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LES SONDES ET LE CATHÉTÉRISME
JEAN EOUTS PETrr M
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inontro aussi une sonde traversée par un ül métallique j)our permettre à un bouton terminal de l’oblitérer pendant son passage dans l’urètre.
I n chirurgien hollandais, van Solingen, fit construire à la fin du xvii® sièch*. une sonde dont la forme n’a rien de spécial, mais qui était faite d’une lame d’argent contournée en spirale et destinée cà s’accommoder aux sinuosités du canal. Pour éviter que la muqueuse ne fût excoriée par les fissures de la sonde, on la recouvrait d’un parchemin, sur lequel on enroulait un fil de soie, et pardessus, de la cire remplissait tous les interstices. Petit-Eadel cite le cas d’un malade qui s’en est servi pendant 2 ans et qui la portait à demeure pendant 4 ou 5 jours. Cette ingénieuse disposition fut réinventée bien des fois, en particulier en Italie par Eoncalli, 50 années plus tard.
Quoi qu’il en soit ces inventions n’ont pas fait fortune et on voit la plupart des chirurgiens recourir à la sonde d’argent. Dionis, Le Dran, Le Cat et surtout Louis et La Peyronie ne se servaient pas d’autres instruments et le « Toiu’ de maître », dont Mareschal passe pour l’inventeur, était le procédé employé généralement. Il réussissait entre les mains de chirurgiens tels que ceux que nous venons de citer. Mais combien la séduction d’une manœuvre brillante n’a-t-elle pas occasionné de fausses routes et de catastrophes ! Déjà au xviii® siècle une réaction se produisait; J. -Louis Petit inventa sa sonde à double courbure, calculée sur des données anatomiques, non offensive pour le canal dans lequel on pouvait la laisser 10 ou 12 jours, fixée par des lacs (fig. 44). Un peu plus tard, de la Paye la modifia en rendant le bec plus court, plus facile à introduire. Chopart, Desault, J.-L. Petit n’acceptent le tour du maître qu’en décomposant les mouvements et en agissant lentement avec le consensus des deux mains, suivant l’expression de Boyer.
Fig. 4o. — J.-L. Petit, 1674-1750. Gravure de llardivilliers
E.VCVCI.. lj'uUOI.O(iIE. —
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Quoique condamné au xviii® siècle, nous verrons le tour du maître reprendre faveur au xix^, et ce n’est qu’après les leçons du professeur Guyon qu’il disparaîtra complètement, de France tout au moins.
Si le cathétérisme métallique restait à peu près seul usité pour l’évacuation
vésicale, il n’en était pas de même x>our le traitement des maladies urétrales, des caroncules et carnosités. îsTous voulons parler des bougies médicamenteuses qui pendant tout le xat:ii® siècle occuperont peut-être plus le j)ublic que le monde savant, et dont le Mercure de France permettrait de dresser une longue liste. Les plus célèbres fiment celles de Daran, d’ Alliés et de Goulard. Le premier acquit très rapidement une réputation qui le fit appeler en Allemagne, en Sardaigne, en Italie. Des cures retentissantes accrurent sa célébrité au point que Louis XX" lui fit demander de se fixer à Paris. Longtemps son secret fut gardé, puis il se décida à le publier.
Sous des apparences charlatanesques, s on procédé était bon ; il n’était autre que la dilatation progressive judicieusement appliquée, sagement graduée sans violence. Ajoutons][que Daran choisissait ses cas.
Alliés paraît avoir droit à moins de considération. Il employait deux sortes de bougies, les unes « simples » ou dilatantes, les autres « composées », suppuratives, incarnatives, dessiccatives, fondantes. X"oici quelle en ôtait la composition.
« Cire neuve ; deux onces de suif de mouton ou de bouc ; une once d’huile rosat, d’amandes ou de noix tirée sans feu ; faites fondre le^tout, laissez un ])eu refroidir cette matière et y trempez un morceau de toile de coton de la longueur d’environ neuf pouces. Il faut qu’elle soit>.oupée à droit fil pour être moins cassante. On tient le morceau de toile par les ^deux coins d’une
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(le ses extrémités. Pendant qu’on trempe dans la composition, une autre personne, tenant une spatule de bois de chaque main, la passe d’un côté et d’un autre de la toile. On remet ensuite réchauffer la matière quand on veut en charger un autre morceau de toile.
