L’UKOSCOPIE ET LES URO.MANTES
aura bon aspect sur les planètes. Ceci fait tu graveras les caractères suivants. Suspends la médaille au cou du malade qui souffre de la pierre, le jour de la Lune, à l’heure de la Lune et la Lune en décroissance (fig. 122). »
Mais il est d’autres recettes pour ceux à qui des maléfices ont fait perdre leur virilité, pour la métrorragie, les douleurs, la paralysie, « pour les ulcères qui sont faictes par sorcelerie et enchantement ».
Paracelse ajoute : « Il ne faut pas mépriser la puissance de Satan, d’autant qu’il est fourni de mille moyens pour tromper et pour tenter, ne cesse de tournoyer, rugissant comme un lion. Par quoy il faut croire asseurément qu’il n’en veut pas seulement à l’âme mais au corps et cerche moyen de nuire au corps qui est domicile de l’âme. »
Chose curieuse, un savant de la valeur de Fernel ne craint pas d’affirmer, lui aussi, sa foi dans l’existence des noueurs d’aiguiUettes comme il résulte du passage suivant : « La force virile se perd et s’affaiblit du fait de la vieillesse, des maladies, des causes qui dissipent les esprits et ruinent la vigueur naturelle, par les maléfices des sortilèges, qu’on ne doit pas considérer comme fables, et par les médicaments qui ont une propriété ou une vertu manifeste d’éteindre la semence génitale (livre VI, chap. xin). »
Jean-Baptiste van ïïelmont, seigneur de Mérode, Eoyenboi’ch, Oorschot, Pellines et autres lieux, est né à Bruxelles en 1577. En 1594, il termine ses études philosophiques à l’Université de Louvain, cherche sa voie successivement du côté de la scholastique, de la physique, de l’astronomie, de l’algèbre, de la géométrie, et de la géographie. Disciple des Jésuites à l’Université de Louvain, il eut un moment l’idée d’entrer chez les Capucins ; il étudie quelque temps le droit et revient aux sciences naturelles, dans leurs rapports avec les choses de la médecine. Il apprend Hippocrate par cœur, annote Galien et Avicenne, et s’aperçoit qu’il est toujours aussi loin de la vérité. Il travaille alors par lui-même et, sur une intervention du Très -Haut lui donnant l’ordre de se faire médecin, avec la promesse que l’archange Eaphaël l’assisterait de ses conseils, il n’hésite plus et embrasse la carrière médicale. Promu docteur de l’Université de Louvain en 1599, il commence ses travaux siu’ la lithogenèse. Puis se rendant compte à nouveau de l’inanité des livi’es de l’Ecole, ü se met à voyager. Une gale qu’il contracte et que la thérapeutique classique aggrave, ruine sa confiance dans la médecine de l’Ecole. Après avoir parcouru l’Espagne, la France et l’Angleterre, il revient en Belgique en 1605 et s’adonne à la médecine pratique. Pendant dix ans, il vit dans la retraite et i)ublie en 1615 à Leyde son premier ouvrage dans lequel il attaque violemment les galénistes. L’histoire de Vésale nous a montré qu’il ne faisait pas bon s’attaquer aux doctrines régnantes : ses ennemis essayèrent de le faire condamner par les tribunaux d’Eglise et par* l’Inquisition. Mais l’official de Malines ne consentit â s’occuper del’affaii'e que dix ans après, en 1627, et n’entama que vers 1630 le procès qui traîna en longueur ; après deux ans de détention l’affaire fut finalement abandonnée. Van Helmont mourut le 30 décembre 1644 à l’âge de 67 ans. Même après sa mort, ses ennemis ne désarmèrent pas, et Guy Patin fait ainsi son oraison funèbre dans une de ses lettres : « Van Helmont était un méchant pendard flamand qui est mort enragé depuis quelques mois. 11 n’a jamais rien fait qui vaille. »
L’AUT SPAGYRIQUIC ET SES DETRACTEURS
Parmi les ouvrages de Van Helmont, deux surtout nous intéressent : VOrtus medicinœ et le traité De lithiase. Dans VOrtus, il expose comment il y a non pas trois digestions, ainsi que le pensent les Ecoles, dans l’estomac, le foie et les tissus, mais bien six digestions. La première a lieu dans l’estomac, où im ferment acide transforme le chyme ; la seconde, dans le duodénum où le fiel le transforme en produit salin. Dans les vaisseaux mésaraïqiies a
Fig. 123. — Jean-Baptiste Van Helmont et son fils (Frontispice. Orlus medicinæ aiiUiore Juanne Van Helmont Amterodami apud Elzevirium, 1632).
lieu la troisième digestion sous l’influence du ferment hépatique. La quatrième s’accomplit dans le cœm* et l’aorte où le sang devient plus subtil. La cinquième a son siège partout, mais surtout dans le cerveau : le sang artériel se transforme en esprit vital. La sixième enfin se passe dans l’intimite même des tissus. Si la quatrième et la cinquième digestion ne fournissent pas de résidus, il n’en est pas de même des trois premières ; et les substances inutilisables à la suite de ces trois digestions sont emportées x^ar l’urine, dont elles pro- <luisent les diverses colorations. Van Helmont dans son Tfaite des Fievres, indique que les urines sont confuses et troublées chez les fébricitants, et qu’il s’en élève des vapeurs acides indigestes et vitreuses.
