Tome I. Pl
MlNlATÜRÉ REPRÉSENTANT LA COLORATION DES URINES.
Petits Traités d'hygiène et de médecine, xv® siècle {Bibliothèque nationale, manuscrits latins n° Tl. 229).
E. Desnos. — Histoire de TUrologie.
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L’UliOSCOPIE AU MOYEN A(iE
lia région moyenne (les divisions 6, 7 et 8) est occupée par les sublimia on cneoremata, enfin les divisions 10 et 11 par les nuées ou nuhes. Quant aux «livisions 5 et 9 elles ne sont jamais occupées par les contenta; mais séparent simplement les diverses régions.
L’hypostase présente, suivant les cas, l’aspect de lamelles, de son, de pois, de lentilles et un chapitre spécial est consacré à chacun d’eux. Voici à titre d’exemple la traduction du chapitre I, p. 370.
« Diagnostic des hypostases granuleuse, lamelliforme, farineuse.
« Il convient maintenant de traiter des hypostases granuleuse, pulvérulente, lamelliforme, farineuse, et de la signihcation de chacune d’elles. Pour leur aspect, on en a parlé a projjos de la différence des urines. Maintenant nons en indiquerons le diagnostic, après avoir préalablement orienté notre exposé de la manière qui suit.
« L’hypostase apparaît dans l’urine lorsque, la graisse résorbée, c’est la chair qui commence à se résorber. Il faut savoir que parfois l’hypostase granuleuse ne révèle qu’une affection des reins ; il y a là une distinction à faire, pour ne pas induire en erreur les novices. Ainsi donc, chez un sujet dont l’organisme tout entier est iiévreux, l’hypostase granuleuse dénonce une liquéfaction de l’organisme tout entier ; mais chez celui qui ne souffre pas de la fièvre, cette affection est limitée aux reins. Un autre indice est fourni par la coction : la mauvaise coction est le signe d’un déijérissement général ; tandis que la bonne coction, si on l’observe concurremment, n’indique qu’un dépérissement des reins.
« La seconde hypostase maligne est celle qn’on appelle granuleuse ; on l’a déclarée pire, elle n’est pourtant pas aussi mauvaise que l’hypostase lamelliforme. Elle apparaît quand la fièvre s’attache aux vaisseaux profonds. O’est là une chose qu’il faut retenir, car il y a là quelquefois le signe d’une afiection de la vessie toute seule ; mais il faut prendre garde aussi à la digestion, bonne ou mauvaise, à la présence ou à l’absence de fièvre, comme il a été dit déjà pour la substance granuleuse.
« Quant à la substance lamelliforme il faut savoir qu’elle prend naissance quand la fièvre, dans son progrès, atteint les parties solides de l’organisme. Mais ce qui a été dit de la substance furfuracée doit s’entendre également ici : on conclut soit à une affection générale, s’il y a fièvre et mauvaise coction, soit à une affection de la vessie, dans le cas où le sujet n’a pas de fièvre et où la coction est attestée par l’urine.
« La plus mauvaise est la farineuse, et si dangereuse qu’elle est j)ïès d’être mortelle : c’est la fièvre qui, accrue au point de désagréger les organes essentiels, détermine cette sorte d’hypostase farineuse. IMais il faut distinguer ici l’hypostase farineuse du sang desséché. S’il se trouve des sédiments blancs, c’est la marque de l’hypostase farineuse ; si au contraire, il y a des sédiments rouges, c’est la marque du sang desséché.
« Le médecin doit être circonspect en ces matières. Il doit refaire le même examen deux fois, trois fois, et plus souvent si les circonstances le permettent, lorsque la première épreuve ne permet pas de porter un pronostic infaillible. Car celui qui, pressé de diagnostiquer et d’agii- du premier coup et dès la première épreuve, s’expose au ridicule ; s’il commet une erreur il sera taxé d’ignorance. Celui qui, au contraire, fait un examen attentif et avec mûre
L’UROSCOFIE ET LES UKOMANTES
réflexion, ain-a la gloire de dire la vérité, de sorte que les malades lui obéiront. Bien qu’à la hâte, je crois en avoir assez dit là-dessus. »
La surface de l’iirine, où surnagent des bulles comme dans un vin mous seux, peut présenter parfois l’aspect de toiles d’araignées, formées de lignes se coupant en tout sens.
Les bulles ne sont pas toutes pareilles, il y en a de grosses, de petites, de moyennes. Leur ensemble constitue la couronne ; ce nom vient, dit Actuarius, de ce que la matula est ronde ; l’examen en était, pour les Salernitains, de la plus haute importance, et pourtant, comme le faisait plus tard observer Bellini, « il est vraiment cmieux de voir à quelles divagations ridicules, ineptes, on s’est livré... à propos de ce qui n’était qu’un phénomène de réfraction du rayon lumineux à travers le verre ».