« Les bougies composées conviennent dans les affections érésipéleuses, iscm’euses ou chancreuses du canal ; on les rend suppuratives en ajoutant à chaque hvre de cire deux onces d’onguent de la mère, ou quatre onces d’emplâtre divine, ou une d’onguent d’Althæa, de basilicum ou de populeum. Les graisser avec ces onguents. Si les carnosités résistent aux fondants, alors employer des coiTOsifs au verdet, à la sabine, à l’alim. »
îsTous ne reproduisons ce passage que pour rappeler que les chirurgiens avaient autrefois l’habitude de préparer eux-mêmes leurs bougies, comme beaucoup d’emplâtres et d’onguents. Cet empiètement sur le domaine des apothicaires n’était pas mal vu, à tous les degrés du corps médical.
Goulard, professeur à Montpellier et membre de l’Académie des Sciences, apporta à cette méthode qui tombait en désuétude l’appui de sa haute situation. Ses procédés ne différaient guère de ceux de Daran; l’extrait de Saturne formait la base de ses bougies.
Plus importante est la découverte des sondes de gomme qui suivit de près l’importation du caoutchouc en Europe. Hérissant, régent de la Faculté, émit l’idée qu’il pouiTait servh’ à la fabrication des sondes. Un chirurgien itahen, Troja, a voulu mettre cette idée à exécution. Ses essais ayant échoué, il retourna en Italie. Pour perfectionner le procédé de Eoncalli, il construisit des sondes composées d’un fil d’argent contourné en spirale, et recouvert de cire et de soie. Il revint au caoutchouc mais il l’abandonna ensuite pour la gomme laque avec laquelle il parvient à construire des sondes lisses, souples, mais qui s’écaillaient facilement au contact cle l’urine. Pendant ce temps, im chiriu'gien de Berlin, Theda, employait un fil en spirale d’or ou d’argent recouvert de soie, puis de caoutchouc. Desault se servit de ces sondes puis les abandonna après quelques essais, car elles s’écaillaient et se détérioraient très rapidement.
Sabatier nous apprend que, pendant ce temps, le citoyen Bernard, bijoutier, que les chirurgiens chargeaient de fabriquer leurs instruments d’argent, continuait les recherches commencées par Troja et, réussissait à incorporer du caoutchouc à un tissu de soie fort serré, à le faire durcii’ et à donner aux sondes un poli irréprochable. Il fut longtemps le seul à fabriquer ces précieux instruments et il peut en être considéré comme l’inventeur. Si le mérite se mesm’ait aux services rendus, on voit combien les chirurgiens urologistes devraient lui en reconnaître, et il n’est que juste de faire revivre son nom si longtemps oublié.
Ponction vésicale. — De tout temps les difficultés du cathétérisme ont existé. Il n’est pas certain que Celse et Gahen aient pensé à évacuer la vessie autrement que par les voies naturelles, mais nous avons vu qu’Arétée de Cappadoce a pratiqué une boutonnière périnéale, procédé que les Arabes ont recueilli et employé, et dont quelques vestiges se retrouvent peut-être au moyen âge ; il se confond d’aillem's avec les procédés d’urétrotomie externe plus ou moins sommaires.
DE LA RENAISSANCE AU XIX° SIECLE
Nous en trouvons une preuve dans Kiolan. Un chirurgien italien du XVI® siècle, Zecchio, instruit, disait-il, par la nature qui fait couler l’urine par le périnée à la suite des abcès, prétendait avoir fait, le premier, une incision périnéale pour atteindre la vessie. Eiolan lui objecta que c’était une pratique courante parmi les médecins de Paris depuis plus de cent ans.
Cette assertion a lieu d’étonner, car il n’en est guère question à l’époque de Eiolan. Cependant Marianus Sanctus la conseille dans le cas de rétrécissements infranchissables. Un peu plus tard nous en retrouvons des traces, dans Couillard d’abord ; puis Eichard Wiseman assista pour cette opération un chirurgien du nom de Molins : « En 1652 celui-ci, sollicité par un malade qui ne pouvait uriner que grâce à une petite bougie en permanence, le plaça dans la position de la taille, incisa le périnée et l’urètre, « tout de son long » puis sutura la peau ; le malade guérit mais conserva une fistule, résultat facile à prévoir après une aussi énorme brèche urétrale suivie de sutm’e cutanée.
Solingen incisa aussi le périnée d’un malade qui guérit sans fistule.
