CHINE
saisons. Ce pouls natui’el donne, au printemps, la sensation d’une perle roulée sous le doigt, mais en été il est « regorgeant », semblable à l’eau qui déborde. Superficiel et faible en automne, le pouls normal des reins est profond et provoque la sensation d’une grosse perle en hiver, saison de l’eau pendant laquelle règne la vessie. Le pouls contraire est toujours lent et sans force ; il signifie que les reins souffrent du froid. Quand le inouïs est diffluent, c’est qu’on urine trop souvent, ou qu’il y a perte de semence. Est-il plein et glissant, il y a dysurie, les urines sont rouges et chaudes, il y a impossibilité ou difficulté d’uriner. S’il donne 4.5 battements, la vessie et les reins sont sains ; au-dessous de 30, ils souffrent de chaleur ; au-dessous de 25, la mort est imminente.
On voit sur quelles bases futiles repose le diagnostic ; la tradition prétend que ce sont là les principales. Cependant il est fait mention dans les ouvrages classiques, le Pen-trao-Kang-mou et l’encyclopédie Houang-ty-nuei-King, de l’examen des urines et, d’après le D"' Régnault, le médecin appelé auï)rès d’un malade ne manque jamais de les inspecter.
Des observations cliniques justes se rencontrent, çà et là, à côté d’une pathogénie niaise : dans les polyuries, l’urine est trouble ou claire ; elle s’accompagne parfois d’émissions goutte à goutte, d’efforts mictionnels, de ballonnement du ventre et de troubles digestifs ; elle provient de ce que le membre viril n’absorbe plus l’eau, ou bien d’un excès de chalem' dans la vessie. La rétention se produit quand, les vapeurs n’étant plus dégagées, l’urine ne peut sortir ou à cause d’un échauffement du sang qui rend l’urine rouge, d’un mouvement de colère, d’un refroidissement, ou d’une obstruction du canal. On l’observe encore quand la vigueur de la vessie fait défaut. Si l’urine remonte dans le canal qui rejoint le foie et dans l’estomac, les vomissements surviendront ; si c’est dans le poumon, le malade toussera.
L’existence de la lithiase, si souvent décrite dans les livres des Hindous, se trouve à peine indiquée par les Chinois. Une inflammation prolongée de la vessie brûle l’urine et la réduit en gravelle ou ensable fin ; quelquefois, ces grains agglomérés autour d’un autre corps, sang ou graisse, deviennent très gros, et pèsent jusqu’à 4 ou 5 livres : le malade éprouve en urinant de violentes douleurs et souvent est atteint de rétention. Des potions et des applications locales constituent tout le traitement, sans que là ou ailleurs, il soit question d’un traitement chirurgical.
On ne peut douter que la néphrite n’ait été connue et diagnostiquée ; quand l’inflammation des reins avec fièvre et sueurs noctm’ues n’a pas cessé au bout de deux jours, la douleur des reins devient très vive, puis se calme ; mais la maladie suit et termine son cours en deux ou trois ans ; la diarrhée se déclare, la maigreur devient extrême et le malade succombe.
Il en est de même de l’infection urinaire caractérisée par une soif ardente, une urine d’une abondance variable, la langue et les lèvres rouges et fendillées, des frissons, de la céphalalgie.
On reconnaît le diabète dans le syndrome suivant : soif ardente, amaigrissement, faim dévorante, urines abondantes, blanches et fréquentes, énorme abcès à la nuque ; au bout de quelques mois, haleine forte, peau sèche.
Quant aux maladies vénériennes, dès l’époque de l’empereur Hoang-Ty, 2637 avant J.-C., elles formaient une classe nosologique à part. Au contage
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s’ajoute une étiologie multiple : les traumatismes de l’urètre, les excès de coït, l’absorption de substances irritantes. La blennorragie est simple ou virulente. Les complications rénales, ou [plutôt celles du rein droit qui seul est en connexion avec la vessie, sont tout au moins indiquées ainsi que les manifestations oculaires. Il en est de même de la cystite avec besoins continuels, urines rouges, et très probablement des abcès urineux ou de la prostatite, lorsqu’il est dit que le malade ne peut plus uriner, qu’il éprouve une pesanteur douloureuse de l’anus à la verge, de la fièvre, de l’inappétence, des vomissements.
