d’éviter la blessure des parties voisines par les éclats de pierre.

^Ammonius fut surnommé le lithotome, d’où le nom qui est resté à l’opération de la taille ; l’étymologie de ce mot est correcte, on le voit, mais elle a dévié de son sens primitif. Ammonius était-il un de ces nomades auxquels la taille était abandonnée ? Les noms de ces opérateurs ambulants ne nous ont guère été transmis et, comme Ammonius est souvent cité, comme la date de sa naissance (276 av. J.-C.) est connue, il est probable qu’il jouissait d’une certaine considération.

A partir de la conquête de la Grèce, c’est à Rome qu’il faut aller chercher les documents médieaux, car, bien que la plupart des médecins fussent originaires de la Grèce ou de l’Orient, c’est dans la capitale du monde que les plus instruits d’entre eux venaient se fixer et exercer.

I). — LA MÉDECINE ROMAINE

La civilisation de l’Italie est restée longtemps en arrière de celle de la Grèce qui, a-t-on coutume de dire, lui donna ses premières notions médicales. Mais des pratiques de médecine théurgique se retrouvent chez elle à une époque très reculée. Après les épidémies qui dévastèrent Rome en 450, un temple fut élevé à Apollon ; on vit en 293 un autre sanctuaire dans l’île de Tibre, à la place où arriva à la nage le serpent d’Apollon que les prêtres étaient allés chercher à Epidaure, et d’innombrables ex-voto médicaux y ont été exhumés. M. Briau a prouvé qu’il existait concurremment une médecine laïque et une médecine scientifique, chez les Etrusques en parti-

L’UnOLOGIE EN GRECE ET A ROME

culier et que les Aruspices, chargés d’inspecter les entrailles des victimes, avaient étudié l’histoire naturelle et l’anatomie.

A ces connaissances déjà répandues dans le Latium s’étaient ajoutées celles qui furent importées dans la Grande Grèce, quand, en 219 avant J.-C., Archagatus, du Péloponèse, vint s’établir à Eome. Il dut à ses cures retentissantes une grande fortune ; il pratiqua la chirurgie, mais si cruellement qu’il souleva une indignation universelle, mérita le nom de boucher et dut quitter Eome.

Pendant deux siècles une sorte de réprobation s’attacha aux médecins dont on rencontre un témoignage dans les invectives incessantes de Caton, ce qui prouve tout au moins qu’ils n’avaient pas cessé d’exercer. En l’an 90 Asclépiade quitta la coin.' de Mithridate pour se rendre à Eome, après avoir passé par Alexandrie. Il s’efforça de dissiper par sa douceur la mauvaise impression laissée par Archagatus, devint le familier de Cicéron et de Crassus. Il ne pratiqua jamais la chirurgie, et il bannit les médicaments ; le premier il établit de bonnes règles d’hygiène dont certaines pratiques modernes sont un lointain reflet : ainsi la vie variée, les promenades, l’eau froide. Pour lui la stagnation est la cause des maladies : il faut les combattre « tuto, cito et jucunde » ; formule si souvent reproduite. Des fragments de ses écrits, transcrits par Aétius, ne font pas mention de l’appareil m’inaire. Toutefois Galien le plaisante parce qu’il pensait que l’iu’ine passe directement des intestins dans la vessie et il le renvoie aux cuisiniers et aux bouchers.

Il semble avoir inspiré à Thémison, qui les développa, les principes du méthodisme basé sur l’opposition du striatum, qui se reconnaît à la suppression des sécrétions, et du laxum qui produit des phénomènes contraires. Cette théorie nous conduit à Celse; celui-ci en a fait, en même temps qu’un lumineux exposé, une judicieuse critique qui nous ramène à l’iu’ologie.

On n’a pas de notion exacte siu’ la vie de Celse. Il naquit vraisemblablement dans la première année de notre ère, à Eome ou à Vérone, et vécut dans la période qui s’étend d’Auguste à jSTéron, peut-être jusqu’au règne de Trajan; il mena une opulente existence. Eien ne prouve qu’il ait exercé lui-même la médecine et on a voulu voir dans son admirable ouvrage, de Re medica, non pas un traité spécial mais une partie d’ime vaste encyclopédie. Il est peu j)robable qu’un simple compilateur ait porté des jugements aussi sainement conçus sans avoir apphqué un art qu’il connaissait si bien.

Son livre, écrit dans un style d’une correction et d’une pureté telles qu’il lui a mérité le nom de Cicéron médecin, nous fournit des documents d’autant plus x>récieux qu’il semble n’en exister aucun sur l’urologie entre Hippocrate et lui.