L’ÜKOSCOPIE ET LES UKOMANTES
Il prend violemment à partie la doctrine galénique dans son Traité du Calcul. Pour les classiques la lithiase est due à une cause externe: la substance du calcul est une espèce particulière de mucilage, pituite visqueuse ou muqueuse qui se forme sous l’influence de la chaleur animale ; la chaleur animale évapore l’urine dans la vessie (chaleur dont les malades ressentent les sensations jusque dans la région lombaire) et comme l’urine est trouble, elle concrète ce trouble et forme le calcul. Avec un véritable sens de la méthode expérimentale, van Helmont reprend ces données : le nuage dans l’urine des calculeux est un effet et non une cause : de même quand un œil devient larmoyant parce qu’une paille y est tombée, personne n’admet que ce sont les larmes qui ont produit la paille. La sensation de chaleur, éprouvée par les malades, est également une conséquence non une cause du calcul, comme la chaleur ressentie dans le doigt pénétré d’une épine est conséquence et non cause de l’épine.
Van Helmont détruit également la théorie de Paracelse, que nous avons exposée, sur l’origine tartaréenne du calcul et expose sa théorie propre. Pour qu’un calcul se forme il faut dans l’iu’ine trois agents : l’esprit d’urine (acide urique), l’esprit coagulateur (eau-de-vie) et un ferment décomposant l’urine. Quant au calcul, c’est un produit anormal du sel urinaii’e (urée) qui n’a pas d’analogue dans l’univers, d’ou le nom de Duelech, d’ailleurs emprunté à Paracelse, sous lequel il le désigne. L’urine en contient les principes essentiels ; elle est la matrice de la semence du calcul. Mais pour qu’il se forme il faut un ferment corrupteur ; ce ferment vient des reins. Les calculs se formeront donc chez ceux dont l’Archée, insuffisant à sa tâche, expulse une ruine claire ; celle-ci apporte un obstacle à la coction, c’est-à-dire au produit de là sécrétion rénale, d’où gravelle d’abord, lithiase ensuite.
La douleiu de la colique néphrétique est due moins au volimie du calcul qu’aux contractions spasmodiques de l’uretère. L’iirchée voulant expulser l’ennemi envoie une grande quantité de liquide dans les reins poiu les nettoyer ; les contractions qui se j)roduisent dans les veines rénales et l’intestin provoquent la douleur.
Enfin van Helmont a été le premier à comprendre l’intérêt qu’il y a à connaître la densité de l’iuine. Aj^ant pris un vase à col étroit j)esant 1554 grains, il le remplit successivement d’eau pluviale, puis de diverses urines, et il arriva à des nombres qui, convertis en chiffres modernes, donnent 1016 pour un vieillard, 1024 pom’ une femme saine, 1030 pour un homme, et 1042 pour un autre homme qui s’était abstenu de boire depuis plusiem-s heures.
Ainsi que Paracelse, plus que lui peut-être, van Helmont est un précursem. Il a voulu que l’observation remplaçât la scholastique à la base de la. médecine. Philosophe hardi, le premier il a affirmé ce que Broussais, et d’autres ont répété a])rès lui, qu’il n’y a pas de maladies, mais des malades. Chercheur passionné, il a introduit la chimie dans la médecine et dans l’étude de l’inine. C’est lui qui a préparé De le Boë, Willis, Bellini et Boerhaave.
François Du Bois, plus connu sous le nom de François de le Boë ou Sylvius, d’une famille d’origine cambrésienne, émigTée dans les pays protestants < l’Allemagne, naquit en 1614 à Hanau. Il ])iit le bonnet de docteur à Bâle
L’AUT SPAGYllIQUE ET SES DETRACTEURS
eu 1637, et après diverses pérégrinations s’installa à Amsterdam d’où sa réputation grandissante le fit appeler pour occuper à Leyde la chaire de médecine pratique. Disciple de van Helmont, il se fit le protagoniste de la doctrine cliimiatrique. On lui doit entre autres l’enseignement clinique dans les hôpitaux, l’enseignement de l’anatomie sur le carlavre. Il mourut en 1672.
Pour De le Boë, tout n’est que cliimie. Le corps .se compose de contenants solides et de contenus liquides. Bien ne compte dans l’état des malades, âge, sexe, constitution, température, constitution médicale, ou climat. La maladie est im désordre clinique, et suivant que les âcretés du corps sont alcalines ou acides, on leur opposera des acides ou des alcalis.
Ses analyses d’urine diffèrent peu de celles de van Helmont ; on j trouve cependant un caractère non indiqué par les auteirrs, celui du son : « Une diversité de son s’observe au cours de l’émission de l’urine : elle peut être rendue en produisant un son notable, en même temps que se forme une écume abondante quand l’m’ine est séreuse, c’est-à-dire aqueuse et salée. D’autres fois, au contraire, l’urine tombe silencieusement comme s’il s’agissait d’huile, si elle renferme une proportion notable de substances oléagineuses. »
La lignée des spagyristes n’était pas perdue et cpielques-uns vont faire faire à l’urologie des progrès tels que nous y reconnaîtrons une science véritable : de ce nombre fut Willis.