La thérapeutique tient ime place considérable dans les livres chinois ; il y aurait peut-être quelques particularités intéressantes à y relever, mais Dabry lui-même a dû renoncer à traduire un certain nombre de mots chinois qui entrent dans une infinité de formules. Il semble qu’il s’agisse le plus souvent de balsamiques ou de dim’étiques, surtout végétaux, en pilules, en potions, sans parler des applications locales calmantes et des révulsifs. M. Jules Eegnault nous indique les spécifiques suivants : contre la balanite, le plantain d’eau, la clématite ; contre l’hématui'ie, la racine de pivoine blanche, la pimprenelle, une infusion de feuilles de thuya ou de polygala ; la polyurie et la pollakiurie sont combattues par du riz gluant ou des araignées, mais 4 grains au maximum car une quantité supérieure entraînerait la rétention. La gravelle et la rétention sont guéries par le silicate de magnésie et le tribulus terrestris. Une sorte d’opothérapie était très anciennement pratiquée. Des reins de mouton soumis à l’ébullition guérissent la néphrite. Enfin, le remède de la blennorragie consiste en une infusion de feuilles de bambou et de graines de plantain à laquelle on mélange de la poudi'e d’écailles de tortues brûlées.
Nous avons hâte d’arriver au remède souverain des Chinois, à l’acupuncture dont le principe est le suivant : la santé ne subsiste que grâce à l’équilibre de la circulation du sang, des humeurs et des esprits vitaux, et cet équilibre est maintenu 'grâce à l’air qui pénètre dans le sang par les poumons. Il faut favoriser cette circulation et lui venu’ en aide quand elle est altérée ; or, la pénétration d’une aiguille augmente l’activité de l’air nécessaire à la fluidité des liquides et aide le sang à vaincre les engorgements qui gênent la circulation.
On se sert de neuf espèces d’aiguilles d’or ou d’argent, de longueiu’ et de grosseur variées, dont quelques-unes sont munies à leur extrémité d’un ressortspii’ale. Après avoir fait tousser le malade, on introduit l’aiguille à une distance déterminée, lentement, avec des mouvements de rotation, puis on fait vibrer le ressort pour mieux agir sur les esprits vitaux : l’aiguille reste quelquefois plusieurs joiu’s en place : en la retirant, on cautérise la piqûre en faisant brûler sur la peau des feuilles d’armoises sèches. Dans cette révulsion accessoire réside peut-être la cause de l’efficacité de l’acupuncture.
Il importe de bien choisir la place de la piqûre, car on ne compte pas moins de 388 points d’élection; ce n’est presque jamais à l’endroit malade qu’elle se fait, mais à l’origine ou sur le trajet d’un des vaisseaux qui font communiquer les organes entre eux. Ainsi une piqûre faite â l’extrémité du vaisseau des reins, c’est-à-dire à la plante du pied, agit sur le rein droit et sur l’estomac. C’est en différents points autour du nombril, que l’aiguille
ASIE MINEURE
pénètre pour la rétention, la blennorragie, la cystite, la gravelle, la polyurie.
Ces opérations chirurgicales sont à peu près les seules que pratiquent les Chinois ; nulle part il n’est question non seulement d’une tentative de lithotomie, mais même d’un cathétérisme ; néanmoins celui-ci est pratiqué, mais par des spécialistes non médecins, qui sont du reste méprisés des lettrés.
La médecine est libre en Chine et constitue une sorte de charge héréditaire. Dans la plupart des couvents bouddhistes, un vieux moine exerce la médecine et initie de jeunes bonzes. Ces lettrés étudient dans les livres anciens, mais se bornent à la théorie et à l’examen du pouls. A côté d’eux, les ambulants, les aventuriers vendent des remèdes et seuls exercent une chirurgie rudimentaire. Mais, comme dans tout l’Orient, la catégorie de guérisseurs qui inspire le plus de confiance aux masses est celle des sorciers qui vivent de la superstition et dont les pratiques magiques révèlent parfois une certaine connaissance de la médecine.
D. — ASIE MINEURE
CJialdéens. — Bien que la civilisation ait été très développée chez les Chaldéens, il est difficile de trouver une indication sur ce qu’était la médecine chez eux. Hérodote prétend que la seule pratique médicale des Babyloniens consistait à exposer leurs malades sur la voie publique en invitant ceux qui avaient vu des maladies semblables à donner leur avis sur le traitement à appliquer. Il a sans doute accueilli cette fable à une époque où les traditions médicales étaient perdues, car le Bristish Muséum possède des fragments d’un syllabaire sumérien, sorte de dictionnaire de mots et de signes, qui mentionne les différentes parties du corps, les reins et la verge en particulier. D’après ce document, les médecins sumériens et babyloniens auraient connu et interprété les différentes colorations de l’urine, blanche ou pure, noire, nuageuse, boueuse, sanglante. Ils seraient les précurseurs des Egyptiens, du moins d’après ce document qui remonterait à 4 000 ans avant notre ère.
