‹ Histoire de l'urologieChapitre 42 sur 76 · LE DES REINS 0 V ROGNONS · texte numérisé non relu

LE DES REINS 0 V ROGNONS

rLa. compoficion> en laquelle il .

faut conliderer,

Quiefl: vu propre parenchyme, quafi rLa chair, “^femblable à ccluy du cœur,fbrs qu’il n’y a point de fibres.

Véîne,&: ["Qu.! fe diftribucnr par toute la fubftancc artere e- | du rein, entrant par la partie fime,&: Te dimulgen-'^j uifenc iufques à ce qu’elles foient comtes, L me capillaires.

r Quiefl: fait delextremité de rvrctetc, en Sinus, /façon de baifin , ou entonnoir , qui reçoit le ^ferum feparé du fangi fO^font petitescarunciiles,à rextremité des Papil- 1 vaifleaux,par lefquelles corne glandes fponles,- j.gieufe, diftile l’humeur fereus dans le finus, L&: de là à f vretre,&: puis en la vciïîe. r Vnc propre,rautre commune, venant du pe - Tuni- J ritoine , & de la ftomachique : d’où vient le Ique, Igrand confcnremeiic des reins , &: de l’efto-

1/ maclî.

CAuec les lombes par le péritoine, auccla veffiepar La con-’yes vreteres , à tout le corps parles vaifl'eaux nomnexion, Cmez.

rQm eft comme vne demie lune, ou proprement com- Figurc,^ me vnfafeole , du codé qui regardent la grand’ veine, j font caues , ou phiftofl: camus : en dehors vers les

Mfles,fontgibeux & longs.

Gran«5 Qui n’eflrpas efgaleen tous , mais ils font grands félon deur, 2 qu’il efl: requis,pour l’expurgation de l’humeur fereus.

rQuicfl: communément double, vn dextre, l’autre fe- Nom-*sneftrc, combien que nous auons troinié founent des bre, J corps qui n’en auoient qu’vn,mais fort grand.

V^gc, i Qm eft de purger,&: attirer l’humeur fereux.

rQui eft au cofte des vertébrés des lombes, & fur l'ori- I gine du mufcle pfoas , vn de chafquc cofte de la veine La fi- j caue defeendente ; non diamétralement , mais l’vn vn peu plus haut que l’autre, fçauoir aux hommes,le droit eft: toufioufs plus bas à caufe du foye , qui çft grand, aux brutes , le feneftre eft plus bas , pourcc que la ratte '.defeend plus,

G Z Aux

tuatio,

Cubrol : Alphabetum anatomicum, Monspelii, IGOü.

DE LA RENAISSANCE AC X1X° SIECLE

yo

du pape Clément XI. C’est à 19 ans qu’il imblia ses travaux qui l’ont amené à la découverte des canaux qui portent son nom. Voici comment

il fut conduit à ces recherches : dans une expérience sur une biche vivante; il remarqua que du sang s’écou lait à la surface d’un rein décapsulé ; il pratiqua alors des injections colorées, conclut à l’arrivée du sang dans l’intérieur du rein jusqu’à la substance corticale et en déduisit que la filtration de l’urine se faisait à ce niveau.

Les planches qui accompagnent sa description manquent un peu de clarté; la figure I représente la section d’un rein de mouton d’après l’édition de 1726. Bellini donne de la structm’e du rein la description suivante :

« L’opinion commune est que les reins sont constitués par ime substance dme, sohde, charnue, où ne se retrouvent que peu de fibres ou pas de fibres. Dans la réalité il en est autrement : il n’existe dans le rein pas d’autre substance qu’une agglomération d’un nombre infini de vaisseaux sui generis. Si on ouvi*e le rein suffisamment, on voit des filaments qui se dirigent de la superficie vers le bassinet. A^ous les verrez plus clai-

Fig. 28. — Bellini, 1643-1704. Médaille de Ticcati, XVII® siècle (G. p.).

Fig. 2U. — Rein de mouton (Bellini, éd. 1726).

AA. Principales branches des artères èmulgcules. — 15B. Vein emulgentes. — CC. Division d'une artère en rameau.\. — 1) Autr “'■'•“‘■«s- — KK- Dernières ramifications à la surface du rei niN. Kamuseulos des veines éniulgeutes.

Fig. 30.

Rein de mouton (Bellini).

renient en en dissociant une jiartie avec les doigts ; ces fibres sont continues de la superficie vers la cavité du bassinet » (fig. 30, AB).

De même que Bellini avait repris l’étude des vaisseaux du rtûn là oii

ANATOMIE

Vésale l’avait laissée, c’est-à-dire à partir des capillaires, de même Malpighi va continuer BeUini.

Malpighi, né à Bologne en 1628, s’adonna d’abord à l’étude de la philosophie mais bientôt aussi à celle de la médecine, sous la direction de Massaria et de Mariano. Bientôt en butte aux sarcasmes de ses camarades parce qu’il défendait Hippocrate contre les Arabes, alors seuls vénérés dans cette école, de plus en plus convaincu, d’autre part, du vide de la philosophie scolastique, toute puissante à cette époque, il se voua aux études anatomiques et se lia d’amitié avec Borelli, qui le protégea et avec qui il pomsuivit ses travaux.

Véritable créateiu’ de l’anatomie de structure, il s’attacha surtout à l’étude des glandes. ^

A la notion des vaisseaux rectilignes qui pénètrent dans la substance rénale , Malpighi ajouta celle des gi'aniüations. Il les vit se colorer en noir pendant ime injection et devenir turgescentes ; il conclut que c’était dans ces gi’aniüations que s’accomplissait le travail de la sécrétion.

Bien que sa conception de la sécrétion m'inaire manque de précision, il est loin d’assimiler, ainsi qu’on l’a dit, le rein aux autres glandes, sans non plus le considérer comme un simple filtre ; mais il a deviné son rôle séparateur des éléments du sang.

Quelques années plus tard, Euysch, qui est né à la Haye en 1638, reprit

Fig. 31. — Structure du rein et étoiles B. (Verheyen, édit. 1726,

in. XII, lig, 1).

y-2 DE LA RENAISSANCE AU X1X« SIÈCLE

les études de Malpighi, eu attaquant son système de sécrétion glandulaire. Il dissipa l’incertitude et soutint que les glandes rénales ne sont qu’un composé de vaisseaux sans follicules.

Cinquante années plus tard Muller complétait sa description et découvrait la capsule des glomérules auxquels Bowmann, un siècle encore après, assignera leur véritable destination.

Vers la même époque retentirent les controverses de Bertin et de Ferrein ; bien qu’elles eussent eu pour point de départ une discussion sur la physio-

Fig. 32. — xMéry, 1645-1722. Lithogr. Tardieu (G. P.).

logie de la voix, elles continuèrent à propos de la structm’e rénale. En 1744, Bertin, à qui ses travaux d’anatomie avaient ouvert de bonne heiu’e les portes de l’Académie des sciences, donna la description des colonnes qui portent son nom, portions de substance glanduleuse qui s’insinuent entre les pyramides de Malpighi ; il découvrit aussi les demi-arcades vasculanes à la base des pyramides dites de Bertin, celles que Bellini avait déjà indiquées. Ferrein, ayant quitté Montpellier après un échec à la chaire d’anatomie, vint à Paris, fut accueilli par la Faculté et finit par succéder à la lin de sa vie à Winslow dans la chaire d’anatomie au jardin du Eoi. Il se consacra surtout à l’étude des tubes imnifères, sut voir les faisceaux, en forme de pyramides microscopiques, qui font suite aux pyramides de Malpighi s’interposant entre les colonnes de Bertin.

X^erheyen, né en 1648 à Louvain, avait donné dès 1693 une bonne description du réseau vasculaire de la substance corticale et décrit les expansions terminales, en forme d’étoiles, auxquelles son nom est resté attaché.

l\ GONORRÉE

« T enæ autem et arteriœ a b interioribus emersœ ramusculos circa externam super fioiem quaquœversiim expendendo pluriniis locis quasi stelliilas reprœsentant » (B, fig. 31). L’anatomie topographique des reins et des uretères y est faite avec soin, quoique brièvement exposée.