Né dans le Wiltschire à Gieat Bedwin le 6 février 1622, Thomas WiUis fut d’abord professeur de philosoxîhie à Oxford en 1660. En 1666 il se rendit à Londres et devint rapidement célèbre par ses travaux de médecine jjratique et de chimie, et surtout j^ar ses recherches sur l’anatomie et la xjliysiologie du cerveau. Il mourut à Londres le 11 novembre 1675.
Fig. 124. — Thomas Willis, 1622-1 67a.
Gravure de G. Vertue.
i;UROSCOPIE ET LES UROMANTES
Dans son ouvrage, le De Urinis dîssertatio epistolica, paru seulement en 1G83, Willis décrit avec détail l’opération de la distillation qui leur permet de reconnaître cinq principes dans l’urine : un esprit vicieux détrempé d’eau
en trop petite quantité pour qu’on puisse le déceler par le goût ; 2° beaucoup de liqueur aqueuse avec quelques particules de sel et de soufre, 30 une eau très pénétrative communément appelée esprit d’urine, mais qui est un phlegme fort aiguisé par le sel, montant le dernier dans ladistillation ; enfin après distillation il reste dans la cucm-bite : 4° du sel ; 5° de la terre ; le sel se sublimant d’ailleurs si on augmente le feu. En somme, beaucoup de sel et d’eau, peu de soufre et de terre, et très peu d’esprit.
Pas plus que Vieülard, nous n’avons pu retrouver le passage dans lequel Willis aurait mentionné, au dire de Payer, que l’urine des diabétiques a un goût sucré, ce qu’il eût pu faire cependant, puisqu’il recommande de goûter l’urine. ISTous avons, par contre, relevé certains paragraphes dans lesquels il expose avec une grande netteté quelques points de la séméiologie urinaire.
C’est ainsi que parmi les causes de la polyurie, il cite la i)olyurie consécutive à une rétention passagère (liydronéphrose intermittente), dans l’hydropisie (lors de la déshydratation), dans une maladie de nerfs (polymûe nerveuse), dans les crises des fièvres (polyurie critique), après l’emijloi des diurétiques (polyurie provoquée).
Aux renseignements fournis par la- vue et l’odorat, il convient d’ajouter les résultats de la distillation « épreuve plus exacte et plus certaine » qrd permettra de connaître x la quantité de sel et de soufre ».
Avec Thomas W'illis se termine l’ère des spagyristes. Malgré leurs erreiu’S, leurs divagations et leurs violences, nous lem* sommes redevables de nous avoir ramené à l’examen du malade, et de nous avoir appris un nouveau procédé d’investigation, qui, développé plus tard par des hommes plus érudits, deviendra la source de découvertes capitales. Cela est si vrai que les notions concises, mais justes, précises, fommies par l’examen des urines, se trouvent non pas seulement chez lem’S disciples, comme Willis, mais encore chez ceux qui, vivant à leur époque, ont subi leur influence quoiqu’ils les aient combattus.
A ce point de vue, l’étude du livre de Eernel sur les Urines offre un vif intérêt.
Eernel est bien antérieiu’ à WTllis, et même à van Helniont. Si nous l’avons laissé de côté c’était pour suivre sans interruption la hgnée dos spagyristes, mais avant d’entreprendre l’histoire de l’urologie scientifique, nous allons quelque peu revenu- dn arrière. Comparant l’iu’ologie de Eernel à celle d’Actuarius nous verrons l’influence qu’a exercée Paracelse sur ceux-là mêmes qui ne sauraient se réclamer do lui, et qui l’ont inconsciemment suivi.
Jean Eernel est né à Clermont en Beauvaisis, ou à Montdidier, en 14SG, 1497, 150G, selon ses biographes. Maître ès arts en scholastique, latiniste consommé, il se décide, au cours d’une fièvre quarte qui le force à interrompre son ti*avail, à embrasser la carrière médicale. Eeçu docteur en 1530 il ne tai’de pas à devenir célèbre. Médecin du dauphin, en 1545, il opère la cme merveilleuse dont les commentateurs ont tant parlé; il guérissait d’une maladie grave Diane de Poitiers. Néanmoins par modestie il refuse la situation de médecin
L’AUT Sl'ACVKlUUE ET SES DETUACTEL’HS
de la cour, procurant un certificat de complaisance fourni par un confrère, attestant qu’il est atteint de pleurésie. Malgré tout, force lui est d’accepter en 1550. Mais bientôt sa femme mourut, et Fernel qui avait pour elle la plus vive affection, ne tarda pas à l’aller rejoindre dans la tombe le 26 avril 1558.
Travailleur infatigable, dormant peu et ne consacrant aux repas que de coiu-ts instants, parce qu’il pensait que l’homme a l’éternité tout entière pour se reposer, il a laissé un nombre d’ouvrages considérables. Parmi eux, le traité De P uis Unis et Ur inis nous intéresse particulièrement.
Il définit l’urine la sérosité et le véhicule du sang que les reins en ont séparée. Après la digestion stomacale le sang se forme en chyle. Le chyle passe de l’intestin au foie par les veines du mésentère, les sux^erfluités qui s’évacuent du sang sont transportées par le sang lui-même aux pores de la peau, formant la sueur, ou se rendent par les veines émulgentes au rein.
