VESSIE ET PROSTATE
reste poiu* lui indécise. Est-ce une tumeur contre nature ou le développement naturel de la prostate ? Guidé par son instinct merveüleux il incline vers cette dernière hypothèse ; il pense que la partie supérieure de la prostate est sujette à former des excroissances qui s’élèvent dans la vessie, du volume d’une noix ou figurant une luette gi'osse comme une noisette ou une amande, ou bien naissant de la partie « traversée par une ligne saillante. » Il a distingué une « substance calleuse qui obstrue l’orifice », un « petit appendice calleux attaché en dedans à l’orifice de la vessie ».
Il hésite encore sur la nature des lésions et décrit ainsi celles qu’il a observées. « Du bord postérieur où commence l’urètre, s’élevaient deux éminences contiguës entre elles, blanches, dures, hémisphériques. En les coupant en long avec la glande prostate sousjacente, je trouvai qu’elles se continuaient entre elles et qu’eUes étaient composées de même substance et quoique quelque partie de cette glande n’eût pas cette blanchem’ et diu’eté, cependant le reste, et siu’tout ce qui s’élevait de part et d’autre du côté de la caroncule séminale, ne différait pas de ces éminences qui en étaient des prolongements, de sorte que, si celles-ci étaient squirrheuses, la plus grande partie de la prostate paraissait l’être tout autant. »
Fig. bO. - Morgagni, 1682-1771. Médaille de Mercali
Ailleurs il étabUt des distinctions importantes ; il parle d’une « tumeur si dure que pendant qu’on la coupait on se demandait si c’était du cartilage ou du ligament », et plus loin il décrit une autre autopsie « des glandes de la prostate qui envahissent la vessie et des glandes de même natiu’e dans l’aine du malade », c’est-à-dii’e une tumeur maligne avec adénopathie, qu’il confond avec l’hypertrophie. Enfin il a trouvé dans la prostate deux espèces de calculs, les uns semblables à des petits grains de tabac, d’autres se développant dans le canal m-étral.
Avant le xvn® siècle, on ne trouve aucune trace des néoplasmes vésicaux. Certains passages de Ferri, de Thierry de Héry, relatifs aux caroncules ont-ils trait à des saiUies prostatiques, ou à des tumeiu’s vésicales ? aucim chirurgien n’en a signalé l’enlèvement accidentel au cours d’ime taille avant Fabrice de Hilden qui rapporte un cas de ce genre ; mais depuis lors le fait s’est offert assez souvent aux lithotomistes. Couillard enleva un fongus avec des tenettes en 1639. Drelincourt et Blancard en signalent à l’autopsie ; une observation authentique appartient à Euysch qui a le mérite d’avoir donné le premier la figure d’une tumeur vésicale (fig. 51). D’une vessie
E.NCYCL. d’urologie. — I.
DE LA RENAISSANCE AU XIX» SIECLE
dont les parois avaient l’épaisseur du doigt, à surface écailleuse, s’élèvent plusieurs excroissances de chair glanduleuse dont l’une, pédiculée et voisine du col, donnait lieu à une rétention, et obligeait au cathétérisme. D’après Heister, Colot en aurait extirpé une plutôt par hasard que de propos délibéré. Il est assez probable que Sœmmering, Henckel, Sandifort ont retii’é des fragments de tumeurs qu’ils ne cherchaient pas ; il faut arriver à Le Cat pour voir ce chirurgien tenter l’extirpation d’un polype vésical chez une femme, après qu’il se fût assuré qu’elle n’avait pas de calcul. Peu après Desault, une fois le calcul enlevé, réintroduisit les tenettes pour enlever
Fig. SI. — Polypes de la vessie : Ruysch [Loc. citai.).
deux tumeurs. Morgagni ne cite rien qui ne puisse être plutôt rapporté à la prostate. Enfin une description de Chopart, exacte d’ailleiu's, est l’origine des discussions qui auront lieu pendant le xix® siècle sur le fongus et le cancer de la vessie.
Les malformations vésicales, lésions curieuses et d’une interprétation facile, ont frappé l’attention. Euysch, Blasius, Eiolan, Bonet, Haller, etc., ont vu des vessies doubles, avec des uretères s’abouchant soit dans chacune d’elles soit dans une seule. Morgagni se demande si ce sont des dispositions naturelles ou des accidents de la rétention.
Les vers, parasites des voies urinaires, presque partout acceptés sans discussion, éveillent des doutes chez Valisnieri : un malade lui affirmant qu’il en avait rendu, il estima que c’était des « escarbots nichés dans les poutres du plafond de sa chambre et qui étaient tombés dans le i)ot de chambre ». Mais Morgagni, après avoir* observé des lombrics et des ascarides, pense qu’ils ont pu s’introduire par une fistule vésico-intestinale. Il met en garde contre la confusion fréquente des vers et des caillots allongés.
La présence de corps étrangers dans la vessie entraînera longtemps encore
DVSURIE, STRANGURIE, ISCIIURIE. — VESSIE ET PROSTATE
des interprétations bizarres ; l’observation suivante de Pouteau en est un exemple :
« La pieiie avait le volume et la forme d’une amande avec sa coque. Elle sortit entière et s’écrasa sous les tenettes ; les morceaux s’étant séparés on trouva une fève de haricot qui lui servait de noyau. Le cas fut scrupuleusement examiné et on convint unanimement que ce noyau était un liaiicot blanc très bien formé : la pellicule qui le recouvrait se détacha, il se sépara en deux et on aperçut distinctement le germe. Le malade interrogé répondit qu’il était bien certain de ne l’avom pas fait entrer par la verge.
« Par quelle route cette fève avait-elle pénétré dans la vessie ? Le malade l’avait-il avalée et aurait-elle enfilé les vaisseaux lactés, le canal thoracique, la veine cave descendante ? De là serait-elle passée dans le ventricule gauche, pour être portée dans l’aorte et ensuite poussée par le torrent de la circulation dans les artères émulgentes, les reins, les uretères et la vessie ? Cette voie paraîtra toujours impraticable. »
Après avoir rappelé deux observations de Fabrice de Hilden où il dit que des graines d’anis ont été rendues, il ajoute : «Ces trois observations sont revêtues des caractères de l’authenticité, mais elles paraissent inexphcables par les loix de l’économie animale. Les vaisseaux lactés, par lesquels ces grains ont dû pénétrer dans la circulation, sont des tuyaux capillaires dont les diamètres n’ont aucune proportion avec ces différentes graines. C’est avec une satisfaction inquiète qu’on cherche à se persuader que la natui’e n’est pas assez marâtre pom* ouvrir’ aux corps étrangers des passages qu’elle a rendus si petits qu’a fin qu’ils ne puissent recevoir que la quintessence des substances destinées à notre nourriture ».
