‹ Histoire de l'urologieChapitre 44 sur 76 · F. — CHIRURGIE RÉNALE · texte numérisé non relu

F. — CHIRURGIE RÉNALE

On estimera sans doute que le terme chirurgie rénale ne peut guère s’appliquer aux tentatives faites avant la fin du xix® siècle. Nous sommes loin de lui accorder dans le x>assé la valeur qu’il a aujourd’hui ; néanmoins les essais des chirm’giens sm* ce point ne sont pas sans quelque intérêt.

Si connue que soit l’histoii’e de l’archer de Bagnolet, nous devons la reproduire, car elle marque une date. Elle est due à Jean de Troyes qui l’a ijubliée dans la «Chronique scandaleuse» de 1474. «Au dit mois de janvier 1474, advint que un franc-archer de Meudon estoit prisonnier ès prisons de Chastelet pom* occasion de plusieurs larrecins qu’il avoit faits en diuers lieux et mesmement en l’église dudit Meudon et pour lesdits cas, et comme sacrilège fut condampné a estre pendu et estranglé au gibet de Paris nommé Montfaucon... En ce mesme jour fut remonstré au roy par les médecins et chirurgiens de ladite ville que plusieurs et diverses personnes estoient fort travaillées et molestées de la pierre colicque passion et maladie de costé, dont pareillement avoit été fort molesté le dit archer ; et que desdites maladies estoit lors fort malade monseignem’ du Bouchaige, et qu’il serait fort requis de voir les lieux ou losdites maladies sont concrées dedans les corps humains

DE LA HENAISSANCE AU X1X« SIECLE

laquelle chose ne pouoit mieux estre sceue que par inciser le corps d’un homme vivant ; ce qui pouoit bien estre foit en la personne d’icelui franc archer qui aussi estoit bien près de souffrir mort. Laquelle incision fust faicte au corps dudit franc archer, et dedans icelui quis et regardé le lieu des dites maladies, et après qu’il eust été veu fust recousu et ses entrailles remises dedans. Et fust par ordonnance du roy fait très bien panser, et tellement que dedans quinze jours après il fust bien guary et eust remission de son cas, sans despens, et si lui fust donné avec ce argent. »

Passion et maladie de côté, colique, calculs, incision latérale, tout cela paraît bien se rapporter à une néphrotomie ; l’issue des intestins est assurément contraire à la technique moderne, mais on peut bien admettre cette faute dans une expérience opératoire de ce gem’e. Malgaigne a fait justice de la légende qui l’attribue à Germain Colot.

Pour trouver une observation authentique d’intervention rénale il faut arriver à Cardan, chirurgien de Milan, né en 1501, qui, de propos délibéré, ouvrit un abcès lombaire contenant dix-huit calculs. Peu après Bauhin voit, en 1550, une tumem.* survenir aux lombes à la suite d’une suppression totale d’urine : il sent deux points fort durs au milieu de la tumeur, y pratique une incision et en tire deux pierres ; le malade guérit parfaitement.

Mercatus, médecin de Philippe II, conseille l’incision des abcès du rein, lorsqu’ils se trouvent près de la membrane extérieure ; mais l’ouverture d’un abcès profond serait fatale, car la plaie ne ijourrait pas se fermer. Toutefois Jean de Vigo signale la guérison de plaies accidentelles après l’issue longtemps prolongée d’un sang aqueux par la plaie. FaUope a vu le même cas, à la suite d’un coup de poignard, chez un malade qui avait rendu des mines sanglantes et pmmlentes ; il fut soigné par Dodonée et guérit.

Pierre Forest, après avoir signalé la guérison d’une plaie du rein sans fièvre s’élève cependant contre toute opération rénale, qu’il considère comme trop risquée, contradiction où on ne retrouve pas son bon sens habituel. Dalechamps, au contraire, plus entreprenant, cite un cas où un apostème rénal donna issue à des calculs et conseille d’en faciliter chirm-gicalement l’expulsion.

