DE GALIEN AUX AHABES
La lithiase retient son attention et un chapitre est consacré à la lithogenèse. « Quand de l’eau en excès, nageant dans les veines, est conduite au travers des reins dans la vessie, si une humeur épaisse est amenée aux mêmes régions, elle est brûlée par la chaleur naturelle, et il se forme une pierre ou du sable. Il importe de la briser ou de la diminuer par des médicaments appropriés qui augmentent la chaleur et la dessèchent. » On reconnaît là une pathogénie empruntée à Hippocrate.
Oribase pratiqua la chirurgie et nous a laissé des techniques qui paraissent dues surtout à Anthyllus et à Héliodore. Bien de nouveau sur la taille : c’est le manuel opératoire de Celse ; il signale seulement la gravité des blessures du col vésical qui laissent une fistule incurable. Sous le nom d’induration du col il désigne une affection qui ressemble à l’hypertrophie prostatique. Quand le cathétérisme est impossible, il propose d’inciser le périnée vers le col vésical sans dissimuler les dangers de cette opération et la perspective d’une fistule consécutive, mais il estime qu’il vaut mieux la tenter que de laisser le malade mourir de rétention.
Si le prépuce est trop court, il y remédie par une compression continue avec du papier et, en cas d’échec, par une incision circulaire. Quant au phimosis, il pratique le débridement au moyen d’une seule incision ; le prépuce est ramené en arrière et fixé par un anneau de plomb ; s’il y a gangi’ène on excise la partie noircie.
Plus intéressantes sont des notions assez exactes sur les rétrécissements de l’urètre ; nous y voyons l’indication d’une lésion anatomique :
« Le rétrécissement de l’urètre produit par de la chair est consécutif à une ulcération, non dans toute la longuem- de l’urètre, mais dans un point précis qui le rétrécit partiellement ou complètement, et alors il y a rétention. Il faut exciser la chair avec un instrument pointu et mince, qu’on introduit de la main droite jusqu’à la chair, après compression extérieure de la verge pour prévenir l’hémorragie. On le pousse jusqu’à ce qu’on sente un espace vide et on le tourne circulairement pour que la pointe puisse se mouvoir en tous sens. On comprime l’urètre ensuite pour extraire la chair coupée.
« La dilatation doit être maintenue à l’aide d’une bougie de papier desséché : on la fabrique en enroulant du papier mouillé autour d’un tuyau de bronze ou d’étain, ou autour d’une plume; on laisse sécher jusqu’à durcissement. La bougie est introduite dans le canal où elle reste trois jours pendant lesquels la verge est entourée d’éponges imbibées d’eau froide. Au quatrième jour on introduit un tuyau d’étain ou de plomb, muni en avant d’un rebord en forme de bouclier, pour que la cicatrisation se fasse régulièrement. »
Nous n’avons lias craint de rapporter ce passage avec quelques détails car on y trouve une indication, la première, croyons-nous, de sondes non métalliques de l’emploi du cathétérisme à demeure et de la dilatation consécutive ; on rapprochera ce procédé de destruction de la « chair exubérante » de celui qui était en usage au temps d’Ambroise Paré.
Dans la période troublée qui suivit Oribase, aucun médecin ni chirurgien de valeur ne s’est manifesté ; nous trouvons à peine quelques compilateurs qui commentent et imitent Galien et Oribase, Némésius, un des premiers médecins chrétiens, Marcel l’empirique (379) qui nous a transmis les remèdes populaires en usage dans la campagne, et des pratiques magiques auxquelles
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L’LIROLOGIK EN r.HKXE ET A ROME
s’attache un médiocre intérêt. Signalons aussi Théodose Priscianus dont la thérapeutique consistait en l’ingestion d’organes d’animaux ; il prescrivait des poumons de renard contre la dyspnée, des rognons de lièvre contre la lithiase rénale, des testicules de bouc contre l’impuissance, etc. Ce serait beaucoup s’avancer que de voir là un premier indice d’une opothérapie raisonnée. Ces pratiques superstitieuses, qui, nous l’avons vu, remontent à la plus haute antiquité, avaient sous l’empire romain plus de crédit que jamais; des savants tels que Pline et Galien ne dédaignent pas de les recommander, tandis que d’autres, Sammonicus, Philomenus, en font toute leur science et nous transmettent des formules d’exorcisme pour attirer le calcul hors des reins ou les corps étrangers hors de la vessie.
Aussi l’œuvre d’Aetius nous apporte-t-elle une sorte de soulagement : un intérêt spécial s’y attache. Né vers 543 en Mésopotamie, Aetius étudia à Alexandrie où l’antique école, restée florissante, était le seul refuge des sciences médicales. Le premier, il se consacra particulièrement à l’étude des urines, en décrivit minutieusement les caractères et en tira des déductions pour le diagnostic et le pronostic. Dans son traité on trouve pour la première fois classées par chapitres les diverses altérations des urines, division que médecins et chirurgiens reproduiront pendant huit ou neuf siècles jusqu’à la Eenaissance, sans souci du plagiat. La couleur, le nuage, le furfur, le dépôt, l’hypostase, la limpidité, le sang, l’urine légère ou épaisse, tout y est signalé. Ces caractères, plus ou moins logiquement interprétés, indiquent la coction ou la crudité des humeurs ou du sang, ou la période d’une maladie. Ainsi un nuage tenu en suspension indique que la nature n’a pas encore achevé la coction des humeurs ou qu’elle livre un combat contre la maladie. Plusieiu’s de ces détails sont empreints, d’un certain sens clinique; mais à côté subsistent des enfantillages et des superstitions. Pom* éviter les redites nous passons vite sur l’étude d’Aetius, car nous retrouverons ses idées plus développées dans Actuarius et les Salernitains. Nous supprimons de même une longue liste de médicaments lithontriptiques.
A la même époque vivait Alexandre de Tralles, né en Lydie un peu après Aetius dont il prononce le nom plusieurs fois ; il exerçait à Eome où il acquit une brillante réputation. Dans ses ouvi’ages et dans l’histoire de sa vie, on voit que lui aussi avait souvent recours à la puissance des amulettes, en particulier contre la pierre et la gravelle.
Alexandre ne paraît guère avoir exercé la chirurgie : il donne une nomenclature des herbes et jilantes qui agissent contre la pierre, la goutte et la gravelle, maladies entre lesquelles il établit un lien. Il distingue les signes des néphrites, l’anasarque en particulier et ceux des pyuries rénale et vésicale.
La liste des auteurs grecs se termine à PaiTl d’Egine, sur la vie de qui on ne possède aucun document. Les historiens ont placé la date de sa naissance au IV®, au V® et même au vu® siècle. Son œuvre est surtout chirurgicale et nous y trouvons de curieux renseignements. sur le sujet qui nous intéresse spécialement. D’après ses propres déclarations elle ne serait qu’un résumé des ouvrages de ses prédécesseurs ; mais il a fait parmi ceux-ci un choix judicieux ; il a lui-même enrichi la chirurgie de procédés nouveaux ; et sa légitime influence s’est fait sentir jusqu’à la Eenaissance.