Morand, un demi-siècle auparavant avait déjà discuté la question « et en admettant, dit-il, qu’il existe des conduits réunissant la vessie aux reins et à l’estomac, faut-il en conclure qu’ils donnent passage à des corps solides ? »
Cette longue discussion, en même temps qu’elle montre les doutes d’un observateur consciencieux comme Pouteau, exphque la foi à l’inexplicable. Quand, 50 ans à peine plus tard, Civiale admettra qu’im haricot est arrivé dans la vessie par les voies mystérieuses de la circulation, les quolibets pleuvront sur lui et cependant ses maîtres, contemporains de Pouteau, avaient pu croire à cette enfantine pathogénie.
De son côté Morgagni signale une foule de corps étrangers de la vessie encroûtés de calculs, déterminant des lésions ascensionnelles des reins, surtout des aiguilles trouvées dans la vessie si fréquemment qu’il se demande si « les filles de notre Italie y sont plus exposées que les autres ». Il n’hésite pas à tenir pour suspect le mécanisme invoqué par les malades qui prétendaient alors comme aujourd’hui que des aiguilles avalées par mégaïuie étaient tombées dans la vessie.
Parmi les lésions vésicales, l’affection calculeuse occupe naturellement une grande place ; il indique que la formation des calculs a lieu dans les reins d’où ils descendent et aussi dans la vessie où ils grossissent ; les eaux de rivière et de sources, l’usage immodéré du vin rendent les calculs moins friables. Il en a vu de toutes dimensions, depuis de petits grains de sable
DE LA IDCNAISSANCE AL XIX" SIECLE
jusqu’aux calculs énormes qui empêchent le cathéter de se mouvoir dans la vessie. Ceux qui remplissaient entièrement cette cavité étaient creusés de deux sillons pour conduire l’urine des uretères à l’urètre. S’il parle des calculs sihceux, « durs comme une pierre pyrite qui, frappés avec le fer, jettent du feu », c’est pour taxer de supercherie les lithotomistes qui les ont montrés. Mais il les excuse ailleurs de ne pas trouver pendant l’opération un calcul qui fuit sous le doigt ou qui tombe dans une cellule alors que le cathéter en a révélé l’existence. A propos de la nature des pierres, Morgagni fait voir combien est chimérique l’espoir de les dissoudre par des alcalis qui corroderaient les parois vésicales.
La question de l’adhérence des pierres à la vessie a passionné les chirurgiens et les anatomistes. Si Fabrice de Hilden les admet et les considère comme dangereuses parce qu’on ne peut les saisir sans lem* enveloppe. Colot nie leur existence; «elles n’ont jamais été rencontrées, afflrme-t-il, que par les mauvais opérateurs qui disent, quand leur ouvrage est imparfait, que la pierre est adhérente et qu’elle tombera d’elle-même par la supi^uration. » Mais Garengeot prétend qu’il a « tiré une pierre en incisant le kiste ; ce sont ces sortes de pierres que les anciens ont appelées adhérentes ».
Le Cat de son côté, tout en rejetant l’adhérence aux parois de la vessie qui répugne à la raison comme aux lois de la physique, admet cependant la fréquence de l’enkystement ; lorsque ce kyste fait bosse dans le bassin le malade est sans espoir. Aillem's les pointes d’une pierre peuvent faii-e naître dans la loge des excroissances fongueuses et baveuses qui s’y installent.
Les arguments contre l’adhérence des calculs semblent un peu naïfs et il a fallu que Douglas les multipliât poiu’ arriver à convaincre ses contemporains. Il conclut en disant : « D’où il est évident que l’adhérence de la pierre à la vessie n’est qu’une imagination inventée pom’ mettre à couvert les fautes commises par l’ignorance et par la négligence des opérateurs. » De tout temps une lésion anatomique imaginaii’e ou exceptionnelle a été invoquée par les auteurs dans l’embarras; c’est poiu'quoide nos jours, on voit si souvent l’arthritisme intervenir dans l’étiologie, les varices de la vessie expliquer des hématuries et surtout le spasme de l’iu'ètre sauver l’amour-propre des chirurgiens.
La fin du xym® siècle donne à la chirui’gie mânaire deux de ses plus brillants représentants, Desault et Chopart.
Desault, né en 1744 à Magny-Vernois en Franche-Comté, fit ses études au Collège de Lure ; mais sans goût poiu' l’état ecclésiastique auquel il était destiné, il y renonça, se mit au service d’un chirm’gien de village, vint à Belfort, puis à Paris où il étudia sous Morand et Antoine Petit. Dès 1700 il ouvrit un cours d’anatomie avec un succès tel qu’il excita l’envie des chirurgiens de Saint-Côme. Les démêlés qu’il eut avec eux lui am’aient fait interdire son enseignement, s’il n’eût été soutenu par Louis et La Martinière. C’est grâce à eux et surtout sous la pression de l’opinion publique que le Collège, bientôt l’Académie de Chirurgie, lui ouvrit ses portes et presque aussitôt celles de l’Ecole pratique. Il choisit x)our sujet de sa thèse de récex)tion, les modifications (pi’il avait ax)portées à la taille d’Hawkins.
Nommé chirurgien de la Charité en 1782 il x^artageait son temx)S entre
DYSURIE, STRANGURIE, ISGIIURIE. — VESSIE ET PROSTATE
ses malades et ses élèves. A l’Hôtel-Dieu où il fut préféré à Pelletier il se consa,cra entièrement à ses nouvelles fonctions, passant presque toute sa vie a l’hôpital. Il inaugura le service tel que nous le concevons de nos jours ; ses leçons cHniques sont restées un modèle que peu de chirm-giens ont surpassé. La Eévolution française lui fut fatale ; il ne put se comoler de la suppression du CoUège de chirurgie, bien qu’il ait été nommé membre du Comité de santé des armées et désigné pour soigner le dauphin Louis XVII au Temple. Il mourut le 29 mai 1795, d’une fièvre « ataxique », si brusquement qu’on pensa qu’il avait été empoisonné pom* n’avoir pas voulu se prêtera des manœuvres criminelles contre le dauphin :
mais l’autopsie que Bichat fit de son corps démontra lafausseté de ces soupçons.