La coloration ou l’odeur <le l’urine peut être changée par un médicament (casse, rhubarbe, séné, grosse garance, aü. ou térébenthine), mais aussi ces modifications peuvent provenir de processus morbides, ulcères ou abcès des reins, de la vessie, des uretères, des voies génitales, donnant des urines blanches et pmailentes ; du sang qui lui communique une couleur rouge ; enfin du sable ou des filaments. Ce sont des notions de diagnostic mal indiquées jusqu’à lui. Bien plus sobre que ses prédécesseurs sur les caractères de l’iu’ine normale, il insiste sm‘ les modifications que lui font subir le gem*e de vie x)hysique, l’alimentation, la temi)érature ou la saison.
Puis il entre dans l’examen des signes extérieurs modifiés par la maladie : véritable analyse clinique qui laisse prévoir le fécond enseignement qu’en tirera le professeur Guyon.
Pour l’odeur, Fernel pose en principe qu’il est vilain et tout à fait indigne
< ’ :.^aius “tjl Mifui Sol ^ifo6 i Denatiw anno , jiSSB, y'T.caî . SUa4j . iUi- aC.X.ii-
Fig.l2ü. — Jean Fernel, 1497 (?)-l 008. Gravure de Cliaquignon (bibliotii. nation.).
I/ÜKOSCOPIE KT LES UHOMANTES
d’un médecin de flairer Turine, cependant l)on gré mal gré, l’odeur peut parvenir jusqu’à nos narines. Modérée à l’état normal, elle devient infecte lorsqu’on a mangé de l’ail ou du fromage pourri ; elle l’est encore dans les ca.s d’ulcères du rein, des parties honteuses, de calcul vésical, enfin dans les maladies générales aux jours critiques.
Les couleurs de l’imine sont énumérées avec sobriété ; au lieu de se perdre dans des nuances insignifiantes, il insiste sur les points importants en particulier sur le diagnostic des urines bilieuses et liématuriques. Il en est de même ])oni* les urines troubles. Mais bientôt Fernel cède à ses souvenirs classiques. Pour lui la couronne formée de grosses bulles est signe d’humeurs gi'ossières, si les bulles sont petites et disposées ch’ciüairement c’est douleur de tête, si elles sont disposées en demi-cercle, c’est migraine. Si la douleur est intense les bulles seront dorées, si elle est légère elles seront pâles, si la douleur s’apaise elles nageront au milieu de la siuface de l’urine « car le fait qu’elles occupent le haut de l’urine témoigne que c’est la tête, la plus haute partie de l’homme qui est le siège de douleur ». Si les bulles tombent, cela signifie que la maladie tombe de la tête sur les poumons, etc... Il était vraiment bien difficile, même pour un esprit aussi distingué, de se défaire des rêveries de ses prédécesseurs.
I;es filaments blancs qui proviennent de la prostate, les filets spermatiques qu’on rencontre dans l’urine aj)rès le coït, le sang qui témoigne d’un ulcère aux reins ou au col de la vessie, témoignent d’une observation plus exacte. L’auteur va plus loin, et il nous signale, fait qui n’a été retrouvé que beaucoup plus tard, l’hématurie initiale des affections de l’nrètre ou du col, opposée à l’hématurie totale ou terminale des affections rénales ou vésicales. Il distingue également les calculs primitifs (rouges tii’ant sur le jaime lorsqu’ils viennent des reins, blancs s’ils viennent delà vessie) des calculs secondaires du rein, « lorsque les reins sont affectés de quelque ulcère sordide, les pierres en deviennent blanches. »
Il a saisi la succession des phases de la colique néphrétique, suivant que le calcul traverse l’uretère, qu’il s’y arrête, ou qu’aprèsen avoir obstrué momentanément l’orifice il retombe dans le bassinet. Pour lui tout calcul a son origine dans les reins. S’il parcourt tout l’uretère et tombe dans la vessie, il s’y maintient quelquefois, s’unit à d’autres saletés pour former la pierre x^roprement dite. Fernel prétend même qu’au milieu des calculs expulsés par les voies naturelles, il a reconnu un débris provenant du rein.
A ses yenx, l’incontinence d’urine est due à une atonie du sphincter ou bien à une paralysie des nerfs qui l’innervent ; le premier cas s’observe dans l’incontinence noctmme des enfants, le second à la suite d’un traumatisme.
-Etudiant la x^olyurie, il fait, comme ses prédécesseurs, du diabète une maladie des reins ; il signale les polyuries évaeuatrices des hydropisies ; il relate même à ce sujet l’observation « d’un certain ivrogne, d’assez bonne constitution et replet, lequel, de fort gi’os qu’il était, devint extrêmement inaigTc on l’espace de huit jours » qui semble bien être celle d’un cirrotique alcoolique.
Parmi les oliguries il cite l’obstruction des reins x^ar une tumeur ou un calcul, ou par une affection vésicale (carnosité du col, x)hlegme éx>ais, ou calcul).
On voit ainsi toute la distance qui sépare Actuarius de Fernel. C’est que.