Sans doute on ne i)eut lui attribuer la paternité de tout ce qui a été publié sous son nom ; mais il a eu le grand mérite de faii’e revivre Hippocrate dont les œuvres étaient délaissées, tout au moins en Italie, car la médecine s’était abaissée au point de mériter les attaques de Caton. Aussi doit-on s’étonner que Celse ait exercé une aussi médiocre influence siu’ ses contemporains et ses successeurs. Longtemps il fut oublié, car ses œuvres ne furent retrouvées qu’au milieu du xv® siècle.

Tous les auteurs ont rei>roduit sa technique de la taille. Peut-être aussi

LA MÉDECINE ROMAINE

l’opération qu’il a décrite était-elle couramment pratiquée et l’avait-il lui-même prise à d’autres, mais sa description atteint une telle perfection qu’elle surpasse en précision les ouvrages ultériem'S les mieux écrits et les plus célèbres. Iifous en donnons ici une traduction complète car son imiîortance est capitale dans l’histoire de la taille ; la méthode de Celse a été employée presque sans modifications jusqu’à la fin du xviii® siècle.

« De Vopération de la taille. — Le médecin, dont les ongles am-ont été soigneusement coupés, après avoir trempé l’index et le médius de la main gauche dans l’huile, les introduira doucement dans l’anus l’un après l’autre ; il appuiera les doigts de sa main droite sur le bas-ventre, mais doucement, afin d’éviter de blesser la vessie en appuyant trop fort sur la pierre. Il ne faut pas se hâter, mais agir avec sûreté ; car si on lèse la vessie, la distension des nerfs met en danger la vie du malade. On cherchera la pierre aux environs de l’orifice vésical et si on l’a trouvée, il sera facile de l’extraire. Aussi ne doit-on opérer que dans le cas où l’on est certain de l’existence de la pierre. Si elle n’était pas au col ou si elle était placée plus en arrière, il faudi'ait porter les doigts plus profondément dans l’anus, vers le fond de la vessie tout en continuant d’appuyer sur le ventre de la main droite.

« Dès qu’on l’aima trouvée il faut la diriger avec d’autant plus de précautions qu’eUe est plus petite et plus légère, de crainte qu’elle ne glisse et qu’on ne soit obligé de trop fatiguer la vessie. A cet effet il faudra la pousser en avant avec les doigts de la main gauche, tandis que la main droite, posée sur le ventre au-dessus de la pierre, s’opposera à son retour en arrière, jusqu’à ce qu’elle arrive à l’orifice vésical ; si la pierre est oblongue, on l’y poussera de façon que sa sortie soit facile ; si elle est iilate, on la x>lacera transversalement ; si elle est carrée, on la placera sur deux de ses angles ; si elle est plus épaisse à une extrémité qu’à une autre, on la fera entrer par le petit bout ; si elle est ronde, il est indifférent de la mettre d’une façon ou d’une autre, à moins qu’elle ne soit plus lisse d’un côté ; dans ce cas c’est par ce côté qu’il faudrait l’introduire dans le col. La pierre une fois engagée, on fera à la peau, sm? le col de la vessie, près de l’anus, une incision en forme de croissant pénétrant jusqu’au col de la vessie, en faisant en sorte que les extrémités de la plaie soient tournées un peu vers la cuisse. Puis dans la partie la plus basse et la plus étroite de cette incision, on fera sous la peau une seconde incision, cette fois transversale, ouvrant l’orifice vésical, de manière qu’une voie donnant issue aux urines soit pratiquée et que l’ouvertm’e soit plus grande que la pierre.

« Ceux qui, craignant qu’il ne se produise en ce point une fistule, font une incision plus petite, s’exposent encore davantage à cet accident, car la pierre tirée avec force se fraie elle-même le chemin qu’on n’a pu lui faii’e assez large. Sa figm’e, les irrégularités et les inégalités de sa surface, augmentent dans ce cas les accidents ; il peut se produire une hémorragie et une distension des nerfs ; si le malade ne mem’t pas, une fistule beaucoup plus considérable s’établira grâce au déchirement de l’orifice, qui ne se serait pas produit si l’incision eût été assez grande.