Chopart, ainsi appelé du nom de sa mère qu’il adopta de préférence à celui de Tiu'liu’e, son père, parisien de Paris où il naquit en 1743, marqua im goût très vif pour la chirurgie dès ses premières années. Il étudia à la Pitié, à Bicêtre, fut reçu maître en chirurgie en 1770, professeur à l’Ecole pratique où l’éclat de y ses leçons le fit nommer successivement conseiller, commissan*e, vice-directeur de l’Académie de Ghirm-gie, prévôt du Collège de Chirurgie. Il succéda à Bordenave dans la chaire de physiologie en 1782, puis occupa enfin ceUe de chirurgie jusqu’au 21 prairial an III, date à laquelle il succomba d’une attaque de choléra. L’aménité, la jovialité et surtout la sûreté de son caractère lui attirèrent de chaudes et constantes amitiés, notamment celles de Hunter et de Desault. L’esprit clinique qui l’animait, ainsi que sa franchise et sa bonhomie se retrouvent dans ses écrits.
Il faudrait tout citer dans l’œuvre que Desault et Chopart ont accomplie pour en donner une idée et le cadre de cet article ne nous permet pas de le faire. On jreut à bon droit les considérer comme les créateurs de la chirurgie urinaire, car ils ne se sont pas limités à la pratique d’un petit nombre d’opérations. Ils ont découvert les rapports qui unissent les divers organes de l’appareil imnaire ; les premiers, ils ont eu une conception haute et large des affections qui les atteignent.
(-'es deux hommes, unis par une étroite amitié, avaient des qualités communes : le bon sens, la passion de la clinique, l’amoiu* du progrès ; mais quelle opposition dans lem’s procédés d’enseignement ! Desault, orateur et
DE LA RENAISSANCE AU XIX« SIÈCLE
merveilleux causeur, attirait à ses leçons un concours d’auditem-s toujours captivés. Mais il a laissé peu d’écrits ; encore est-ce Bichat qui a réuni et publié ses notes. Cependant le souvenir de ses brillantes leçons s’est transmis jusqu’à nous, de même que nos contemporains perpétueront la mémoire de Lasègue, de Trélat et de Dieulafoy.
Les qualités de Chopart étaient toutes différentes : son élocution médiocre et confuse ne retenait que peu d’élèves autour de lui. Aussi s’est-il attaché à recueillir les faits cliniques qu’il devait utiliser pour la rédaction de son livre. Celui-ci vivra longtemps : les observations bien prises, présentées nettement et en grand nombre, sont choisies avec art et si bien groupées qu’elles font dérouler devant le lecteur l’histoire d’une maladie et la fixent dans son esprit.
Il est regrettable que l’exemple de Desault et de Chopart n’ait pas été immédiatement suivi ; nous verrons que le souci de la clinique, pendant une grande partie du xix® siècle, a cédé le pas aux inventions instrumentales et aux hypothèses. Il faudra attendre que les grands chirurgiens de la fin du siècle dernier reprennent les traditions que Desault et Chopart n’avaient pu faire accepter par leurs élèves immédiats.
CHAPITEE V
LA TAILLE ET LES Ll THOTOMISTES
Dans les chapitres qui précèdent nous avons indiqué chemin faisant les principales étapes de la lithotomie, montrant que, si les anciens Egyptiens paraissent l’avoir ignorée, les Hindous et les Persans l’avaient pratiquée à une époque fort reculée ; comme il est impossible de fixer une date précise, on considère comme probable que cette opération fut apportée en Orient par les Grecs au moment des guerres d’Alexandre.
Mais elle était méprisée et abandonnée à des personnages assez peu honorables pour qu’Hippocrate, dans son serment, défendît aux médecins de la pratiquer. Cette proscription produisit peu d’effet, car des médecins tels qu’Ammonius, qui occupait une haute situation, ont pratiqué et perfectionné la taille. Î^Téanmoins elle restait réservée presque exclusivement à des spécialistes nomades qui allaient exercer de ville en ville ainsi qu’on le voit encore aujourd’hui en Orient.
Celse nous donne une description que nous avons reproduite (v. p. 37) de la méthode alors employée; elle existait certainement avant lui car il ne la présente pas comme une méthode personnelle. Sa simplicité même l’imposait à tous ; plus ou moins modifiée par les médecins grecs et romains, Paul d’Bgine, Anthyllus, Oribase, par les Arabes, puis par Guillaume de Salicet, Guy de Chauliac, etc... ; elle persistera jusqu’au xviii® siècle sous le nom de petit appareil.
Le grand appareil. — C’est au commencement du xvi® siècle qu’une méthode nouvelle qui devait détrôner l’antique procédé fut employée par Giovani di Eomanis, plus connu sous le nom de Jean des Eomains, médecin à Crémone ; nous n’avons sm* lui d’autres renseignements qu’une lettre écrite par lui à Marianus et retrouvée par Malgaigne.
Eencontrant des difficultés pour reconnaître le col vésical chez un enfant, il imagina d’introduire une sonde dans le canal et de s’en servir comme de conducteur vers la vessie. Il perfectionna peu à peu ce procédé et multiplia les instruments, ce qui lui fit donner le nom de grand appareil.
Sa méthode nous a été transmise par Marianus Sanctus, qui, né à Faenza, étudia d’abord à Haples, puis à Eome sous Jean de Vigo. Son maître principal fut Jean des Eomains dont le nom même serait sans doute resté inconnu si Marianus n’avait eu la probité, bien rare à cette époque, de rapporter à son maître la technique qu’il tenait de lui. Il est d’ailleurs possible que ce procédé ait été employé avant lui par des inciseurs qui auraient
LA TAILLE ET LES LITIIOTOMISTES
gardé leur secret, comme la plupart d’entre eux à cette époque. D’après Malgaigne, Bartolomeo Senarega, historien de Gênes, déclare qu’en 1510 mom’ut un chirurgien excellent, qu’ « on am’ait cru égal à Esculape » et qui
était parvenu à « tirer des pierres gTosses comme un oeuf » en introduisant dans la verge un ferrement subtil pendant qu’un autre ferrement, tordu en crochet, servait à extraire le calcul brisé. Il s’agit peut-être de Battista
Eapallo qui enseignait à Saluce et qui aurait été le maître de Jean des Eomains. LToutefois il n’aurait dû lui donner que des leçons théoriques.
car pendant tout le xv° siècle aucun chinirgien gradé ne s’est abaissé à faire la taille.
