‹ Histoire de l'urologieChapitre 60 sur 76 · I.A MATULA. - LES UROSCOPES. — LES UROMANTES · texte numérisé non relu

I.A MATULA. - LES UROSCOPES. — LES UROMANTES

nombre et de leur influence s’explique par la crédulité du public, qui dans sa superstition et sa croyance aux puissances occultes, acceptera les prédictions et les vaticinations les plus extravagantes des guérisseurs. Aussi va-t-on voir pulluler dans tous les pays des vendeurs de reincdes qui, sous les noms de mires, de jugeur's d’eau, plus tard de médecins aux urines attireront les malades ; ceux-ci se tom-neront vers eux avec d’autant plus d’empressement que leurs procédés seront tenus plus secrets.

Des protestations s’étaient déjà élevées depuis longtemps. Actuarius puis Gilles de Corbeil signalent ces abus avec la véhémence dont nous avons donné des exemples, puis Pitard, Guy de Chanbac, Mundinus et bien d’autres ; mais leur voix n’était entendue que d’un petit nombre de gens instruits et ne pouvait rien contre une masse illettrée, inculte et avide de merveilleux.

Fig. 116. — Frontispice d'un chapitre de Galien (Venitiis, lo2D. p. 2j.

Déjà le collège des médecins de Londres, à la fin du xv® siècle, s’était élevé contre ces devins qui établissaient la nature de la maladie et son traitement au simple vu de l’mâne, et il interdit de prescrire quoi que ce soit aux gens simples et aux femmes du peuple avant de les avoir interrogés sur la nature de leur mal.

Au XVI® siècle, les abus étaient devenus si nombreux que presque tous les auteurs les signalent. Un d’eux, Forestus, dont nous aurons à faire voir la droiture de caractère et de doctrine, prit à parti les charlatans et dévoila leurs procédés. Dans son libelle « le faux jugement des urines » il condamne toute opinion basée sur leiu’ seul examen, dénonce les charlatans qui voient dans les bulles l’expression d’un catarre à la gorge, au poumon, au foie, à la .vessie suivant leur disposition dans la matula, dévoile la supercherie consistant en une marque peu apparente qu’un complice faisait sur le vase pour indiquer par qui et comment avait été rendue une urine. Enfin nous voyons décrite une mise en scène qui se perpétuera jusqu’à nous : les tableaux d’enseigne des rangées d’urinaux suspendus aux fenêtres, des réclames distribuées pour fane reconnaître que tel ou tel mire arrivait de la Perse ou de la Chine, un anneau magique porté au doigt qui, approché de l’oreille, semblait dicter la sentence, enfin l’examen du bocal dans un miroir.

Ces pratiques révoltaient le bon sens public et Meige cite un passage de Jean Brèche, avocat de la fin du xvi® siècle qui traite les urologues de « empiriques, vermines de bateleurs... » et leurs victimes de « badauds, fats, sots et nyais par nature, par bécare et par bémol ».

l/UUOSCOPIE ET LES IJROM ANTES

Le xvi° siècle ne vit pas la disparition de ces abus, mais la révolution violente soulevée par Paracelse avait obligé les médecins à donner aux indices recueillis une interprétation plus scientifique. Les uroscopes, les mires durent alors s’adresser directement aux gens du monde, sans varier sensiblement les formules du Moyen âge.

Fig. in. — Le mal d’Aiiiour. Tableau de J. Metsu. Gravure de Haurignoy,

D’ailleurs, à cette époque, l’examen ' des urines perdit sa suprématie ; à ce point de vue, la vignette ci-contre, empruntée à l’édition de Galien, publiée en 1567, à A^enise est significative ; on voit (fig. 116) à gauche du lit du malade un médecin qui examine l’urine : à droite un autre se fait présenter le bassin des déjections, un autre tâte le pouls ; des examens multiples semblaient désormais nécessaires pour le diagnostic.

Au xvni® siècle, le succès de Davacli de la Eivière montre la faveur qui s’attachait encore à l’nroscopie : le titre même de son livre dont les éditions se sont multipliées en fait connaître l’esprit : « Le Miroir des urines

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])ar lesquelles on voit et on connaît les différents tempéraments, les humeurs dominantes, le siège et les causes des maladies d’un chacun ; ouvrage utile à toutes personnes, même aux médecins. Paris, 1G96. »

A partir de cette époque, les uroscopes ne sont plus que des charlatans.

