‹ Histoire de l'urologieChapitre 62 sur 76 · L’ART SPAGYRIQUL ET SES DÉTRACTEURS · texte numérisé non relu

L’ART SPAGYRIQUL ET SES DÉTRACTEURS

l’éther, les génies épidémiques ; nous y agouterions aujourd’hui la radioactivité.

Ens veneni, c’est la part de poison que contiennent les aliments auxquels en effet un élément toxique est uni à un élément nutritif. Chaque animal a été pourvu d’un Alchimiste ou Archée qui siège dans l’estomac, et dont le rôle est de séparer le bon du mauvais. Si l’alchimiste est mauvais, il sépare mal, d’où maladie, soit que les poisons s’arrêtent localement, soit qu’ils lèsent l’émonctoire par où ils doivent être éliminés.

Ens naturale, c’est le principe de vie qui circule par la liqiior vitœ. L’homme est un microcosme qui a ses lois de vie, comme l’Univers, macrocosme dans lequel il vit. C’est le point de la doctrine qui se rapproche du vitalisme ou de l’humorisme ; un ens naturale vicié n’est autre chose qu’une humeur peccante.

Ens spiritîiale, c’est le domaine du subsconscient, du magnétisme, de la télépathie, de l’envoûtement et des passions.

Elis Dei, enfin, c’est l’intervention particulière de Dieu, envoyant les maladies comme châtiment et ne permettant au médecin de guérir son malade que lorsque la peine est terminée. Tout mal est un purgatoire et, suivant le moment. Dieu lui délivre un bon médecin, l’ange qui le mènera au paradis, ou l’inhabile praticien qui sera pom* lui le démon d’enfer.

Voüà les cinq sortes d’influences (ambiance, troubles de nutrition, troubles de l’humorisme, troubles nerveux, intervention divine) sous lesquelles les corps de la nature sont sujets à des maladies. Ces corps se ramènent à trois éléments : ce qui se volatiüse, ce qui brûle, ce qui reste comme cendre. A ces trois états qui correspondent aux trois états actuels, impondérable, fluide et solide, il donne des noms à lui, mercure, soufre et sel qui n’ont d’aüleurs qu’un rapport d’homonymie avec ces corps chimiques. L’harmonie du mercure, du soufre et du sel produit la santé, le désaccord de l’un d’eux avec les autres, la maladie, et cela sous les influences que nous avons signalées. Suivant d’ailleurs que la maladie relève du soufre ou du mercure, ou au contraù’o du sel, elle est aiguë, à évolution rapide, ou au contraire lente et chronique. Ces dernières se produisent généralement par l’intermédiaire du tartre ou tartare.

C’est ici le lieu de dire quelques mots de la fameuse doctrine du tartare et des malades tartaréennes. Paracelse nous explique lui-même ce qu’il faut entendre parla. Toute humidité terrestre a, en elle, une matière disposée pour la coagulation. Par exemple le vin, qui vient de la terre, contient cette matière et c’est elle qui, en se coagulant, se sépare du vin et adhère à la paroi du tonneau ; elle forme ainsi le tartre ou tartare du vin. 11 y a de même un tartare du lait, des plantes. Chez l’homme également les aliments produisent un tartre : celui qui se dépose sm’ les dents n’a pas de gros inconvénients ; il n’en est pas de même de celui de l’estomac, source de tous nos maux. Chez la femme, il y a, outre cette variété de tartare, celui qu’elle reçoit de l’homme dans la conception : ce tartare se transmet ensuite au fœtus, tantôt sous forme d’un germe vicié à l’origine, tantôt par la nourriture que reçoit le fœtus x)endant la gestation, et voilà l’origine des maladies héréditaires.

Si l’Archée ou l’iVlchimiste de l’estomac remijlit bien son œuvre, si l’excrétion se fait normalement, le tartare s’évacue et la santé persiste. Si au contraire

L’UROSCOPIE ET LES UROMANÏES

l’organisme est vicié, le tartare s’accumule et occasionne des paroxysmes violents, tartariques, destinés à rejeter au loin la matière morbide, mais le tartare continuant à s’accumuler, on voit s’installer des maladies longues, chroniques, souvent héréditaires, comme la goutte, la sciatique, les calculs.

Or l’urine est l’image des excrétions de tout le corps. Voilà comment l’examen de l’urine permet de se rendre compte de l’état de santé.

Seulement, l’examen de l’urine comme le pratiquent les galénistes est

inutile ; il faut, par l’art spagyrique, séparer (TTcav, arracher, et aYS'.pE-.v,

rassembler) les parties de l’urine, et savoir auquel des principes fondamentaux des maladies elles correspondent.