D’autres inscriptions cunéiformes prouvent l’existence de prêtres -médecins qui exerçaient un art de guérir rudimentaire, et se livraient siu-tout à des pratiques magiques ; nulle part ailleurs, les arts occultes n’ont eu un développement plus grand qu’en Asie Mineure et leur influence s’exerce encore de nos jours.
Hébreux. — Il en fut de même des Hébreux dont les anciennes coutumes étaient imitées des Egyptiens y compris leurs grossières superstitions et même la pratique, rituelle plus qu’hygiénique, de la circoncision. Ce n’est qu’à une époque relativement récente, vers 550 avant notre ère, que le Thalmud reçut sa codification définitive; on y retrouve les x)rincipes de médecine et d’hygiène de la Bible avec ce qu’y ont ajouté les lévites, les rabbins et les médecins, parmi lesquels des spécialistes se sont signalés. M. Eabbinowicz a relevé, dans le Thalmud et le Lévitique, certains passages relatifs à la médecine, auxquels nous avons pu ajouter quelques faits concernant l’urologie.
Bien que les docteurs thalmudiques aient pratiqué des dissections sur des
esclaves condamnés à mort, ou sur des fœtus avortés, leur anatomie est rudimentaire. Pour eux, l’urètre est divisé, par une cloison très mince, en canal urinaire et canal spermatique. Si une rétention d’urine détermine par pression une rupture de la cloison, une fistule se produit et, le sperme sortant par le canal, l’homme ne peut plus féconder (Ghemara, fol. 64) ; pour s’en rendre compte on applique à l’anus du pain d’orge chaud qui produit l’érection et on voit si le sperme est émis par la fistule ou le méat (Jebamoth, fol. 76).
Ailleurs il est dit que la région génito-urinaire de la femme est divisée en chambre interne (utérus), d’où le sang sort impur, et en étage supérieur (vessie) d’où il sort pur. L’extrême concision des écritures laisse le champ libre à toutes les interprétations. S’agit-il d’iiématurie ou d’une communication qu’on croyait exister entre la vessie et l’ut^us ?
Quant aux fonctions attribuées aux organes, en voici des exemples : Les poumons absorbent les liquides ; le foie est le siège de la colère, la trachée donne la voix, la rate le rire, les reins donnent des conseils, le cœur comprend, etc... La physiologie des Chinois nous avait déjà montré de semblables appréciations.
D’après Eabbinowicz, la Bible ne parle pas de blennorragie : « l’écoulement impur qui sort de son organe comme de la salivé, après qu’il s’est contracté (érection) cause l’impureté du sujet qui est alors dit « zab ». Il s’agirait de spermatorrée, maladie de tout temps fréquente en Orient et regardée autrefois comme héréditaire et très grave. Ajoutons cependant que d’autres auteurs ont vu là des symptômes de blennorragie, le pus étant accumulé dans l’urètre et évacué par intermittences. Moïse, quinze siècles avant notre ère, a dit (Lévitique chap. xv). « L’homme qui souffrira du fluxum féminin sera impur : vous jugerez qu’il est attaqué de ce mal quand il s’amassera une humeur impure qui s’attachera à sa chair. »
Des textes aussi laconiques donnent rarement des formules, contrairement aux autres traités orientaux. En voici une cependant : Un calcul se forme dans la vessie et empêche d’uriner ; injectez 3 gouttes d’essence de poix, 3 d’essence de poireau et 3 gouttes de vin pm-.
Eien ne fait supposer que les Hébreux aient connu la taille : néanmoins, la chirurgie était pratiquée : il est question (Jeb., fol. 76), de la perforation du membre viril et de l’avivement des bords de la fistule avec un grain d’orge. Ailleurs (Jeb., fol. 75), onlit à propos del’organe viril : « Mar, fils du rab Asché, tailla en calame » ; est-ce l’indication d’une urétrotomie ?
Les plaies du rein étaient connues et considérées comme mortelles, si le hile était atteint. On considérait les abcès du rein comme mortels si la tuméfaction renfermait un liquide trouble et fétide ; le malade guérissait au contraire si la sérosité était limpide. L’atrophie du rein était aussi un cas mortel. Nulle part il n’est question du cathétérisme; mais on voit indiqués quelques remèdes internes et enfin le conseil d’appliquer un pou sur le méat pour provoquer la miction (Thalmud Babyl. Guitin, fol. 69). On retrouve ce moyen dans plusieurs auteurs jusqu’au moyen âge ; Guy de Chauliac lui -même ne négligera pas de le signaler. La superstition ne perd pas ses droits ; la rétention cède au moyen suivant : prendre un fil écarlate filé par une femme de mauvaise vie, fille d’une mère semblable à elle et l’attacher sur le pénis de l’homme ou autour du sein de la femme (Thalmud Babyl.
lÎNCYCI.OPKniE n UROLOfilE.