Le livre de Marianus De lajnde renum et vesicœ lihellus ne contient rien de nouveau et reproduit les recettes en usage pour le traitement interne do la pierre ; il n’en est pas de même de son Lihelhis aureus, sur l’extraction de la pierre, qui marque une date importante dans l’histoire de l’I^rologie.
Pour pratiquer la taüle, il place le malade sur une table, la tête relevée, les
LE GRAND APPAREIL
cuisses fléchies et maintenues ainsi par un aide. Après s’être assm-é de la présence de la pierre à l’aide d’un explorateur il introduit par
Fifï. ôü. — Conductorcs ilbid., p. lüüj.
l’urètre une sonde cannelée ou itinerarius (fig, 53). La méthode repose sur l’emploi de cet instrument. Celui-ci étant reconnu au travers du périnée,
le chirui-gien fait une incision d’une étendue variable avec l’âge du sujet et la grosseur de la pierre, à gauche du raphé, à l’aide d’un rasoir ou nova-
cula (fig. 54). Les tissus sont sectionnés jusqu’au col, mais il ne faut pas que la lame intéresse le sphincter car il en résulterait une incontinence. Puis dans la cannelure il glisse un exploratorium (fig. 55) qui, lui-même, sert de guide aux deux conducteurs (fig. 56), qu’on introduit séparément.
Ils servent à frayer la voie à Vaperiens (fig. 57) dont la disposition a été utilisée par Paré, Dalechamps, etc., et figure dans les traités jusqu’au xviiT® siècle. Entre les conducteurs laissés en place, il fait pénétrer le forceps
LA TAILLE ET LES LITHOTOMISTES
(tig. 58) polu’ charger et retirer la pierre. Deux autres latera (lig. 59) augmeutent la dilatation. Enfin après avoir introduit le verriculum, sorte d’explorateur, on débarrasse la vessie avec la cochlear (fig. 60) ou cuiller, des débris du calcul. L’emploi de cet instrument indiquait qu’on produisait l’éclatement
Fig. 59. — Due Latera (Ibid.).
de la pierre, mais Marianus le considère plutôt comme un accident, car, plus loin, en décrivant le frangens, il en déconseille l’emploi.
Marianus ne garda pas pour lui son secret, il le publia dans son livre et le fit connaître à son élève Octavien da Villa qui exerçait à Borne ; la réputation que ce dernier acquit comme lithotomiste le fit appeler dans
Fig. 60. — Cochlear (Ibid., p. 106).
toutes les régions d’Europe. A-t-il montré à Laurent CoUot la technique nouvelle, un jom* qu’il s’était trouvé avec lui dans la petite ville de Trainel près de Troyes ? Bien ne le prouve, mais on prétend que CoUot, l’ayant ainsi apprise, l’a mise en pratique sans en rien dire, enrichissant de ces progrès les secrets dont sa famille et lui étaient détentem’s. Quoi qu’il en soit, la méthode ne resta pas secrète et fut bientôt généralement adoptée.
Franco s’y rallia, après avoir d’abord pratiqué le petit appareil, et en fit une lumineuse description. Né à Turriers, en Provence, probablement vers 1500, Franco nous donne peu de détails sur sa vie. Il fut mis en apprentissage chez un barbier opérateur ; quoique ses études fussent restées sommaires, il avait cependant appris le latin, car comme le fait remarquer Nicaise, il cite des autem's, Marianus Sanctus en particuUer, qui n’avaient pas été traduits en français ; le latin médical était d’ailleiu’s facilement
\A<: (iRANl) APPAREIL
intelligible pour un provençal. Il s’est surtout instruit lui-même auiu’ès de ses malades et étudia l’anatomie qu’il place avant toutes choses. Vers l’âge de 40 ans Franco quitta la Provence, vint à Berne, puis à Lausanne où il opéra avec succès. Dix ans après, sans doute par crainte des persécutions contre la religion réformée à laquelle il s’était converti, il reparut en France, à Orange, où il mourut vers l’âge de 60 ans.
Franco n’appartient à aucune école et il ne professa nulle part, malgi’é l’assertion d’Eloy qui prétend qu’il enseigna à Fribourg. Barbier-chirurgien, il garda quelque chose des habitudes des opérateurs ambulants, qui avant lui étaient seuls à pratiquer la taille. Il resta toujours subordonné aux médecins et accepta de bonne grâce cette dépendance, sans chercher à la contester comme faisaient les chirurgiens de Saint-Côme.
Cette modestie ne fait que rehausser sa valeur morale. Honnête, consciencieux, n’oubliant jamais que la vie du malade est entre ses mains, il s’éleva avec violence contre les charlatans qui ne sont que « cupidité et ignorance ». Les progrès qu’il a fait faire à la chirurgie sont considérables. Il a, sur Ambroise Paré, l’avantage d’avoir pratiqué lui-même la taiUe, où il excelle et triomphe.
Il consacre.de longs développements à l’opération de Celse; les modifications qu’il lui apporte prouvent qu’elle lui était familière. Sous le titre « De la cure de la pierre avec gros ferrements » il reproduit la description de Marianus. Faut-il croire avec Malgaigne que le procédé de Jean des Eomains ait été usuel à cette époque ? Sa technique, plus précise que celle deMarianus, ressemble beaucoup à ce procédé ; notons toutefois ce passage : après avoh’ introduit la sonde cannelée dans l’urètre et incisé la peau, «estant le rasoir dans ladite canule, il fault copper le col de la vessie sur la cavité d’icelle. Ce fait, on traînera le rasoir par dedans icelle, lequel comme avons dit par cy-devant coppera des deux côtés : ayant fait bonne ouverture vers la capacité de la vessie et contre la verge, gTande dy-je, selon la pierre ». On a voulu voir là un précédent de l’opération du Frère Jacques qui incisait le col. Mais si les mots « copper le col » paraissent précis ; ils cessent de l’être après ceux-ci : vers la capacité de la vessie et contre la verge. Il est donc probable que Franco incisait seulement l’urètre prostatique. Par contre l’instrument qu’il figure plus loin comme l’ayant inventé, les tenailles incisives (fig. 61), indique bien son intention de couper le col. « Icelle étant dans la vessie, la faudra ouvrir tout large que l’on veult faire l’incision et ouvertm'e qui se fera en la retirant. » Mais il ajoute : « toutefois je n’en ay pas encore usé. » Aveu qui, joint au précepte de ne pas pratiquer d’incisions trop grandes, prouve la crainte que son instrument lui inspù’ait.