Nous devons arrêter ici ce rapide résumé des principales étapes de l’histoire de la structure tlu rein, car les nombreux travaux qui depuis cette époque se rapportent à ce sujet s’enchaînent et sont liés à la description de l’anatomie rénale. Il en est de même des autres organes de l’appareil urinaire et nous rappellerons seulement en terminant la date de certaines découvertes.

Méry né en 1645 découvrit {Journal des Savants, 1681, no 17) les glandes bulbo-urétrales. Ce n’est que 18 ans plus tard que Cowper en donna une description identique. La priorité de la découverte, mais aussi sa fausse attribution ont été consacrées par le passage suivant de Morgagni. « Les glandes de Cowper que je continuerai à appeler ainsi puisque Méry semble avoir cédé ses droits, je ne sais pourquoi, en souffrant sans rien dire que Littré les ait ainsi dénommées ».

Dans la même année 1706, Littré décrit des glandes lu’étrales auxquelles son nom est resté attaché, et Morgagni signala les lacunes de l’urètre, foramina et /oraminula, à l’exposé desquelles on n’a ajouté que peu de chose depuis lui (fig. 33).

Enfin, Verheyen, poursuivant ses études sur l’appareil urinaffe, étudia la prostate avec une exactitude ~ Foramma

et un soin inconnus jusqu’à lui. Ses formes, son volume, sa division en lobes, l’ouverture de ses glandes, ses connexions avec les canaux déférents n’ont pas été mieux exposés jusqu’aux travaux de Cloquet et de Cruveilhier.

ü. — LA GONORRÉE

Au début du xvi° siècle, la confusion entre la syphilis et la blennorragie était presque générale. On sait que la syphihs est une des maladies les plus anciennement connues ; les fouilles des tombeaux préhistoriques, aussi bien au Pérou qu’en France, dans la Lozère et en Bom-gogne, ont mis à jom’ des exostoses syphilitiques. D’autre part, la gonorrée a été décrite par les Hindous, les Hébreux, les Eomains. Les Arabes ont nettement séparé les deux affections.

Les chancres mous et indurés sont dits apostameta et ulcéra quœ virgœ accidant (Ehazès) , tandis que in flationes ■ virgœ virilis (Trotula), rlieumatizatione virgœ (Eoger) désignent la blennoiTagie, qui pour Lanfranc,

94 DE LA RENAISSANCE AU XIX« SIÈCLE

Gordon, Gaddesden, devient passiones virgœ et pour Ardern, incendium vir^œ.

A la suite de l’entrée des troupes de Charles VIII en Italie, une grande épidémie de syphilis sévit en Europe. Des complications urétrales de la syphilis, peut-être des coïncidences, plus probablement un même mode de contagion, firent établm un lien entre les deux affections ; toujours est -il que beaucoup de médecins vont maintenant faire rentrer la gonorrée et la syphilis dans un même cadre. Brassavole, le premier, affirma la nature syphilitique de la gonorrée ; sa situation éminente auprès des papes, depuis Paul III jusqu’à Jules III, et aussi auprès de Charles -Quint, lui donnèrent l’autorité

nécessaire pour répandre reconnaît d’ailleurs qu’il syphihtique, celle qui ne tions préputiales ; mais dix affirme en ces termes que symptôme de la syphilis :

lue gallica inficiatur ausfecto, qui hoc tempore lafluvium, vix unus aut Un gros appoint fut ap- Thierry de Héry, maître et début du

sa fâcheuse doctrine . Il existe une gonorrée non donne ni bubon ni iilcéraans plus tard Tomitanus la gonorrée est le premier « Quotus quisque est, qui picio gonnorrheœ ? præhoret cito hoc seminis proalter exstat ».

porté à cette théorie par ami de Paré, né à Paris au XVI® siècle,

100. GVILLAVME Rondelet de Montpellier, Dofteur ,& Profeffeur du Roy enMedecine, Chancelier de l’Vniuerlîté dudit lieu, ayant parfaiiAe cognoiffance entt’autreschofes de la nature des poiflbns, mourut l'an ijse. aagé de foixanteans, fans auoir jamais beu vin.

Fig. 34.

« Galerie à, coller » (xvi® siècle).

qu’il eut triseàl’Hôse consacra dies vénéspéciahsa -

qui, dès gagné maîtel-Dieu, aux malari ennes,

tion qui lui valut réputation et fortune aussitôt après l’invasion de cette maladie en France. Le premier, il a écrit en français sm- ce sujet. Comme Brassavole il commet l’erreur de faire des accidents urétraux des prodromes de la vérole, et de considérer l’écoulement comme symptomatique d’ulcère de la verge. Par contre, il distingue la gonorrée des pertes séminales.

Voilà la confusion établie et cette erreur va se transmettre de siècle en siècle jusqu’à Hunter et Eicord.

Toutefois cette opinion est loin d’avoir été unanimement adoptée. Jean de Vigo sépare aussi la syphilis de la blennorragie qu’il attribue à des ulcères de la verge. Il en est de même de Jehan de Bethancourt qui insiste sm’ les érections nocturnes et discute la préférence à donner aux fomentations externes ou aux injections. Lacuna n’y ajoute rien de nouveau ; lui aussi croit à la dualité des deux affections vénériennes.

Citons aussi l’opinion de Eondelet pour qui la gonorrée est produite imiquement par l’inflammation de la prostate. Il n’ose repousser complètement l’idée de la nature séminale de l’écoulement à qui il reconnaît prudemment V apparence du pus.

Paré n’a pas échappé à l’erreur commune, mais au moins établit-il des distinctions entre la vérole et la chaudepisse. Elle se prend, dit-il, « à cause que l’homme aura à la verge quelques ulcères de verolle ou chaudepisse ou la femme à la matrice ; ou qu’elle aura une chaude-pisse ou de la

LA GONORHÉE

semence receuë de quelque verollé et par le contact de la verge, la mucosité ou sanie virulente s’imprime aux porosités de la verge, causant ulcères malins ou chaude-pisse. Puis le virus pullulera et cheminera par les veines, artères et nerfs aux parties nobles, ainsi que l’on voit le feu espris à une corde d’harquebuse ». De même à côté des complications syphilitiques telles que perforation du voile du palais, ou caries osseuses, il dit que « par le reliqua d’une chaude-pisse se procrée des carnosités en la verge qui fait que jamais ne peuvent pisser que par le bénéfice d’une sonde ».

Cette réserve faite. Paré prend d’ailleiu’s soin de dire qu’il doit ses connaissances siu’ les chaude -pisses en grande partie à son ami Thierry de Héry. Comme lui il les sépare de la gonoiTée, qui est un « flux de semence involontaii’e, découlant de toutes les parties de nostre corps aux parties génitales, causée par la résolution et paralysie de faculté rétentive d’icelles parties... Au contraire, la chaude-pisse est une sanie qui sort de la verge, de coulem* jaunastre, quesquesfois verdoyant, autresfois sanguinolente, ronge et ulcère le canal de la verge faisant érections avec douleur. Or le flux de ladite sanie continue quesquesfois deux ou trois ans ; il est impossible que la semence peust sortir du corps vn si long temps attendu que ceux qui ont eu cinq ou six fois la compagnie d’une femme, vone moins, le corps desquels se trouve fort débile et abattu et à quelques-uns tout abattu ».

Les causes de la chaudepisse sont « à sçavoir de trop gTande repletion, de trop grande inanition, et de contagion ». La in-emière vient d’une cause congestive, équitation, «usaige de viandes chaudes âcres, ou continence prolongée, la semence et les humem*s fluent vers les prostates qui s’apostèment et lem* sanie découle le long de la verge, y fait quelques ulcères. L’inanition vient d’excès vénériens qui tarissent l’humidité huileuse de cette glandule, laquelle consommée, l’urine, de son acrimonie, blesse et ulcère la verge ».

Enfin la contagion se fait pour « avoir eu compagnie avec celle qui aurait quelque maladie procédant de la verolle ou ses pm’gations blanches, ou quelque esprit vénéneux et virulent qui, s’insinuant ès parties génitales, les infecte et quesquesfois tout le corps ».