« L’incision faite, on tombe sur la pierre ; si elle est petite, on la pousse <l’im côté avec les doigts introduits dans l’anus, et on l’extrait de la plaie avec les doigts de l’autre main ; si elle est grosse, on la tire avec un crochet

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construit pour cet usage, appliqué sur la partie supérieure de la pierre ; ce crochet est mince et évasé à sa partie antérieure formant un demi-cercle ; poli et uni au dehors, du côté touchant les parties incisées, il est raboteux et irrégulier du côté qui happe la pierre ; il devra être plutôt long que court ; car dans le cas où il est court on ne peut avoir une force suffisante pour tirer la pierre. Dès qu’on a introduit ce crochet, on l’inclinera à droite et à gauche pour saisir la pierre et l’enlever. On prend ces précautions afin qu’en retirant le crochet, la pierre ne puisse s’échapper à l’intérieur et que l’instrument ne puisse blesser les lèvres de l’incision, ce qui serait très dangereux. Dès qu’on est certain de tenir la pierre, il faut faire presque au même instant trois mouvements, deux latéralement et un avant, doucement, de façon que la pierre avance progressivement. S’il est difficile de la saisir par la partie supérieure, on la prendra latéralement. C’est la méthode la plus simple d’opérer.

« Beaucoup se servent d’un scalpel. Meges prétendait que cet instrument n’était pas approprié à ces cas, car si la pierre présente quelque éminence, le scalpel, incisant les chairs saillantes qui le recouvrent, ne pénétrera pas assez profondément, ce qui forcera à recommencer l’incision. Pour remédier à cet inconvénient il a inventé im instrument de fer, droit, la partie supérieure épaisse, l’inférieure demi-circulaire tranchante, la pointe bien aiguë ; le tenant entre le médius et l’index et appuyant le pouce par-dessus, il l’enfonce pour couper d’un seul coup les chairs et tout ce qui fait saillie sur la pierre. Du reste, de quelque manière qu’on ouvre la vessie, ü faut toujours extraire la pierre doucement. »

Celse n’opérait qu’au printemps sur des sujets de 9 à 14 ans.

Il considère les maladies des reins, comme généralement opiniâtres ; elles prennent un caractère plus grave lorsqu’il survient de fréquents vomissements de.büe. Il faut garder le repos, se coucher mollement et favoriser le relâchement du ventre ; si les purgatifs n’agissent pas, employer les lavements ; prendre souvent des demi-bains d’eau chaude ; éviter de boire et de manger froid ; s’interdire toutes les choses salées, âcres, acides, ainsi que les fruits ; boire beaucoup ; ajouter alternativement aux aliments et aux boissons du poivre, du poireau, de la fécule, du pavot blanc, substances dont l’action diurétique est très prononcée. Le remède suivant convient aussi à l’ulcération des reins, quand les ulcères ont encore besoin d’être détergés : on prend 60 grains de concombre, dépouillés d’écorce, douze pignons de pin sauvage, une pincée d’anis et un peu de safran ; le tout, pilé ensemble, doit être administré dans deux verres d’hydromel.

Dans d’autres parties de ses livres, Celse est moins bien inspiré; toutefois sa thérapeutique rénale a, elle aussi, été reproduite pendant bien des siècles : il avait même deviné l’importance du régime déchloruré.

Enfin, voici une bonne technique du cathétérisme.

« On est quelquefois obligé de rétablir avec la main le cours des urines interrompu, soit par l’atonie dont ce canal est frappé dans la vieillesse, soit par la présence d’un calcul ou d’un caillot sanguin. Il peut arriver aussi qu’une inflammation légère s’ox)X)ose au libre écoulement des urines ; et dans ces divers cas, non seulement chez les hommes, mais aussi chez les femmes, le secoiu’s de la chirurgie devient x^i^irfois nécessaire. A cet effet on emx)loie

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des sondes d’airain ; le cliinirgien doit en avoir trois pour les hommes et deux pour les femmes, afin d’en pouvoir’ faire usage sur tous les sujets grands ou petits. Celles destinées aux hommes seront, la plus grande de 15 doigts, la moyenne de 12 et la plus petite de 9 ; elles auront pour les femmes 9 doigts au plus, 6 pour le moins. Elles présenteront une légère courbure.

« Lorsqu’on veut sonder un homme, on le fait coucher sur un banc ou surun lit ; le chirurgien se plaçant à droite du malade saisit la verge de la irrain gairche, tandis que de la droite, il introduit la sonde dans l’urètre. Parvenu au col de la vessie, il incline la verge et la sonde de rrranière à faire pénétrer celle-ci dans la vessie, et la retire après avoir évacué l’urine. »

Pline l’Ancien était contemporain de Celse, et il le cite plusieurs fois. Dans ce qiri nous reste de ses œuvres, sa contribution à la médecine est presque nulle. Il reprodirit l’erreiu- d’Hippocrate en admettant que la vessie est doublée d’une pellicirle qrri, une fois divisée, ne perrt se souder ; il donne quelques recettes pour briser la pierre vésicale ou rénale, l’infusion de pivoine, de menthe ou de pois chiches. Il croit d’ailleurs à la magie et aux conjurations, et nous transmet quelques pratiques populaires telle que l’application sur le pénis, pour- guérir la pierre dans la vessie, d’une pierre qu’on aurait ôtée à im gi-aveleux.

