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LES RÉTRÉCISSEMENTS

Xé à Bordeaux en 1793, il fut chargé d’un service à l’hôpital de Strasbourg dès 1811, puis devint chirurgien de la garde royale en 1815. Il fit preuve dès sa jeunesse d’un esprit inventif et ingénieux, au service duquel il ne pouvait mettre une instruction solide. Il publia en quelques années des ouvrages sur les pol>q>es de la matrice, sur les cathartiques, sur la fièvre, où

Fig. 144. — Porte-caustique de Ducamp (Rétentions d’urine, 182a).

il s’évertue à prendre à partie les réputations acquises, en particuUer celle de Chomel. Il s.uccomba à l’âge de 30 ans. Un seul de ses ouvrages lui survécut, le traitement des rétrécissements par la cautérisation.

On connaît la bougie porte-empreinte. Le moulage du rétrécissement une fois obtenu (fig. 132), il conduisait sur ce dernier une bougie filiforme par le canal d’une sonde à bout coupé ; dès que la dilatation était suffisante, il introduisait la tige de son porte-caustique (fig. 144). C’est une tige de platine, ghssant à frottement doux dans une sonde à bout couiié qui l’isolait des parois urétrales. Elle était creusée à son extrémité d’une petite cuvette dans laquelle Uucamp faisait fondre du nitrate d’argent, de sorte qu’en la portant à la place voulue, il localisait la cautérisation.

Un des mérites de Diicamp est de ne pas considérer le rétrécissement comme détruit par les caustiques : la dilatation consecutive lui parait .gn, nécessaire et c’est peut-être à elle qu’il faut rapporter les

succès obtenus. Il la pratiquait par l’insufflation d’un

boyau de chat fraîchement préparé ou d’un appendice humain,

Lallemand apporta au porte-caustique de Ducamp des modifications qui permirent de l’introduire dans la portion courbe de l’iu’ètre.

L’ instrument primitif de Lallemand se compose essentiellement d’un tube de platine ouvert à ses deux extrémités , et d’un mandrin de même métal , portant le caustique (ûg. 145).

La sonde est conduite jusqu’au rétrécissement ; le mandrin étant réglé de manière

à ne faire qu’une saillie égale au rétrécissement, on le pousse puis on le retourne dans tous les sens, i30ur le retirer une minute après. Cet instrument a joui de la plus grande vogue et aujourd’hui encore il conserve des partisans. Il a tout cautérisé dans l’urètre, strictiu’es, ulcérations, foyers blennorragiques, et surtout le veru montanum dans les cas réels ou imaginaires de pertes séminales dont Lallemand a singulièrement exagéré la fréquence et étendu l’importance.

Les imitateurs ne manquèrent pas ; Ségalas perfectionna l’instrument d’Amussat ; Tanchou, en 1826, arma le porte-caustique d’un stylet métallique précurseur ; il était difficile d’imaginer mieux pour amorcer une fausse route. Presque tous les spécialistes de ce temps, Civiale, ïïeurteloup, Leroy d’Etiolles, inventèrent ou modifièrent des porte-caustique.

Après eux, la plupart des auteurs mentionnent encore la cautérisation. On peut s’étonner du rang qu’elle a pris dans la thérapeutique, mais il est certain qu’eUe donnait de bons résultats quand elle restait superficielle. C’est du moins ainsi que nous expliquons son action. Le nitrate d’argent, même à doses élevées, ne mérite pas les accusations dont on l’a accablé : s’il

Fig. 146. — Lallemand, 1790-1 8oo, d’après David d’Angers.

Fig. 14a. — l’orte-caustique de Lallemand.

LES UÉTRÉCISSEMENTS

produit une réaction violente, son action ne s’étend pas à l’épaisseur des tissus comme c’est le cas pour la potasse en particulier. Aussi le procédé de Whateley a-t-il été vite oublié ; ceux de Hunter, de Ducamp et de Lallemand vivent encore.

Néanmoins des accidents, tels que la rétention immédiate, les urétrites, les hémorragies, et surtout la fréquence des récidives en éloignèrent les chirurgiens, attirés d’ailleurs par d’autres méthodes. Ce n’est que cinquante ans plus tard que les progrès de l’électricité ramenèrent les esprits vers la cautérisation, car c’est ainsi qu’il faut considérer l’électrolyse rapide de Mallez et Tripier.

Ij urétrotomie interne. — Au sens strict du mot l’urétrotomie interne date de Ferri et d’Ambroise Paré qui ont introduit dans l’urètre des instruments destinés à couper et à comminuer les carnosités, dans le but de rendre plus puissante l’action des caustiques, mais on ne considère que ces derniers dans l’appréciation du résultat; les incisions de l’urètre furent oubliées jusqu’au xix^ siècle oii l’on vit renaître Turétrotomie.

Son évolution fut timide ; deux pays ont précédé la France.

En Amérique, dès 1795, Physic, de Philadelphie, décrivit le premier urétrotome : une sorte de lancette contenue dans une sonde d’argent s’échappait par l’extrémité de celle-ci ; lorsqu’elle arrivait sur le rétrécissement, elle sectionnait les tissus au-devant d’elle. Plus de vingt ans après, en 1818, un chirurgien allemand, Dzondi, employa ime ohve à crêtes tranchantes qui, enduite d’une couche de suif pour passer dans l’urètre sans l’intéresser, était ensuite poussée d’avant en arrière pour inciser l’anneau strictm-al.

Dœrner, presque en même temps que lui, revint à l’instrument de Physic ; il dissimula dans un tube droit un bistouri pointu qu’il faisait saillir en avant pour diviser l’obstacle urétral. C’est le principe sur lequel s’appuya Dorsey, de Philadelphie, quand il décrivit en 1813 plusieurs urétrotomes de son invention.

En Angleterre, Arnott donna la description de deux instruments originaux ; l’un était composé de deux lames latérales qui, faisant saillie, coupaient l’anneau à ses deux pôles ; l’autre se terminait par ime couronne tranchante analogue à celle du trépan. D’autres instruments proposés par Stafford eurent moins de succès encore, car l’urétrotomie ne resta pas en faveur en Angleterre.

La même année que Dzondi, Amussat plaida la cause de l’urétrotomie interne, et s’éleva contre la crainte des dangers des sections intra-urétrales. Ses instruments, agissant d’avant en arrière, étaient précédés d’un petit stylet qui s’engageait dans le rétrécissement (fîg. 147). Les premiers instruments de Eeybard sont contemporains et analogues ; nous en représentons le modèle primitif (fig. 148).

On voit le danger que créait l’existence du petit stylet : il risquait de conduire la lame dans une fausse voie. Néanmoins, Civiale construisit un

Fi<;. 147. — Urétrotome d’.Amussat (Collection Collin).

instrument analogue, auquel il resta fidèle jusqu’en 1844; il s’en servait j)our ouvrir la voie à son second urétrotome dont nous aurons à parler.

L’urétrotomie entre dans la période x>ratique. L’insécurité d’une section d’avant en arrière portant sur des tissus mal soutenus conduisit à l’idée de les attaquer d’arrière en avant, méthode excellente mais qui ne Xjouvait s’appliquer qu’aux strictures pou étroites.

Vers 1823 apparut un dispositif nouveau dans lequel une lame protégée dans une gaine avec un renflement venait saillir au dehors, grâce à un moirvement de bascule. Cet urétrotome, coupant d’arrière en avant, suscita d’innombrables réclamations et il est difficile de résoudre cette question de priorité. Après le succès d’Amussat, Civiale, Leroy d’EtioUes en revendiquent l’idée ; c’est Guillon qui semble avoir construit le i^remier instrument pratique qu’il ajîpela stricturotome (fig. 149).

Ce spécialiste, né en 1793, vit ses études médicales interrompues par les campagnes de 1812 à 1814, qu’il dut suivre comme aide-major, mais il ne fut reçu doctem’ qu’en 1820. Des inventions instrumentales, des perfectionnements lui valurent d’être lauréat de l’Institut pendant que l’Académie de Médecine se montrait plus sévère. Louis -Philippe, qui l’avait distingué pendant les journées de juin, le nomma chirurgien de sa maison. Plus tard, il fut appelé à Vichy j)our sonder Napoléon III qui avait été pris de rétention pendant un voyage et dont l’état resta grave pendant plusieurs jours. Jamais il ne se désintéressa de la pratique, même dans son extrême vieillesse qui le conduisit jusqu’à 89 ans.