Paré fait provenir toute la suppuration des prostates ou du col vésical. Il en a reconnu l’existence dans l’autopsie d’un malade qui n’minait que par la sonde ; « Je priay sa femme me permettre de l’ouurir. le trouay sa vessie toute pleine d’urine et fort estendue, les prostates grosses, enflées, ulcérées et toutes pleines de pus semblable à celui qu’il jettoit pendant sa maladie. Par quoy j’ose conclure que ce pus qui vient des chaudes pisses est fait dedans la substance des prostates et non des reins. » Cette autopsie a entraîné Paré à trop généraliser. Il termine par un mot des urétrites chroniques qu’il rattache à la syphüis : « Les vieilles chaudes pisses est ime veroUe particulière ; partant pom’ sa cure il faut le furet ». C’est ainsi que Paré désigne le vif argent « parce qu’il estrangle et fait sortir la verolle hors de sa tasnière ».

Passons rapidement au traitement de la chaudepisse ; les règles d’hygiène sont judicieuses et telles qu’on les prescrit aujom’d’hui. Il ordonnait des injections de deux sortes : les unes pom’ calmer la douleur, les autres pour « mondifier les ulcères, pour les mener à cicatrice, deseichant l’humeur et corroborant les parties qui ont été imbues et relaxées par la longue et

9G DK la UKNAISSANCE AU XIX« SIÈCLE

grande fluxion ». Des formules multiples de décoction de plantain, de roses, de graines de laitue, de pavot, de jusquiame sont tour à tour proposées ; il insiste sm’ l’efficacité de la térébenthine. On voit que si la conception qu’avait Paré de l’unité de la maladie vénérienne a exercé une fâcheuse influence sur le diagnostic, pendant deux siècles, elle est compensée par la sagesse des règles thérapeutiques.

Peu après, Turquet de Mayerne cite le cas d’un chevalier dont il supprima l’écoulement en cinq jours au moyen d’une injection d’oxyde rouge de mercure en suspension dans de l’eau de laitue. C’est peut-être le premier essai d’un traitement abortif.

Dalechamps, frappé de la difficulté de nettoyer la cavité du prépuce trop étroit, en conseille l’incision au cours de la chaudepisse qu’il sépare, comme Paré, de la gonorrée. Mais déjà la confusion reparaît avec Fabrice d’Acquapendente qui attribue l’écoulement à un « flux de semence produisant lui-même un ulcère de la verge ».

Pendant tout le xvii® siècle, une triple confusion s’établit entre la syphilis, la blennorragie et la spermatorrée. Ce sujet « yropter in'everentiam y> est rarement abordé par les médecins de cette époque qui partagent la réprobation qui s’attachait aux « maladies honteuses » ; car on voit subsister, jusqu’à la fin du xvni® siècle, l’usage inepte et barbare de fouetter en place pubhque les malades admis aux hôpitaux des vénériens.

Un chh’m’gien de la fin du xvn® siècle, Musitan, revient à la pratique de Turquet de Mayerne et conseille, comme traitement abortif, une injection composée de 8 onces d’eau de plantain et de merciu’e doux porphyrisé, tentative que Cokburn puis Astruc renouvelleront.

Bartholiu, en 1646, étudie la lésion; il constate des ulcères et des cicatrices chez tous les sujets morts au coiu’s d’une blennorragie. Une opinion discordante vient de Littré qui, dès 1711, avait étudié avant Morgagni l’anatomie pathologique de la gonorrée ; tout en admettant des exceptions, il constate qu’un ou plusieurs « réservoirs de la semence sont enflammés et pleins d’une humeur poiu’rie, blanche, jaune ou verte, que leiu’S orifices sont ulcérés et que la face interne de l’m’ètre est rouge, le plus souvent couverte de phlyctènes et d’abcès ».

Un premier diagnostic de la prostatite blennorragique aurait été donné par Guenot ; au dire de Morgagni, il désespérait de la guérison d’un malade lorsqu’en introduisant un doigt dans l’anus, il sentit une tumeur rénitente formée par la prostate. Sa contamination ou celle des conduits éjaculateurs est d’ailleurs fréquemment invoquée. Vésale a vu leurs orifices ouverts et relâchés ; Warthon, de même que Bartholin et Wirsung, trouve que les orifices des prostates, invisibles chez l’homme saim se voient à l’autopsie des gonorréiques.

Astruc, né en 1684, ne publia qu’en 1736 son traité de Morhis venereis. Bien que ce Livre soit empreint d’une grande érudition, il n’en marque pas moins un recul considérable, car l’auteiu’, uniciste intransigeant, fait de la gonorrée une complication de la vérole.

Boerhaave et Haller n’osent repousser complètement l’hypothèse d’ulcérations et parlent seulement d’une érosion de la muqueuse du corps spongieux et d’une localisation dans les glandes de Littré.

LA GONOHKÈE 97

Il fallait l’autorité de Morgagni pour réduire à néant la notion des ulcérations dans la blennorragie.

Tout en acceptant le terme gonorrée, il sépare la spermatorrée de l’écoulement dû à l’urétrite ou fausse gonorrée. Dans la plupart des cas, on tiou\e inflammation, rougeur et liumidite t des ulcérations existent aussi, mais dans des cas exceptionnels : « Un abcès des glandes de Co^vper, par

Fig. 3o. — .Astruc. dC8i-17üü. Grav. de Ilallou, 1774,

exemple, produit un ulcère, l’iiumem' corrosive qui en découle s’aiTÔte aux parties rétrécies de l’urètre, à la courbure et aux parties déclives, c’est-àdire à la partie inférieure du périnée, qu’elle corrode, ainsi que le méat qui est touché plus tardivement. L’ulcération siège dans les sinus que Morgagni a découverts; eUe réunit leurs parois fines et membraneuses et l’on comprend ainsi l’existence tantôt d’un rétrécissement, tantôt d’excroissances en forme de chairs boursouflées; on voit alors des bandelettes blanches fibreuses à la surface de la muqueuse.

Un peu plus tard, en 1750, William Hunter et sm'tout John limiter, émettent cette opinion que l’inflammation simple de l’urètre produit la suppuration, doctrine qu’ils étendirent à toutes les muqueuses de l’économie et

EXCVCL. U’UUOLOGIE. — I.

DE LA RENAISSANCE AU XIX' SIECLE

dont l’importa, nce est considérable. ïïunter recherche Tulcération siu* des suppliciés atteints d’écoulement, immédiatement après leur mort, et n’en trouva aucune ; cette constatation fut confirmée par plusiem-s autopsies. Pour lui, le pus blennorragique produit des chancres et des accidents constitutionnels, mais il distingue des gonorrées simples et virulentes. Traitement local et général, indication des émollients dans les cas suraigus, abstention d’applications locales et surtout de bougies pendant la période

aiguë, injections émollientes et astringentes, balsamiques au déclin de la maladie, voilà les principales règles sur lesquelles un siècle a vécu. Logique avec lui-même, Hunter prescrit les mercuriaux au coiu’s du traitement.

A Benjamin Bell par contre, revient le mérite d’avoir, moins nettement que Eicord il est vi*ai, séparé la blennorragie de là syphilis.

Swediaur, reprenant l’abominable pratique des inoculations, n’a jamais constaté à l’autopsie la moindre ulcération , ni de l’m’ètre, ni du méat, mais il a vu une rougeur qui lui fait comparer la blennorragie à une inflammation érysipélateuse ; il a créé le mot impropre de blennorragie (de jîAsvva, mucus, et pïî-'V’jai je romps) pour indiquer la nature de l’écoulement formé, poiu’ lui, de mucopus. Les opinions d’Astley Cowper, de Stoll, de Desault, de Chopart concordent toutes pour repousser l’idée d’ulcérations.

La thérapeutique se traîne pendant toute cette période ; tisanes et potions se multiplient. On ne saurait dire si le xviii® siècle a été plus qu’un autre envahi par les réclames des charlatans. La collection du Mercure de France en reproduit une liste aussi longue que fastidieuse. L’effet merveilleux des bougies médicamenteuses de Daran, d’ Alliés, de Goulard, dont l’action est souvent problématique contre la gonorrée, paraît surtout tenu’ à la coexistence de rétrécissements. Goulard qui, sans preuves anatomiques d’ailleiu’S, étend la blennorragie à tout l’appareil glandulaire de l’iu’ètre, glandes de Littré et de Cowper, vésicules et prostate, préconise surtout l’emploi de l’eau végéto-minérale, mélange d’extrait de Saturne et d’infusion de mauve.