Les figures 62 et 63 représentent deux autres instruments de son invention, le fondamental et les tenaüles à quatre. Deux doigts de la main gauche placés dans le rectum, servaient de guide au fondamental qui, était introduit fermé, et poussé au delà de la pierre. Deux lacs permettaient d’écarter deux plaques, qui, conduites vers la vessie, comprimaient la pierre vers le pubis et l’empêchaient de remonter. Les tenailles s’ouvraient en quatre branches « tellement qu’elles pouvaient empoigner une pierre aussi gTOSse qu’un œuf ».
L’opération propre à Franco est la taille en deux temps qui lui avait été
LA TAILLE ET LES LITIIOTOMISTES
inspirée par la longueur et l’incertitude des manœuvres, autant que par un sentiment d’humanité.
« Je me suis trouvé autrefois n’ayant point de ces tenailles n’y autre moyen pour tirer la pierre qui se présentoit si grosse, que j’ay esté lors contraint
Fig. 61. — Franco ; Tenailles inci- Fig. 62. — Franco : Fis. 63. ; — Franco;
sives. Le Fondatnenlal. Tenailles à quatre.
la laisser ; ne Pansant aucunement entreprendre, craignant qu’ils ne mourussent entre mes mains, ausquels aussi convenoit nécessairement moiu'ir avec grand travail et peine : et à tels persomiages est plus expédient la mort que la vie si misérable. Je n’ay point trouvé, comme de fait on ne trouve (au moins que je sache), aucuns I)octeurs avoir escrit ceste façon de faii’e. Et de fait, aucims le trouvent estrange de laisser son patient ainsi en repos l’espace de cinq ou six jours plus ou moins apres avoir fait l’incision. Bien est vray que gens de bon jugement, quand ils ont entendu les raisons, ont esté satisfaits, ou le doivent estre.
LE GRAND APPAREIL
« Or l’expérience me l’a enseigné, m’estant quelquefois advenu, que après avoir tiré une pierre, le patient estoit tant debile, que je n’ausoye entreprendre de le plus presser, pour savoir s’il y en demeuroit point d’autre, craignant qu’il ne mourust entre mes mains. Or ayant mis les appareils sm’ la playe, et bendé comme avons dit dessus, je lelaissoye jusquesàce qu’il fust plus fort, et bien souvent ay trouvé que en changeant le premier appareil, ou apprest, que la pierre qui estoit demeurée, estoit sortie du tout dehors d’elle-mesme, et principalement, quand elle estoit plus petite que celle qui avoit esté tirée. Autrefois la pierre d’elle mesme s’estoit rendue à la
La. figure d vn homme fituc comme il faut quand on luy njeut extraire la pierre de la Vefie.
Fig. ü4. — Ambroise Paré (Liv. XV, chap. ,\v.)
playe ; tellement, que l’on la pouvait voir : mais d’autant que la playe du dehors est toujours plus petite, que celle du dedans, ou doit estre, la pierre estoit là arrestée : tellement que bien souvent en sortait une partie dehors. Davantage, si la pierre estoit plus grosse que la première, elle venoit jusques au col de la vessie sur la playe, et leur donnoit douleiu’ comme les autres.
« Voyant ces choses, et les ayant par plusieurs fois pratiquées, j’ay colligé ceste méthode contenue en ce chapitre : assavoir qu’après l’incision faite de ne tirer la pierre tout à la fois si d’elle mesme ne s’y presentoit, ains attendre comme nous avons dit cy dessus. »
Quel que soit l’intérêt des descriptions de Paré, nous ne pouvons que signaler son chapitre consacré à la taille. Il ne l’a jamais pratiquée. La haute situation qu’il occupait à la cour et dans la confrérie de Saint -Côme le lui interdisait. Bien qu’il se soit souvent élevé au-dessus des préjugés, il semble qu’il n’ait pu surmonter celui-là dans la crainte d’être mis au
U2 TAILLE ET LES LITIIOTOMISTES
rang des coui’eurs. Toutefois il faut lui rendre cette justice qu’il n’a pas dédaigné d’être utile aux litliotomistes en leur donnant une technique exacte
L .1 fin un oh <î Ccxtrcmitcdes aiprom y a vnc viz. four les mieux tenir, auec vnefitct de fer E fliée^four les ferrer encoT d auantage . Ladite fsece ejl marquée a a.
Fig. 65. — Les latérau.K (Ambr. Paré, ibid.).
et en les guidant pas à pas. Ma.^-.jclle n’est pas sienne ; elle est la reproduction de celle de Franco, pW ^i^i?ement exposée.
Certaines parties sont plus complètes et mieux présentées ; telle est la
C annules d'argent pour feruiren la playe, l'extraÛion de la pierre faite, dont tu en as icy de plusieurs fortes , <t fin de les accommoder aux playes^çfi" non pets Us playes aux c annules.
position à donner au malade (fig. G4) ; tel aussi le perfectionnement apporté aux tenettes. Lorsque celles-ci, déjà volumineuses, étaient dans la vessie, il nous apprend que certains ajoutaient deux ailerons qu’ils fixaient sur les côtés des cuillers pour mieux enserrer le calcul (fig. 65). Quels pouvaient être les délabrements produits par de telles manoeuvres à travers un
LE GRAND APPAREIL
col vésical non incisé ! Il convient également de faire connaître les canules dont Paré se servait pour assurer le drainage après l’opération (fig. 66).
On ne trouve aucun progi'ès dans la chirm-gie française de Dalechamps qui se contente de reproduü'e les figures de Paré. Il renvoie à son traité • « Les maistres de ce temps, dit-il, font im bandage qu’üs nomment Grand apprest ou Hault appareil avec quatre assistants et usent pour cette opération de sondes closes, sonde ouverte, rasoirs à deux tranchants... desquels instruments, tu verras les naïfs pourtraicts en la chirurgie de M. Ambroise Paré. »
Vulrmr.
Fig. 67. — Spéculum vesicue (Fabrice de Hilden).
Fig. 68. — Dilatatoriura (Fabrice de Hilden).
Par contre il décrit minutieusement la taille de Celse, ses complications, les pansements qui lui conviennent avec un luxe de détails tel qu’il est difficile de croire qu’il ne l’ait pas pratiquée exclusivement.
Bien conduite maintenant, la taille séduit de plus en plus les chirm*giens. Les deux Fabrice lui consacrent de bonnes descriptions.
