C. — LE MOYEN AGE
Pendant que Salerne, du x® au xii® siècle, attirait Italiens et étrangers, les autres nations restaient dépourvues d’écoles et de médecins instruits. Presque partout les malades ne trouvaient de secours qu’auprès des moines, des juifs ou des guérisseurs nomades. Cependant peu à peu deux centres d’études se firent connaître, Montpellier et Paris.
Montpellier, sans doute en raison de sa proximité de l’Espagne, procède surtout des Arabes. Au début l’enseignement fut libre ; chaque maîti’e attirait à lui un groupe d’élèves qui lui payaient ses leçons, qu’il fût français ou étranger, car le droit d’enseigner est reconnu à tout médecin par un édit de 1180. Mais bientôt ces écoles furent i)lacées sous la juridiction de l’évêque ;
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rUniversité de Médecine, qui seule distribuait les diplômes de bachelier, de licencié et de maître, fut fondée en 1239 par Grégoire IX. L’enseignement était soumis à des règlements sévères. Hippocrate et Galien y tenaient moins de place que les Arabes. L’étude du Traité des urines d’Ysaac y est prescrite à l’exclusion des Salernitains et de Gilles de Corbeil ; nous verrons au contraire l’Université de Paris demander à Salerne ses leçons et ses maîtres.
Il n’est pas question d’anatomie ni de chirm’gie. En 1340 seulement, l’autorisation fut donnée de disséquer des cadavres de suppliciés, et le chancelier tint à ce que tous les deux ans on fît de l’anatomie ; mais cette étude se bornait à trois ou quatre leçons et son insuffisance explique pourquoi le niveau de la médecine et de la chirm’gie resta si bas : à toute époque, les progi’ès de l’urologie et de la chirurgie urinaire sont liés à ceux de l’anatomie.
Officiellement mise à l’écart de l’Université, la chirurgie continua cependant à être pratiquée dans des écoles libres ; certains maîtres, comme Eaymond de Molière, le maître de Guy de Chauliac, étaient attachés à l’Université tout en pratiquant la chirm’gie au dehors. Un peu plus tard, la licence de faire de la chirurgie fut accordée aux barbiers qui obtenaient un brevet de harhitonsor chirurgicus. La plupart étaient laïques par opposition aux bacheliers et maîtres ou médecins ; beaucoup de juifs avaient rapporté d’Espagne des manuscrits arabes. C’est à eux qu’étaient réservés les soins chirurgicaux auxquels ne descendait pas un maître ou un médecin, en particulier le cathétérisme et la taille.
Pas plus qu’à Montpellier on ne trouve à Paris avant le xm® siècle la trace d’un enseignement ou d’une organisation scolastique. Un édit de 1268 affirme l’existence d’une sorte de corporation comprenant des maîtres, apprentis et compagnons. Peut-être la médecine était-elle comprise dans la « Faculté des Arts » à qui Philippe Auguste donna, quelques années auparavant, ses premiers statuts. Ainsi l’on pourrait fixer la fondation de la Faculté de Paris à la deuxième moitié du xiii® siècle ; elle resta sous la juridiction de l’Eglise jusqu’à Henri IV. Des irréguliers, des ambulants, n’en continuèrent pas moins à exercer en dehors d’elle.
En 1352 le roi Jean I®^ fit l’interdiction de pratiquer la médecine à toute personne de l’un ou l’autre sexe non revêtue du titre de maître ou de licencié. L’enseignement était tout théorique et se bornait à des commentaires de Galien et des Arabes. L’étude des urines elle-même était faite d’après les traités d’Ysaac, de Théophile et de Gilles de Corbeil. L’anatomie n’existait pas. Au XIV® siècle seulement un cadavre de supplicié fut octroyé à la Faculté plusieurs fois par an et disséqué devant les élèves.
Délaissée officiellement au début, la chirurgie fut cependant enseignée par Pitard, Mondeville et surtout Lanfranc, qui attirèrent un immense concours d’élèves, mais la Faculté ne sortit pas de son intolérance. Les barbiers, à qui les pratiques chirurgicales étaient abandonnées, s’organisèrent alors ainsi que des chirurgiens libres, assez nombreux déjà au xiii® siècle pour obtenir de Phihppe le Bel une charte qui reconnût l’existence des maîtreschirurgiens de Paris. Bien qu’ils n’eussent ni école ni collège, il lem* était permis de nommer des bachehers, licenciés et maîtres, comme à une Faculté.