Fig. 36. — J. -II. Hunter, 1728-1793. Gravure de Galdwell.

LES CARNOSITÉS

n. — LES CARNOSITÉS

La connaissance des carnosités et des caroncules remonte bien au delà de la Renaissance. Nous avons vu que Galien, Paul d’Egine et Abulcasis les avaient reconnues et nous les retrouvons au moyen âge ; Guy de Chauliac en parle, mais les noms d’ischurie et de dysurie englobent le plus souvent les divers troubles mictionnels.

C’est le maître de Paré, Thiéry de Héry qui, le premier, eut une conception nette de la nature de ces lésions, et, à ce titre, il mérite de nous retenir quelque peu. Son instruction, comme celle des barbiers, laissait à désner et c’est peut-être de bonne foi qu’il se considère comme l’inventeur du traitement des carnosités par les sondes ; mais déjà les Arabes y avaient eu recours. Peut-être la pratique en était-elle perdue et Thiéry de Héry se croit-il en droit de dire : « Les curations d’icelles jusques à présent ont été jugées impossibles, faulte d’invention et de bon iugement en ce que de soy elles sont incurables. Seulement y a difficulté pour l’immission des remèdes : car pource qu’ilz doyuent estre cathérétiques et érodents, pour les consumptions d’icelles, mais faudra s’enquérir quels médicaments ont faculté de consumer ces carnositéz sans érosion des autres parties par quoi nostre deuoir ie ne veulx tenir caché ce que par méthode et raison nous auons practiqué avec heureuse yssue. » Il se sert de « chandelle de cire trempée en décoction de Sabine ou toute de plomb frottée d’argent vif ».

Cette thérapeutique ressemble fort à celle de Ferri, son contemporain, qui florissait à Naples. Ce dernier né à Faenza, vers 1500, enseigna d’abord l’anatomie, puis publia vers 1530 un traité « De caroncula sine callo quœ cervici vesicœ innascitur », dont Malgaigne a donné une analyse étendue. Il reconnaît aux carnosités quatorze causes ; les plus nombreuses sont fantaisistes et spéculatives, tel un écoulement sanieux descendant du foie ou du cerveau vers la vessie ou les reins. Mais trois d’entre elles méritent d’être conservées : l’arrêt d’un calcul dans l’urètre, un abcès de la vessie, les ulcères de la gonorrée qui peuvent occuper tous les points du canal et y provoquer des carnosités. Une caroncule ou callus est une maladie de mauvaise composition dans le canal de l’urètre, une excroissance charnue siégeant au col vésical, qui amène la suppression de l’urine. Les espèces en sont multiples : franche, molle, dure, fongueuse, ronde, calleuse, veiTuqueuse, poreuse, avec indurations profondes et superficielles. Les symptômes sont à peine indiqués, le signe important étant donné par l’introduction d’une sonde.

Une telle classification est trop riche et ne repose guère que sur rme vue de l’esprit. D’autre part le chapitre sur « l’ischmie par oblitération du col de la vessie », et l’exposé anatomique qu’il donne de cette région et des parties adjacentes, font penser à l’hypertrophie prostatique, lésion qu’il n’a pas méconnue, bien qu’il l’ait assimilée aux rétrécissements de l’urètre. C’est un des grands mérites de Ferri d’avoir, un des premiers, signalé les lésions prostatiques susceptibles de donner lieu à une rétention.

Appelé par le pape Jules III pour soigner le Castelli, Ferri lui introduisit une tige d’ail ointe d’huile d’amandes douces, puis une bougie

DE I.A m’NAlSSANCE AU Xl\” SIECLE

de cire qui plia, et enfin un cathéter métallique. La caroncule franchie, il procéda à sa destruction en employant successivement 20 hougies de gTOSseur différente, faites de cire blanche et de térébenthine. Elles portaient une rainure circulaire qu’il remplissait d’un emplâtre destiné à agir sur la caroncule. Le malade en porta une 6 à 8 jours constamment. Il la changeait tous les jours, la retirait pour uriner et la replaçait. La caroncule détruite, on eut recours à des bougies plus grosses, puis à des injections détersives. Cette observation fait voir le procédé employé par Ferri et ses contemporains. Il ne réussissait pas toujours ; quand la caroncule résistait, il recoiu’ait à la sonde.

Ferri nous indique les divers j)rocédés et instruments du cathétérisme. Il emploie des sondes faites d’une verge de plomb arrondie ou flexible, de l’épaisseur et de la longueur la plus commode pour pénétrer dans l’urètre ; de plus grosses sont utiles pour rompre les caroncules. Dans ce dernier cas, elles sont d’or ou d’argent pour avoir plus de résistance, être bien arrondies et polies à leur extrémité. Enfin si le rétrécissement résiste, on emploie une « argalie bien piquante et tranchante (argalia vel siJecülo hene 'perforantihus et incidetitibus), sans s’inquiéter de l’effusion du sang, qui est très salutaire pourvu que le sang vienne de la caroncule. L’urine alors en passant, par sa seule vertu détersive et dessiecative, amène la cicatrisation.

Au fond on trouve, dans cet exposé, l’emploi de la dilatation progressive et de la divulsion. Quant aux manœuvres des sondes piquantes et tranchantes, ce n’est autre chose que l’m’étrotomie interne ; voilà pourquoi ces procédés réussissent à merveille. Mais pour Ferri comme pour tous les chirm-giens de cette époque, les sondes n’étaient guère que des porte-remèdes ; progressivement, suivant la résistance de la caroncule, elles étaient chargées d’abord d’émoUients, beurre de vache ou de buffle, graisse d’oie ou de canard, puis de médicaments propres à enlever la caroncule ; enfin quand la malignité de la maladie résistait à ces moyens, on appliquait un topique composé de <( chaux vive et d’arsenic rouge macérés durant un jour dans du vinaigre, de chaque un demi-drachme dans une demi- once de cérat de mucilage ».

Tous ne croyaient pas cependant à la nécessité d’une cautérisation. Jean de Vigo se bornait à introduire des sondes ordinaires dans les cas de rétention par excroissance du col et à faire des injections détersives dans la vessie « et par ce moyen en auons guari plusieiu’s tant à Gennes qu’à Eomme pour nostre honneur et à l’utilité des patients ». Marianus Sanctus agissait de même, en employant un instrument à bec arqué, dénommé terlinum, d’une longueur égale à celle du canal. Chose curieuse il a en vue les rétrécissements' spasmodiques dont il donne la première indication. « Fréquemment, dit-il, les muscles sont tellement resserrés que non seulement ils retiennent l’urine mais qu’ils empêchent la sonde de i)asser et la douleur, suite de la rétention d’urine, devient assez forte pour occasionner la mort. »

Ambroise Paré ne vient qu’alors. Il n’a certes pas le mérite de l’invention dans le traitement des carnosités, mais en y apportant son bon sens et son esprit judicieux, il rendit pratiques et efficaces des procédés souvent proposés au hasard. Aussi nous semble-t-il bon de rappeler à cette place quelques détails de sa vie.

Les belles recherches tle Malgaigne ont i)ermis de la reconstituer. Il est né

LES GARXOSITÉS

<i La\al en 1510 ; après de soiiiniaires etiides primaires et sans avoir' appris le latin, il étudia la chirui’gie chez un barbier, à Angers où il se trouvait en 1525. Il vint à Paris comme apprenti-barbier en 1532. Malgré la dure existence qu’il menait il suivit les leçons des chirm’giens de^Saint-Come,''séjourna trois ans à l’ITôtel-Dieu comme écolier apprenant la chirurgie et « tout ce qui se

Fig. 37. — .\mbroisc Pure, lolO-lo'JO, (d’après un portrait daté de loTo (Coll, du 1)'' Tuilier).

peut dire et considérer sur l’anatomie ». Il s’instruisit surtout par la lecture de Guy de Chauhac.