Celle de Fabrice d’Acquapendente n’est encore qu’une reproduction de Marianus et de Franco. A la taille de Celse, de Paul d’Egine et d’Abulcasis, moyens « gueres bien asseurés » il préfère celle des modernes qui, premièrement, portent à « la vescie une gi*ande sonde qu’on nomme vulgairement en ce pays-icy syringone, fendue en son dos et ouuerte tout du long. En après, entre le fondemens et les testicules, mais plus approchant du fondement, ils font une incision sur la crenelûre de la sonde avec im rasoir appelé en vulgaire italien cliodegJiine, ayant la pointe et son tranchant découverts ».
De même que Paré, il a eu le mérite d’avoir couvert de son autorité, qui
144 IA TAÏU.E F/r LES LlTHüTOMISTES
était grande, la ijratique de la taille et d’avoir ainsi engagé les chirurgiens à s’y livrer.
La contribution de Fabrice de Hilden est plus importante ; sa description est plus vivante car il fut lui-même lithotomiste ; il fait souvent allusion à Paré, notamment pom’ la position à donner au x>atient, et il consacre un livre entier à la lithotomie, mais sa prétention d’avoir inventé de nouveaux
Eig. 69. — Paracelse ; Le grand appareil. Gravure sur bois du .xvi« siècle. (Paracelsus Wund und Ai'zeneibuch. Francl'urt, 1566, p. 88) (Bibl. de Francfort, s. 1. Mein).
instruments n’est guère justifiée, car ce ne sont guère que des adaptations. Néanmoins son spéculum vesicœ (fig. 67), destiné à agrandir la plaie périnéale, de même qu’un autre dilatateur à quatre branches (lig. 08) montrent d’ingénieuses dispositions. La multiplicité et la bizarrerie des instruments proposés pour ce temps de l’opération montrent les difficultés que rencontraient les chirurgiens pour s’ouvrir une large voie vers la vessie et xu’atiquer les manœuvres d’extraction.
Pendant un siècle encore il semble que le grand et le i)etit ai>pareil se soient partagé les préférences des lithotomistes. A la fin du xvi*^ sièele.
LE GRAND APPAREIL
pourtant, le grand appareil paraît avoir* détrôné la taille de Celse. Nous en avons une preuve dans la gravure reproduite par la figure 69 ; elle provient d’une édition de 1587 des oeuvres de Paracelse, non qu’il soit démontré que celui-ci ait pratiqué la taille, mais dans son oeuvre encyclopédique, il voulut montrer la pratique ordinaire; les doigts du chirurgien liors du rectum pendant 1 extraction et la multiplicité des instruments épars autour du malade indiquent qu’il s’agit de la nouvelle méthode.
JC
Fig. 70. — Le petit appareil (Scultet, loc. cit.).
Par contre nous trouvons quelques années après dans ime édition de Scultet une description minutieuse de la taille de Celse que nous fait voir la figure 70. Nous en rencontrerons des spécimens jusque dans Tolet à qui la figure 71 est empruntée; elle montre le dernier temps de cette opération. Enfin Heister lui -même en fait l’éloge en 1745.
Jusqu’à la fin du xvii® siècle, aucun grand nom n’attire l’attention et on croirait que la lithotomie est délaissée. Il n’en est rien cependant : nous avons vu combien âpre avait été la lutte entre la Faculté et les chirurgiens qui, écrasés en apparence, attiraient vers eux la foule des malades et des étudiants. A la faveur de cette lutte, les lithotomistes voient croître leur prospérité ; ils sont mieux instruits, plus prudents, moins méprisés,
ENCYCL. d’urologie. — I.
l.A TAILLE ET LES LITHOTOMISTES
en possession d’une méthode telle que le grand appareil qui leur prépare de plus beaux succès. Peu à peu les progrès s’accomplissent; malgi-é l’absence de publications importantes, on arrive cependant à retrouver les chaînons qui unissent les procédés encore rudimentaires de la Eenaissance à la grande chirurgie du xvm® siècle.
Parmi ces spécialistes, les CoUot occupèrent le premier rang. Cette famille détint poiu’ ainsi dire le monopole de la taille pendant plusieurs siècles. Devaux a même attribué à Germain Collot l’invention de la taille au grand appareil à la lin du xv® siècle, tandis que d’autres ont été jusqu’à nier l’existence de ce lithotomiste, assertion contredite par les tables funéraires du
Collège de Chirurgie. Toutefois il n’est pas démontré qu’il ait été le fondateur de la dynastie des Collot dont Chéreau a retrouvé la généalogie.
Toutes réserves faites sur la parenté de Germain Colot au xv® siècle, l’ancêtre incontestable est Laurent Collot, à qui da Villa amait enseigné le procédé du grand appareil. Grand ami de Paré, il se consacra exclusivement à la taille, fut nommé par Hemâ II chirurgien du roi poiu? la taille, charge qu’il conserva avec une pension sous François II et Charles IX. Sa réputation de bon et honnête chirurgien fut méritée. De ses deux fils Martin et Zacharie, le dernier eut le titre de chiriu’gien de Henri IV, ce qui n’empêcha j>as le roi de se faire opérer par un autre. L’aîné fit souche, eut trois fils, tous trois chirurgiens : Charles et Jacques, opérateurs du prince de Condé; Phüippes, le plus connu, chirurgien et valet de chambre du roi, avait épousé la fille d’Akakia. Aucun de ses six enfants n’était encore en âge d’opérer quand il sentit sa santé décliner, et, pour que le secret de famille ne se perdît pas, il en instruisit son gendre, Eestitut Girault, et son neveu, Séverin Pineau. L’un et l’autre acquirent une réputation égale à celle des Collot.
Les membres de cette famille, toujours étroitement unis, ont exercé leur art avec honnêteté et désintéressement. Chéreau a retrouvé dans les registres de la Faculté une pièce où il est dit que Phihppes et Charles Collot, Jacques
LK GRAND APRAUEIL
Girault et Antoine Ruffin avaient fondé an faubourg Saint-xVntoine une maison ou ces lithotoinistes « faisaient estât, tout le long’ de l’année, de
êPhllipp es CoUot
periilriir pour Ir.rirar/ion Je In Pierre
Operiileiir pou,
Fiy:. 72. — Philippe Collüt. Gravure de Edelink (G. p.).
loger, panser, médicamenter gratuitement, charitablement, et à leiu-s despens, les pauvres malades affligés de la pierre ».
Philippes Collot lit école; ses instruments devim’ent pour ainsi dire clas-
Fig. 73. — Lilliotomc de Collet, d’après Deschamps (Kéduct. 1/3).
siques ; en particulier, son lithotome, sorte de lancette de grandes dimensions, fut employé avec des modifications nombreuses jusqu’à la fin du xvin'-’ siècle (fig. 73).