« L’urine est un sujet de spéculations théoriques, d’observations rehgieuses. Parmi les diverses variétés d’urine dont on peut parler honnêtement, celle des eunuques est bonne pour’ rendre les femmes fécondes, celle des enfants impubères est souveraine contre la bave de l’aspic ptyas, ainsi nommé parce qu’il lance, comme en crachant, son venin dans les yeux des hommes. L’urine d’homme est efficace contre les taches, les taies, les maladies des paupières.

« Les mages défendent que pour miner on se découvre en face du soleil ou de la lune, ou qu’on arrose avec Fm-ine l’ombre de qui que ce soit. Hésiode conseille d’uriner contre un corps i)lacé en face de peur qu’en se découvrant on n’offense quelque divinité. Il assure que pom- se préserver d’un événement funeste, il faut, le matin, faire tomber de son urine sur son pied. »

^Ailleurs Pline conseille les eaux de l’île d’Œnaneprès de Sorrente, efficaces contre les calculs vésicaux, ainsi que celles de Tongres, près de Spa.

Dioscoride (an 54) n’a guère fait que rex)roduire quelques recettes déjà connues contre la dysurie et la pierre ; lui aussi partageait les croyances superstitieuses ; il conseillait comme efficace l’emploi de la pierre judaïque blanche, striée en forme de gland, tahsman qu’on trouve en Judée et qui a la propriété de briser les calculs.

Pendant un siècle on voit les médecins s’écarter de plus en plus des doctrines hippocratiques. Ai’étée de Capx)adoce (81-138) vint de bonne hem-e exercer en Italie ; il eut le mérite ou plutôt la bonne intention d’accorder une certaine place à l’anatomie, mais ses descriptions sont des plus spéculatives ; il n’en est pas de même de sa pathologie oii, à côté de conceptions imaginatives on trouve des descriptions qui méritent d’être comparées à celles d’HipiJOcrate. Arétée étabht une distinction entre les néphrites aiguës et chroniques, note les accidents cérébraux consécutifs et conseille la saignée. Il soupçonne la néphrite goutteuse, attribue Fhématm’ie rénale à une constitution particuhère et non à \me rupture veineuse. Pour lui

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les calculs blancs se voient dans la vessie des jeunes gens, les jaunes dans les reins des vieillards. Quand ils produisent une ulcération des reins, il en résulte un mal incurable, une prompte colliquation et la mort. Enfin, les influences saisonnières sont très importantes ; le printemps engendre les hématuries, l’hiver les abcès des reins, l’automne les calculs.

Il insiste smdout sm* la rétention d’ui-ine due aux inflammations vésicales et à la blennorragie, car s’il y a rétention vésicale, les reins se remphssent et les conduits de l’imne sont distendus. Si l’usage des bains, des dim’étiques et des sauterelles intus et extra ne ramène pas la miction, il conseille de sonder le malade ; et, fait plus important et qui dénote une réelle expérience chirm'gicale, de pénétrer jusqu’à la vessie par une incision périnéale si le cathétérisme échoue. Il pratique également la taille m’étrale quand un calcul urétral ne peut être repoussé.

Peu aj)rès, Héliodore (an 97) tenta de jeter un peu de clarté sur les causes de la dysurie, de la strangmie et de l’ischmâe, termes commodes par lesquels on a eu coutume, dans l’antiquité et jusqu’à la Eenaissance, de désigner les divers troubles mictionnels. Le premier, il s’est fait une idée assez nette des rétrécissements, excroissances qui végètent dans l’m’ètre, ainsi que de leur traitement : pom* les guérir, il introduit un stylet, la verge étant maintenue droite, et en retommant l’instrument siu’ lui-même, il attaque les carnosités, soit en appuyant sm* les excroissances, soit en les attirant au dehors avec une pince. Ce document ne manquerait pas d’intérêt si on pouvait le rapporter d’une manière certaine à Héliodore, mais on n’a de lui que quelques extraits recueillis par Cocchi et par Peyrilhe.

