C. — CHINE
Les documents relatifs à la médecine chez les Chinois sont rares et d’une interprétation difficile : des livres très anciens, ou tout au moins vénérés comme tels, sont assez nombreux. Ils ont pour titres : le Kin-yao-Kien-clwr, le Tong-y-pao-tien et surtout le Houang-ty-nuei-King, dont les passages spéciaux ont été traduits ou analysés pour nous par M. Tchang-ki-Tchou, attaché au Musée Guimet. Nous avons utilisé aussi les ouvrages de MM. Dabry, Liétard, Jules Eegnault, etc. Malheureusement apparaissent bientôt l’inutilité et le médiocre intérêt de ces recherches ; nous avons rarement trouvé une de ces observations exactes des phénomènes morbides que nous offrent souvent les Hindous. Cette remarque ne s’applique qu’à la masse des médecins chinois, trop fidèles observateurs de la tradition, car depuis plusieurs années quelques-uns d’entre eux ont importé dans leur pays les connaissances médicales modernes et ont fondé des Écoles de médecine.
Les Chinois font remonter l’origine de la médecine chez eux à la jolus haute antiquité. En l’an 3216 avant J.-C., l’empereur Chin-nong fit connaître le premier près de cent plantes utiles à la santé. Plus certaine est la date du livre Nuei-King que l’empereur Hanang-Ty écrivit lui-même, dit-on, en l’an 2637. Il forme un recueil de recettes, de formules, de ])rescriptions pour
Pexamen du pouls, qui s’est transmis jusqu’à nous ; les remaniements qu’il a subis sont sans doute peu importants, à en juger par la naïveté des théories exposées : quoi qu’il en soit, il fait autorité encore aujourd’hui et il nous montre, telle qu’elle subsiste, la médecine chinoise traditionnelle.
La vie renferme deux principes primordiaux : la chaleur vitale (yang) et l’humide radical (yn) dont les esprits, l’air et le sang, sont les véhicules. La santé dépend de leur accord parfait et de leur équilibre. Les différents pouls, produits par le flux et le reflux continuel du sang et des esprits vitaux, permettent de juger les dispositions du corps. Telle est la base du système médical des Chinois qui n’a pas varié depuis cinq mille ans. La science du médecin consiste à savoir tâter le pouls.
Dans le corps humain, on reconnaît cinq organes essentiels : le cœur, les poumons, les reins, le foie, la rate et l’estomac, de même qu’il y a cinq sens et cinq éléments, le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau. Chacun correspond à un élément, à une planète, à une saison, etc.. Les reins et la vessie ont pour mère les poumons, pour fils le foie, pour ennemi la rate ou l’estomac, pour ami le cœur. Ils correspondent à la planète Mercure : leur région est la région boréale, leur temps astronomique la nuit. Ils prédominent sur les dents, les oreüles, les poils et les os. Leur couleur est noire, leur saveur salée, leur odeur celle de la chair en putréfaction, leur voix la voix de sanglots, leur humeur l’urine.
Elaboré par le cerveau, le fluide spermatique se condense dans le rein gauche, ainsi que dans les testicules nommés reins extérieurs ; il est la «porte de la vie », nom donné aussi au membre viril.
Des canaux de communication dans lesquels circulent le sang et les esprits, réunissent les organes essentiels à la vie. Les vaisseaux des reins, canal de l’humide radical, partant du pied, montent en suivant le talon, la cuisse, gagnent au moyen d’un affluent les uretères et la vessie, traversent les reins, le foie, les poumons et finissent au milieu de la poitrine.
Une pareille nullité des connaissances anatomiques trouve son explication dans les principes de la religion bouddhique, qui font considérer comme criminel l’ouverture ou même le contact d’un cadavre.
Il règne une fantaisie égale dans les théories physiologiques. La sécrétion de l’urine reconnaît deux origines : Après avoir pénétré dans l’estomac, la boisson remonte dans le foie où elle est travaillée par les esprits et forme l’urine qui redescend dans la vessie : ou bien, l’eau mélangée aux aliments, tend toujours à descendre. Elle est mêlée à la vapem’ qui sort des reins ; ceux-ci ayant un orifice d’entrée et un de sortie, reçoivent de l’eau qui ne peut s’échapper qu’à l’état de vapeur. Cette dernière, arrivée dans la vessie, presse sur l’urine et la force à sortir.
Nous avons dit que l’examen du pouls constitue la base du diagnostic. Les variétés en sont infinies, car les résultats de cet examen diffèrent suivant les onze régions où on l’explore, étendues de la racine des cheveux jusqu’au nombril et à la cheville, et suivant que c’est avec la main droite ou la gauche, ou avec l’annulaire, le médius ou l’index, etc.
L’index droit sert à explorer les reins et la vessie : il faut exercer une pression douce, puis plus forte, puis tout à fait profonde. Comme chacun des organes, le rein a un pouls naturel et un pouls contraire qui varie avec les