On vit alors paraître de nombreux modèles analogues : le coarctotonie de Eicord (fig. 151), les urétro tomes de Petrequin, de Mercier, de Charrière, surtout celui de Civiale sont d’heureux dérivés (fig. 152) du modèle primitif ; leur principe est celui sur lequel sont construits les urétrotomes modernes.

Tanchou inventa un instrument très compliqué composé d’une canule dans laquelle glisse im stylet qui sert à la fois d’exj)lorateur et de guide aux lames qui le terminent. Celles-ci, supportées i^ar une longue tige flexible, ne font saillie que lorsque l’obstacle est abordé ; elles agissent siu‘ deux points différents du canal. Enfin, un autre instrument de même disposition

Oil

Fig. 149. — Stricturotome de G.

Guillon ( Collection du Dr Paul Guillon).

Fig. 148. — Urétrotome et scarificateur coupant d’avant en arrière, de Reybard.

LES RETRECISSEMENTS

est muni de 4 cannelures supportant 4 lames (fig. 153), A chaque variété de rétrécissement convient un instrument différent : scarificateur droit

Fig. 150. — François Guillon, 1793-1882, d’après une miniature appartenant au D'' P. Guillon.

OU com’he, coupe-bride, coupe- carnosité, coupe-rétrécissement, droit, courbe, etc. Nous renonçons à décrire et même à indiquer tous ceux qui

Fig. loi. — Coarctotoine de Ricord (Collection Collin),

pendant plus de vingt ans vont être proposés, réclamés, discutés par leurs auteurs et lem's adversaires.

Avec Eeybard paraît un principe différent. Ce chirurgien, né en 1790,

Fig. 152. — Urétrotome de Civiale (modèle primitif) (Collection Collin).

étudia à Paris puis vint se fixer à Lyon où il se livra à la chirm’gie. Pendant cette période qu’on pourrait appeler la période instrumentale de la chirurgie, il attache son nom à des inventions dont plusieurs ont survécu. Lauréat de l’Institut, il succomba en 1863 après tme piqûre qu’il s’était faite en opérant dans le service de Gosselin.

L’insécurité des sections d’avant en arrière avait obligé, pour trouver un point d’appui plus sûr, à traverser le rétrécissement, première difficulté qu’on ne surmontait pas toujours. Quant aux sections ellesmêmes la plupart des auteurs, dans la crainte d’une hémorragie, ne pratiquaient que de petites incisions, des scarifications, et l’appareil protecteur de la lame faisait souvent meilleure besogne que celle-ci. Pour remédier à cette insuffisance, Eeybard proposa l’instrument dont la figure ci- jointe fait comprendre le mécanisme (fig. 154). Dans une canule glisse une lame qui y reste enfermée tant que l’instrument n’a pas dépassé le point rétréci ; on fait alors saillir la lame et en la ramenant en avant, on produit une incision longue et profonde qui atteint le tissu spongieux. Non content de cette brèche, Eeybard avait disposé sur les côtés deux lames d’acier faisant ressort pour l’élargir encore. On conçoit les formidables hémorragies qui en résultaient, les accidents d’infiltration, et Maisonneuve pourra dire plus tard en parlant de cette opération que le malade pissait dans ses veines.

Bien que l’Académie ait récompensé ses travaux par un de ses prix les plus convoités, l’urétrotomie de Eeybard n’en reste . .g — pas moins un des procédés les plus dange- Urétrotome reux. Les accidents qu’elle a produits ont eu un retentissement tel que l’urétrotomie Collin). interne porte encore la peine de la faute commise en voulant produire des délabrements énormes dans l’urètre.

Tl ne fallut pas moins que l’invention de Maisonneuve, dont l’instrument est entre toutes les mains, pour la réhabiliter; et encore voulait -on tout d’abord trop faire à la fois ; les sections répétées et les passages multipliés de lames dans l’urètre ne furent abandonnés que quand le professeur Guy on eut réglé l’emploi de cet instrument.

L'urétrotomie externe. — Pendant la première moitié du siècle dernier, la recherche du rétrécissement à ciel ouvert ne s’était pas relevée de la condamnation portée par Desault et par Chopart.

Sabatier et Boyer la réservent pour les cas désespérés. Il en est de même de Lisfranc qui, malgré son

Fig. 154. — Heybard :

ürétrolome dilatateur (Traité pratique des rétrécissements de l'urètre, 1853).

LA LITHOTRITIE

audace bien connue, la repousse parce qu’elle n’atteignait presque jamais son but : la découverte dû bout postérieur. Malgré les tentatives d’Arnott et celles d’Astley Cooper on aurait pu croire la section périnéale abandonnée, si l’on ne trouvait, dans Gouley, de New-York, l’indication d’une ' douzaine de chirurgiens américains qui l’ont pratiquée pendant la première moitié du xix® siècle et qui semblent avoir remporté des succès inconnus en Europe.

Guthrie en 1830 fit devant le Collège des chirurgiens de Londres des leçons où il préconisait une incision périnéale contre les rétrécissements infranchissables, trop épais ou trop durs. Mais elles n’eurent pas d’écho et il fallut attendre 1841 pour que James Syme la réhabilitât en perfectionnant la technique.

Une lutte s’établit alors en Angleterre et surtout en France entre les partisans de l’urétrotomie externe, méthode de Syme, et ceux de l’urétrotomie interne, méthode de Eeybard. Le différend fut jugé en faveur de ce dernier par l’Académie de Médecine qui lui décerna le prix d’Argenteuil en 1851. Mais la section périnéale trouva un ardent défenseur dans Sédillot qui se rallia à l’opération de Syme avec conducteur ; il alla plus loin et la conseilla aussi lorsque le rétrécissement n’a pu être franchi par une bougie urétrale.

Quelques années après, la Société de Chirurgie entendit les mêmes arguments en fa veur de chacune des deux méthodes : seuls les chirurgiens les plus hardis acceptèrent la section externe et encore comme un moyen exceptionnel. lia plupart d’entre eux. Vidal de Cassis, Eicord, Malgaigne, la repoussèrent à cause de l’insécurité des manœuvres.

En Angleterre, au contraire, elle reprit faveur et Thompson, en perfectionnant le manuel opératoire, lui reconnut des indications ; en France, Eobert, Bourguet, puis Verneuil, l’imposèrent à l’attention ; mais elle ne pouvait prendre le rang qui lui convient, celui d’une excellente opération d’exception, que lorsque la période moderne en eut tracé la technique et limité les indications.

Pendant la période que nous venons d’étudier, les progrès ont consisté surtout en des inventions, des modifications, des perfectionnements d’instruments; ils sont sans doute très ingénieux, mais tout en étant le fruit de longues méditations et d’essais innombrables, ils ne répondent pas toujours à ce qu’auraient exigé les lésions. On aimerait à voir des indications cliniques, des conclusions basées sur l’interprétation de succès ou d’accidents, mais l’observation, mal conduite, reflétait surtout les tendances de tel ou tel chirurgien. On regrette que les chirurgiens n’aient pas consacré à l’étude des lésions le temps et les efforts qu’ils ont employés à créer un outillage trop compliqué.

D. — LA LITHOTRITIE

Il n’est peut-être pas d’invention à l’apparition de laquelle des historiens et des critiques ne recherchent les idées plus ou moins semblables qui se sont fait jour antérieurement, et ils établissent souvent des analogies forcées et insoutenables. C’est ce qui s’est produit pour la lithotritie.

Parmi les anciens documents qu’on s’est efforcé d’exhumer on a confondu la fragmentation des calculs au travers de la plaie d’une lithotomie et l’extraction de pierres broyées au moyen d’instruments introduits par l’urètre. A ce titre Ammonius d’Alexandrie doit être exclu car s’il a mérité le nom de hthotome, c’est parce qu’il divisait ou fragmentait les pierres trop volumineuses pour passer par la plaie.

M. Clément Miillet, cité en note par Leclerc dans sa traduction d’Abulcasis, rapporte, dans le numéro de juin 1837 du Jo%maï asmtfçwe, que deux auteurs arabes, Tifachi et Kazouïni, parlent d’un procédé de broiement et l’attribuent à Aristote : un morceau de diamant, fixé au bout d’une tige métallique et porté sur le calcul, le brise par des mouvements répétés ; d’après Kazouïmi l’opération aurait été pratiquée devant Alexandre le Grand. Un autre auteur, Ebr-el-Harrar, aurait essayé sur un esclave de réduire la pierre, par le frottement d’un instrument, à un volume assez menu peur que les urines l’entraînassent. Il serait bien étonnant que des tentatives de ce genre eussent passé inaperçues jusqu’au xix® siècle.