En vertu d’un compromis entre la Faculté, les barbiers et les chirurgiens, qui à ce moment vivaient en bonne intelhgence. Paré fut reçu maître barbierchirurgien en 1536. La même année il prit du service comme chirurgien du maréchal de Monte-Jan, suivit en Itahe l’armée de François I®^ en 1537, obtint plusieui's cures retentissantes et surtout accumula les observations et les matériaux du livre qui marque une date glorieuse de notre histoire chh'urgicale : « La méthode de traicter les playes faictes par les hacquebutes et autres bastons à feu composée par Ambroise Paré, maître barbier- chi-

rurgien à Paris ». Pendant ce temps il était revenu tenir sa boutique de barbier et épousa en 1541 la fille d’un valet chauffe-cire de la Chancellerie de France.

Le succès de son livre fut prodigieux ; une seconde édition en fut bientôt

DE LA RENAISSANCE AU XIX« SIÈCLE

nécessaire ; l’application des bonnes règles qu’il édictait, les résultats de ses cures merveilleuses et célèbres, en particulier celle du duc de Guise, le Balafré, qui avait été blessé- d’un coup de lance, créèrent à Paré une réputation et ime popularité telles que le roi le lit inscrire, lui simple barbier, sur la liste de ses chirurgiens ordinaires. Mais la campagne où il avait suivi l’armée tourna mal ; fait prisonnier à Hesdin, il fut rendu à la liberté par le duc de Savoie après un nouvel exploit chirurgical.

De retour à Paris, il rencontra des marques de l’estime publique telles que le Collège de Saint-Côme, transformation de l’ancienne confrérie, voulant à tout prix se l’attacher, lui conféra les honneurs d’une réception gratuite, car les examens devant être soutenus en latin. Paré aurait été incapable de répondre.

Il reprit alors du service aux armées, et ne put sauver Henri II frappé d’im coup de lance dans un tournoi. Charles IX accorda à Paré les mêmes faveurs qu’Henri II et le nomma son premier chirurgien. C’est à ce moment qu’il fit une deuxième édition de sa Chiriu’gie. Il ajouta à son œuvre primitive les trois livres « des chaudes-pisses, des pierres et des rétentions d’urine », en 1564.

Jusqu’en 1572, la vie de Paré ne fut qu’un long triomphe, notamment pendant son voyage en Flandi*e où tous les gentilshommes s’efiorçaient de lui témoigner lem* reconnaissance. Que se passa-t-il à la Saint-Barthélemy ? Paré aurait échappé à la mort, seul de tous les huguenots, Charles IX l’ayant envoyé quérrn dans sa chambre et lui ayant ordonné de n’en i)lus bouger. Mais Malgaigne s’étonne que Henri III l’ait nommé son premier valet de chambre s’il était huguenot, et il lui paraît certain que Paré fit profession de foi catholique au moins après la Saint-Barthélemy.

A la fin de sa vie Paré eut à lutter contre la Faculté, car ime ruptm’e ouverte se fit entre elle et Saint-Côme. Il se tint autant que possible à l’écart ; cependant il fut forcé de protester contre les allégations du doyen Gourmelen, sur les vertus de la corne de licorne ; il eut à cœm’ sratout de défendre la ligature des vaisseaux.

Enfermé dans Paris en 1590 il subit les souiïrances d’im siège terrible tout en prodiguant ses soins aux blessés malgré son gi’and âge. Sa supplique à l’archevêque de Paris, cri de douleur devant les misères du peuple, est empreinte de l’éloquence la plus pure et de la plus touchante grandeur d’âme. Quatre mois après, Ambroise Paré succombait.

Pour Ambroise Paré les carnosités sont des accidents des chaudepisses : « L’humeur virulente qui sort des glandes prostates et passe continuellement par le canal de la verge érode par son acrimonie et ulcère en quelque endroit le conduit de la verge. Quelques fois en ces ulcères s’engendre une chair superflue, laquelle empesche quelquesfois la semence et l’urine ne passent aisément par leur voie ordinaire. »

Les signes des carnosités sont tirés de ce que la sonde ne peut passer facilement, et surtout de l’étude des difficultés mictionnelles. Pendant plus de trois siècles aucune description plus exacte n’en a été donnée : « L’urine sort grandement déliée, fourchue, ou de travers, quelquesfois ne vient que goutte a goutte avec grandes espreintes : de façon que le patient voulant

LES CARNOSITÉS

vriner est contraint d’aller à la selle ; d’auantage après auoir pissé, demeure une petite portion d’vrine denière la carnosité ; ainsi fait la semence après le coït... Aucunes fois est aduenu à quelques-uns vne entière suppression d’vrine qui leur a causé une telle extension de leur vessie qu’il en ensuiuoit une grande inflammation et quelques apostèmes en diuers lieux, dont l’vrine regorgeant en haut puis après sortait par plusieurs endroits, sçavoir à l’enuiron du siège, par le périneum, les bourses, le penil ainsi que j’ai veii à plusieurs qui est vn mal du tout incimable. »

La cure des carnosités est indirecte et directe ; pour la première. Paré recommande des fomentations, cataplasmes, liniments, emplastres et sulïumigations dont il donne la formule, et surtout l’emplastre de Vigo cum

Fig. 38. — Sondes pour détruire les carnosités (Paré, 1573).

mercurio car « je t’assem’e qu’il emporte l’honneur sur tous autres pour remollir et degaster telles duretés pourueu qu’il soit fidèlement dispensé ». ]3’ailleurs Paré ne perd pas de vue que « s’il y a soupçon que les carnosités tiennent de la verolle, il faut que le malade face diète et vse de décoction de gaïac, luy frottant les aines, tout le pcrineum et la verge d’vn unguent propre à la verolle car autrement on perdrait sa peine et son temps ».

Ce n’est du reste qu’un traitement préliminaire et « si on connaît que les carnosités soient calleuses et aient pris cicatrice (qui sera aisé à voir parce que d’elles ne sortira plus aucune humidité superflue), alors les conuient escorcher ou rompre avec une sonde ou verge de plomb ayant, un doigt près de son extrémité, plusiem-s aspérités comme une lime ronde ».

Une autre sonde terminée par un bouton hémisphérique mobile, à bord tranchant, est destinée à «pincer et comminuer la carnosité tant qu’il semble estre bon pour une fois ». îfon seulement Paré ne craint i^as l’hémorragie, mais il la recherche « pour mieux faire et abréger la cure, il est besoin de faire sortir du sang de la carnosité avec une sonde à fin de descharger la partie ». L’opération ne s’arrête pas là, il faut appliquer sur la plaie urétrale poudres et onguent à l’aide d’une « verge d’argent au bout de laquelle tu aui’as lié vne petite pièce de linge délié et ladite cannule estant mise la fenestre contre-mont afin que ladite jjoudre (de Sabine et d’antimoine) ne touche au conduit de l’urine, tu addresseras ladite fenestre sur les carnosités ». La douleur est combattue par une injection d’eau de plantain et la suppuration au moyen d’un onguent composé de camphre, de litharge, <l’or, d’antimoine, oliban, aloès, etc., « de cest onguent, en oindrez une can-

DE LA UENAISSA.NCE AU XIX« SIECLE

dellette eniiiron deux trauers de doigt, et le reste sera oint de l’onguent rosat de Galien ».

Quand on voit que le malade urine librement, c’est le signe que la carnosité a disparu ; et semblablement lorsqu’en mettant la sonde on ne sent « aucun empescliement il faut adonc desseicher et cicatriser l’ulcère ce que l’on pourra fane avec telle injection ».

Mais il est une chose plus imiDortante bien que Paré ne la nomme qu’à la fin, c’est l’introduction consécutive de chandelles de cire, ointes d’onguent dessiccatif et de verges et sondes de plomb, aussi grosses que le patient pomra les endurer et « icelle mettra dans la verge jusque sur lesdits ulcères, les ayant premièrement frotter de vif argent et les tenir jom* et nuit, le plus longtemps que le patient pourra ».