Eousset ajoute plusiem’s autres cas : un calcul de l’imetère évacué par la paroi abdominale, un abcès terminé par une fistule où une canule d’argent fut placée à demeiu’e, enfin deux observations où des abcès rénaux ont été ouverts chirurgicalement au fer rouge. Il combat les arguments tirés de l’hémorragie, de l’irruption du pus et ne juge pas que l’incision du rein soit fatalement mortelle. Le chirurgien peut suivre la voie que lui montrent les calculs et les abcès lorsqu’ils vont faire d’eux-mômes issue à la peau : mais ses conclusions sont moins hardies et c’est timidement qu’il conseille cette opération, à condition que le chirurgien s’y soit longtemps exercé, exigence peut-être excessive pour cette époque.

A côté de lui, Schenk de Grafenberg, chirurgien hardi, fait un plaidoyer en faveur de la néphrotomie ; après avoir cité plusieurs faits heureux, il se plaint de la voir négliger sans toutefois apporter aucun fait nouveau. Braquet aurait pratiqué avec succès plusieiu’s néphrolithotomies (?); x)eu logique, il déclare que cette opération n’est pas dangereuse, néanmoins il la condamne dans ses conclusions.

CHIRURGIE RÉNAIÆ

Plusieui's faits de traumatismes rénaux sont dus à Paré. Entre autres : « M. de Martigues, blessé au milieu du thorax, jetta le sang par la bouche la playe et les urines et moimut ». Voici enfin une autopsie. « Dans un corps mort, je trouvay un uretère de la grossem' du doigt oblitéré par une pierre. Le patient, deux jom*s deuant mourir, jettait son urine par la bouche. »

s’appuyant sm’ des considérations anatomiques, Eiolan montre l’avantage qu’il y a à inciser les abcès rénaux par la voie lombaire, car on évite ainsi le péritoine ; mais il repousse l’extraction des calculs, excepté quand il y a suppm’ation. Dans ce cas il conseille le cautère et « par ce moyen tirer le pus et même la pierre... si la natui’e n’enseigne pas ce chemin ou qu’elle ne commence à le faire, c’est une entreprise trop hardie de couper et ouvrir les reins, à cause que les chairs sont trop épaisses et trop enfoncées ». Il conclut en disant que ce serait un crime que de tenter une telle opération.

Voici enfin Cabrol qui pratiqua de propos délibéré une néphrotomie en se basant non seulement sm’ les symptômes, mais sm- le souvenir d’une autopsie récente.

« En l’an 1578, maistre Noël et moy fusmes appelés poiu’ ouvrir un honorable homme Anthoine Eignomme, marchant de la ville de Montpellier âgé de 60 ans, lequel avait un grand abcès du rongnon gauche, devant que l’ouvrir fusmes d’avis de le peser lequel trouuasmes qu’il était du poids de 14 livres avec son guist (paroi) et rongnons lequel guist était d’épaisseur d’une bonne peau de mouton ou maroquin.

« Depuis en ça m’est advenu un jeune homme marchand àPezenas, lequel avait en même endroit une douleiu’ fort gi’ande et m’appela pom* en auoir auis et m’ayant parlé et fait discours de sa maladie je fus d’aduis qu’il appelât conseil... à laquelle consultation fusmes quasi de contraire opinion les ims tenoyent pour une pierre au rein et moy, au contraire, tenois que c’étoit un abcès étant remémoratif de l’abcès du siem’ Eignomme. Le malade me renvoyé quérir me priant instamment de l’ouvrir, car il aimait mieux moiu’ir que de vivre si misérablement ; moy estant convaincu de prières tant de luy que de tous ses parents, me mis en deuoir de faire im ponctuel, non que je fusse si téméraire de l’ouurir seul mais y appelay tous ceux qui s’estoyoeint trouvés à la consultation et ayant apphqué mon cautère dedans, il y en eut de bien joyeux en la compagnie et trouuay la cauité et le heu de la matière, mais il n’en sortit rien. Deux hem’es après j’y fus pom’ changer le premier appareil et la tente étant sortie, fus contraint prendre un bassin de barbier lequel fut rempli de peux plus que de la moitié et continuay deux fois le jom- un plat le matin et un le soir ; cela dm-a l’espace d’un mois ou cinq semaines, mais avec les remèdes, tant d’onguents qu’emplastres, sérats, iniections, l’ulcère fut détergée, incarnée et bien cicatrizée et en est bien guéri, dont depui s’est changé à Marseille poiu’ poursuym’e sa traffique. »

Cabrol, que nous avons vu bon anatomiste, ne négligeait pas d’ouvrir le corps de ses malades défunts toutes les fois qu’il le pouvait; c’est ainsi qu’il décrit im rein en fer à cheval avec deux uretères, im autre avec un seul uretère très ample, un seul rein « d’une grandeur incroyable » couché smles vertèbres des lombes.