D’autre part, Avicenne, d’après M. Mullet, ne parle pas du broiement à l’article calcul vésical, mais à propos du diamant il dit : « Dicunt quod €um ex ipsa adhœret granum unum in extremitate syringæ annexum et intromittitur in vesicam frangit lapident. »

On ne retrouve plus qu’au ix® siècle une indication analogue. Eené Briau mentionne en 1858 dans le panégyrique du moine Théophanès que des instruments introduits dans l’urètre auraient ramené des pierres et rétabli le oours de l’urine. C’est bien plutôt à des calculs de l’urètre que cette description s’applique, de même que le passage suivant d’Abulcasis :

« Quand une peiiife pierre. . . est poussée vers le col vésical et entraîne l’urine..., que le malade s’asseye dans un bain de camomille, méhlot,etc., qu’il enduise la verge de graisse de poule..., fasse des injections {clysteriziatur) avec de l’huile d’anis ou de scorpions ; si la pierre ne sort pas, qu’il remplisse la verge d’un instrument nommé a/mZ ; s’il échoue qu’on prenne un instrument nommé masliaha rehilia, qu’on l’introduise doucement dans la verge et qu’on le retourne dans la vessie ; si la pierre est molle elle sera brisée ; si elle ne sort pas, il faudra tailler. »

Benedetti médecin de Padoue indique le moyen suivant, lorsque la pierre n’a pas cédé aux dissolvants : « Aligui intrus sine plaga lapidem conterunt ferreis instrumentis, guod equidem tutuni non invenimus. »

Malgaigne attache plus d’importance au passage suivant de Benivieni qui vécut à Florence à la fin du xv® siècle. Une religieuse ayant une rétention d’urine ; « Je passai, dit-il, un crochet derrière le calcul de peur que les secousses ne le refoulassent dans la vessie et avec un fer émoussé à son extrémité antérieure, je frappai sur le calcul même ; alors avec toutes les précautions pour éviter de léser aucune partie interne, je retirai ensemble le crochet et le fer à percussion, qui entraînèrent le calcul et l’urine. »

C’est, non plus poussé par une ch'constance d’urgence, mais de propos délibéré, que Sanctorius fit à son tour des tentatives d’extraction : « Ayant moi-même longtemi)s souffert, j’ai cherché comment on poiuTait briser la pierre dans la vessie. Aussi ai-je construit à cet effet une sonde particulière (fig. 165). Quand la vessie a été remplie, on introduit l’ins-

LA LITlIOTRlïlE

traînent B qui maintient réunies les trois pointes, puis on le pousse ; les 3 pointes s’écartent et se dilatent. On retire l’instrument B, aussitôt' l’urine pousse dans l’écartement des brandies la pierre qui ainsi contenue est retirée par la soude.

Enfin Fabrice de Hilden employa le tire-balles d’Ambroise Paré pour retirer des calculs ; peut-être était-ce seulement de l’urètre.

Au point de vue anecdotique, rappelons, d’après Hoin, l’iiistoire du moine de Citeaux qui, atteint de la pierre, introduisait lui -meme dans sa vessie une grosse sonde droite puis, à l’intérieur de celle-ci, une lime d’acier à bout arrondi pour frapper sur sa pierre dont il extrayait ainsi des fragments. Enfin à Calcutta, Scott a vu le colonel Martin agir de même à l’aide d’un stylet terminé en lime.

Les transformations de la pince à trois branches <le Fabrice sont nombreuses. Haller cherche ainsi à broyer véritablement la pierre ; Hoin l’imita peu après. Quant à Darwin, il visa surtout l’extraction et inventa une canule élastique de laquelle il faisait saillir deux fils réunis en anse. Ceux-ci, après avoir été développés dans la vessie, permettaient d’amener la pierre au dehors.

Astley Cooper, en 1822, tenant en observation un malade qu’il devait tailler, lui vit rendre une grande quantité de petits calculs après des séances de dilatation de l’urètre. Il eut l’idée de les retirer au moyen d’instruments qu’il fit construire par Weiss, de Londres, et qui consistaient d’abord en une pince ayant le volume et la courbure d’une sonde ; puis en une sorte de tire-balles à deux mors. La pierre se brisait quelquefois ainsi ; c’était un accident de l’extraction et non une lithotritie.

Les recherches pour le broiement intra-vésical de la pierre n’ont en réalité commencé qu’au début du xix® siècle. Fournier de Lempdes et Gruithuisen entreprirent leurs travaux vers la même époque. Fournier de Lempdes, né en 1783, ancien chef de clinique à Monti^ellier, vint de bonne heure se fixer à Clermont-Ferrand. Il fit fabriquer en 1812 j)ar Larose, Reverdier et Margaride, bijoutiers à Clermont, une pince à cinq branches émergeant d’un tube d’acier ; un fil, passant par leur extrémité, permettait de les rapprocher, et une tige d’acier, disi)osée à leur centre et terminée en lime, râpait le calcul.

ENCYCI.. D CKOLOGIE. — I.

•2;JS

Ce premier instrument (fig. 157) qu’il dénomma litholex>te (de liOoî, pierre, et Aap^xvw, je prends) « se développait en anses, cercles, poches, globes, cages sphériques ou pyriformes, ne pouvant accrocher la vessie. Par la rotation du litholepte on saisissait soudain les gros et jjetits calculs comme si avec une cuiller à pot on voulait ramasser dans le fond d’un vase des corps analogues ». Les calculs tendres pouvaient être broyés i)ar simple pression; la lime était nécessaire pour les durs. C’est aux instruments

Fig. 156. — Fournier de Lempdes, 1783-1848, d’après une miniature appartenant

au Dr J. Fournier de Lempdes.

pulvérisateurs que Fournier donnait la préférence. Il les perfectionna jusqu’à ce qu’il eût obtenu son foret évideur (fig. 157) qui transformait les gros calculs en une coque évidée et friable. Il modifia également la canule urétrale dont l’extrémité se développait en forme d’entonnoir. C’est à l’aide d’une échelle à crémaillère qu’il produisait la rotation du foret.

Devant le professeur Chomet, de Clermont, Fournier fit sur le cadavre, en janvier 1812, des essais qui réussirent ; il les renouvela à l’amphithéâtre de l’hôpital Saint-Louis sous les yeux de Eicherand et de Biett qui lui donnèrent des certificats encourageants. La méthode ne paraît pas avoir été employée sur le vivant à cette époque et il semble que Fournier ait luimême renoncé à ses essais jusqu’au jour où les opérations de Civiale et de Leroy d’Etioles furent retentissantes. Cependant une brochure où il revendique ses titres à l’invention, contient le récit de plusieurs htho-

LA LITllOTRITIE

trities faites par lui. Non datée, elle relate des faits postérieurs à 1827 ; et elle n’établit pas pour Fournier des droits à l’antériorité opératoire.

Dans le numéro de la Gazette de Salzhourg de mars 1813, Gruithuisen publia le résultat des recherches commencées depuis cinq ans, disait-il. Il avait tenté d’abord de détruire la pierre dans la vessie au moyen de dissolvants et de lithontriptiques, sans jamais avoir eu l’occasion d’expérimenter sur le vivant. Ses essais, semblables à ceux de Fourcroy et de Vauquelin, ayant échoué, il essaya des moyens mécaniques pour perforer la pierre et augmenter les points de contact avec les dissolvants ; il ne cherchait donc pas à broyer la pierre. Pour atteindre son but il imagina une instrumentation compliquée (fig. 158). Il lavait la vessie à l’aide d’une sonde <à double courant (I) ; introduisait la sonde (II) ; retirait le mandrin pour le remplacer par la fraise III qu’il appliquait contre le calcul et qu’il faisait tourner au moyen d’une poulie ; la pierre résistait-elle, il introduisait un fil métallique pour l’enserrer et l’attaquer à l’aide d’un perforateur (V). Enfin il présenta d’autres instruments : un coupe-pierre, des crochets pour retirer les fragments et les corps étrangers. Il considérait que, dans certains cas, l’anse métallique pourrait servir de conducteur à un courant galvanique pour dissocier le calcul.

Gruithuisen n’a jamais eu l’occasion d’employer ses instruments sur le vivant ; c’est peutêtre heureux car on ne peut sans effroi songer aux risques que leur em^îloi aurait fait courir à la vessie. Aussi, s’il fallait établir les droits à une priorité dans la série de ces essais, devrait- on lesattribaeràFournieraeLempdes,carUamon-

tré un an avant Gruithuisen ses instruments et du du. Fournier de Lempdes). son procédé, qu’il employa ultérieurement sur

le vivant avec succès ; de plus, il avait pour but la destruction instrumentale et non pas la dissolution chimique de la pierre.