Loyseau n’est guère connu que pour avoir traité Henri IV de ses carnosités au moyen d’un caustique de son invention, qui n’empêcha pas, dit-on, une récidive rapide. Toutefois, Hemi W n’étant mort que 12 ans après l’opération, la dilatation consécutive a dû jouer un rôle plus important que la cautérisation elle-même. Malgré ces traitements le roi continua de souffrir de dysurie et d’accès de fièvre, ce qui porte à croire que ses reins étaient infectés au moment de son assassinat.

Turquet de Mayerne naquit à Genève en 1573, alla étudier à Heidelberg, puis à Montpelher. Eeçu bacheher, il revint à Paris où il se concilia la protection du duc de Eohan, puis de Hemi IV et ouvrit un cours libre poiu’ les chirm’giens et les apothicaires. Bientôt sa conduite parut teUe à la Faculté, que ses membres s’engagèrent par décret à ne plus avoir de rapports avec lui, sous prétexte « qu’il s’adonnait à la chymie condamnée par la Faculté». Ce décret visait surtout la valeur morale de Tm’quet, qui s’était compromis avec des charlatans et des gens méprisables ; mais il n’empêcha pas sa réputation de passer la Manche, car le roi Jacques I®^ le nomma son premier médecin; les Universités d’Oxford et de Cambridge le reçm’ent; c’était là un honneur bien rarement octroyé à un étranger, smdout à cette époque.

Cet exemple ne sera pas perdu. Combien de fois ne verrons-nous pas dans la suite des personnages peu estimés chez nous acquérir autorité et renommée à l’étranger, où il est facile de dissimuler une tare! peut-être aussi la mesure de l’honorabihté n’est-elle pas partout la même.

A l’étiologie des caroncules Turquet ajoute le traumatisme, incriminant les tractions exercées pour l’extraction d’un calcul m’étral ; aillems il prend l’effet pour la cause et accuse l’incontinence par regorgement de provoquer un rétrécissement. Il en est de même de toute cause irritative qui rend l’m-ine âcre et en particulier l’ulcère de la vessie.

Son traitement présente quelques particularités : il commence par préparer le malade par des lénitifs internes et externes et des lavements piu'gatifs. La préparation locale consiste dans l’introduction de bougies de cire ou de corne très fines, moyennes et épaisses, progressivement jusqu’à ce que la bougie pénètre entièrement dans la caroncule, et plus tard des cathéters d’étain ou de plomb qui ne peuvent fléchn. C’est alors qu’il applique le caustique composé de turbith minéral, d’excréments d’homme et de chien desséchés, d’antimoine, de vitriol blanc et de poudre de Sabine. On doit l’introduire à l’aide d’un cathéter de plomb frotté d’argent vif plutôt qu’avec

LI^S CARXOSITÉS

une bougie de cire. L’ulcère qiü résulte de la destruction de la caroncule est détergé, asséché et cicatrisé, puis la dilatation doit être poursuivie. Tuiquet i apporte un cas où il a vu une bougie de corne brisée servir de noyau à un calcul. Enfin il signale la présence d’un calcul derrière les rétrécissements et en conseille l’extraction immédiate en augmentant la dilatation du canal et surtout celle du col. Il réalise ainsi un progrès, mais comme ses devanciers, il attribuait aux caustiques le résultat que nous savons devoir être rapporté à la dilatation.

Enfin Lacuna, le Paré de l’Espagne, né à Segovie en 1499, est un fervent adepte de la cautérisation. Un seul de ses ouvrages nous intéresse : « Metliodus cognoscendi, extrahendique in vesicœ collo carunculas ». Le terme col de la vessie n’a pas une grande valeur et désigne la situation profonde des carnosités. Dans sa description de la dysurie, le retard du jet, les mictions nocturnes se rapportent à l’hypertrophie prostatique. C’est encore des bougies qu’il emploie pom- cautériser; la composition en est cimeuse. Xous la reproduisons d’après Eoucasn^ol : « Prenez vert-de-gris, orpiment, vitriol de cuivi-e, alun de roche, de chaque 2 onces ; arrosez le tout de très fort vinaigre, porphyrisez-le ensuite, et réduisez en une poudre très fine ; exposez un joiu- d’été au soleil ; arrosez ensuite avec du vinaigre, porphju-isez-les et exposez -les au soleil 8 à 9 jom*s consécutifs jusqu’à ce que la totahté étant réduite à la plus grande finesse, ait entièrement perdu son acrimonie et son mordant ; la poudre ainsi préparée, prenez 2 onces de htharge et 4 onces d’huile rosat que vous ferez cuire jusqu’à consistance d’onguent, mêlez-le de manière à en faire mi médicament un peu dm’ qui reste attaché à la bougie et ne pas couler étant même comprimé ». Ce médicament aurait été très efficace contre la strangurie vénérienne.

Pom’ décoiivi’ir une contribution importante à l’histoire des caroncules, parmi les nombreux ouvrages qui traitent ce sujet, il nous faut attendre Fabrice d’Acquapendente.

iSTé en 1537, il fut recueilli par la famille patricienne de Loredano qui le protégea, lui fit faire ses études et obtint qu’il fût nommé, encore très jeune, en 1567, lU’ofessem- d’anatomie, puis de chirmgie à Padoue. Honneurs, renommée et richesses affluèrent vers lui ; il moiu’irt à 82 ans à Padoue, réalisant le modèle du bonheur parfait : car tout lui réussit. Ses préceptes sont tous empreints d’un sens clinique véritable. Son Pentateugue dont la première édition parut en 1592, reflète l’opinion des Anciens, surtout celle de Celse dont il avait peine à se détacher, mais n’apporte qu’une faible contribution à la pathologie minaire. Les carnosités au col de la vessie, malgré la désignation de ce siège, sont en réalité des rétrécissements de l’urètre et ne correspondent nullement à l’hypertrophie prostatique dont Fabrice, pas plus que Paré ni Ferri, ne soupçonna l’existence. Il les traite en appliquant des emplâtres et par des injections d’abord émollientes, puis caustiques et par l’usage d’une verge de plomb qui « seiche les ulcères, arreste et resserre les chairs » ; en cas d’insuccès il pratique le cathétérisme forcé avec des sondes d’or ou d’argent qu’il laisse- 24 heures en place. Mais auparavant, il conseille les moyens doux, injections, introduction de tiges de persil et surtout de « menues bougies faictes d’une bonne mesche bien forte et de cire, à laquelle on am’a ajouté un peu de térébenthine.

lOü

UE LA RENAISSANCE AU XIX« SIECLE

laquelle, pouvant passer au delà de la carnosité, donne un bon signe parce que l’endroit où paraistra quelque compression, en la dite bougie, nous asseurera de la partie où est le mal. Vous marquerez, puis après cet endroit, et de la bougie, et y appliquerez après le médicament propre ». Voilà une première indication des bougies porte-empreinte, et d’une médication topique localisée de l’urètre.

Jusqu’à présent les carnosités ont été acceptées sans réserve et sans discussion : on n’admet pas que l’obstacle rencontré par la sonde soit autre chose qu’une production intra-urétrale. Pendant la torpeur de la chirurgie au xvn® siècle, aucune notion nouvelle d’anatomie pathologique ne nous est donnée.

D’après François Colot, « quand les urines se suppriment après des chaudespisses, quoique très bien guéries, on trouve des restes et des bords durs élevés de la cicatrice qui resserrent les parties » ; dans ce cas « l’urètre et le col de la vessie se gonflent et se resserrent ». Le remède ordinaire consiste dans l’introduction de bougies chargées de remèdes doux et non caustiques. Mais ces remèdes ne suffisent pas et dans ce cas. Colot n’hésite pas à pratiquer une incision périnéale et à ouvrir l’urètre. Il cite à ce sujet plusieurs observations d’m’étrotomies externes faites avec succès : dans la plupart des cas ce sont des complications suppuratives, gangrène, engagement de calcul derrière un rétrécissement, qui l’ont déterminé à inciser. Presque toujours il laissait une canule à demeiu’e.