Les anciens auteurs, Bernard de Gordon, Gilles de Corbeil, Villichins croyaient que les maladies de la tête ont leur correspondance dans les nuhea de la matula, celles du ventre dans l’hyposta.e, et celles de la poitrine dans l’énéorème. Paracelse conserve l’idée en la modifiant ; selon sa conception, le mercm’e correspond à la nuée, le soufre à la partie moyenne, le sel àl’hypostase, lesquels d’ailleiu'.s correspondent aux mêmes régions du corps que pour les classiques.

Le médecin qui veut connaître exactement les éléments d’une maladie devra rechercher de combien, en volume et en poids, im élément sépare les autres. Pour ce faire on pèsera les urines et on les distillera. Suivant que les vapeiu’s résultant de la distillation occuperont tel ou tel point de l’alambic ou cucmbite, c’est telle ou telle i3artie du corps qui sera atteinte.

A l’appui de cette assertion, on trouve dans Paracelse ime image curieuse reproduisant côte à côte un alambic et un homme au nez en forme de bec d’alambic, divisés en tranches horizontales correspondantes (fig. 120).

Cette conception fut développée, poussée à l’extrême et vulgarisée par un disciple de Paracelse, Léonard Thurneissen. Il prétendait ainsi faire des diagnostics topographiques, aussi bien que des diagnostics de lésion (A’ertige, phrénésie, bourdonnements d’oreille), des pronostics (apoplexie et mort) rien qu’à considérer l’âcreté ou la subtilité des vapeiu’s, l’épaisseur de la fumée, ou le côté de la cucurbite où elles s’accumulaient.

A côté de ces divagations on trouve des méthodes intéressantes dan.s la doctrine des spagyriques : la pesée de l’urine était recommandée. Si la quantité d’urine émise le matin au réveil dépassait 250 gTammes (huit onces et

Fig.

20 . — De fornace anatomica (Paracelse; Aurora philosophorum, Basileœ, 1577, p. 137).

L’ARÏ SPAGYUIQUE ET SES DÉTRACTEURS

trois drachmes) celle-ci était suspecte de contenir un excès de sel ou de tartare. A la méthode juste; venait encore se joindre une idée fausse ou d’une rigueur excessive,

La vie et l’œuvre de Paracelse sont remplies de contradictions. Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir ce révolutionnaire qui le premier a osé secouer le joug du passé, se soumettre aux superstitions traditionnelles et accepter les croyances au merveilleux les plus grossières. On ne peut douter qu’il ne se soit livré à des pratiques de sorcellerie. En cela il se conformait à la tradition ; la magie a joué un tel rôle dans la thérapeutique du moyen âge que nous devons en quelques mots expliquer comment Paracelse y a été conduit.

Originaire de l’Inde et de la Chaldée, les pratiques magiques furent recueillies par les Grecs et ne disparurent pas après l’ère chrétienne. Les gnostiques hérétiques fidèles aux doctrines néo -platoniciennes, d’une part et les Arabes de l’autre, créèrent ou développèrent les sciences kabbahstiques. Poursuivis et traqués au moyen âge, ils affirmèrent leur foi en l’existence d’un fluide unique et universel dont une des manifestations constitue le corps astral, principe vital sur lequel agissent les influences célestes.

Pendant tout le moyen âge la magie fut cultivée et les plus grands esprits, Eoger Bacon en particuher, s’y livraient avec passion. On ne trouve dans Kaymond Lulle et Arnauld de Villeneuve que de rares procédés de guérison tandis que peu de temps après, Cornélius Agrippa, secrétaire de l’empereur Maximilien, explique l’influence des gemmes sm’ les maladies, du jade sur la gravelle, et de l’urine de mule sur la fécondité. Cardan, tout en se hvrant aux pratiques des incantations et de l’envoûtement, croit à l’influence des métaux sur les maladies et surtout à celle des constellations.

Cette croyance est très ancienne et se fortifia au moyen âge. L’espace circonscrit où se meuvent les planètes, le Zodiaque, fut divisé en douze parties égales, appelées plus tard « maisons » en langage kabbalistique, qui portent le nom des constellations qui s’y trouvent. L’homme était considéré comme un petit monde, un microcosme ; toutes les parties de l’univers, mégacosme ou macrocosme avaient leurs analogues dans le microcosme. Le corps de l’homme fut donc divisé en douze parties dont chacune était gouvernée par un signe du zodiaque, c’est-à-dire par les constellations qui se trouvent dans ce signe, conception universellement acceptée au moyen âge,

La miniature ci-jointe (fig. 121), empruntée au manuscrit n° 11 229 de la Bibliothèque nationale, semble avoir servi de modèle à toutes les images analogues qui se sont perpétuées jusqu’à nos jours dans les pubhcations populaires. L’influence de chacun des astres est ainsi expliquée.