Un seul des fils de Philippes, également opérateiu' du roi, fit lignée; il n’eut
LA TAILLE ET LES LITIIOTOMISTES
qu’un lils, François Collot, l’auteur du traité de l’opération de la taille, seul ouvrage des Collot, Il se vit privé de la charge d’opérateur du roi, donnée à Tolet, mais l’aîné de ses trois fils, retrouva cette charge et fut nommé opérateur de Louis XV pour la i>ierre, en 1754.
Bien que strictement spécialisés, les Collot s’élevaient au-dessus des inciseurs sédentaires ou ambulants qui continuèrent à exercer jus qu’aux vin® siècle. Presque tous avaient été admis à la confrérie de Saint-Côme ou au Collège de Chirurgie. Leur procédé a passé pour secret, mais il n’était autre que celui de la taille de Marianus dont ils avaient simplifié l’instrumentation, en supprimant les deux latéraux, les conducteurs mâle et femelle, en conservant la sonde, le dilatateur et en modifiant le bistouri. Il paraît même, d’après Dulaurens, qu’un contrat fut passé entre le chancelier de France, le duc de Sully et les échevins d’une part, et Séverin Pineau d’autre part, pour la formation d’une école particulière où de jeunes élèves seraient instruits dans la hthotomie. Ce projet échoua et le fameux procédé continua à passer pour secret, à moins qu’on accorde créance à la légende d’après laquelle les chirurgiens gagnant maîtrise à l’Hôtel-Dieu auraient, à la fin du xvi® siècle, surpris le secret de Collot, qui opérait dans cet hôpital, par une ouvertm’e pratiquée secrètement au plafond de la salle d’opération.
Quoi qu’il en soit, les Collot continuèrent à envelopper de mystère leur procédé, et l’exploitèrent habilement ; conduite que nous jugeons sévèrement aujourd’hui, mais qui semblait sans doute excusable puisque presque tous ont joui de l’estime de lem’S confrères, en particulier Séverin Pineau qui fut doyen du Collège de Chirurgie en 1619. Ajoutons qu’il donna des preuves de bonne confraternité, en allant réparer des fautes commises par ses confrères, avec une discrétion bien rare à cette époque.
D’ailleurs il est curieux de voir comment François Collot, dans son petit traité publié en 1725, après sa mort, chercha à disculper et lui et ses ancêtres.
« Les préceptes que contient cet ouvrage ont été renfermés dans une seule famille; huit générations en ont été dépositaires..., on pourrait peut-être demander plus de désintéressement à ces hommes illustres, ils ont fait de leur art un art mystérieux, ils n’ont travaillé qu’en secret ; mais cet art était un bien qu’ils ne devaient à personne, c’était un patrimoine qu’ils n’auraient pas retrouvé dans la libéralité du Public. S’ils ont paru avares de leurs connaissances, ils n’ont jamais refusé leurs soins aux malades indigents... Ils n’ont donc caché au Public que leurs connaissances, et cette réserve est excusable ; si, pour former des élèves, il n’eût fallu qu’exposer à leurs yeux des instruments, leur en montrer l’usage, ils n’auraient mérité que des reiuoches, mais de longues instructions peuvent seules former les lithotomistes. Un opérateur dont le travail est le seul bien, ne sçanrait donc former des élèves étrangers ; il ne pourrait leur donner que des leçons passagères ; ces leçons ajouteraient à l’ignorance moins de lumière que de témérité ; elles mettraient en main à des ignorants hardis des instruments qui abrégeraient une vie que la pierre eût peut-être épargnée. »
Sénac, ami des Collot, chercha à les disculper, alléguant que leur métliode était connue de tout le monde, ce qui est exact, car elle n’était qu’une adaptation du grand aiipareil. Mais alors le but qu’ils poursuivaient en laissant croire à un secret n’est-il pas encore moins avouable î
LE G K AND APPAREIL
Si la suprématie des Collot fut incontestable dans le domaine de la taille, cette opération n en fut pas moins pratiquée par beaucoup d’autres au xviie Siècle. Prévôt, né en 1585 à Bâle, a laissé un livre De lithotomia où malgi'é le titre de l’ouvrage, il s’occupa surtout des remèdes internes contre la pierre, réservant la lithotomie pour les cas désespérés en raison <lu danger qu’elle fait courir. Quelques années plus tard, Magatus donna une bonne description du grand appareil, mais il s’éleva contre l’introduction dans la plaie périnéale de tentes dont on faisait si grand abus à cette époque. Une dérision du destin lui donna tort car il eut lui-même la pierre, fut taillé, pansé suivant ses préceptes et mourut quelques jours après. Peu après, en 1628, Panthonus pubHa à Bâle un traité De usu turundarum post extractionem calculi où il revient au procédé des tentes employé par ses maîtres.
Les deux Euffin donnèrent l’un et l’autre l’exemple d’ime probité scientifique mise au service d’une charité inépuisable. Le père, chirurgien en chef de la Charité de Paris, membre du collège de Saint-Côme, fut le premier peutêtre à exécuter lui-même avec grand succès des lithotomies sans renoncer aux autres opérations. Après sa mort surv^ue en 1667, son fils lui succéda au Collège de Saint-Côme; sa réputation fut plus gi-ande encore. La variante qu’il a introduite à la technique du gi-and appareil était de tenir lui-même la sonde dans l’urètre pendant qu’il opérait, pratique blâmée par Tolet. En même temps que lui Gaborreau, membre de la communauté de Saint-Côme, pratiqua couramment la taille, fut appelé en Suède par la reine Christine, et mourut à 35 ans sans avoir eu le temps de donner toute sa mesure.
Couillard s’est surtout fait connaître comme lithotomiste. Il relata avec une naïve sincérité ses fautes et ses succès ; par exemple le cas d’un homme à qui il retira une pierre grosse comme un œuf de pigeon, et comme elle « paraissait plus pesante que sa dimension ne requeroit, cela engendra la curiosité de la rompre, ce qu’étant exécuté on trouva au milieu d’icelle une bonne balle de mousquet... ledit gentilhomme déclara qu’il avoit été blessé <l’une mousquetade à la région hypogastrique » ; à propos des «pierres adhérentes, il rapporte qu’il tira d’une vessie une pierre de la gi’osseur d’un œuf de poule, enveloppée d’un kyste ; et le malade rendit peu de temps après un autre kyste contenant plus de 200 pierrettes » ; une pierre de 13 onces qui fut retirée en deux fois.