L’ART SPAGYRIQUE ET SES DETRACTEURS
dans l’intervalle, nous avons vu apparaître les spagyristes qui, dans leur haine intransigeante et absurde du passé, avaient sans doute dépassé la mesure, mais qui aussi avaient ramené le médecin à l’observation du malade. Fernel a été converti à cette manière de procéder, nouvelle, et pourtant si rationnelle, qu’il expose à la fin de son Traité : « Il faut d’abord s’informer prudemment depuis quand le patient est malade, si son affection a débuté brusquement ou lentement, ou imogressivement, avec quelle intensité elle a marché et estimer le temps, le pays et les maladies qui courent. » Et il conclut par ces sages conseils adressés non plus aux médecins mais aux malades : « Celui qui considère un médecin comme un augure ou un prophète en essayant de le faire deviner, n’en retirera le plus ordinairement qu’un profit incertain etdouteux; tandis que celui qui consulte avec prudence et sagesse recueillera le fruit d’un utile conseil. »
.tVntagoniste de Fernel tout en l’étant encore plus de Paracelse, Rondelet, né à Montpellier en 1607, vint à Paris à 18 ans ; sans instruction et sans fortune, il travailla sans relâche, disséqua avec Gontier d’iAndernach, finit par se faire recevoir doctem’ puis professeur à l’Université de Montpellier. Quoiqu’il fût plus connu comme naturaliste, il publia à Lyon Metliodus curandorum omnium morhorum corporis humani où il exposa sa théorie de la lithogenèse opposée à celle de Fernel. Tl ne iDeut admettre que les calculs aient toujours une origine rénale.
Quand des déchets sont retenus dans la vessie, il y aura production de calcul, non chez tous, mais seulement chez ceux qui ont en abondance des humem*s crues, visqueuses, peu fluides, et chez ceux qui ont un méat rétréci ou qui souffrent de rétention d’urine. Si ces parties épaisses descendent au fond de la vessie et y séjournent, elles finissent, avec le temps, par se concréter en calcul. Le suc cru se concrète moins vite dans le rein que dans la vessie parce que celle-ci est moins chaude que les reins.
Les calculs sont différents dans ces deux organes. Ceux qui se trouvent dans les reins sont formés de sables fins et prennent la forme du bassinet. Les calculs de la vessie ont un aspect semblable à celui des pierres fluviales c’est-àdire qu’ils sont à peu près ronds, et constitués non par du sable, mais par ime matière peu fluide se disposant en lames, comme des bulbes d’oignons.
L’honnête homme dont nous avons déjà parlé, Pierre Forest, plus connu sous le nom do Forestus, né à Alcmaer en 1522, étudia à Louvain puis à Bologne; il s’attacha à Vésale et de retour en France, suivit les cours de Sylvius, mais celui-ci no paraît pas l’avoir entraîné dans son hostilité contre
Fig. 126. — Pierre Forest, 1522-1597.
Estampe hollandaise, xv» siècle.
EXCYCL. n ÜUOLOGIE. — I.
L’UROSCOPIE ET LES UROMANTES
Vésale ; il exerça en France, puis retourna professer à Leyde et à Belft et mourut à Alcmaer. Sa grande popularité lui vint du nombre et de l’excellence de ses cures.
Il s’est donné pour mission de poursuivre les charlatans ; il en avait le droit plus que tout autre après avoir exercé honnêtement et publié d’excellents livres. Clinicien avant tout, mais esprit fort ouvert, il repousse assurément la doctrine de Paracelse, mais sans le faire avec la violence de la plupart de ses contemporains. Sans doute il n’abandonne pas l’énumération obligée alors des diverses qualités de l’urine, mais il en restreint l’étendue et n’y attache pas une importance absolue, il se borne à mettre en lumière leurs caractères les plus importants. Son talent d’observation lui a fait diagnostiquer des hématuries rénales et vésicales, dont il a reconnu la périodicité ; il les attribue à la rupture d’une veine : pour lui la pyurie est le signe d’un ulcère des reins et de la vessie; il en donne les caractères différentiels. Kous trouvons chez lui la première observation d’une pyélite gonococcique dans la description d’un ulcère des reins survenu après une gonorrée et une fièvre tierce. Enfin peut-être a-t-il en vue un cancer du rein quand il décrit à l’autopsie « de quadam duritie renis sinistri » chez un malade qui avait eu des hématuries.
La méthode d’observation, bien qu’elle ait conservé quelques côtés fantaisistes dans l’œuvre de Fernel s’y montre cependant féconde. Il faut maintenant des études d’un autre ordre. L’art spagyrique dépouillé de ses rêveries va donner naissance à la véritable analyse chimique. Nous entrons dans la période scientifique proprement dite de l’Urologie.
E. — L’ANALYSE CHIMIQUE
La chimie est la base sur laquelle vont reposer les méthodes qui permettront de trouver dans l’examen de l’urine des éléments nouveaux pour le diagnostic, le pronostic et le traitement. Cette science s’est dégagée avec peine de l’alchimie. Les premières tentatives faites dans ce but, datent du XVII® siècle ; elles sont bien timides encore. Il est cependant intéressant de les étudier et à ce titre, les progrès que Bellini, disciple des latro-mécaniciens Borelli, Eedi et Marchetti, fit faire à l’urologie nouvelle, doivent retenir notre attention.
De l’œuvre de Bellini qui contient trois parties, une anatomie, des opuscules physiologiques et des opuscules pratiques, nous ne retiendrons que ces derniers, dans lesquels figure son traité De ürinis, quantum ad artem medicam pertinent. Ce traité comprend soixante pages in-4® dont trente sont occupées par la traduction en latin de tous les passages dans lesquels Hippocrate a parlé des urines. Son mérite principal réside en sa clarté et sa simplicité.
