MALADES DEVANT HIPPOCRATE
La Mer des Histoires. — Imprimé par Pierre Le Rouge, 1488. {Bibliothèque nationale. Imprimés Vélins n° 676. Miniature du feuillet 26.)
E. Desnos. — Histoire de TUrologie
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LA MATULA. — LLS UllUSCOI’ES. — LES L'ROMANTES
des plus beaux in-folio imprimés qui existent à la Bibliothèque nationale :
la « Mer des histoires » traité qui résume les connaissances scientifiques alors acquises. La miniature est placée en tête du chapitre consacré à la médecine.
Elle représente Ypocras (Hippocrate) et pour bien accentuer son rôle, l’artiste lui a mis une matula à la main ; ses malades en portent également chacun une.
Très significative est aussi l’estampe flamande que reproduit la figure 110.
Fig. 109. — Le diagnostic et la tliérapeutique. Frontispice (de 'Üryancler-Marburg, 1ü76).
C’est le frontispice d’un livre consacré à la gloire de l’Université de Leyde, qui a été publié a la fin du xvi® siècle pour perpétuer le souvenir d’une cérémonie commémorative, et dans lequel on trouve les portraits des personnages illustres de cette Université. Un cortège solennel eut lieu à cette occasion ; la iurisprudcmce, les arts, les lettres y sont représentés par des figures allégoriques et bien certainement sans aucune intention satirique. Or la Médecine v figure tenant un flacon d’iu’ine à la main tandis que des malades ouvrent ce cortège en portant matula et panier.
Les médecins enx-mêmes prenaient souvent comme enseigne une matula et son panier ; plus rarement ils faisaient sculpter un personnage tenant la matula à la main. Telle était la façade d’une maison, disparue aujourd’hui.
L’UKÜSCOPIE ET lÆS UKOMANTES
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Fig. 110. — Cortège des corporations de FUniversité de Leyde (Estampe de la fin
du XVI” siècle).
de la rue aux Chats à LisieirXj sur laquelle était placé un panneau de bois
sculpté (fig. 111) qui date de la fin du xv*^ siècle ; nous le devons au crayon de M. ^linédée Buffet.
Il avait pour vis-à-vis un apothicaire pilant dans un mortier auquel M. ISTicolle a consacré une étude en 1902. Le médecin regarde la matula. L’escarcelle idacée à côté de lui laisse-t-elle percer une pensée désobligeante? C’est peu probable car à cette époque il aurait été malséant de jeter une défaveur sur le médecin et sm* son attribut, l’urinal.
Ainsi que le dit justement M. Meige « le médecin urologue occupe une place d’honnem*.
l’urinal est un symbole que l’on respecte ; bien plus il est sanctifié ». Il pénètre dans les églises et dans les sanctuaires grâce aux images îles patrons des médecins, saint Côme et saint Da-
mien. La mmiature des Heures d’Anne de Bretagne (V. Pasteau, VXJrologie en France) en est un délicieux si)écimen. La peinture naïve que reproduit la ligiu’e 112 qui est tirée de la collection du l)r()fesseur Lacassagne, est faite sur un iianneau de bois sculpté et attribuée
LA MATULA. — LES UROSCOPES. — LES UROMAXTES
à un maître de la fin du xiv® siècle. îllle montre saint Côme et sa matiüa et figiu'ait à l’église. D’autre part M. Nicolle a décrit deux motifs du portail des libraires de la cathédrale de Eouen, où l’on voit des médecins dans la même attitude ; l’im d’eux peut être saint Damien, portant l’urinal.
Enfin, si la moindre idée irrévérencieuse avait pu s’attacher à la matula, on n’aiirait pas osé commettre un véritable sacrilège en la faisant figurer sur un calice même.
Or c’est une scène de ce genre que nous montre M. Eaymond Kœchlin dans la Revue de VArt chrétien (fig. 113). Sur chacune des six faces d’un calice d’ivoire se voit un personnage appartenant à une i)i’ofession dont l’emblème est figuré ; la médecine est représentée par un médecin tenant la matula à la main.
Dans son livre M. A^ieillard nous fait voir le Christ lui-même symbolisé comme guérisseur et portant un urinai à la main. Nous avons trouvé le même sujet traité sm’ une estampe flamande ou allemande de Jean Gelle, graA^eur mort à Cologne en 1628, de qui on ne connaît que deux gravures en dehors de celle que nous reproduisons (fig. 114). Elle a pour titre ; « La profession de médecin. » Pour indiquer le rôle qu’il veut donner au Christ dans cette gi-avure, et son incarnation comme personne médicale, il lui a paru nécessaire de Mire figurer l’attribut attendu.
Jusqu’à cette époque, l’minal est resté symbole : une intention malicieuse, ironique ou malveillante n’apparaîtra que le jour où l’urologue clinicien et savant respecté trouvera devant lui l’uromante-charlatan.
La littérature du moyen âge et de la Eenaissance ne nous offre pas moins de documents que l’iconographie et nous montre la foi que les médecins, et siu'tout les malades et le x>ublic, Eig- — î^aint Côme. Pem-
, , ,, • T X X ture sur bois du xv® sièclft
avaient dans l’iiroscopie. Les traces en sont (Coiipci La Cassagne).
nombreuses et M. Dorveaux a pu en retrouver
dès le xii^ siècle. Tel le passage d’un manuscrit de Chrétien de Troj^es. « Un
orinal h xiortoit jior veoir s’orine dent. »
De son côté Paul Eicher retrouva dans le roman de Eenart une consultation médicale dans laquelle l’examen de l’urine joue le iirincipaPrôle. Noble (le Lion) consulte Eenart : celui-ci demande aussitôt :
Ce dit RenarL, gariz sei’ez Linz que lierz jour voïez passez Apportez moi un orinal EL si verrai dedenz le mal.
l/UKOSCOPIE KT LES LUUMANTES
Dans les comptes de l’argenterie des rois de France, M. Dorveaux a découvert l’inventaire du duc de Berry en 1416. Il y est mentionné « Un petit orinal garni et pendant a quatre chaiennes d’or. » a Pour un autre estuy de cuir bouilly double à mettre et porter les orinaiüx de la royne, y cellui poinçonné et armoié des armes de la ditte dame et fermant à clé. » Et enfin dans le livre des métiers du xiv° siècle, des indications très précises sur la manière de tenir a l’orinal net et clair ».
Fig. 113. — Médecin à Turinal, sculpté sur un calice d’ivoire. Trésor du dôme de ISlilan (Revue de l’Art Chrétien, oct. 1911. M. Kœcklin).
La coutume de faire précéder la visite du médecin d’un envoi de l’urine était constante lorsqu’il s’agissait d’un grand seigneur ou d’un grand médecin. Mais l’homme du peuple ou le vilain apportait lui-même son mine, avec une extrême déférence. La scène est représentée dans un gi’and nombre de gravures et de miniatures. La figure ci-contre (fig. 115) en est un bon spécimen et indique bien les attitudes respectives. Elle est tirée d’im manuscrit du xv“ siècle du Continens de Khazès.
La vénération, iilus apparente que réelle, dont les médecins étaient entourés les avait conduits à certaines exagérations car les malades finirent par tout demander à la matiüa ; sans parler des charlatans et des jiigeurs d’eau, les médecins eux-mêmes en tirèrent des déductions excessives. La miniature reproduite page 198, tirée d’un manuscrit de Jean de Corbichon, est significative et presque symbolique. Pendant que trois malades, resx»ectivement