‹ Histoire de l'urologieChapitre 52 sur 76 · TAILLE DES FEMMES · texte numérisé non relu

TAILLE DES FEMMES

du fémur (f) Il pratique une incision entre le pubis et l’urètre, latéralement, puis il emploie les instruments que nous connaissons. D’après Paré « Laurent Collot et mesmement ses deux enfants les plus excellents et parfaits ouvriers en leur vocation qu’il est possible de trouver en notre temps et croy que par cy devant y en a eu peu de tels, se contentent de mettre les conducteurs dans le conduit de l’urine, puis après font une toute petite incision tout au-dessous et en ligne droite de l’orifice de la vessie et non à côté comme on fait aux hommes ».

D’ailleurs les chii'urgiens furent divisés sur le traitement à appliquer jusqu’au xviii® siècle. Franco préférait l’incision. Il a donné la description et la figure d’un lithotome à deux branches qui a servi de modèle aux chirurgiens du siècle suivant, tandis que plus tard la dilatation a été en faveur. Jonnot, Tolet s’en sont déclarés partisans, ainsi que CouiUard. Postérieurement Douglas, puis Ledran eurent aussi recoiu-s à la dilatation progressive soit avec des instruments, soit avec de l’éponge préparée ou de la racine de gentiane. Quand la pierre était trop grosse, Ledran pratiquait une incision oblique à l’aide de sa rondache.

L’incontinence, conséquence habituelle de la dilatation, a conduit Dionis à pratiquer à l’orifice externe de l’mètre deux incisions par lesquelles il introduisait ses instruments, mais le moyen n’était pas meilleur puisque les trois quarts de ses opérées continuaient à perdre leurs urines.

Louis se servait d’un instrument particulier qui rappelait celui de la Paye (fig. 97). Le conducteur se composait de deux parties, de deux plaques soudées seulement à lem- extrémité vésicale, entre lesquelles ghssait une lame tranchante des deux côtés : le conductem’ était introduit dans l’m'ètre ; la lame en progressant incisait ce canal et même le col vésical, ouvrant le chemin au gorgeret et aux tenettes. Louis publia des observations de guérison sans incontinence. Leblanc supprima la lame double et ne fit d’incision que d’un côté. Le Cat ne pouvait manquer d’intervenir ; il réclama la priorité non seulement sur Louis, mais sur Ledran. Frère Côme entre lui -même en lice d’où une polémique qui dura deux ans dans le Journal de Verdun et d’autres publications.

La série des inventions n’est pas épuisée. Fleurant (de Lyon) donne la description d’un instrument semblable à celui qu’a figuré Franco, mais muni d’un ressort qui fait rentrer la lame dans sa gaine. Jaubertou puis Bouquot, chirurgiens de Paris, ont reproduit cet instrimient terminé par im bouton qui en rend l’introduction moins offensive. Lombard, Dejean et Hoin, de Dijon, et bien d’autres ont construit des düatatem’S lithotomes dont l’emploi a inesque constamment créé l’infirmité qui semble désormais inévitable, l’incontinence. Ce n’est qu’à une époque rapprochée de nous qu’on a pu recourir à une dilatation méthodique et sagement gi’aduée.

Tous ces procédés intéressent l’iu'ètre. Dès longtemps la vessie a été dü’ectement attaquée. Fabrice de Hilden, ayant vu des calculs sortir spontanément par la paroi vésico-vaginale, propose de l’inciser j)oiu’ extraire le calcul. Bussière et Méry, à la fin du xvii® siècle, l’emploient avec succès : mais la persistance de fistules vésico-vaginales l’a fait abandonner jusqu’au milieu du xix® siècle.

LA TA1LLI-: ET LES LITIIOTOMISTES

ÉVOLUTION DES TAILLES PÉRINÉALES. — Dcsaiüt modüia le goi’geret d’Hawkins sans présenter d’antres instruments nouveaux, mais, de même que Chopart, il en règle si bien les divers temps que la taille devint peu meurtrière entre ses mains. A ce titre Deschamps a joué un rôle encore plus

yenne » qui est l’expression de la vérité et à laquelle les chirurgiens du xix*^ siècle se sont conformés. Parmi les modiûcations instrumentales, son cathéter dont la courbure est empruntée à un rayon de cercle, se rapproche beaucoup de celle de Gély.

Boyer lui est comparable et fait preuve des mêmes qualités de prudence et de modération ; il reste fidèle au lithotome de F. Côme avec lequel il ne

Fig. 107. — Lilliülome double de Dupuylrcn (iiislruiiient original) (Collecl. Collin).

produit ni hémorragie ni blessure de la vessie, accidents qui n’arrivent, dit-il, qu’entre des mains peu expérimentées. Cependant Dupuytren, qui avait voulu d’abord économiser les incisions au moyen d’une taille médiane, y renonce bientôt et cherche au contraire à les agvandir en créant la taille bilatéralisée. Cette méthode reposait sur l’invention d’un lithotome double à lames cachées (lig. 107). Il présente, on le sait, de grandes analogies avec les tenailles incisives de Franco (fig. 61), mais, ni ce dernier ni les chirurgiens qui l’ont suivi ne les ont employées, les considérant sans doute comme dangereuses. CJuoi (pi’il en soit, malgré les critiques dont il a été l’objet, sur-