Les essais continuent : quelques années après, Elgerton fait connaître dans Edimiurgh medical journal, un instrument com'be s’ouvrant en deux parties terminées par une râpe et destiné à user la pierre.

Enfin en 1818 apparaît Civiale, qui j)résente à la Société de la Faculté de Médecine un appareil destiné à produire la dissolution dans la vessie de la pierre. D’actives recherches étaient faites dans ce but. Magendie, dans un mémoire sur les causes et le traitement de la gravelle publié en 1818, concluait à la possibilité de la dissolution des calculs. Il apportait l’appui de son autorité à ces tentatives qui n’étaient pas nouvelles. Thomassin

en 1791 avait injecté dans la vessie une liqueur alcaline qui avait sur le calcul une action telle qu’il se fractionnait ensuite au contact d’une sonde, Whytt injectait de l’eau de chaux, Ch. Petit du bicarbonate de soude, Fourcroy et Vauquelin de la lessive de potasse pour les calculs uriques

Fig. 158. — Instruments de Gruitliuisen (Gaz. méd. chir. de Salzbourg, 1813).

de Pacide chlorhydrique étendu pour les phosphates, Brodie des acides minéraux pour les phosphates et enfin Spallanzani du suc gastrique. Cloquet se contentait d’irrigations continues d’eau pure, et Deschamps étudiait l’action <lu courant électrique que Bouvier combinait avec celle des dissolvants.

Civiale remarqua que les dissolvants étaient employés au hasard, car la nature du calctd restait incertaine. 11 fallait donc d’abord recueillir des fragments du calcul pour une analyse préalable, puis employer des stdutions fortes en mettant les parois vésicales à l’abri de leur contact.

'lA LITHOTRITIE

Telle est l’idée qui a guidé les premières recherches de Civiale. Pour rendre les résultats obtenus applicables à l’homme, il fallait i)ouvoir cathétériser l’urètre avec des instruments rectilignes et de volumineux calibre. Pour le premier point, Civiale n’a eu qu’à suivre Amussat ; pour le second il obtenait une dilatation considérable de l’urètre en y introduisant un boyau de chat qu’il insufflait. Le canal pouvait alors recevoir le trilabe, instrument reproduit ci -contre (fig. 159) qui fat présenté en 1818 à la Société de la Faculté de ^Médecine. Il est basé sur le principe de l’instrument de Sanctorius, ou du tire-balles d’A. Ferri ; il est composé de trois branches qui comprimées tant qu’elles sont contenues dans le tube, se développent dans la vessie. En plus Civiale avait disposé entre ces trois branches une fraise

qu’un mouvement de rotation mettait en mouvement, principe emprunté à Four- ^ Gruithuisen. Bien n’appartient à Civiale, mais

i\lji •'W <^^ispositife

K 'iiillr connus et fabriquer un instrulïl ment propre au service qu’il

en attendait. *^8

Quoi qu’il en soit, la pierre saisie par les trois branches était limée, grugée par le sty-

let à fraise et des fragments

Fig. lo9. — Trilabe; premier modèle de Civiale. 1818.

entraînés par une sonde étaient analysés. Ce diagnostic établi, il s’agissait d’introduire quelques jours plus tard l’instrument suivant (fig.

Un sac de baudruche, divisé en deux parties qui, au moyen d’un ressort, s’appliquent hermétiquement l’une contre l’autre, est fixé à l’extrémité d’une sonde qui communique avec ce sac. On l’introduit enroulé sur lui-même. Les deux moitiés, supportées par des ressorts, se développent dans la vessie ; on cherche à y famé pénétrer le calcul, puis des fils métalliques amènent le rapi>rochement et l’occlusion des deux jjarties du sac ; on injecte alors dans le sac un dissolvant concentré qui agit sur le calcul et épargne la vessie. Quels que soient les efforts d’imagination qu’ait nécessités la construction de cet instrument, il n’est pas dit qu’il ait jamais été employé sur le vivant.

Fig. 160. — Sac de baudruche pour la dissolution de la pierre (Civiale : Hist. de la lUIiotrilie, 1836).

Il n’en a pas été de même du premier de ces instruments, du litliontripteur. Civiale s’aperçut bientôt que cet instrument pouvait à lui seul avoir raison du calcul et le perfec- , I A tionna (fig. 161). Il s’en servit dès l’année 1823 avec

succès et réclama alors qu’une commission l’examinât. Percy et Chaussier assistèrent à une opération, et le 1/ lundi 22 mars 1824 ils lurent à l’Institut un rap-

port favorable, avec quelques réserves, et conclurent que cette opération « est également glorieuse l^oiir la chirurgie française, mémorable pour son auteur et consolante pour l’humanité, et que M. Civiale, qui a bien mérité de sa noble profession, a acquis des droits à l’estime et à la bienveillance de l’Académie dans le sein de laquelle la philanthropie a son culte, comme les sciences y ont leur autel »,

Si habituelle que fût la phraséologie à cette époque, ces conclusions parurent excessives à beaucoup et furent le point de départ d’une lutte qui dura plus de 30 ans entre les spécialistes et les chirurgiens.

Au surplus voici l’observation que donne Civiale de cette lithotritie.

« Le 4 février 1824, je fis la première tentative en présence de M, Percy et de plusiem’s autres chirurgiens. Introduire l’instrument, saisir la pierre fut l’affaire d’une minute ; mais il survint une contraction de la vessie telle que le liquide de l’injection fut expulsé entre la canule et les parois de l’urètre. Je fus forcé de suspendre le broiement qui était à peine commencé. Au moyen du lithotriteiu' la pierre fut dégagée des branches de la pince, l’instrument retiré et l’opération ajournée ; car j’essayai en vain d’introduire dans la vessie une nouvelle injection ; elle était expulsée aussitôt.

a Un bain tiède de deux heures, des boissons abondantes, des lavements émollients , la diète et le je visitai le malade, qui était dans

Fig. 161. — Le lillioiilripLeur à arclioL de Civiale (Colleclion Collin).

repos furent prescrits. Le lendemain,

LA LITIIOTRITIE

l’état le plus satisfaisant ; il avait rendu en assez grande quantité une poudre blanchâtre avec quelques fragments.

« Le 7, je fis une nouvelle tentative; elle eut à peu près le même résultat. La vessie se contractait avec moins de force ; cependant le liquide injecté coulait encore, tantôt goutte à goutte, tantôt par un petit jet, et au bout de cinq minutes, la vessie était appliquée sur la pince qui embrassait la pierre. Le malade commençant à souffrir, je suspendis l’opération ; mais pour retirer l’instrument, il fallut repousser la pierre, ce qui offrit quelques difficultés, malgré la disposition favorable du litliotriteur ; à la fin j’y parvins. Une grande partie de la pierre était broyée ; la pince en contenait plusieurs fragments ; le malade en rendit beaucoup avec les premières urines. Le lendemain, il était encore dans l’état le plus satisfaisant.

« Trois jours après, je fis appliquer quinze sangsues au périnée, à l’effet de diminuer les contractions de la vessie ; des bains tièdes prolongés et des lavements opiacés furent prescrits en même temps, et produisirent le résultat que j’en attendais.

« Le 13 eut lieu la troisième et dernière séance. Cette fois, la vessie ne se contractait pas avec autant d’énergie. J’introduisis l’instrument toujours avec beaucoup de facilité ; un petit fragment de pierre fut saisi, écrasé et retiré. Au moyen d’une pince à deux branches, je sentis un corps mou qui ne donnait aucun son par la percussion.

« En cherchant à déterminer la nature do ce corps, je m’arrêtai à l’idée qu’il x>ouvait être formé par un caillot de sang ou par du mucus qui se serait aggloméré avec la poudre de la pierre. Je n’hésitai pas à le saisir et à en faire l’extraction, toutefois en observant les i3récautions convenables. Quelle fut ma surprise de voir im haricot en partie écrasé f II ne x^uraissait x>as avoir éprouvé une altération sensible ; il était un i)eu amolli. J’en ai conservé quelques x^arcelles, ainsi que le germe qui a trois lignes. Ce fub seulement ax>rès cette extraction, que M. Laurent me fit les aveux dont j ’ai parlé.