On aurait tort, dit-il, de se fonder uniquement sur un seul examen de l’urine ; pour bien connaître de l’urine pathologique d’un individu, il faudrait d’abord savoir ce qu’est son urine à l’état de santé. Fauté de mieux, on considérera, comme urine normale, la moyenne des urines des gens bien portants. Bellini passe successivement en revue, les diverses qualités, couleur, odeur, son. Cette dernière notion, déjà signalée iiar de Le Boë se tire de l’intensité du
L’ANALYSE CHIMIQUE
niouvement d’émission et de ce que l’urine contient des matières tantôt sèches et sonnantes, tantôt visqueuses et humides, alors que l’urine normale doit faire un bruit analogue à celui que produirait de l’eau en tombant.
Normalement, les urines contiennent de l’eau commune, du sel, de la terre insipide ou tartare. Les modifications dans la qualité, la quantité, le mode d’examen de ces urines traduisent celles du rapport de ces substances entre elles. La coction et la bile n’y sont pour rien.
Voici maintenant la partie chimique de la doctrine.
Pour arriver à connaître la quantité de sel, de terre et d’eau, il faut évaporer l’urine, et non la distiller ; le « feu chimique « montre aux chimistes de nombreux corps, mais il n’est pas certain qu’ils se trouvent contenus dans l’urine, tout au moins à l’état où on les trouve par les procédés chimiques. On évaporera donc l’urine sur un feu ordinaire, on constatera qu’elle devient plus foncée, de plus en plus salée, qu’elle passe par le rouge et le brun, et si l’on ajoute la quantité d’eau perdue, à chaque moment de l’expérience, on retrouvera une urine normale. Par conséquent les différences de saveur, de consistance, de couleur d’une urine proviennent de modifications dans la proportion des éléments constituants. Enfin Bellini insiste sur la densité et pom‘ cela il recommande de comparer un volume donné d’urine, avec le volume connu d’un corps pesant le même poids.
Depuis Paracelse et van Helmont et surtout depuis Actuarius, on voit quels progrès ont été réalisés grâce à une observation plus attentive des faits, et à l’analyse apportée à l’étude de l’urine. Mais les procédés que recommande Belhni sont surtout des procédés physiques. Il se méfie de la chimie, qui cependant devait donner les plus intéressants résultats entre les mains de son continuateur, Boerhaave.
Hermann Boerhaave, né le 13 décembre 1668 à Woorhout, près de Leyde, compte parmi les médecins les plus illustres. Après avoir étudié la théologie suivant le désir exprimé par son père mom'ant, il s’adonna à la médecine et à 25 ans fut reçu docteur de l’Université de Harderwick. Dès l’âge de 30 ans, il enseignait dans l’Université de Leyde. L’état de sa santé le força d’interrompre souvent son enseignement : chaque fois son retoiu* dans sa chaire fut fêté à l’égal d’un bonheur public. Dès 1730, il fut obligé de cesser tout enseignement et lorsqu’il mourut à l’âge de 70 ans, il laissa, outre une fortune colossale pom* l’époque, la renommée perpétuée jusqu’à nos joiu’S d’un des plus grands savants qui eût jamais existé.
Boerhaave est smdout éclectique ; il est mécanicien sans doute, mais il fait une large part aux doctrines humorales, tout en accordant une grande importance à la chimie, qui, comme il le dit dans sa thèse inaugurale, est « le plus aimable des arts et la base de la véritable médecine ». Cette thèse, avait pour titre : De utilitate inspiciendorum in œgris excrementorum ut signorum. Si, par excrementa, il entendait les imnes, les fèces et les crachats, c’est surtout les mânes qu’il avait en vue.
Pour lui comme pour Bellini, il n’y a rien dans l’iu’ine qui n’ait été auparavant dans le sang ; par l’urine, image fidèle de l’état du sang, on apprendra ce que ce dernier contient de trop ou ce qui lui manque, et par suite l’élément ou la quantité qu’il convient d’en retrancher ou d’y ajouter.
Il faut connaître la densité des urines, et à la méthode de la balance hydros-
L’UROSCOPIE ET LES UROMANTES
tatique que nous avons trouvée dans van Helinont, Boerhave ajoute la méthode du pèse-mine qu’il décrit ainsi : on plonge dans une urine normale un tube barométrique avec une quantité de mercure telle qu’il affleure en un 13oint donné; on voit ensuite la quantité d’argent vif qu’il faut ajouter ou retrancher pour obtenir le même résultat avec une m*ine pathologique, et cette quantité donne le poids spécifique de l’urine.
L’urine se compose : de l’eau du sang (dans la proportion de 19 /20, dit-il aüleiu's dans sa chimie) ; de son sel le plus âcre, le plus délié, le plus volatil, presque alcalin ; d’une huile très âcre, très ténue, très volatile, presque putréfiée, et d’une terre friable, ténue, assez volatile. Le premier, Boerhave. entrevoit la nature des sels qui constituent l’urine ; on y trouve du sel fixe qui est surtout formé par le sel marin dont on a usé (il est de notion coiu’ante aujourd’hui que le chlorure éliminé correspond normalement au chlorure alimentaire). Le sel de l’urine est d’une nature assez semblable au sel ammoniac : il en diffère cependant ; il n’est ni acide, ni alcali, ni ammoniac, ni mûriaticiue ; il a une nature particulière. A propos des hématuries, il signale la possibilité d’hématuries supplémentaires, « sans aucun vice des reins.