Un des premiers, François Colot pratiqua des opérations périnéales ; c’était, il est vrai, pour des suppurations. Il incisait le scrotum jusqu’aux testicules afin d’ouvrir une « issue à tout le sang qui croupit dans la partie » ; quand l’urètre est devenu calleux et imperméable au cathétérisme. Colot l’incisait sans se guider par le cathéter; puis il déchirait les parois urétrales, et finissait par tout détruire avec le cautère.
Quoiqu’il eût plus souvent recours à la ponction périnéale, Dionis ne repoussait pas l’incision périnéale. Quant à Saviard il a pratiqué une véritable urétrostomie périnéale chez des rétrécis rétentionnistes. Il fendait le périnée, introduisait une sonde cannelée puis, sur elle, une petite algalie de femme qu’il laissait en place plusieurs jours.
Le procédé le plus simple, la ponction vésicale, ne paraît pas avoir été employé très anciennement. Colot raconte qu’en 1727 un chirm’gien, arrêté par une obstruction du canal, fit une ouvertiu'e au hasard et sans règle « coulant le poignard à l’endroit le plus charnu le long du rectum et allait percer la vessie ».
Le premier, Tolet donne une description précise de la ponction. Dionis, qui le cite et l’imite, place le malade dans la position de la taille, glissant au point où Frère Jacques faisait son incision, un bistouri à double tranchant, puis, guidée sur lui, une canule d’argent qu’il laisse en place. Heister, se rangeant à l’avis de Méry et Thévenin, préfère se servir tout de suite d’un troisquarts qu’il dirige non vers le col, mais latéralement vers le bas-fond de la vessie et qu’il laisse en place. Denis de Leyde, après Tolet, a fait percer deux trous latéraux le long de ce trois-quarts pour que l’urine, en suintant dès que la vessie est perforée, indique qu’on y est bien parvenu. En 1721, Juncker se sert aussi du trois-quarts. Les observations se succèdent : Manget, Droin plongent leur trois-quarts en plein périnée, tandis que La Peyronie en enfonce un de 6 à 7 pouces de longueur près de la cavité de l’isehicn en plein corps de la vessie.
I^endant tout ce temps, l’autre voie, l’hypogastre, avait été bien moins souvent suivie car les dangers qu’on lui reconnaissait pour la taille semlilaient imputables aussi à la ponction. Eiolan semble être le prèmier qui.
ClIIKURGIE RÉNALE \[-
ait fait de propos délibéré, une ponction hypogastrique peu de temps après les publications de Franco et de Eousset. Mais cette opération fut vite oubliée et Tolet est de bonne foi lorsqu’il s’attribue le mérite de l’invention ; Méry et d’autres l’imitèrent, en France et en Angleterre où Douglas et Middleton la proclament la moins dangereuse de toutes.
Heister lui donne aussi la préférence ; il enfonce juste au-dessus du pubis son trois-quarts qu’il laisse en place. Il le retire quelques jours après ; mais en cas de gonflement du col de la vessie, Heister a vu des vieillards forcés de le gaidei toute leur vie. 'V oila donc un exemple de dérivation hypogastrique, de nécessité il est vrai, mais qui n’en constitue pas moins un précédent.
Valsalva, en 1514, autorise, si cela est indispensable, à évacuer l’urine avec l’aiguille dont on se sert pour les hydropiques en l’enfonçant obliquement de haut en bas immédiatement au-dessus du pubis. Morgagni relate en faveiu’ de cette voie l’autopsie d’un malade mort 10 jours après une ponction et chez lequel on ne trouva aucune lésion viscérale.
Dans une annotation à l’ouvrage de Dionis, de la Faye a réglé la technique de cette intervention périnéale qui devient entre ses mains une importante opération. Il la reserve d’ailleui's aux cas graves de fistules urétrales. Le malade étant dans la position de la taille, il incise avec un hthotome ordinaire à côté du raphé et sur la cannelure de la sonde. Si, après avoir’ fait l’incision aux téguments, le chirurgien ne peut parvenir à ouvrir l’urètre, il y introduit un trocart dont la canule est fendue, et à la faveur de cette fente il porte un bistoin-i pour faii’e une incision à cette partie. M. Morand a pratiqué cette méthode avec sûreté à la Charité. Lorsqu’on ne peut introduire la sonde, on fait l’incision de la taiUe latérale; on introduit un troisquarts avec sa canule fendue et on ghssele long de cette fente la pointe d’un bistouri.