« Sachez que la lune estant au signe ayant regard au membre de l’homme ou de la femme, si encellui membre vient aucune maladie, la lune estant au signe ayant regard à cellui membre, il ni faiüt bailler ni donner médecine. Car à peine ou nullement y vauldrait curation; ni se serait point vaillable ce qu’on y asserrait et fault attendre que la lune soit passée hors de celui signe. Et pour ce est nécessité de savoir quel signe a regard à chacun membre. Si doibs savoir que le signe de Aries qui est le premier signe nommé au Zodiac a regard sur le chief de l’homme. Et le signe de Taurus a regard

L’URÜSCOIME ET LES UUOMAMES

sur le hasterel et le col de rhoniiiie. Et le signe de Gemini a le regard sur les bras de l’homme. Et le signe du Cancer a regard sur la poitrine de l’homme. Et le signe de Léo a regard sur la fourcelle et estomac de l’homme. Et le signe de Virgo a regard sur le ventre et la bouelle (les boyaux) de

fir ftyi\ UttUl^iUxH ~

Fig. 121. — Les signes du zodiaque cl les régions anatomiques qui leur sont soumises

(Mss. Uibliot. Nation., n« 11229).

l’homme. Et le signe de Libra a regard sur le pénil et génitales de l’homme. Et le signe de Scorpius a regard sur le membre de l’homme. Et le signe de Sagittaire a regard sur les cuisses de l’iiomme. Et le signe de Capricornus a regard sur les genoulx de l’homme. Et le signe de Aquarius a regard sur les jambes de l’homme. Et le signe de Pisces a regard sur les pies de l’homme. Et ainsi doi les entendre de la femme. »

L’ART SPAGYRIQUE ET SES DETRACTEURS

Si la foi populaire dans ces signes a persisté, peut-être en trouverait-on les raisons dans ce que chaque signe du zodiaque correspond à une époque ou à une saison de l’année ; on sait l’influence sur le retour de telle ou telle maladie qu’y attache le vulgaire, ainsi que le faisaient les médecins d’autrefois.

Toutes ces croyances sont reprises, condensées et ampUfiées en même temps, classées et appliquées par Paracelse. Mais dans son œuvre, les points qui touchent à l’Occulte, Magie ou Médecine astrale sont innombrables. Force est de choisir.

Dans VOpus Paragranum, Paracelse expose la thèse du microcosme et du macrocosme, et comment les astres agissent et sur les maladies et sur Varcane des médicaments.

Mais c’est surtout dans VArcMdoœe Magique que l’on rencontre le plus grand nombre de points traitant de Médecine occulte. Dès le premier livre

Fig. 122. — Médaille contre les calculs du rein (Paracelse : Archidoxe liber, Genève, 1638).

Paracelse pose en principe l’utilité des métaux, l’influence du Ciel et des Planètes, et l’efficacité d’un sceau fabriqué selon les signes de ces influences, notamment pour le calcul des reins. Et la meilleure preuve, pour lui, que « la médecine puisse soulager l’homme en le portant suspendu au cou à la manière d’un sceau » c’est que « si l’on tieut à la main des cantharides, l’urine devient sanguinolente. »

Chaque constellation zodiacale préside à la destinée d’une des parties du corps. Paracelse exphque les procédés recommandés pour guérir les maladies des organes régis par la balance et par le scorpion, c’est-à-dire les reins et les organes génito-urinaires.

Voici la recette du sceau contre le calcul et le sable des reins.

« Tu prendras :

^ Üi* 3 iiij Argent 3 üj.

Étain 3 f . Plomb 3 j[3.

Jette tous ces métaux pêle-pêle dans un creuset neuf, fonds le jour de Saturne, à la dixième heure avant la méridienne ; la Lune à l’ascendant, jette dans l’alliage en fusion du salpêtre mêlé avec du tartre itour que ledit alliage soit ductile et séparable. Tu couperas et poliras le lingot à l’heure h du jour de Vénus, suivant la forme requise. De l’alliage des métaux la matière sort particulièrement dure, âpre. Cette préparation accomplie, tu attendras la pleine Lune. Tu commenceras alors à graver dans cette orbe les signes suivants de façon que tout soit gravé en une heure. Tu marqueras A sur une face. Mets de côté cette pièce jusqu’au jour de Jupiter où la lune

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