L’ANALYSE CIHMIOUE
sans soupçon de calcul » et, lorsque les menstrues ou le flux hémorroïdaire sont supx)rimés, la possibilité d’hématuries au cours des syndromes hémorragipares.
A partir de Boerhaave nous voyons l’impulsion donnée par les chimistes aboutir à une série de découvertes. Déjà à la fin du xvii® siècle l’alcbimiste
Fig. i‘28. — Roüelle le Cadet, 1718-1779. Gravure de Le Mire (C. p.).
allemand Brandet distillant de l’urine avec de la chaux et du sable avait accidentellement découvert le phosphore; de Margralî en 1757, prouve que le phosphore de l’urine provient du phosphate de chaux découvert par le même Margralï en 1783, du phosphate de soude, isolé par Scheele en 177 6, et enfin du phosphate ammoniaco-magnésien, dont la connaissance est due àFourcroy (1790).
Mais bientôt, les découvertes se précipitent: en 1773, Eoüelle le Cadet découvre l’urée, que Cruikshank en 1798 observe à l’état cristallin, et que plus tard Wohler arrive à constituer synthétiquement.
L’acide urique est décrit sous le nom d’acide lithique pour la première
L’UROSCOPIE ET LES UHOMANTES
fois par Priestley en 1788. Liebig admet qu’on peut le rencontrer à l’état libre dans l’iirine, tandis que l’immense majorité des chimistes, à la suite de Payer, croit qu’on ne le rencontre que sous forme d’urates.
A cette question se rattache étroitement celle de la lithogenèse telle qu’on la conçoit à la période chimique.
Déjà dans son commentaire sur les œuvres de Boerhaave, La Mettrie
Fig. 129. — Fourcroy, 1733-1809. Gravure de l'.-M. Ali.v;.
évalue la rapidité d’accroissement d’un calcul; poiu’ May, il faut trois mois pour qu’un calcul atteigne la grosseur d’une noix. Avec plus d’exactitude, Denys admet qu’il y a deux sortes de calculs : les uns, qui s’accroissant promptement, sont friables, crayeux ; les autres au contraire, durs, pesants et compacts, ne grossissent qu’avec lenteur. Mais c’est surtout à Scheele et à Bergmann qu’on doit des notions vraiment précises siu’ les calculs. Scheele en 1788 attribue la formation de tous les calculs à l’acide m’ique. Bergmann, au contraire, soutenait que l’on observe souvent des calculs contenant du phosphate de chaux et parfois de l’acide oxalique. En 1797, Wollaston y ajoutait l’oxalate de chaux, le phosphate ammoniaco-magnésien et l’oxyde cystique. Fourcroy et Vauquelin, en l’an VII, y ajoutaient enfin l’urate d’ammoniaque et la silice.
L’ANALYSE CHIMIQUE
A côté des éléments constitutifs du calcul, les chimistes étudiaient les principaux éléments pathologiques des urines, le sucre et l’albumine. Nous ne pouvons qu’indiquer à grands traits les phases par lesquelles a ijassé l’étude de la glycosurie dans l’m-ine.
Nous avons dû. inscrire idusieurs fois le vocable diabète au cours de cette étude, même dans l’histoire de l’Inde et de la Chine, aux temps les plus reculés. Depuis cette époque jusqu’à, la fin du xviir siècle, il est* à peu I^rès synonyme de polyurie. Bichat nous fait connaître la définition qu’on en donnait de son temps « évacuation extraordinaire d’urine, diarrhée consomptive urineuse, écoulement excessif des urines, émission colloquative <les mines, etc. » Desault le premier a distingué deux espèces de diabète ; l’un produit par l’altération des humeurs, l’autre par une lésion des reins.
Mais les altérations de l’urine dans ce cas n’étaient pas encore soupçonnées. C’est en 1775 que Pool et Dobron ont montré que par évaporation de l’urine des diabétiques on obtient une masse globuleuse amorphe. Franck en 1794, par fermentation, en a tiré de l’alcool et de l’acide carbonique ; en 1803 Nicolas et Gueudeville ont fait cristalliser le sucre.
Cruikshank en 1798 montrait, en comparant l’action de l’acide nitrique sur le sucre de lait et sur celui des diabétiques, qu’il n’y a pas identité de natm’e entre ces deux sucres. Il arrivait à cette conclusion que le sucre pathologique était un sucre végétal incorporé à un mucilage animal.
En 1815, Vogel, à Paris, communiqua à l’Académie des Sciences le résultat de ses recherches sur la décomposition des sels et des oxydes métalliques par les sucres, qui permirent au chimiste anglais Prout, en 1822, de prouver que ce sucre diffère du sucre de canne ; Chevreul démontra que c’était en réalité du sucre de raisin.
Ce n’est que longtemps après, en 1841, que Trommer établit qu’avec une solution alcaline de cuivre, on peut facilement reconnaître le sucre de raisin. On lui doit la solution de sulfate de cuivre alcaline, queBarreswiU, en 1844, modifia heureusement en ajoutant au sulfate de cuivre du bitartrate de potasse pour éviter qu’il ne se décompose par la chaleur. Pehling, en 1848, substitua du tartrate neutre au tartrate acide.