« A dater de ce moment, le malade éprouva une grande amélioration, les

\Æ \IX« SlICCLE

inquiétudes

Fig. 163. — Lilliopi'ionc tlo Leroy d’ Eliolles (Coll. Collin).

jours en évei

relatives au haricot s’étaient dissipées; la vessie avait perdu cette irritabilité morbide qui portait le malade à uriner à chaque minute et toujours avec douleur ; il avait recouvré l’appétit, le sommeil et les forces.

Cependant il restait encore un fragment dans la vessie ; j’en fis l’extraction cinq jours après.

J’éprouvai quelque difficulté à le faire passer par le méat urinaire ; il avait plus de cinq lignes de diamètre, et cette partie du canal un peu moin^Tde quatre. » Ibid. (p. 109.)

Deux instruments destinés au broiement de la pierre avaient été présentés .un an auparavant en 1822, à la nz^^me séance de l’Académie "^de Médecine, l’un est le Utho'prione de Leroy d’Etiolles ; et l’autre le brisepierre à encliquetage d’Amussat.

Le premier (fig. 163) est formé d’une sonde droite à l’extrémité de laquelle on fait saillir 4 ressorts réunis à leur extrémité pour constituer une sorte de corbeille où la pierre est emprisonnée ; une fraise sort de l’extrémité de la sonde dans l’axe de la corbeille et, animée d’un mouvement de rotation, perfore et use la pierre. C’est le mécanisme indiqué par Fournier.

L’instrument d’Amussat est tout différent : deux mors en forme de limes qu’on fait saillir d’une canule sont mobiles en sens inverse, usent et font éclater le calcul dès qu’elles l’ont saisi. Le modèle que nous représentons ici (fig. 164) modifié par Meyrieux n’est pas le modèle primitif ; l’encliquetage est rendu plus sûr et plus précis au moyen d’un levier à main.

Mais Leroy d’Etiolles, esprit inventif et d’une activité toul,n’liésita pas à renoncer àsonlitlioprione; il s’insx)ira del’instru-

Fig. 164. — Le brise-pierre à encliquetage d’Amussat, modifuS par Meyrieux (Collection Collin).

LA LITHOTIUTIE

2Gî>

ment de Civiale de 1818, le modifia heureusement, et, sous le nomade trilobé, il en fit un instrument pratique. Civiale a encouru et paraît avoir mérité le reproche d’avoir à son tour copié la modification de Leroy en la démarquant. L’instrument d’Amussat fut vite abandonné, mais le principe sur lequel il repose sera repris par Heurteloup.

La priorité de Civiale a été contestée. Avec son lithontripteur de 1818, il avait réussi à i^rendre et à user la pierre, et ses dispositions générales étaient bien celles de l’instrument dont il s’est servi le premier sur le vivant. Entre 1818 et la première lithotritie (1823),

Leroy avait apporté à ce lithontripteur des modifications qui 'paraissaient heiu’euses, mais ni Leroy ni personne ne connaissait leur valeur, puisque l’instrument n’avait pas encore été employé. La priorité de l’invention semble donc bien revenir à Civiale, aussi bien que sa mise en pratique.

Si bien conçu qu’il soit, un instrument ne constitue pas une méthode et on ne peut connaître sa valeur que par les résultats qu’il donne. Nous ne savons pas si

Leroy et Amussat auraient réussi et même osé p\fî. 16;). — Mors refaire ime tentative sur le courbé et triiabe de

vivant SI l’exemple de Ci- Collin),

viale ne les y avait poussés. Tel instrument dont la conception paraît merveilleuse reste inutilisable et, dans l’admirable collection d’instruments anciens de M. Collin, on en voit qui ne sont jamais sortis du magasin de Charrière. De même qu’il ne suffit d’être opérateur ]^our prétendre au titre de chirurgien, de même la possession d’un instrument ne confère pas la qualité d’opérateur à quiconque l’a entre les mains. Il fallait donc démontrer que la lithotritie pouvait guérir un calculeux et c’est ce que Civiale a fait publiquement.

Pendant six années, les modifications et les perfectionnements se succèdent. Leroy d’Etiolles incurve les mors du triiabe pour faciliter la prise de

lojir. 167, — Brise-coque de Bigal de (Jaillac (Collection Collin).

Fig. 16ü. — Brise-coque de Civiale.

la pierre (fig. 165). Peu après, Civiale parvient à imprimer un mouvement excentrique à la fraise qui évide le calcul et la réduit à une coque, d’où son nom de brise-coque (fig. 166). Heurteloup rend indépendante chacune des

Fig. 168. — Brise-pierre de Jacobson (grand, natur.) (Collection du Df Fournier de Lempdes).

LF .\1X« SliXLE

branches du trilabe, pour mieux assurer la saisie du calcul. En 1829, Eigal de GaillacTperfectionne le brise-coque de Leroy. Deux branches au heu de

trois saisissent le calcul et une fraise très puissante le perfore et s’y crée une voie centrale (fig. 167).

Enfin l’écrasement allait être tenté suivant un principe différent. Jacobson (de Copenhague) construit un brisepierre articulé (fig. 168) constitué par une sorte de chaîne d’écraseur à pièces très larges qu’on écarte pour que le calcul vienne se placer entre elles et éclate sous l’action d’une vis de pression.

Leroy d’Etiolles, toujours en quête d’inventions, avait été tout près d’inventer le lithotriteur à mors parallèles. Il avait fait construire en 1827 im instrument terminé par une coudure semblable à celle de Mercier, à branches mâle et femelle, mais cet instrument n’était destiné qu’à la mensuration du calcul ; on peut s’étonner que l’idée de l’employer pour le broiement ne lui soit pas venue.

AHeurteloup était réservé le mérite de construire un instrument sur le principe duquel reposent les lithotriteurs dont nous nous servons aujoiu’d’hui.

L’importance de cette découverte est telle qu’elle doit être mise en parallèle avec celle de Civiale.

Dans deux mémoires présentés à l’Institut en 1832 et en 1833, Heurteloup décrit son percuteur courbe à marteau (fig. 169) sur le dispositif duquel nous n’avons pas à insister, car c’est celui des lithotriteurs en usage aujourd’hui. Les mors en sont crénelés ; l’extrémité de la branche mâle est disposée pour recevoir les coups de marteau destinés à démohr, puis à pulvériser la pierre. L’instrument devait faire le moins de mouvements possible et la pierre venir se placer entre les mors (fig. 170). Pour cela un lit spécial, lit rectangle, permettait de donner au malade diverses inclinaisons, et la pierre en oscillant se présentait entre les mors. LMe fois qu’elle était saisie, un étau fixé au lit immobilisait l’instrument et les mors restaient au centre de la vessie, de sorte que les chocs du marteau no pouvaient en blesser les parois. Plus

Fig. 16S>. — Percuteur d'Heurteloup (.Vllas Bourgery et Jacob).

LA LITHOTIUTIE

Fig. 171 . — lleurLeloup : La liüiolripsie par percussion à VAcad. de Méd., 18'j4).

mettre en lumière la nouveauté de sa méthode, il changea le nom de

Fig. ITü. — Percuteur d’Heurteloup (Allas Bourgery et Jacolj). tard, Heurteloup modifia ce lit, le rendit plus portatif (fig. 171). Afin de

l’opération et l’appela litliotripsie (do aîOoç, pierre, et -fCooj, la triture).

La supériorité de cet instrument força les rivaux d’Heurteloup à l’accepter, mais aucun d’eux ne le fit sans le modifier. Pour éviter les chocs du marteau, Ségalas proposa d’adapter à la branche mâle une vis sans fin actionnée par un volant ; Heurteloup l’accepta lui-même, mais fit aussi fabriquer un percuteur à ressort dont la brutalité d’action ne le cédait en rien à celle du marteau.

Un autre reproche qu’on fit à l’instrument d’Heurteloup, c’est que les

Fig. l72. — Brise-pierre à cuiller de G. Guillou (Collection du D’' P. Guillou).

mors s’encrassaient de débris de calculs qui, pendant son retrait, blessaient l’urètre. Gabriel Guillon, pour combattre ce danger, inventa un brise-pierre évacuateur dans lequel une languette d’acier fait saillie entre les mors afin de vider le mors femelle quand il est rempli (fig. 172). Le remède vint surtout de la disposition des mors qu’on fenêtra pour éviter l’engorgement. Cependant peu de personnes osèrent se servir de ce dernier dispositif tant il était offensif et susceptible d’amener des lésions vésicales.

Fig. 173. — Ecrou brise de Charrière, premier modèle (Gollectiou Collin).

