VESSIE ET PROSTATE
atteinte portée à ses droits ; son excessive admiration des Anciens le conduisit à des erreuioj comme celles de combattre la circulation du sang et les décou- \eites de Paié. Cependant, chercheur consciencieux, il rapporta des observations de tumeuis vésicales, de tuméfactions de la prostate qui montrent son souci de 1 observation; mais il resta fidèle, lui aussi, aux divisions classiques de la séméiologie lu'inaire.
En dehois des carnosites et de la taille la pathologie urinaire est presque nulle dans Fabrice d’Acquapendante. Il n’en est pas de même de Fabiice de îlilden qui fut avec Wurtz un des plus grands chirurgiens du XVI® et du XVII® siècle. Anatomiste passionne, il opéra longtemps sur des cadavres. Sans secouer le joug des Anciens, il fit faire quelques progi’ès à la chirurgie urinaire. Dans ses Centuries, recueil d’observations toutes naïvement et consciencieusement prises, qu’il publia de 1606 à 1627, nous relèverons l’issue spontanée de calculs vésicaux par le vagin à la suite d’une ulcération vésicale, une hématurie consécutive à la suppression de flux hémorroïdal, un énorme cancer du pénis opéré, une veine émulgente double d’un rein, des observations de gros calculs vésicaux' et rénaux, l’extraction d’une pierre de 21 onces ; le malade étant mort pendant l’opération, Fabrice s’élève contre la voie haute ; l’observation d’un citoyen de Berne qui rendit plus de mille calculs en l’espace de deux ans ; un calcul ayant une balle pour noyau. Il indique enfin que les goutteux sont sujets à la pierre; il invente des pinces semblables à celles de Hunter, pour l’extraction des calculs de l’urètre.
Couillard est un des premiers qui, tout en reproduisant sans gi'ands changements les descriptions de ses devanciers, indique que la dysiuie n’est qu’un symptôme.
« Ischm’ie, strangurie et dysurie sont symptômes et dénominations de l’excrétion de l’urine lésée. D’après Galien, ischurie se prend poiu’ l’excrétion abolie, dysurie pour l’excrétion dépravée et miction laborieuse, asçavoir faite fréquemment avec travail et douleur. La strangime est longue, la miction se faite comme goûte à goûte et tient quelque milieu entre l’ischurie et la dysurie.
« L’ischurie dépend de causes externes comprimantes, matières enflammées ou troj) remplies, intestin droit du côlon tendu par des ventosités, matière fécale endurcie ou semblables, par cumulation universelle ou particulière des parties esmeues par les douleurs d’inflammation, des ulcères, ou par obstruction, toutes sortes de tumeiu’s contre nature et tubercules au col de la vessie, ou au conduit de la verge, après les ulcères, gonorrées virulentes ou autres ou iiar choses contenües dans la partie comme pus, phlegme, calcul, sablon, grumeaux de sang, caruncules et semblables.
L’ischurie suffoque en cinq jours ceux qui en sont atteints. »
Ces états aboutissent à l’incontinence à laquelle « on ne peut remédier aux personnes décrépites ni aux enfants. S’il y a intempérie froide et humide il faut eschauffer et desseicher par un bon régime de vin et éuiter ce qui est gras, huileux ou diurétique ; apphquer des cautères à la nuque, vésicatoire, erhins et apophlegmatismes ».
Avec Sérapion il recommande l’usage « du castoreum, de la thériaque, la poudre de rongnons et teste de lièvre. Il y en a qui dessèchent au four des
DE LA RENAISSANCE AU XIX« SIECLE
uessies de pourceau, de clieure ou de brebis ; les autres louent la langue d’oye, le gosier de cocq ou de poule bruslé et mis en poudre. Il y en a qui donnent des rats rostis ou bouilli dautant qu’ils dessèchent, auquel cas il semble que les moineaux seraient moins désagréable et plus conuenables. »
A partir de la fin du xvii® siècle les lésions commencent à être mieux connues ; nous pouvons en retrouver la trace et les indiquer sommairement. Cependant Heister est encore bien peu précis. L’incontinence d’mûne qui constitue une infirmité incommode à la fois pour le malade et pour son entourage reconnaît deux causes : le calcul de la vessie, et la paralysie du sphincter vésical. Dans le premier cas, le traitement est la lithotomie ; le second est justiciable du traitement médical.
D’ailleurs quoique Heister se soit assez longuement étendu sur le cathétérisme et la ponction vésicale, ses écrits, même en ce qui concerne la taille, n’indiquent pas un grand progrès. Il ne soupçonne guère les causes de rétention dues à la prostate.
Néanmoins les lésions et les symptômes de l’hypertrophie de cette glande commencent à se dégager. Avant l’époque que nous retraçons une même description s’appliquait à tous les troubles mictionnels ; rétrécissement de l’urètre, abcès de la prostate et de la vessie, aussi bien qu’aux caroncules de la prostate ; ce n’est pas que celles-ci aient passé inaperçues, car Benevoli, d’après Morgagni, en a décrit sous les noms de tubercules ; nous en trouvons également dans Drelincourt, Sylvius, Tulp, Fabrice de Hilden, mais sans que leur nature et leur rôle pathogénique ait été soupçonné ; Santorini parle d’un corps saillant qui s’avance dans la vessie au point d’en boucher le col et Bartholin décrit deux tubercules gros comme des testicules que la sonde écartait et qui reprenaient leur place à son retrait.
A Morgagni était réservé le mérite de montrer ce que sera plus tard l’hypertrophie prostatique. Celui qui devait devenir le maître indiscuté naquit à Forli en 1682 ; il se rendit dès 1698 à Bologne, y suivit les leçons de Valsalva qui devint bientôt son ami. Quand il lui succéda comme professeur d’anatomie, il avait à peine 20 ans. Dix années plus tard il vint prendre à Padoue la chaire d’anatomie que laissait libre la mort de Valisnieri et l’occupa pendant près de 60 ans, jusqu’à sa mort (1771).
A sa première publication Adversaria anatomica prima qui parut à Bologne 1706, succéda une série de travaux ayant presque toujours l’anatomie pour objet, jusqu’en 1762, année où, à l’âge de 80 ans passés, il publia le livre qui l’a immortalisé De sedihus et causis morborum, recueil, sous forme de lettres, des faits les plus intéressants que sa longue existence lui a permis de recueillir.
En ne considérant que l’appareil urinaire, nous pourrions dire qu’il fut le créateur de l’anatomie pathologique, mais lui-même se chargerait de nous démentir, car à chaque page, avec une conscience et un scrupule impeccables, il cite les anatomistes qui l’ont précédé. Valsalva, en particulier, apparaît si souvent qu’il semble être son collaborateur. Morgagni ne se contente pas d’une description scrupuleusement exacte, il ne i)erd pas le malade de vue; critique subtil et ingénieux, il juxtapose symptôme à lésion ; c’est un livre de pathologie autant que d’anatomie qu’il nous a laissé.
S’il sépare les abcès de l’hypertrophie de la prostate, la nature de celle-ci
ÜYSURIE, STRANGURIE, ISCIIURIE.