Mais bientôt la pratique des autopsies conduit à des idées nouvelles. Saviard, qui en a fait beaucoup, déclare qu’il n’a jamais trouvé de carnosités, mais seulement des plicatures de la muqueuse ; il distingue même assez nettement les lésions de l’hypertrophie prostatique. Dionis repousse avec violence l’existence des caroncules, déclarant qu’elles sont « filles de l’intérêt et de l’imposture ». Méry et Brunner, plus précis, les considèrent comme rares. Pour eux les obstacles proviennent d’altérations de smdace, consécutives à des ulcérations. Leur conclusion, exagérée, est que la guérison en est toujours facile et que la dilatation suffit. Littré a également constaté des cicatrices dans différents points du canal.

Hunter, lui aussi, est éclectique ; il croit qu’il ne faut pas nier l’existence des carnosités. Sans doute des autopsies prouvent que certains rétrécissements sont formés par des brides et des cicatrices, mais des excroissances se développent aussi dans la lumière du canal et l’obstruent au niveau du col. Il exhume même l’opinion de Benevoli sur ce point, prouvant par là que la notion de l’hypertrophie prostatique lui échappe.

Enfin Morgagni apporte contre l’existence des caroncules les arguments ùréfutables de son observation. Rejetant les rétrécissements par soulèvement, dus à un dépôt de pus, il n’admet les caroncules que comme un fait extrêmement rare. C’est à peine s’il en a rencontré une fois ; mais il a vu souvent des cicatrices faire sailhe dans l’urètre, former une ligne oblongue, blanchâtre, dirigée obliquement du milieu de l’urètre vers la partie postérieure ; ces fibrilles charnues, ont pu à une époque plus rapprochée de leur formation, présenter des excroissances et donner l’illusion de caroncules. Ce sont les idées qu’adopteront J. -L. Petit et Chopart avec leur exclusivisme habituel.

Desault parle des carnosités comme d’un produit de l’imagination; i)our

LES CAKNOSITÉS

lai la rétention d’urine de cause urétrale est presque toujours causée par des brides qui siègent ordinairement au bulbe ou en avant, très rarement au delà : ce sont des cicatrices d’anciens ulcères ; pour expliquer ces derniers, il les considère comme lésions de la gonorrée et nous reporte ainsi à deux cents ans en amère. Il pratiquait la dilatation avec des sondes de gomme qu’il laissait en place un temps prolongé, pour produire une ulcération à laquelle il attribuait l’efficacité du traitement. Mais en cas de rétention, c’est au cathétérisme forcé qu’il avait recours, procédé qui deviendra presque exclusif entre les mains de Boyer.

A la fin du XYiii® siècle, les chirurgiens anglais reprennent la question en se basant à la fois sur des examens anatomiques et sur une exacte interprétation des résultats thérapeutiques.

J. Hunter, tout en donnant une excellente description des brides et des cicatrices, admet cependant l’existence des végétations ; le premier il s’occupe de la localisation de ces brides qui pour lui siègent surtout dans la portion bulbaire. La blennorragie en est la cause la plus fréquente, mais il en reconnaît d’autres, l’onanisme, le traumatisme, le cathétérisme; il défend les injections contre le reproche qui leur était fait déjà à cette époque de déterminer des strictures. Enfin il distingue les rétrécissements permanents des spasmodiques.

Le traitement de choix est la dilatation temporaire et graduelle. Hunter repousse l’emploi des bougies médicamenteuses. Si le rétrécissement est infranchissable, on essaiera de l’ulcérer en le traumatisant avec l’extrémité de la sonde ; mais Hunter j^réfère porter sur lui un caustique, précipité rouge ou nitrate d’argent, pour le détruire et iiermettre ultérieurement la dilatation. Il se félicite des résultats obtenus, mais il en reconnaît les inconvénients immédiats qui sont la rétention d’urine et une hémorragie parfois considérable. Loin de s’effrayer de cette dernière, il la favorise car c’est une décongestion favorable. Des récidives graves se produisent et telles qu’eUes rendent imjjossible toute dilatation ultérieure.

Enfin il ne recule pas devant l’instrument tranchant et dans un cas de fistule périnéale, il fit, à l’exemple de Colot et de Heister, une des premières lu’étrotomies externes et remporta un plein succès.

Dionis et de la Faye pratiquent eux aussi une sorte d’urétrotomie externe dans les cas graves, ime fois les accidents passés. De la Faye applique à l’mètre antérieur le traitement suivant qui ne paraît pas avoir trouvé beaucoup d’imitateurs.

Fig. 30. — De la Faye, 1098-1781. Gravure de Dupin (G. p.).

DK l,A RENAISSANCE AU XIX“ SIECLE

« On passe dans l’urètre, avec une sonde convenable qu’on fait sortir par la plaie du périnée, un séton fait d’une petite bandelette de linge efilé sur les costéz. Ce séton est graissé de digestif indiqué auquel on ajoute partie égale de précipité rouge et d’alun calciné.

« Quand la vessie est baveuse et ulcérée on y fait des injections au moyen

d’une sonde à poitrine qu’on introduit après avoir ôté la canule.

« Le séton doit être très long.

Chaque fois qu’on panse la plaie on le tire et on en coupe ce qui a été dans le canal depuis le dernier pansement ».

Lorsqu’on a fondu les dm’etés il ne reste plus qu’à dessécher le canal en le maintenant dans son diamètre. On graisse le séton de pomphahx et on introduit dans le canal une bougie enduite du même médicament. 7 ou 8 jours après on supprime tente et séton, on passe une algahe dans la vessie pour empêcher Um’ine de prendre son cours par la plaie. Si la

fistule persiste, on fera engrais- Fig. 40. — Sir Kverard llonie, 1/63-18^^ Gravure jg malade et On COmpi’i-

de illiam Sharp (G. p.). ^

niera.

Charles Bell, Watheley acceptent les cautérisations, mais celles-ci durent sm’tout leur succès à l’autorité de Everard Home qui s’en est montré un chaud partisan; elles ont pesé d’un poids lourd çur la thérapeutique du xixe siècle.

E. — LES SONDES ET LE CATHÉTÉRISME

A mesiu’e que les carnosités sont discutées et mises en doute, on assiste, parallèlement, au xvii® et au xviii*^ siècle, à l’abandon des cautérisations : le traitement se réduit à la dilatation, au cathétérisme. Il convient donc de revenir sur cette question et d’étudier les progrès apportés à ces manœuvres ainsi qu’aux instruments employés.

On a vu que l’usage des sondes remonte à la plus haute antiquité et qu’on en retrouve l’indication chez les Hindous et à la période hippocratique. Elles paraissent avoh* été exclusivement de métal pendant longtemps ; mais des sondes d’une composition différente ne tardèrent pas à être employées.

Les iVi’abes avaient sans doute emprunté à Oribase les sondes non métalliques. Malgaigne attribue à Guainer, qui professait au début du

LES SONDES ET LE CATHÉTÉRISME

XV® siècle, l’invention des bougies de cire, contre les rétentions. Ce serait donc à toit que cette invention a ete rapportée a Alderete qui enseigna à balanianqiie et qui en aurait transmis le secret à un empirique nommé Pliilipjie, auquel Lacuna en aurait attribue le mérité. Mais Amatus Lusitanus tient à ce que justice soit rendue à Alderete. Ces revendications n’ont pas grand intérêt et prouvent seulement que, peut-être oubliées en certains pays, ces sondes étaient d’un usage commun à la Eenaissance.

Dans la technique de la taille que Franco a donnée et qu’on trouvera plus loin nous détachons ces excellents conseils x>oiir l’emploi de la sonde.

« Or dautant que chacun n’est pas exjiert à la mener comme il appartient, non pas mesmes ceux qui ont ja longtemps exercé l’art, nous monstrerons comme il la fault conduire. Premièrement, l’a fault mettre par dessus Peine dedans le conduit de la verge, la poussant tout doucement, jusques à tant qu’on trouve résistance, lors on abessera la verge contre bas poussant tout bellement l’algalie ou sonde jusques à ce qu’elle soit parvenue à la pierre : laquelle estant repoussée du col de la vessie, restera à tirer le fil, qui est dedans ladite sonde, aün que l’urine sorte plus aisément.