Fig. 118. — La consultation du Charlatan. Gravure de Smith, 1772.

Nicolle et Vieillard rapportent une série de mesures prises par les Parlements, les bailliages, les collèges médicaux qui font rendre des condamnations contre les médecins aux urines ; mais le nombre de ceux-ci ne diminue guère gi’âce à la crédulité des masses qui ne demandaient qu’une mise en scène un peu étrange pour se laisser abuser.

tSommes-nous en droit d’espérer qu’une éducation meilleure, qu’une instruction plus complète diminuera le nombre de ces dupes 'I Assurément,*le

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L’L’ROSGOPIE ET LES LTiOMANTES

mal paraît moindre aujourd’hui, mais eu dehors des causes de leurs succès énumérées plus haut, les charlatans trouvent trop souvent encore l’appui d’un personnage écouté en politique, lettres, sciences ou arts ; celui-ci, en souvenir d’une amélioration siu’venue après tel ou tel traitement fantaisiste, vient le défendre en public et souvent il l’impose à l’attention générale. Pour ne parler que des célébrités passées, nous signalerons l’extraordinaire réputation de Schuppach, un uromante suisse du xviii® siècle dont toute la noblesse de France était entichée, la marquise de Florian en particulier. Voltaire ne s’y laissa pas prendre, et écrivit au marquis en 1774 : a J’ai toujours eu une secrète aversion pour la liquem* rouge de votre médecin suisse et beaucoup de mépris pour un homme qui n’ose pas dire quel remède il vous donne. La ridicule charlatanerie de deviner les maladies et les tempéraments par les mines est la honte de la médecine et de la raison. »

Ce ridicule n’avait pas échappé au public ; la littérature, surtout la peinture et la gTavure en présentent des tableaux satiriques ; nous devons à M. Paul Eicher, et à M. Henry Meige, des études si parfaites de cette partie de l’histoire de l’art que nous ne pouvons qu’y renvoyer le lectem*. Dans de délicieux tableaux ayant pour titre le Mal amour (fig. 117), les peintres hollandais ont représenté et souvent ridiculisé les médecins qui regardent l’urinal avec le plus grand sérieux, pour se prêter à une supercherie et poiu' feindre d’y voir une maladie dont ils savent bien que la cause est ailleurs. Souvent même ils vont plas loin et diagnostiquent une grossesse à la vue de l’urine. Une gravure bien connue de- Schalken montre un liomuncuhis dessiné ou plutôt indiqué d’un trait léger dans l’urinal. Celle que nous représentons, emprunté à une gravime anglaise, est moins connue (fig. 118). C’est la consultation donnée par un charlatan avéré à une jeune fille dont il devine la grossesse.

D. — L’ART SPAGYKIQÜE ET SES DÉTRAGTEÜRS

L’urologie, si simple entre les mains d’Hippocrate et de Galien, devenue si complexe chez Actuarius, allait dévier. Les exagérations mêmes des disciples appelaient une réforme. Ce fut une réaction qui smufint^ violente et outrancière. Telle en effet apparaît la période qid s’ouvi'e devant nous maintenant, celle de l’art spagyiique, avec Paracelse et van Helniont.

Philippe-Aimeole-Théophraste Bombast de Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse, est né en 1491 ou 1493, à Maria Einsiedeln, canton de Schwytz, près de Zurich. A 16 ans, il part pour étudier à l’Université de Bâle, voyage ensuite pendant 15 ans à travers l’Europe, se mêlant à des bandes de Tartares, et va, dit-on, jusqu’en Orient. Il fréquente de préférence les alchimistes, les gens du peuple, les vieilles femmes, les gardeiu'S de recettes. En 1526, on le retrouve médecin pensionné de la ville de Bâle, et en 1527, il ouvre un cours public de chimie, le premier qiii ait été fait en Europe. Dès le début il apparaît comme un novateur. Sa première leçon est faite non pas en latin, mais en allemand, ce qui déjà est une révolution. Supprimant tout du passé, il s’en prend à Galien, Celse, Avicenne, étonne à la fois par sa fougue,

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