I.A MATULA. — LES UROSCOPES. — LES UROMANTES
atteints d’affections de la tête, de la main et du pied se tiennent devant nn médecin, celui-ci examine le bocal, la matula sur laquelle on voit représentées une tête, une main et un pied ; naïve manifestation de la foi que les malades avaient dans l’inspection de leurs urines.
Alalgré les témoignages de respect, le public se méfiait déjà et cherchait à tendre des pièges aux guérisseurs quels qu’ils soient, maîtres ès arts ou charlatans et ceux-ci, ne voulant pas déconsidérer un art réputé
Fig. 114. — La profession de médecin. Gravure de J. Gelle, fin du xvi« siècle (G. p.).
infaillible, devaient avoir réponse à tout. Le livre de Bernard de Gordon, de Cautelis unnarum, est x>récieux à consulter sm* ce point. Il indique au médecin les moyens d’échapper aux ruses des malades qui souvent, pour éprouver sa perspicacité, lui apportaient des urines ne provenant pas de la personne pour laquelle ils venaient consulter, et, d’autre part, les procédés à employer pour tout expliquer par les urines.
En voici quelques extraits empruntés à Aueillard : Si le portem’ a mauvaise urine et semble souffrant, le médecin dira que c’est sa j)ropre urine. Si l’on apporte de l’urine au médecin et si on lui répond à sa demande : « ISTe sais-tu donc pas de qui elle est », il dira : «Je le sais fort bien mais il faut que je t’interroge. » Il demandera au porteim si c’est son urine, afin d’en connaître le sexe. Si on se refuse à répondre, il dira que l’urine signifie obstruction du foie ou de la rate causée par un excès de chaleur ou de froid, sans être x>lus explicite.
« Eegarde fixement le porteur car s’il veut te tromper, il changera de cou-
200 L’UUÛSCÜlME ET LES EUOMANTES
leur. Demande quel est l’âge du patient; si c’est un vieillard, il doit souffrir de l’estomac car il est de complexion froide. Si le x^erteur n’a pas le teint décoloré, examine celui de son compagnon et lorsque tu seras certain qu’il s’agit de son urine, dis-lni: «En vérité cette urine vous ressemble. » C’est ainsi qu’il eonvient d’agir avec des gens peu fortunés, parce que cela les engage à aller voir le médecin. »
Fig. 115. — Frontispice du Conlinens de Rhazès (Biblioth. de Turin, Cod. D. 1. 14,
d’après Piero Gacosa, te.\:te p. 502).
Si de pareils préceptes ont été donnés xiar un maître de Montpellier, on se demande à quelles supercheries dcA^aient être entraînés les jugeurs d’eau et les ur ornantes.
Dès le xiyc siècle, on le Amit, l’uroscopie a commencé à dévier. Au temps d’Actuarius et de l’Ecole de Salerne, l’examen de l’urine ne constituait qu’un des éléments du diagnostic que les médecins instruits rapprochaient des autres symptômes, de l’état du pouls en particulier. Peu à peu l’importance de l’uroscox)ie devint telle aux yeux de certains médecins renommés comme Gordon, Barthélemy Langlais, qu’ils ne x>Tenaient X3as la x)eine d’aller voir leurs malades et qu’ils i)rétendaient les soigner à distance d’après la seule inspection de leurs urines.
Les chailatans ne tardèrent i)as à les imiter. L’accroissement de leur