« Autrement la sonde se peult mettre dedans la verge à l’opposite : assavoir le courbe devers le bas jusques à tant que la pointe soit au col de la vessie, ce que tu connoistras, quand à son aise elle ne poun-a plus aller avant : puis la tourner tout bellement vers Peine, et la pousser encores en tirans la verge en bas, tant qu’elle soit au vuide et capacité de ladite vessie... Mais si celuy qui opéré n’estoit stylé à la sonde, peult avoir un fil de plomb de niesme grosseur de la sonde, après l’avoii’ oint, faire ce que nous prétendons par icelle en le conduisant et introduisant de semblable méthode et manière que l’autre : dont peult advenir moins de fascherie, d’autant que l’argent ne se plie i^as si facilement que le plomb ; qui i)our ce regard l)ourra estre mis tout droit, car il se i)lie et obéit de soy-mesme selon le conduit... En défaut des autres on peult user de chandelles, qui sont faites exj)ressément avec cire et résine, térébentine, ou de ciré seule en un besoin, moiennant qui soyent assez longues, et bien déliées, pareillement ointes ainsi que les autres ».

Les sondes dont se servaient Ambroise Paré et Dalechamps et que rejjroduit la figure 32 présentent une grande courbure (fig. 41).

Fabrice d’Acquapendente donne plus de détails sm* le cathétérisme. Il décrit les sondes tl’argent, de cuivre, de laiton, et « jdoui* luy-même il s’est advisé d’en faire de quelque matière plus jiloyable que tout cela, c’est-à-dire de corne, substance qui, laissée à demeure, se ramolhssait au contact de l’urine et était ainsi facilement tolérée. « Les ^Anciens, dit-il, n’y faisaient qu’un seul trou au bout les modernes aussi un à côté. » De même il rappelle que Paul d’Egine avait coutume d’attacher un peu d’éponge au bout d’un fil ou un petit floc de laine et. Payant agencé sur le trou qui est au bout de la sonde, il le tirait par Porfice externe, tout le long du tuyau de la sonde afin que l’urine suivît ce fil.

Fabrice parle aussi d’une canule de toile enduite de cire, moulée sur une sonde d’argent. La rigidité donnée par la cire à la canule de toile était suffisante pom- que la sonde d’argent pût être retirée en laissant en i>lace son enveloppe ; mais celle-ci se ramollissait rapidement. Quelques années

DE LA RENAISSANCE AU XIX« SIÈCLE

plus tard Van Helmont remplaça la toile par de la peau de chamois bien cousue et enduite extérieurement de céruse et d’huile de lin. Il introduisait cette sonde avec un mandrin de baleine. La douceur de ce procédé, qui, d’après son auteur, a permis de renouveler 40 fois par jour le cathétérisme sur un même sujet, l’imposa à l’attention de tous. Le cathétérisme devait être en effet une opération fort douloureuse car, dans toutes les observations de ce temps, le consentement du malade paraît bien difficile à obtenir. C’est aussi ce qui a inspiré au modeste et consciencieux praticien que fut Couillard les préceptes de douceur que nous retrouvons dans la description suivante {Le chirurgien opérateur, Lyon, 1640, p. 82).

La fignYC des Sondes du fl cC argent efi telle.

« Les sondes qu’on loge dans l’m’ètre sont de diverses matières, celles qui se font de jonc, de bougie, et d’un fil de plomb oint d’huile ou de beurre se portent sans danger jusqu’au col musculaire de la vessie, car ces matières prestent et cèdent prenans divers plis soit pom* discerner les carnosités soit pour y porter les remèdes cathérétiques et dessiccatifs, soit pour les miner ou consumer avec quelque peu de violence.

« Les sondes d’argent se nomment algalies. L’introduction en est laborieuse et expose le pauvre patient à des excoriations calamiteuses si ce péril n’est évité par des souplesses et habitudes acquises par un fréquent exercice; voilà pourquoi il ne se faut adresser qu’à des personnes adroites et expérimentées.

« Premièrement il faut situer le malade sur un lict, les cuisses bien ouuertes, les talons près des fesses et qu’il soit à demi renversé, en sorte que les muscles de l’hypogastre soyent entièrement détendus, puis l’opérateur prendra le membre viril dans sa main gauche et du poulce et indice pressera l’extrémité dudit membre pour faire ouvrir l’orifice de l’iu'ètre et de sa main droite portera la sonde, dans le conduit de la verge, en abbaissant et couchant

LES SONDES ET LE CATHÉTÉRISME

ladite verge et la sonde tout le long du ventre, la courbe de ladite sonde regardant en haut ; en mesme temps l’opérateur la poussera jusqu’à ce qu’il sente résistance et en mesme temps abbaissera ledit membre, en poussant doucement ladite sonde, jusque dans le corps de la vessie, ou il cerchera la pierre avec la plus gi-ande dextérité que faire se pouiTa.

« Si cette façon de sonder semble fascheuse, tu mettras ta sonde à l’opposite, asçavoir le courbe deuers le bas et abbaisseras la verge en poussant

Fig. 42. — Scultet : Armamenlarium chirurgicum (Francofurli, 1666, PI. XV).

Fig. lu. — Extraction par le méat d’un calcul oblitérant Turètre.

Fig. i'. — Sonde à demeure pour les cas de douleur extrême dans la gonorrée.

Fig. vi. — Sonde pour détruire les caroncules.

Fig. «il et viii. — Deux modes d’exploration vésicale.

ta sonde jusqu’à ce qu’elle treuue résistance et alors donnera un demi-tour à ta sonde, en la poussant doucement jusqu’à ce qu’elle soit paruenuë dans le corps de la vessie. Cela fait tu tireras le filet de ta sonde et vuideras la vessie de son urine laquelle vuide se resserrant, amènera la pierre au bout de ta sonde. Je te peux affirmer qu’ainsi faisant tu ne manqueras pas de trouver la pierre, sans faire douleur considérable. »

Scultet, né à Ulm en 1595, étudia à Padoue et revint exercer dans sa ville natale ; partout on reconnaît l’admiration qu’il professait pour Paré, et il fit preuve de solides qualités pratiques. Esprit critique, sans personnalité considérable, il fit un judicieux résumé des connaissances de son temps

112 DE LA IIENAISSANGE AU XIX« SIÈCLE

et rendit un très grand service à la technique urinaire en entrant dans le

détail des opérations de petite chirurgie, et en sachant donner des indications X>our chaque cas. La planche (fig. 42) de son Armamentorium cliirurgicum,

montre la technique du cathétérisme en suivant pas à pas la description du texte.

Un peu plus tard Tolet reprendra cette description sur laquelle nous ne pouvons nous étendre. Les figures de plusieurs sondes qu’il reproduit sont assez différentes de celles que nous avons vues jusqu’ici : elles offrent une double courbm*e, la partie terminale est beaucoup plus longue. Tolet conseille de conduire la sonde et la verge vers l’aine la plus' éloignée de celui qui sonde, et d’étirer la verge afin d’éviter les plis et les rides de l’m’ètre ; puis on ramène le bec vers le pubis sur la ligne médiane pour abaisser le verumontanum ; le bas de la sonde se relève alors pour xDresser le sphincter et entrer dans la vessie.

Le procédé suivant, décrit par Saviard, était peut-être d’un usage courant parmi les lithotomistes ; toujours est-il qu’il le donne comme une découverte personnelle.

« Le principal obstacle se trouvait joignant le cou

de la vessie où l’inflammation faisait une espèce de bourlet qui arrêtait le bout de la sonde que toutes les impulsions n’aiu’aient servi qu’à occasionner im écoulement de sang. Quand le bout de mon instrmnent était parvenu près de cette grosseur, je le tirais un peu à moy, puis avec mon index gauche graissé d’huile que j’introduisais dans l’anus, je soulevai son extrémité, et je la faisais passer par dessus le bourrelet en baissant de ma main droite les anneaux de mon algalie et au moyen de ces mouvements contraires le bout de mon instrument entrait dans la vessie. » Comme beaucoup de chirurgiens d’alors, Saviard remplissait les yeux de la sonde de beurre poiu’ empêcher le sang d’y pénétrer en parcourant l’urètre.

Garengeot (fig. 43) indique la courbure de la sonde ordinaire, il nous

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