Touzay fit disposer alors le long de la branche mâle une crémaillère sur laquelle agissait un levier qui appuyait avec force le mors mâle contre l’autre. Le brise-pierre à pignon d’Heurteloup offre les mêmes avantages ainsi que le brise-pierre à levier de Guillon,

Malgré tout, les manœuvres de la préhension restaient trop differentes de celles de l’écrasement, ce qui allongeait la durée des opérations. Tl fallait rendre l’instrument léger, mobile, susceptible de transmettre à la main les moindres sensations de contact, et aussi d’opérer instantanément le broiement dès qu’un calcul était saisi. L’écrou brisé réalise ce desideratum (fig. 173). Leroj^ en revendique l’invention, mais il est probable que Charrière en est le véritable inventeur.

Au milieu de cette fièvre d’invention, la lutte reprit plus ardente encore, tout au moins entre les principaux spécialistes qu’il importe de faire connaître maintenant.

LA LITIIOTMITIL

Jean Amussat, né à Saint-Maixent en 1796, avait commencé très jeune ses études médicales qui furent interrompues par l’invasion de 1814 ; il s’empressa de suivre l’armée en qualité de sous-aide-major. Bientôt il s’adonna avec passion à l’anatomie, et ses études sur l’urètre le conduisirent à démontrer la possibilité du cathétérisme droit. Ce mémoire, joint à d’autres travaux, fit connaître la valeur du jeune savant, et lui ouvrit les portes de l’Académie de Médecine, où il entra à 28 ans. Mais sa carrière fut vite interrompue : des accidents infectieux graves à la suite d’une piqûre anatomique, ébranlé-

Fig. 174. — Jean Amussat, 17U6-18o2.

rent sa santé. Il continua ses travaux dans la mesure du possible et jusqu’à sa mort survenue à 56 ans, il pubba une infinité de mémoires dont aucun n’est dénué d’intérêt, donnant l’exemple d’un chirurgien qui, sans titres officiels, sut acquérir une situation éminente. Il se consacra particulièrement aux maladies génito-urinaires, mais l’ensemble de ses connaissances lui permit d’envisager les questions d’un point de vue x>lus élevé que beauoup de ses compétiteurs ; aussi fut -il mêlé par eux à leurs luttes plutôt qu’il n’y prit part lui-même.

Les qualités de Jean Civiale étaient bien différentes. Né à Sahlhes près d’Aurillac en 1796, il vint à Paris en 1817 apportant avec lui un bagage littéraire fort incomplet. Il commença assez tard a étudier la médecine et les connaissances générales qu’il acquit restèrent peu étendues. Mais le goût des inventions lui était venu de bonne heure : on dit que c’est après avoir entendu une leçon de Dupuytren sur les instruments de Gruithuisen qu’il conçut le projet de guérir les calculeux sans oi3ération sanglante. Pour appli-

quer sa méthode à un grand nombre de malades et la faire connaître, il sollicita de l’Assistance publique quelques lits dans un hôpital et, pour aller au-devant des objections budgétaires, il offrit une somme assez eonsidérable qui fut acceptée. Telle est l’origine du service spécial de Necker, dont la destinée devait être si brillante. Mais Civiale manqua le but principal qu’il visait, car il se montra déplorable professeur et dut bientôt suspendre ses leçons pour se consacrer aux publications imprimées. La disproportion entre la valeur de celles-ci, qui est réelle, et ses leçons orales, firent penser qu’il empruntait une plume vénale. Heurteloup a même publié comme étant

Fig. 175. — Civiale, 1796-1867. Médaillon de David d’Angers (C. p.).

celui de son collaborateur anonyme le nom d’un membre de l’Académie qu’il est inutile de reproduire.

Au milieu des plus ardentes polémiques, Civiale poursuivit une carrière brillante et heureuse jusqu’à sa mort qui survint en 1867, remportant les prix les plus considérables des Académies de Médecine et des Sciences ; il fut appelé plus tard à y siéger et fit partie d’innombrables sociétés savantes, dont il fut membre et président. Il faut assurément regretter qu’il se soit livré à des invectives inexcusables, mais il était de son temps. Il n’en cultiva pas moins de nombreuses et illustres amitiés qui ne ne seraient pas produites et poursuivies s’il avait mérité les accusations dont il fut l’objet.

Si l’on peut adresser à Civiale le reproche d’avoir été spécialiste spécialisé. Leroy d’Etiolles ne le mérite à aucun titre. Né à Etiolles en 1798, il était encore étudiant quand, en 1822, il présenta à l’Institut ses premiers essais sur la lithotritie. Il n’est peut-être pas d’affections des voies urinaires où il n’ait marqué sa trace par l’invention d’un instrument ou d’un procédé, toujours ingénieux, quelquefois peu pratique, car il s’est montré plus inventeur que clinicien. Comme ses rivaux, mais avec une violence souvent

LA LITHOTIUTIIÎ

plus grande, il revendique ses découvertes dans d’innombrables articles publiés dans la presse médicale et politique, attaques ou ripostes auxquelles il était toujours préparé. Il n’a pas toujours su garder la mesure nécessaire dans la discussion ; aussi se créa-t-il d’irréconcüiables ennemis parmi ses concurrents aussi bien que dans le monde médical officiel.

Il mourut en 1860 sans avoir connu repos ni trêve et en laissant une production scientifique considérable. En effet, on trouve dans les Bulletins

Fig. 176. — James Leroy d’Etiolles, 1798-1860 (D’après un portrait appartenant à M“« Raoul Leroy d’Etiolles).

de VAcadémie de Médecine de 1822 à 1859, 127 commimications de lui. Son petit-fils, dans un mémoire biographique publié en 1909, fait mention d’une centaine d’instruments inventés par lui et il renonce à rendre complète l’énumération de ses publications. En dehors des travaux sur les voies mlnaires, il y est fait mention de mémoires sur les anévrysmes, le cancer, les fistules vésico- vaginales, les hernies, l’hémostase, la staphyloraphie, la pupille artificielle, les polypes naso-pharyngiens, les rétrécissements de l’œsophage, etc. Ses inventions s’étendirent au delà de la médecine ; tels sont les canons rayés et se chargeant par la culasse, les fusées sous-marines, des filets pour arrêter les charges de cavalerie, des machines à vapeur rotatives, des chemins de fer à crémaillère, des moyens pom’ parer aux accidents de chemin de fer, un bourrelet en réseau élastique pour les petits enfants, des crocs pour repêcher les noyés, etc.

Quelle qu’ait été sa passion pour la discussion, il a cependant été sur-

passé en cette matière par Heurteloup. Celui-ci, fils d’un médecin-inspecteur général de l’armée, naquit en 1^93, se livra des son doctoiat aux études spéciales dont il ne s’écarta jamais. Il vécut et exerça alternativement à Londres et à Paris, jusqu’au jour où le succès le fixa définitivement dans cette dernière ville ; il y mourut en 1864. D’une culture fine et étendue, il apportait dans une polémique incessante les qualités d’un esprit sarcastique qui rendait plus sanglantes les blessures qu’il produisait. Il dépassait trop souvent les limites du domaine scientifique, se livrant, sur la pratique

Fig. 177. — Heurteloup, 1793-1864 (Photographie Trinquart).

et même la vie privée de ses rivaux, à des enquêtes difficilement excusables. On le comprend d’autant moins que, lorsqu’il restait sur le terrain chirurgical, son argumentation était solide, captivante et souvent irréfutable.

Le retentissement de ces luttes se fit entendre jusqu’à la Faculté et surtout à l’Académie où des commissions successives furent nommées pour examiner les points en litige. En 1831, Boyer et Larrey contestaient, après enquête, les résultats publiés par Civiale; mais deux ans après, les mêmes rapporteurs publiaient d’autres conclusions favorables à ce spécialiste. Elles furent attaquées par Heurteloup qui tenta ime fois de plus de rapporter à Leroy l’invention de la litliotritie. Dupuytren, de son côté, ne cessait d’attaquer Civiale qui lui adressa une lettre conçue en termes violents, dans laquelle il ne fait que reproduire les arguments et les chiffres déjà connus.

Beaucoup de malades effrayés par la perspective de la taille, réclamaient

la litliotritie à laquelle le public médical commençait à se rallier, mais cette opération restait entre les mains des spécialistes, dont l’habileté se développait. Les chirurgiens de la Faculté et des hôpitaux lui montraient en général

LA LITHOTRITIE

(le l’hostilité, contestant les résultats, détournés par principe d’une opération qui leur semblait aveugle ; ils partageaient volontiers l’opinion de Boyer qui disait familièrement : (( Je vois bien la queue de la poêle, mais je ne sais ce qu’on y fait frire », défiance dont il se défendit plus tard quand il remercia Amussat d’avoir, en enseignant le cathétérisme droit, gratifié la chirurgie des bienfaits de la lithotritie.