DE LA IlENAISSANGE AU AIX® SIECLE

Peu après, Pierre de Bayro, d’après Bayer, rapporta que chez une femme en proie à de cruelles souffrances, il a constaté une fluctuation profonde ; une incision donna issue à une grande quantité de matière et la malade se rétablit. Il conseille sans réserve l’opération, après avoir vu beaucoup de malades mourir pour n’y avoir pas eu recours.

Pendant tout le xvii® siècle, la chirurgie quoique bien timide encore, va nous montrer une série ininteiTompue d’opérations sur le rein qui témoignent d’un effort constant. Les auteurs plaident presque tous dans le même sens : utihté de l’incision d’un abcès rénal qui tend à se faire jour, danger d’une néphrotomie quand le rein n’est pas abcédé.

Cependant en 1622, une thèse soutenue par Duclédat sous la présidence de Cousinot, conclut, au grand étonnement des chirm-giens, à la possibilité d’ouvrir le rein calculeux pour en tirer la pierre. De son côté Losel de Künigsberg est devenu partisan de la néphrotomie, même sans abcès après avoir observé la guérison d’une plaie du rein. Mais Bewerwyck recommande l’abstention ; il a vu une guérison après l’issue spontanée de pierres d’une fistule rénale. Sennert rapporte deux faits où la suppuration rénale fut évacuée à l’aide du bistouri. Tulp, hésitant et pessimiste, n’ose proposer l’opération, à cause de ses difficultés. Eivière, en 1629, ouvre plusieurs abcès du rein ; il a observé une fistule consécutive d’où sortirent, pendant dix ans, des calculs du volume d’une amande ou d’une fève et une humeur séreuse qui coulait en telle abondance qu’on eût cru le malade trempé dans l’eau.

Enfin, Dominique Marchettis en 1633 nous donne l’exemple d’une vraie néphrofithotomie. Sur les instances du consul anglais Hobson il chercha à délivrer celui-ci d’une pierre du rein : il fit son opération en deux temps ; la perte de sang étant trop grande le premier jour, le lendemain il atteignit le rein, d’où il fit l’extraction de trois petites pierres, mais il ne put parvenir à fermer la plaie. Quelques mois ai3rès, sa femme, en le pansant, enleva un calcul gros comme un noyau de datte. Jamais plus aucune douleur ne fut ressentie, mais la plaie resta fistuleuse, et dix ans après Tison, examinant le malade à Londres, en a trouvé les bords calleux, baignés d’une urine infecte. De temps en temps les fistules se fermaient pendant quelques jours.

L’opinion de Nicolas Eobinson, médecin du Collège de Londi-es, est favorable à l’intervention mais ce chirm-gien ne fait que rapporter des exemples déjà connus ; il s’appuie, pour excuser la hardiesse de l’entreprise, siu- l’état des calculeux rénaux à qui aucun autre espoh* n’est offert.

A la fin du xvii*^ siècle, on était donc d’accord sm les indications de la néphrotomie. Méry la recommande, en se basant sur une fausse interprétation d’Hippocrate qui lui attna de nombreuses objections. Il trouva un auxiliaire dans Blancard qui considère comme possible l’incision d’un rein non suppuré, grâce à la ligature préalable des vaisseaux du rein qu’il fut le premier à proposer.

Ileister qui a vu des blessiu’es accidentelles guérii’, ne craint pas d’opérer,, mais seulement en présence d’un abcès causé par une pierre qu’il faut alors retirer avec les doigts, le crochet ou les tenettes.

En 1734, Ladite a fait une vraie néphrolithotomie en deux temps. Dans

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