A Cotugno était réservé le mérite de constater expérimentalement l’albumine dans l’urine des hydropiques en 1770. Conduit par le raisonnement, il constata que les membranes enflammées contenaient un liquide coagulable qui n’existait pas à l’état normal; il voulut voir chez un malade dont l’hydropisie avait cessé brusquement si l’urine contenait cette matière, la fit chauffer et il y reconnut de l’albumine. Il s’est trompé dans l’interprétation, mais le fait reste exact.
Cruikshank, qui avait essayé l’acide nitrique siu’ les mines diabétiques, constata que cet acide, sans action sur une urine saine, produit au contraire dans l’m’ine des hydropiques un nuage, et du môme coup il découvrit la manière de déceler chimiquement l’albumine.
Enfin en 1813, Blackall continuait ces recherches, que devait compléter Bright. C’est à lui que revient le mérite d’avoir montré la lésion rénale qui établit un lien entre l’urine albumineuse et l’hydropisie. Bientôt Bayer devait soutenir qu’il y a des hyciropisies avec albuminurie d’origine sanguine, dyscrasique, indépendantes d’une affection rénale. Le débat ouvert au début
L’UUOSCOPIE ET LES UllOMANTES
du xix° siècle n’est d’ailleurs pas encore clos et si la majorité des auteurs admettent aujourd’hui qu’un degré plus ou moins léger de néphrite est la condition de l’albuminurie, certains tiennent encore pour les albuminuries fonctionnelles, orthostatiques, indépendantes de toute altération.
Enfin les variations des éléments normaux de Purine qui ne devaient que bien plus tard acquérir leur valeur séméiologique, commencent à préoccuper les savants. C’est Berzéhus qui nous donne la première analyse complète de l’urine ; nous la reproduisons ici, car elle nous montre les progrès de l’urologie pendant le demi-siècle qui vient de s’écouler.
Matières organiques.
Eau
Urée 30,10
Acide urique 1
Acide lactique ^
Laclate d’ammoniaque ^ 17,14
Matières extractives solubles dans Teau /
Mucus 0,32
Matières inorganiques.
Chlorure de sodium 4,45
Sulfate de potasse 3,71
Sulfate de soude 3,16
Phosphate de soude 2,94
Biphosphate d’ammoniaque 1,65
rijdrochlorate — . . .' 1,50
Phosphates de chaux et magnésie 1,00
Silice 0,03
Quelque progrès qu’aient fait faii'e Bellini et ses successeurs à la science spagyriste, l’étude chimique est restée longtemps dans l’enfance. Il faudra attendre plus de cent ans pour qu’une véritable révolution, commencée à la fin du xviii® siècle, s’accomplisse dans cette branche des connaissances humaines.
Mais là aussi il y eut un excès : au milieu du xix*^ siècle, l’analyse chimique devient tout et on néglige trop la constatation des caractères macroscopiques de l’m'ine. Sans doute les signes de couleur, de substance, ces contenta, miles et ^wéorème.9 auxquels se confina l’urologie jusqu’à Actuarius, et dont on retrouve le prolongement au xvi® siècle avec Fernel, constituent des notions souvent bien puériles et basées sur des spéculations, mais plusieurs étaient judicieusement relevées. Les Anciens voulaient tout découvrir dans la contemplation de la matula ; les maladies générales, pour lesquelles l’examen à l’œil nu a peu d’imi)ortance les préoccupaient surtout, et cependant ils avaient aussi trouvé des signes cliniques exacts des affections urinaires chirurgicales. Or les médecins spagyriques et après eux les chimistes avaient négligé cet examen primordial, se privant d’une soiuce précieuse d’indications.
Il a fallu le génie de clinicien du professeiu Guyon pour ramener l’attention vers ces caractères extérieurs, pour apprendre à lire les précieux ensei-
L’ANALYSE CHIMIQUE 233
gnements d’un bocal d’urine et, à côté de l’analyse chimique, créer l’analyse clinique.
« Miya 8s p.Épo; 'zf,; xg/vr); xô 5'jvaxOai. xxo-£Ïv », écrivait Hippocrate au volume II de ses Epidémies, et Laënnec, en inscrivant à nouveau cette maxime au début de son Traité de l’Auscultation, tenait à affirmer que pour lui aussi le point principal de l’art de la médecine est d’être à même d’explorer. Nulle part peut-être, mieux que dans la science urologique, l’aphorisme du vieux maître de Cos ne s’est trouvé vérifié. L’urologie est entrée dans la voie scientifique le jour où elle a passé de la contemplation dans le domaine de l’analyse clinique et chimique, et l’on peut affirmer cependant qu’elle ne nous a pas encore révélé ses derniers secrets. Suivant l’expression de Widal « c’est dans le domaine des actes élémentaires de la vie, dans le monde de la chimie moléculaire et de la chimie physique que la médecine trouvera l’explication dernière des phénomènes pathologiques ».
Ne peut-on pas en conclure que dans ces conditions la voie dans laquelle est entrée l’Urologie moderne est vraie et sûre. Plus on la considère, et plus on se persuade que dans ce perpétuel devenir qu’est la Science en évolution, si l’Urologie moderne n’est pas, ne peut pas être une science définitive, elle n’en apparaît pas moins comme l’une de celles qui sont le plus fortement constituées.
CHAPITEE VII