Mieux que les discussions deux guérisons frappèrent les esprits : iVnt. Dubois, puis Lisfranc se faisaient lithotritier et guérissaient, pendant que Hallé succombait à la suite d’une taille. Le monde médical, enclin alors, comme à toutes les époques, à subir l’impression des résultats, fut de plus en plus porté vers la lithotritie.

L’éveil était donné, et bientôt la Faculté proposait comme sujet de thèse d’agrégation ; « Delà taille et de la lithotritie. » Blandin, à qui échut ce sujet, se prononça contre cette dernière, opinion sur laquelle il revint plus tard. Les polémiques qui se poursuivirent dans les journaux décidèrent l’Académie de Médecine à inscrire la lithotritie à l’ordre du jour en 1835.

Cette discussion est une des plus prolongées qu’on ait entendues, car elle occupa les séances du 28 avril au 9 juin. Velpeau, chargé d’un rapport sur une lithotritie pratiquée chez un enfant par Leroy d’Etiolles, élargit la question et fit un réquisitoire violent contre la lithotritie. Amussat le combattit, apporta une statistique dont l’exactitude ne pouvait être contestée et réfuta ses arguments tirés des lésions vésicales graves, de l’hémorragie et des troubles nerveux post-opératoires mortels. Successivement on vit à la tribune Sanson, Souberbielle, adepte de la taille hypogastrique, Lepelletier, reproduire les mêmes accusations, mais la lithotritie eut bientôt cause gagnée. Amussat, Bochoux, Ségalas, Lisfra^ic, etc., vinrent la défendre, tandis que Eoux et Bégin professaient une opinion mixte et cherchaient les indications. Toujours sur la brèche, A^elpeau n’ajoutait cependant rien à ses premiers arguments. Somme toute, cette discussion, malgré l’afïluence des orateurs qu’eUe avait attirés, ne fit pas faire un pas à la question. Tous tombèrent d’accord sur l’utilité et l’innocuité de la lithotritie pour les petits calculs ; ni les indications, ni le manuel opératoire, ni la pathogénie des complications, aucune de ces questions ne fut abordée. Néanmoins le retentissement en fut considérable auprès du public médical et extra-médical, et la lithotritie s’imposera désormais.

Les efforts des inventeurs vont porter moins sur le broiement que sur l’évacuation, restée longtemps imparfaite. Heurteloup, sous le nom de lithocénose (a(0o; pierre, et •/.évwai.ç évacuation) tente de créer une méthode nouvelle : entre l’extrémité et les yeux d’une grosse sonde il ménage un espace, une cupule, où les fragments de pierre étaient tassés par un mandrin, puis extraits avec la sonde. Le plus souvent on retirait la cuiller femelle du lithotriteur remplie de fragments, au risque de produire une blessime de l’urètre. Bégin, Lisfranc, Ségalas aspiraient les fragments à l’aide d’une seringue, moyen si peu efficace que beaucoup de chirurgiens, à l’exemple de Civiale, laissaient les malades évacuer leurs fragments par des mictions normales.

Ce n’est qu’après 1840 que des tentatives d’aspiration furent faites réellement. Cornay (de Eochefort) présenta à l’Académie, en 1844, le premier

ENCVCL. d’uKOLOGIE. — I.

aspii-ateur à fragments, instrument compliqué basé sur l’application du vide préalable, sur lequel Ségalas fit un rapport défavorable à l’Académie de Médecine. Deux ans après, Crampton simplifia cet appareil, puis l’aspiration fut abandonnée pour n’être reprise qu’en 1866 par Clover et en 1868 par Nélaton, sans grand succès. Il fallut attendre 10 ans encore l’aspiration de la btbotritie moderne.

Pendant 20 ans, jusqu’en 1860, la lithotritie s’était débattue entre deux principes différents. Les uns, à l’exemple de Civiale et de Mercier, deman-

dent des séances courtes et répétées, en laissant le malade évacuer spontanément ses fragments ; les autres, plus nombreux, chercbent une opération rapide qu’Amussat tente de réaliser en multipliant l’introduction des instruments. Leroy d’EtioUes, Ségalas, Guillon agissent de même. Pour Heurteloup, démolition, pulvérisation, extraction par le brise-pierre à cuiller 'constituent le « trinôme lithontriptique » sur lequel se basait sa méthode.' L’intention était bonne, mais l’imperfection des moyens d’exécution rendait l’opération dangereuse.

Vers 1860, Thompson, chirurgien de Londres, partisan convaincu de la lithotritie, en étendit les limites, en modifia l’instrumentation et contribua à sa généralisation. C’est surtout depuis 1867, époque où le professeur Guy on prit le service de îlecker, que la lithotritie fut soumise aux règles d’une saine chirurgie et du bon sens.

A Henry Bigelow revient la gloire d’avoir transformé la lithotritie. Né à Boston en 1818, ce chirurgien conquit ses grades à l’Université de Harvard ; il partit en 1842 pour l’Europe pour étudier la médecine et il suivit les

PROSTATE

leçons de Louis à Paris, et celles de Paget à Londres. Sa vocation chirurgicale se décida à son retour en Amérique. Bientôt il devint un des apôtres les plus enthousiastes de l’anesthésie par l’éther que venait de découvrir Morton. Nommé professeur de chirurgie à l’Université de Harward, il ne se spécialisa qu’assez tard en urologie. C’est en 1878 qu’il fit paraître deux ouvrages, la Uthotritie en une séance et la litholayaxie. Il y établit les principes de la lithotritie moderne à laquelle il se consacra jusqu’à sa mort survenue en 1890. Il chercha à réaliser dans tous les cas l’évacuation immédiate et totale de la vessie. La lithotritie devient la litholapaxie (de lîOo; et la-àccs-.v, évacuer): elle mérite le nom d’opération de Bigelow. Cependant la violence des moyens d’exécution aurait peut-être condamné ces transformations, si cette fois encore le professeur Guyon n’était venu assagir cette opération et faire universellement adopter la lithotritie rapide.

D. — PROSTATE

Il n’est peut-être pas d’organe dont l’étude ait réalisé pendant le xix® siècle des progrès plus éclatants que la prostate ; l’anatomie et surtout la physiologie en étaient à peine indiquées, la pathologie et la chirurgie nulles il y a cent ans : on sait ce qu’eUes sont aujourd’hui. Les études d’Amussat, Cruveilhier, Sanson, Eoux, Malgaigne ont préparé la voie aux anatomistes modernes.

On commence aussi à lui reconnaître une pathologie propre : Boyer donna des abcès de la prostate une description qui resta un modèle reproduit par les auteurs jusqu’à la période moderne. Quant à la prostatite chronique, le nom en est prononcé par Leroy d’Etiolles et par Cidale dont les idées et les connaissances sur ce point sont restées trop vagues pour offrir de l’intérêt.

Il en est de même de la tuberculose i)rostatique. Bayle au commencement de ce siècle en reproduit une description qui ressemble à celle de Morgagni. Avec Louis on la voit isolée et reconnue comme une entité morbide qui sera acceptée par Vidal, Curling, Civiale, etc. Les kystes n’ont été reconnus qu’à une période récente, tandis que les calculs, connus depuis l’Antiquité, ont commencé à avoir une histoire dès que la chimie a permis de les identifier.

Nous avons hâte d’arriver à la lésion connue sous le nom d’hypertrophie prostatique, dénomination assez vague à laquelle on ne s’est arrêté que par exclusion et qui s’est substituée à celle de squirre. Cette tumeur, dont l’évolution aussi bien que la structure avaient paru sans analogie dans l’organisme, a dérouté les pathologistes. Desault et Chopart ont nettement indiqué ■qu’elle n’était pas cancéreuse, mais ces deux auteurs, de même que Boyer

et Portai, ont égaré la patliogénie des accidents du prostatisme en admettant que les tnmenrs de la prostate rétrécissaient le canal. Everard Home, en 1811, fit connaître la véritable nature de l’hypertrophie qui, pour lui, n’est pas produite par une dégénérescence ; la rétention et les difficultés mictionnelles qu’elle détermine sont d’ordre mécanique. Cette notion éliminait la paralysie vésicale a laquelle on rapportait la dysurie des vieillards.