Après avoir décrit les principaux caractères de l’urine, Actuarius examine ensuite la valeur séméiologique de chacun de ceux-ci au coiu’S des quarante-six chapitres qui constituent le 2*^ et le 3'^ livre du Traité. Il indique minutieusement les caractères de transparence, de coloration, de forme ; la manière de se placer pour examiner l’mûne, ni en pleine lumière ni trop dans l’ombre, le moment à choisir pour faire cet examen, et les renseignements que fournit une urine aussitôt après son émission ou quelques heures ensuite.
L’âge et le sexe ont leur importance. L’urine des adultes est jaune d’or, sa consistanee et son hypostase sont normales. Chez les petits enfants, l’hypostase est cohérente et condensée, moins abondante chez les jeimes gens, encore moins dans l’âge mûr et surtout dans la vieillesse. Les femmes ont une urine plus épaisse, trouble, blanchâtre, et contenant une hypostase plus volumineuse. Enfin la température, l’exercice ou le repos, les saisons, les latitudes, le sommeil, la veille, l’inanition, la faim interviennent pour modifier les caractères des urines.
Commence alors la séméiologie proprement dite, basée sur l’étude de l’augmentation ou la diminution de quantité des urines et de toutes les couleurs indiquées plus haut, dont il reproduit une énumération complète. Suivant que l’urine sera blanche, pâle, sous-pâle,- jaune d’or, safran, rougeâtre, rouge, vineuse, poiupre, verte, oléacée, gris vert, livide ou noire, le diagnostic est différent : « L’urine blanche est due à l’ingestion d’une grande quantité de vin, et surtout de petit vin, si tout le reste est normal. Mais s’il y a en même temps peu d’hypostase, c’est une intempérance froide du foie. Si au contraire l’hypostase est abondante, c’est signe de vieillesse. L’obstruction dans un viscère quelconque s’accompagne d’une mine blanche et peu dense. » On peut juger, d’après ces quelques exemples, à quelles conclusions fantaisistes on serait conduit dans cet ordre d’idées. Il en est de même pour les diverses qualités des contenta. Suit alors une série de chapitres sur la substance de l’urine, les quantités et la substance des contenta, leur couleur, les hypostases blanches, sous-pâles, pâles, etc..., suivant qu’elles sont analogues à des pois, du son, de la farine ou des lamelles, suivant qu’elles sont bien ou mal mélangées à l’mine, suivant leur densité, lem’ situation, — les bulles, les couleurs de la couronne, les filaments en toile d’araignée ou les taches huileuses qui nagent dans l’urine, — les mauvaises odeurs, l’absence d’hypostase, etc.
Le quatrième et le cinquième livre contiennent quarante et un chapitres
L’UROSCOPIE AU MOYEN AGE
consacrés à l’étude des « Causes des Urines ». Mais à ce propos Actuarius donne tout d’abord un résumé de la théorie de la coction liée intimement à l’uroscopie. Cette théorie n’est d’ailleurs qu’une adaptation, avec quelques modifications, de celle de Galien.
La première coction ou digestion se pas..e dans l’estomac où les aliments se transforment en un suc semi-fluide dont une partie se rend au foie, le reste à l’intestin. Là une partie retourne encore une fois dans le sang par les veines mésaraïques, tandis que le reste, définitivement inutilisable, parcourt l’intestin poim être évacué au dehors.
Le foie est le siège de la seconde coction ou sanguification. La partie utile sera versée dans le sang ; les impm'etés seront éliminées : ce sont la bile, qui est chaude, sèche et amère, qui se condense dans la vésicule et ne va pas dans les membres ; le phlegme, froid et humide qui est attiré dans le cerveau, le poumon, les articulations; l’atrabile, froide et sèche, terreuse, dépôt bourbeux du sang attiré vers la rate, génératrice de mélancolie; enfin l’urine qui, mélangée au sang, pénètre dans le rein en passant par l’émulgente. Là, le sang subit une sorte de filtration, et l’urine ainsi formée s’accumule dans la vessie.
Enfin dans l’intimité même des tissus une troisième coction se produit ; le sang digéré s’incorpore aux organes poiu en renouveler la substance. Cette digestion ne donne pas lieu chez l’homme sain à la formation des résidus ou superfluités, ou du moins ceux-ci sont consumés et éliminés par la sueur. C’est au contraire, chez l’individu malade, l’origine des contenta.