Fig. 106. — Dupuytren, 1777-1835. Médaille de Duvivier (G. p.).

important. La partie historique de son traité de la taille à laquelle nous avons fait plusieurs emprunts montre l’incertitude où étaient les chirurgiens puisqu’il conclut ainsi :

« Dans mes longues et laborieuses recherches sur l’opération de la taiUe, j’ai partout cherché la vérité et ne l’ai trouvée nulle part. » Il a, pour sa part, beaucoup contribué à mettre en lumière une technique qui emprunte, à la plupart de ceux qui l’ont précédé, ce qu’ils ont de meilleur avec unremarquablediscernement. Par une discussion sévère, impartiale, des procédés anciens et de ceux de son temps, il arrive à ime « mo-

ÉVOLUTION DES TAll.LES PÉRINÉALES

tout de la part de Begin, malgi’é les modifications de Lassere et de Béclard entre autres, la taille bilatéralisée s’imposa comme méthode générale jusqu’au jour où Nélaton la modifia profondément. Sa taille prérectale ne constitue pas une méthode proprement dite, mais la forme curviligne de l’incision cutanée donne plus de jour et le maintien de l’index gauche dans le rectum assure une sécurité inconnue jusque-là.

C’est par les mêmes incisions que Dolbeau est arrivé à la vessie dont il a cherché l’accès non pas au moyen d’incisions du col mais par la dilatation, en créant la lithotritie périnéale.

Il semble maintenant que tout a été dit, et cependant Keynaud invente la taille médio -latérale, Vidal de Cassis la quadrilatérale, Civiale la médiobilatérale de laquelle Lallemand se montrera chaud partisan et que Thompson introduira en Angleterre. Enfin en 1822 Sanson propose la taille recto-vésicale que modifie Maisonneuve ; Chassaignac l’exécute avec son écraseur. C’omme innovation, il ne restera plus à la période antiseptique que les voies sacrée et sous -pubienne qui, l’une et l’autre, seront utilisées

CHAPITEE VI

L’UROSCOPIE ET LES ÜROMANÏES

L’étude de l’iirine et de aes caractères, de leur signification au point de vue séméiologique et pronostique, a occupé dans la médecine ancienne une place capitale, dont il est difficile de se faire une idée à l’heure actuelle. Elle mérite bien le nom d’uroscopie, car pendant longtemps l’examen de l’urine se borna à son inspection.

A une époque où l’on ne possédait ni la percussion ni l’auscultation, où la chimie n’était encore que de l’alchimie, science occulte et mystérieuse qu’on n’avait pas songé d’ailleurs à appliquer à l’étude de l’urine, où aucune des réactions biologiques actuelles n’étaient soupçonnées, on devait deviner plutôt que diagnostiquer les maladies internes grâce aux signes que fournissait l’examen du faciès, de l’habitus général, de la respiration, des sueurs, de l’expectoration, et surtout du pouls et des urines. Parmi ces signes, l’étude de l’urine devait être la plus féconde. Couleur, quantité, densité, matières contenues varient à l’infini et sont l’occasion de déductions parfois ingénieuses, mais trop souvent aussi de simples imaginations.

Que l’on joigne à cette absence de méthode scientifique et de critique au moyen âge, l’habitude de la compilation élevée à la hauteur d’une science, et l’on comprendra comment cette partie de la médecine, restreinte chez Hippocrate, est devenue vaste, ample, diverse, et souvent contradictoire chez les derniers des médecins grecs et ceux du moyen âge. Tout est siu’ le même plan, le certain, le probable et l’hypothétique: à l’obscurité qui en résulte s’ajoutent un besoin finaliste irrésistible à cette époque, et les hypothèses basées sm? une physiologie fantaisiste sans expérimentation ; aussi n’est-on pas surpris du fatras de connaissances fausses et puériles, mais parfois, il faut le reconnaître, marquées au coin d’un grand bon sens que possédaient nos ancêtres.

Avec Hiijpocrate et même avec Galien, qui, d’ailleurs ne fait guère que le commenter, l’urologie n’est pas une science à proprement parler. Se plaçant surtout au point de vue du pronostic, Hippocrate établit des rajjports entre les qualités de l’urine et l’évolution de la. maladie, sa durée et son issue ; il en tire des conclusions souvent justes j)Our le diagnostic.

Après eux, les commentatem’S et les compilateurs viennent, qui n’ajoutent guère de notions importantes. A leur tour les Arabes et les médecins du moyen âge commentent leurs ouvrages en y jetant plus d’obscurité que de lumière. A la Renaissance, ces connaissances devaient être discutées, renversées par

L’UUOSCOPIE CHEZ LES AN'CIENS

Paracelse qui substitua une théorie à une autre, tandis que Fernel chercha à ramener le bon sens. Pendant ce temps, l’alchimie se modifia; peu à peu cette science devint chimie et elle permettra de rechercher dans les urines des éléments inconnus jusque-là. Tels sont les points que nous nous proposons d’établir dans cette étude.

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