Couillard avait commencé par tailler au petit aijpareil, mais l’obligation où il fut de laisser une de ses opérations inachevée le convertit à la taille de Marianus. L^n des premiers il conseille le broiement : « si la pierre est adhérente, il la faut creuer dans la tenette et sortir la pièce avec la curette ou cueillere et, s’il en restait quelque portion, elle sera détachée par des injections faictes avec du boüillon de tripes dans lequel auront boüilli fueilles de violes, mauues et guimauue ».
Nous ne ferons que citer Jonnot, ou Jeannot, ainsi que son maître Bonnet, tous deux chirurgiens à l’Hôtel-Dieu, dont il est souvent question dans les ouvrages de la fin du xvii® siècle. Ils paraissent avoœ occupé une haute situation mais sur leur pratique nous n’avons rien trouvé qui ne fût dans Tolet. Ce dernier rend d’ailleurs hommage à son bon maître Jonnot.
A côté d’eux, Eivard, né en Lorraine en 1675, étudia à l’Hôtel-Dieu pen-
IjO la taille et les LITIIOTOMISTES
(laiit 20 ans. Son habileté chirurgicale, surtout pour la taille, le fit distinguer à côté de chiriu'giens tels que Mareschal et Saviard. Opérateui' consciencieux, il établissait une rigoureuse sélection parmi les calculeux, choisissait ses cas et obtint des résultats meilleurs que ses collègues. Le duc de Lorraine le rappela à la Faculté de Pont-à-Mousson où son désintéressement augmenta encore sa réputation. Il gardait encore quelque chose des opératem’s nomades. Deux fois par an, il venait à Lunéville, oh se faisaient transporter les calculeux qu’il opérait presque tous gratuitement.
Alghisi, élève de Bellini, né à Florence en 1669, était tout jeune quand il
Fig. li. — Le grand appareil (Alghisi, Litolomia, PL XVI).
H. Main gauche lenaul le ScU’iugone. — C. Main droite tenaulla laucelle. — F, F- Mains de l'aide tenant le scrotum.
deAÛnt chirui-gien de l’hôpital de Santa Maria FTovella. Le premier, croyons nous, il laissa une sonde à demeiu’e dans l’in-ètre aussitôt après la taille pom* détoiu’ner le coiu’s de l’urine. Il en régla les détails, donna au malade la position inclinée qu’il semble, avec Tolet, avoir fixée définitivement. C’est lui qui, de même que Eufïin, recommandait au chirurgien de tenir lui-même le cathéter pendant l’opération comme le montre la figure 74.
En Hollande, les précm’seurs de Eau doivent lem célébrité plutôt à leiu' habileté qu’à lem savoir, car ils n’ont guère apporté de progrès à la pratique de la taille. A^elthuysen, rival de CoUot, eut x)oiu* élève Grœnevelt (pii, après avoir étudié à Utrecht, acquit lui-même une grande habileté en lithotomie, si bien que son maître lui légua ses instruments en le priant de s’en servir pour le bien de l’humanité. Il vint de bonne heure se fixer en Angleterre où, connu sous le nom de Greenfield, il entra au Collège royal de Londres. Sa Dissertaiio lithologica figiiris iUustrata résume les différentes manières d’exécuter la taille de Marianus.
Les noms de beaucoup d’autres lithotomistes nous sont parvenus. Leurs
LE GRAND APJ»AREIL
loi
écrits, ceux de leurs contemporains, les légendes accompagnant leurs portraits nous ont transmis leui's noms et lem' qualité de spécialiste sans qu’il soit possible, pour la plupart, de savoir quelle contribution ils ont apportée à la pratique de la taiUe.
François Tolet partagea avec Collot la suprématie parmi les lithotoniistes ; il obtint la charge d’opérateur du roi pour la pierre sans que cette ^rivalité ait altéré les bonnes relations des deux spécialistes. Elève de Jonnot.'il se
Fig. 71). — Tolet, 1647-1724. Gravure de Maillet (G. p.).
spécialisa de bonne hem-e et donna en 1682 un traité de la, lithotomie, chef-d’œuvre de précision et de clarté. Abusé tout d’abord par les erreurs d’alors sur la formation de la pierre, il les reconnaît en partie dans'les éditions suivantes et rejette par exemple l’existence des pierres adhérentes. Beaucoup de chirurgiens pratiquaient encore à cette époque la taille de Celse; Tolet l’employa d’abord pom’ l’abandonner bientôt. C’est avec lui que le grand appareil arrive à son apogée, aussi bien pour l’exécution que pour la description didactique. Il modifia quelque peu l’instrumentation ancienne, mais les figures 76 et 77 montrent qu’il était resté fidèle à l’incision et au dilatateur de Marianus Sanctus.
Tolet marque la fin d’une époque : il fut le dernier Uthotomiste qui ait pratiqué en cette qualité exclusive la taiUe à la Charité, où il avait fait sa première opération en 1674. Après lui la lithotomie rentrera dans le domaine delà
LA TAILLE ET LES LITIIOTOMISTES
chirurpe générale et ce furent les chirurgiens en chef qui la pratiquèrent à l’Hôtel-Dieu et à la Charité,
A ses autres mérites, le livre de Tolet ajoute celui de contenir d’excellentes planches ; elles facilitent l’intelligence des descrii)tions ; on en peut juger par les spécimens que nous reproduisons ici.
Si nombreux que fussent à cette époque les opérateurs qui s’imposaient
Fig. 76. — L’incision de la taille au grand appareil (Tolet, loc. cit.).
par leur talent et leur probité, les charlatans subsistaient encore. Le plus célèbre de tous fut alors un nommé Raoux qui n’était peut-être ni supérieur dans son espèce, ni pire que d’autres ambulants. Son nom nous est parvenu, grâce à Drelincourt qui dévoile ses procédés et ces supercheries, en publiant en 1674 « la légende du Gascon », spii’ituelle satire où il le met en scène.
« Chez Bourdelot, premier médecin de la reine Christine, Raoux raconta en présence du prince de Condé une méthode plus prompte, plus seure, moins douloureuse quelle que soit la corpulence des pierreux et le volume de la pierre. Sans aucune préeaution préalable, il introduit deux doigts dans le rectum et aussitôt découvre nettement nombre, pesanteur, grosseur, figure, âpreté, polisseur, mollesse, dureté, adhérences et les niches de la pierre. Il l’amène au fondement, prend le bistouri entre ses dents, et, à