Actuarius se livre alors à un examen minutieux des Causes des Urines », et l’on voit reparaître l’énumération des diverses couleurs, des contenta, etc. La polyurie est en rapport avec l’abondance des boissons, les médications diurétiques, le diabète; l’oligurie est due à la siccité des aliments, à l’exagération des exercices physiques, à tout ce qui contribue à dessécher le corps ». Puis Actuarius étudie les causes des modifications de couleur qui donnent des urines blanches, pâles, rouges, jaunes, rougeâtres, vineuses, poiu’pres, vertes, livides, noires. Ensuite ce sont les causes des quantités et de la substance des contenta, des diflerentes hypostases : des contenta mixtes ou de diverses sortes : des contenta légers, ou épais et visqueux, qui résultent d’un défaut de coction. Une solution de continuité dans les contenta est due aux esprits étrangers, c’est-à-dire à des gaz anormaux ; les esprits réunis à la partie supérieure forment les bulles, ou couronne, dont il étudie également la place, la couleur, l’absence. L’âge, le sexe, les excès de toute nature, une vie sédentaire influent aussi sm- les diverses propriétés de l’urine. Actuarius n’oublie pas l’influence des saisons et des climats, comme en témoigne le passage suivant qui donnera une idée de ses conceptions pathogéniques, Pendant l’hiver où l’on se nourrit abondamment, et où l’on dort davantage, où l’air est en même temps plus froid et plus humide, il est logique qu’une partie importante des humeurs crues s’accumule. Et cette oligurie persiste tant que dure l’hiver mais dès que le printemps commence à apparaître et que les temps humides cessent, les humeurs sont alors mieux cuites et dissoutes, et les urines augmentent. » Aussi voyons-nous les urines varier suivant qu’au milieu du printemps les Hyades apparaissent à l’horizon, ou qu’Arion se montre au solstice d’été, au fort de l’été avec Procyon, au début de l’automne
L’UllOSCOPlE ET LES UROMANTES
avec AroturiiS; au solstice d’hivér avec le Capricorne, ou enfin au cœur de l’hiver quand de l’ouest souffle le Zéphyr.
Dans les deux derniers livres,, ceux des prévisions, Actuarius compare de nouAœau l’importance de la séméiologie des urines à celle du pouls qu’il considère comme le principal élément du pronostic. Puis reparaît la kyrielle des urines pâles, sous-pâles, jaunes, rouges, vertes, noires pour ne rappeler que les principales, le pronostic à tirer de la densité, du dépôt, de la coexistence de dépôts différents, des bulles et des diverses colorations, enfin de la mauvaise odeur qu’exhale l’urine. Son dernier livre est consacré à l’étude des urines dans les maladies, dans lequel il s’attache surtout à l’étude du pronostic.
Telle est, dans l’ensemble, l’œuvre d’Actuarius relativement aux urines. Elle expose consciencieusement des idées de l’époque, et notamment celles de l’Ecole de Salerne. Au milieu de futdités on y trouve Inen souvent des observations justes et des déductions exactes.
Si nous avons concentré notre attention sur Actuarius c’est j>arce qu’il résmne ijIus clairement que les autres urologues les idées courantes à nos époques sur les urines ; ce serait une fastidieuse énumération que de signaler les œ-uvres de tous ceux qui s’en sont occupés et dont quelques-unes ont été résumées déjà dans notre histoire du moyen âge.
Plusiem’s, cependant, ont joué un rôle sur lequel nous devons revenir : Gilles de Corbeil que nous connaissons déjà (v. p. 60), Gordon dont le rôle spécial nous occupera bientôt (v. p. 205); enfin Barthélemy Langiais, à cause de l’imx)ortance qu’il acquit aux yeux de ses contemporains; le grand nombre des manuscrits de ses œuvres montre l’influence qu’il a exercée.
Barthélemy Langiais, philosophe anglais, de son véritable nom Bartholomew Glanvil; vivait en 1350. Il appartenait à la famille des comtes de Suffolk et entra dans l’ordre des Franciscains. Il étudia à Oxford, Paris et Eome et acquit une connaissance familière des écrits d’Aristote, de Platon et de Pline. Il xjublia xjlusieurs ouvrages importants dont un Sermonum Liber et le x)lus réputé de tous, son fameux traité De proprietatibus 7'enim. sorte d’encyclopédie divisée en 19 livrées et traitant de Dieu, des anges, des démons, de l’âme, du corps, des animaux, etc
Jean Corbichon était un moine de l’ordre des Augustins. Il s’intitule luimême : « petit et humble chapelain » du roi Charles V. Il est smlout connu ])ar la traduction française qu’il donna du traité latin de Barthélemy Glanvil : Il vivait au xv^ siècle.
Il existe de cet ouvrage de nombreux manuscrits. L’un d’eux est intitulé Livre des propriétés des choses. « Translaté de latin en français l’an de grâce mil CCCLXXII par le commandement de Charles Le Quint... roi de France... lequel livre translata Maître Jehan Corbichon de l’Ordre de Saint-Augustin... »
C’est à ce manuscrit, dont la conservation est parfaite qne nous emi)runtons l’intéressante et curieuse miniatiu’e du feuillet 72, verso (Planche VII). Le fait de représenter sur les x>arois de la matula une tête, un bras et uni' jambe en face de personnages qui ont une maladie de chacune de ces régions, indique une foi naïve dans l’uroscoi3ie. Le texte qui l’accomxiagne n’est pas moins curieux ; les contenta de l’urine, suivant qu’on les observe
Kncyci.opédir u’Urorogie.