‹ Histoire de l'urologieChapitre 32 sur 76 · LES ARAHES. — L’ÉCOLE DE SALERNE ET LE MOYEN ACE · texte numérisé non relu

LES ARAHES. — L’ÉCOLE DE SALERNE ET LE MOYEN ACE

Il est difficile de savoir à qui les opérations urinaires étaient confiées. Presque tous les chirurgiens- jurés les considéraient comme indignes d’eux, les abandonnant aux barbiers, aux coureurs ou aux femmes, dont l’importance s’accrût. Les chirurgiens s’unirent pour se défendre et formèrent la corporation de Saint-Côme dont les luttes contre les barbiers d’une part, la Faculté d’autre part, se prolongèrent jusqu’au xviir® siècle.

A côté d’eux existaient des périodeutes ou coureurs qui pratiquaient seuls les opérations spéciales, contre la pierre, la cataracte, les hernies.

C’est dans les difficultés et les risques d’une opération mal connue et mal réglée qu’est né l’ostracisme dont était frappée la taille, car les descriptions de la plupart des chirurgiens de ce temps prouvent qu’ils la connaissaient. Ils la pratiquaient sans doute à l’occasion ; mais sous peine de déchéance il n’était pas permis de l’avouer ; peut-être « yropter indecentiam ». « Il faut l’abandonner, dit Brunus, aux barbiers et personnes viles, rustiques, idiotes, imbéciles et, ce qui est plus horrible encore, aux femmes viles et présomptueuses qui ne craignent pas d’en faire abus. »

A l’étranger aussi l’évolution scientifique continue. A côté de Salerne s’étaient fondées d’autres Ecoles parmi lesquelles Bologne occupa le premier rang ; elles émanent de Salerne et le grand vulgarisateur, Gérard de Cremone, né en 1114, transporta la science de Salerne dans les villes septentrionales de l’Italie. Il eut le mérite de traduire Hippocrate et Galien et de les faire connaître ; l’école de Bologne tire de ce fait sa seule originalité. Il nous apprend aussi que dans cette dernière ville on reconnaissait, à côté des médecins, des chirm’giens et aussi des barbiers auxquels les opérations basses, la pratique urinaire en particulier, étaient abandonnées.

Les noms d’un certain nombre de chirurgiens sont restés ; nous nous arrêterons seulement à ceux dont les écrits ont quelque rapport avec l’iu’ologie.

Né à Parme, Eoger étudia à Salerne, puis vint exercer à Bologne où il restaura la chiiiu-gie en empruntant surtout à Paul d’Egine ; il est douteux qu’il ait pratiqué la taille qu’il décrit d’après le chirurgien grec, ainsi que la strangiu’ie. Son ouvrage, divisé en quatre parties, est resté célèbre sous le nom de Rogérine. Le chapitre De reumatizione virge est consacré aux urétrites, qui doivent, de même que l’orchite, être traitées au moyen d’injections « algariam » et l’application de ventouses.

Maître Eoland, dit de Parme, exerça à Salerne vers l’an 1210. Postérieur à Eoger qu’on l’accuse d’avoir* pillé, il publia à son tour une chirurgie, la Rolandine qui est en effet un commentaire de Eoger. Cependant il insiste sur la taille qu’il décrit d’après Abulcasis. Dans un manuscrit de ses œuvres une miniature que nous reproduisons ci-contre (fig. 19) le montre pratiquant la taille. Sans exagérer la valeur de ce document, on voit que tout en condamnant cette opération abandonnée, en xn'incipe, aux ambulants, les maîtres ne dédaignaient pas de la pratiquer ou tout au moins d’en enseigner la technique.

Eoland appliquait les principes de Salerne ; une réaction se fit avec Hugues de Lucques, Brunus et ïhéodoric. Ils connaissaient Galien (pie remiiereur Frédéric avait fait traduire ; malgré leur médiocre originalité, ils témoignent d’im certain jirogrès. Contrairement aux Salernitains, ces maîtres de Bologne lu’ofessaient d’après le quatrième ai)horisnie d’IIiiipocrate que « le sec

LE MOYEN AOE

approche plus de l’humide et l’humide du non sain » et par conséquent « indifféremment desseichent toutes playes avec du vin seul » tandis que les adeptes de Salerne, « indifféremment procurayent sanie ou suppuration avec leurs houiUies et paparots, se fondant sm* le cinquième des aphorismes : Les laxes sont bons et les cruds mauvais ».

Bans les autres auteurs de cette époque, nous n’avons rien à relever qui ne soit une reproduction

d’Avicenne ou de Gahen. t Jttfflci •

Une troisième école, ou tout au moins une autre thérapeutique apparaît avec Guillaume de Sahcet qui, aux cataplasmes et aux lotions vineuses, substitua les onguents et les emplâtres doux (Malgaigne).

Il mérite qu’on s’arrête à lui car, depuis Gilles de Corbeil, il est le premier qui fasse preuve d’indépendance et d’une certaine personnalité. Il est vrai qu’en cette matière il ne faut pas se montrer bien exigeant à cette époque où l’autorité des Anciens et des Arabes était telle qu’un commentaire même paraissait attentatoire à leur souveraineté.

Guillaume de Sahcet, né à Plaisance sur la limite du xii^ et du xiii® siècle, suivit les armées, où il guérit une plaie de l’intestin par suture, professa à Bologne et mom’ut à Vérone en 1277 peu de temps après avoir achevé sa Cyrurgie. Bien que clerc, il est le seul, depuis Trotula, qui ait parlé des maladies des femmes, sans les traiter lui-même, car il professe pom* elles le mépris habituel des maîtres de son temps. On trouve chez lui une description des apostèmes et pustules du membre viril, d’un « nodus » qui fait penser à une tumeur m’ineuse, et des ulcères qui se produisent autour de la verge à la suite d’un coït suspect ; aussi insiste-t-il sur la nécessité de lavages immédiats, premières notions de prophylaxie qui ne paraissent guère avoir été suivies au moyen âge. G. de Sahcet traite ces ulcères au fer rouge pour séparer le « corrompu du sain ». Il entre dans des détails précis sur la maladie calculeuse, dont le seul signe infaihible est fourni par l’exploration rectale. Il

Fig. lu. — Une lithotomie au xiv' siècle Ch'iu'qia Magislri Holandi, xiv» siècle) (Bibliotheca Casanatense di Roma. (Piero Giacosa. PL 27).

ENCYCI.. n'uilOLOGlE. — I.

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