A. — L’UROSCOPIE CHEZ LES ANCIENS
Le père de la médecine, Hippocrate, n’a pas consacré un livre spécial à l’étude des urines. Mais nous trouvons disséminés dans ses ouvrages de nombreux passages qui se rapportent à l’uroscopie.
C’est au point de vue du pronostic qu’Hippocrate envisage le plus souvent l’état des urines : témoin ce passage, partout cité, tiré du Pronostique et qui montre bien les renseignements que devait à ses yeux fournir l’uroscopie. Nous le transcrivons d’après la traduction de Littré ainsi que les autres citations d’Hippocrate.
«L’urine doit être rendue en proportion de la boisson, d’iin jettoujom’s égal, aussi abondant que possible, et un peu plus épaisse que n’était la boisson. Si elle était aqueuse et plus abondante que la boisson prescrite, cela indiquerait que le sujet n’est pas docile, mais qu’il boit trop ou qu’il ne peut être noiu’ri tant que l’urine est en cet état. Si l’urine coule peu à peu, cela indique ou que le sujet a besoin d’être évacué ou qu’il a quelque affection du côté de la vessie. Uriner du sang peu souvent, sans fièvre et sans douleur, n’indique rien de mal, c’est la solution d’une courbature ; mais, si le pissement de sang est fréquent ou s’il s’y joint douleur ou fièvre, cela est mauvais ; on prédira, soit en cas de pissement avec douleur, soit en cas de fièvre, qu’un pissement de pus suivra et qu’ainsi les douleurs cesseront. Une urine épaisse, ayant un sédiment blanc, indique quelque douleur et gonflement aux articulations ou aux viscères ; ayant un sédiment jaune, elle annonce la purgation du corps ou des viscères, et, aux viscères, douleur et gonflement. Tous les autres dépôts survenant dans l’urine des gens qui font de l’exercice, ont leur origine dans les maladies de vessie ; ce qui les rendra manifestes, c’est qu’ils seront accompagnés de douleim et difficiles à écarter.
« L’urine est la meilleure quand elle donne un dépôt blanc, uni et homogène, pendant tout le temps de la maladie, jusqu’à la crise ; car cela indique absence de danger et brièveté du mal.
« Si l’urine offre des altérations, c’est-à-dire si elle est tantôt limpide, tantôt avec le dépôt blanc et uni, la maladie se prolonge et l’issue heiu’euse en est moins sûre. Si Pmine a une teinte tirant sur le rouge avec un dépôt de même couleur et uni, cela annonce, il est vrai, une maladie qui dm’era plus que dans le jnemier cas, mais n’en est pas moins salutaire.
« Les dépôts semblables à de la farine d’orge grossièrement moulue sont de mauvaise nature, mais ceux de lamelles sont encore plus mauvais ; les dépôts blancs et minces sont fâcheux, mais les dépôts semblables à du son encore pires. Les nuages qui flottent dans l’urine, blancs, sont de bon augure ; noirs, ils sont de mauvais augure.
« Tant que l’urine reste ténue et rouge, c’est l’indice que la maladie n’est pas
L’UROSCOPIE ET LES UllOMANTES
encore venue à coction ; si cette apparence de l’urine se prolonge, il est à craindre que le sujet ne puisse résister jusqu’au moment de la coction de la maladie.
<( Les plus funestes des urines sont les urines fétides, aqueuses, noires et épaisses ; pour les hommes et les femmes, ce sont les noires ; pour les enfants, ce sont les aqueuses. Quand des urines ténues et crues sont rendues pendant longtemps, conjointement avec d’autres signes qui semblent annoncer le rétablissement, il faut pronostiquer qu’il se formera un dépôt dans les régions sous - diaphragmatiques .
« Les parties graisseuses, semblables à des toiles d’araignée et surnageant sur les urines sont suspectes, car elles indiquent une colliquation. Dans les urines où se trouvent les nuages, il faut examiner s’ils sont en haut ou en bas, et comment ils sont colorés ; ceux qui descendent en bas, avec les teintes qui ont été décrites, doivent être considérés comme favorables; ceux qui montent en haut, il faut s’en défier. »
Cette citation montre à quel point de vue Hipï)Ocrate envisage la question. Il dit, non pas, telle urine indique telle maladie, mais bien, tel signe est de bon augure, tel autre doit faire porter un pronostic fâcheux. C’est surtout un moyen d’apprécier le degré de coction de la maladie et des humem’s.
En bien des endi-oits, Hippocrate ou les auteurs de la collection hippocratique ne craignaient pas de se répéter, employant les mêmes termes, se servant des mêmes comparaisons, au cours des différents livres dont se compose l’œuvre entière. On verra, par les extraits ci-dessous, que déjà Hippocrate avait entrevu que les indications à tirer de l’iu’ine étaient de deux ordres et concernaient soit les maladies de l’organisme en général, soit celles qui sont propres aux voies urinaires, rein et vessie.
Urines dans les maladies générales. — « Une urine, ayant dans une fièvre un sédiment blanc et uni, fixe, annonce une prompte solution ; ou encore quand elle contient quelque partie grasse mal séparée. L’urine im peu rouge et ayant un sédiment un peu rouge et uni, survenant avant le septième jour, annonce la solution pour le sex)tième jour ; sui'venue après le septième, elle annonce une solution plus tardive ou une longue durée, absolument parlant. L’urine, prenant au quatrième jom' un nuage un peu rouge, présage la solution pom- le septième, les autres signes étant conformes.
« Parmi les urines, sont dangereuses dans les maladies aiguës : l’urine bilieuse non rouge et l’urine fuiluracée ayant des sédiments blancs, et l’urine variée en couleur et en sédiment, surtout dans les fluxions venant de la tête. Dangereuses aussi sont l’urine changeant du noir au bilieux ténu, l’urine à sédiment dispersé, et l’iu'ine qui, contenant des grumeaux, donne un sédiment sublivide, bourbeux ; est-ce qu’avec de telles urines ou souffre dans . l’hypocondre ? le droit je pense "? ou les malades prennent-ils ime teinte verdâtre et souffrcnt-ils dans la région parotidienne f Dans ce cas, le flux du ventre, faisant promptement érui^tion, est funeste.
« Sont funestes : l’mine qui a un sédiment noir, et l’urine noii’e ; chez les entants, l’urine ténue est x>lus fâcheuse que l’urine éjjaisse ; dans les urines ténues celles qui le sont à contre-temps sont mauvaises. Dans les urines condensées, les particules, semblables à la grêle, au sperme, annoncent