A Eufus d’Ephèse, qui vécut sous Trajan, nous devons la première monographie mrnaire : son traité De vesicœ renumque affectibus, qui nous a été transmis par Aétius, est la seule de ses œuvres qui nous soit parvenue. Il en a consacré une bonne partie à l’anatomie ; dès le début il nous apprend qu’autrefois Erasistrate l’enseignait sm' des corj)s humains, mais qu’à son époque on choisissait un animal aussi rapx>roché que possible de l’homme. On conçoit la médiocre valeim d’une telle science.

Par contre, sa pathologie mérite qu’on s’y arrête ; on y rencontre des réminiscences d’Hippocrate, bien que Eufus prétende s’éloigner de lui. Il fait le diagnostic des hémorragies vésicales et rénales, ces dernières tenant à une débihté du rein qui amène une ruptime veineuse ; suivant que celle-ci est plus ou moins large, l’m'ine contient soit la partie la plus ténue du sang, soit des caillots. Sous le titre de néphrite, il donne une longue description qui s’apphque plutôt à une pyonéphrose calculeuse ; les causes en sont des humem’s corrompues, une contusion, des excès de coït ou l’équitation. Cette affection se caractérise par des doulem*s pulsatiles au niveau des vertèbres lombaires avec irradiations à la vessie, à la verge, à la cuisse ; les efforts sont impossibles, les secousses très doulomeuses, les difficultés mictionnelles parfois atroces, les urines ténues d’abord puis plus rouges; une fièvre violente, des nausées et des vomissements apparaissent ; Eufus signale que du pus est évacué par les urines et l’a été une fois par l’intestin. Quand on constate une tumeiu' iliaque ou lombaire, il conseille l’application de caustiques ou l’emploi d’autres procédés d’évacuation, sans dire précisément qu’il s’agit de l’incision d’Hippocrate.

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Malheiu-eiisement toute l’œuvre ne présente pas ce caractère. Au milieu de prescriptions rationnelles on rencontre des croyances populaires superstitieuses comme l’indique la formule lithontriptique suivante :

« Le roitelet troglodite, le moineau salé et mangé d’une manière continue, fait rendre avec les mânes des calculs tout formés et empêche qu’il ne s’en forme d’autres. Brûlé avec ses ailes, ses cendres ont la même efficacité. »

A côté des œuvres didactiques qui nous font connaître l’état de la médecine et de l’m’ologie sous l’empire romain, nous devons signaler quelques documents archéologiques qui s’y rapportent . Dans les innombrables fouilles qu’on poiu’suit depuis longtemps, la découverte la plus importante pour nous est celle des sondes que nous représentons ici. Elles répondent à la descrii3tion que Celse en a faite en parlant du cathétérisme et c’est bien d’instruments semblables qu’il a dû se servir.

Elles ont été trouvées à Pompéi avec d’autres instruments dans une maison assez somptueuse appelée depuis maison du chirurgien. Elles figm-ent au musée de flapies, où, gTÛce à l’obligeance du professeiu’ Bruni, nous avons pu les examiner de près. La plus grande (fig. 9) longue de 26 centimètres et d’un diamètre de 17 millimètres présente une double courbm’e remarquable, car on croirait que J.-L. Petit, qui l’ignorait cependant, l’a prise comme modèle de celle qui porte son nom. On est frappé de sa légèreté, quoiqu’elle soit d(^ bronze, ainsi que du poli bien conservé de sa smâace et de ses orifices. La plus petite (fig. 10) dont l’extrémité manque est une sonde de femme ; l’usage d’une autre canule (fig. 11) percée de trous multiples n’est pas étabh, canule vaginale, ou utérine, ou sonde vésicale I7ous ne pouvons que rappeler la ressemblance qu’elle affecte avec la sonde courbe percée de petits trous qu’on employait autrefois après les opérations de fistules vésico- vaginales.

Une autre som’ce de documents iconographiques nous est fommie par les ex-voto trouvés aux environs des sanctuaires, devant les autels et les teniiDles d’Hygie ou d’Esculape. Les malades faisaient offrande à la divinité d’une représentation de leurs organes, soit après la guérison, soit pom’ l’obtenir : on a ainsi recueilh des images assez précises de lésions sur lesquelles de nombreux travaux ont été publiés. Nous emprunterons quelques extraits à la plus récente de ces publications, un mémoire rempli de documents

Fig. 9. — Sonde de la maison du Chirurgien, à Pompéi. Réd. 1/3 (Musée de Naples).

curieux du D^ Eou-

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