En France, Amussat, puis Leroy d’Etiolles, écartant définitivement l’idée de cancer, acceptèrent les idées d’Everard Home sur l’hjTpertrophie

Fig. 180. — Mercier, 1811-1882 (Pliot. l'enabert. Appartient au de Pezzer).

d’un tissu normal, dans des mémoires présentés à l’Académie de 1820 à 1832. Leroy décrivit un bourrelet transversal qui fermerait le col de la vessie à la manière d’une soupape. Trois ans après, en 1833, X^elpeau démontra la bénignité de l’hypertrophie prostatique, mais il chercha à établir une analogie entre les tumeurs utérines et les fibromes prostatiques qui auraient pour point de départ une goutte de sang extravasé.

C’est surtout Mercier qui fit entrer l’étude de l’hypertrophie dans une voie nouvelle. Né au Plessis-Saint-Jean en 1811, il fit de bonnes études médicales, et dès son internat en 1831, il se consacra à. la pratique des voies urinaires. Jusqu’à sa mort survenue en 1882, il n’a cessé de publier et île produire, apportant dans ses polémiques une énergie dont ses devanciers lui avaient donné l’exemple. Le prix Montyon, pnis le prix d’Argenteuil récom- ])ensèrent ses découvertes, mais il ne put franchir les portes de l’Académie de Médecine ni de la Société de C’hirurgie. Sensiblement plus jeune que ceux de ses concurrents que nous connaissons, il se mêla à leurs luttes : Pabsolutisme de son caractère, la violence de ses répliques fit qu’il les eut presque

PROSTATE

tous pour ennemis, hostilité compensée par l’amitié et l’estime de ses maîtres.

En 1841, il combattit la théorie de Velpeau dans ses « Eecherches sur les maladies des organes urinaires et génitaux considérés spécialement chez les hommes âgés », œuvre capitale dans l’histoire du prostatisme. Il reprit l’étude du boiuTelet de Leroy, y démontra la présence de fibres musculaires en exagérant leur rôle dans la production de la rétention. Mais Mercier et Velpeau furent d’accord pour reconnaître que les lésions vésicales sont secondaires et que la lésion initiale dominante est l’obstacle prostatique.

Mercier, poursuivant ses recherches, reconnut deux formes de l’hypertrophie, celle des lobes latéraux avec toutes ses variétés, et l’hypertrophie sus-montanale qui fait saillie dans la vessie et produit le plus souvent la rétention en constituant une barrière ou une soupape. Enfin il signala le développement des vaisseaux intra et extra-iDrostatiques ; il entrevoyait ainsi le rôle de la congestion dans la production des accidents.

Le premier aussi, Mercier a bien établi le mécanisme de la rétention et du regorgement, dont Astley Cooper disait peu d’années auparavant : « La rétention d’iuine, lorsqu’elle est incomplète, doit être considérée comme salutaire parce qu’eUe prévient l’incontinence qui sans cela am’ait heu constamment chez les vieillards. » On voit le pas que Mercier a fait faire à la pathogénie.

Il s’en faut que ses idées aient été acceptées sans discussion. Civiale resta fidèle à la vieiUe théorie et nia que, dans la majorité des cas, la rétention soit due à un obstacle prostatique ; à ses yeux l’atonie et la paralysie vésicale sont des maladies idiopathiques qui atteignent les personnes de tout âge, aussi ne faut-il jamais omettre de s’enquérir de l’incontinence infantile dont les sujets ont pu être atteints. Malgfé le recul où entraînait Civiale, tout n’est pas faux dans sa théorie, car il a bien vu le rôle des parois vésicales dans les rétentions, de même que celui de la sclérose qui répond à des faits exacts mais exceptionnels.

La plupart des auteurs se rangèrent à l’opinion de Mercier, en particuher Xélaton et surtout le chirurgien anglais sir Henry Thompson. Ce dernier, né à iSufiolk en 1820, élève du Collège de l’Université dont il devint plus tard chirurgien et professeur, se consacra dès le début de sa carrière à l’étude des voies urinaires et se spécialisa plus tôt qu’aucun chirurgien de son temps. Il vint compléter son instruction en France et suivit les leçons de Civiale l)Our qui il iirofessa toujours une profonde admiration.

Pour lui toutes les fois qu’il y a rétention ou incontinence par regorgement, la cause en est palpable et physique et non pas d’ordre fonctionnel: un obstacle siège à im endroit quelconque de l’urètre. Il repousse donc toute idée d’impotence fonctionneUe de la vessie ; ceUe-ci n’est due qu’à une lésion des centres nerveux ou à une trop longue distension vésicale. Mais il revient aux idées de Velpeau et admet que l’hypertrophie est due au développement de tumeurs analogues aux fibromes utérins.

A cette époque, l’exploration était d’autant plus importante que la symx)tomatologie était défectueuse. Leroy d’EtioUes construisit en 1829 une sonde à petite courbure, prolongée par une pièce articulée qui i)ermettait de reconnaître une saiUie x)éri-cervicale, mais souvent elle s’arrêtait devant les obstacles intra -urétraux. L’invention de la sonde coudée de Mercier est un

bienfait ; car avant elle, le cathétérisme chez les prostatiques rencontrait des difficultés dont on peut apprécier la fréquence i)ar le nombre des ponctions vésicales relatées dans les observations.

Dès le siècle précédent, des saillies prostatiques avaient été enlevées au cours de certaines opérations de taille. Comme complément d’une hthotomie, Amussat, en 1827, excise avec des ciseaux courbes une petite tumeur arrondie, ce qui fait cesser la rétention et lui donne l’idée de proposer la ligature de ces tumeurs. Nicod les décrit sous le nom de polypes de l’urètre profond et cherche à les enlever avec les yeux tranchants d’une sonde.

Depuis lors tous les spécialistes ont eu l’occasion d’en broyer pendant une lithotritie, pratique dangereuse qui devait leur donner des déboires . La confusion régnait partout et un article de la Gazette médicale de 1835 donne une idée des traitements alors employés : « Les sondes laissées à demeure dans la vessie, le cathétérisme répété plusieurs fois par jour, les frictions sur la colonne vertébrale ; tel était le traitement de la rétention

Fig. 181. — Serre-nœud prostatique de Leroy d’Etiolles (Atlas Bourgery et Jacob).

d’urine, lorsque M. Leroy d’Etiolles a mis en usage des moyens nombreux qui se suppléent l’un l’autre. Ce sont : la dépression et l’affaissement de la tumeur, la dilatation du col, la ligature de la tmneur, l’excision, la scarification, la cautérisation, la trituration et l’arrachement ». X^oilà un riche arsenal thérapeutique qui aurait été inventé en 3 ou 4 ans, mais on en trouve peu de traces dans les publications de l’époque. Il est donc probable que beaucoup de ces moyens sont restés à l’état de projets. Toutefois ü est bon d’en faire connaître quelques-uns.

Le serre-nœud de Leroy (fig. 181) constitue un progrès : l’instrument est ingénieux, mais sa complexité et les difficultés de son emi^loi, l’absence de diagnostic topographique devaient en rendre l’application bien précaire. Nous voyons cependant combien eUe paraît séduisante d’après une figure de l’atlas de Bourgery et Jacob (fig. 182).

En 1843, Mercier présente des scarificateui's : l’un, calqué sur le lithotriteur d’ïïeurteloup avait quelques analogies avec celui de Leroj', qui, naturellement, réclama -, l’autre (fig. 183), disposé comme la sonde-béquille, est un coupe-bride qui a été utilisé souvent. D’autres instruments, dus à Guthrie et à Leroy, n’étaient guère bons que pour des scarifications, tandis que l’incision était profonde avec le coupe-bride. Mais celui-ci a3mnt produit des hémorragies formidables. Mercier construisit d’autres instruments qui emportaient un fragment de prostate par une véritable excision.

On est étonné de voir Civiale donner tort à sa théorie vésicale de la réteii-

PROSTATE

tion en proposant une intervention contre l’obstacle, mais les contradictions chez lui ne surprennent pas. Il proposa un kiotome ou coupe-bride (fig. 184) ;

l’incision ainsi faite ne donnait guère de résultat, mais elle paraît avoir été inoffensive. Les mêmes objections s’appliquent au coupe-bride de Maisonneuve. De tels procédés de prostatotomie ou de prostatectomie partielle

restèrent entre les mains de leurs inventeurs qui leur dm*ent des succès, mais ils ne pouvaient se généraliser. Pas plus à cette époque qu’à la nôtre, ces interventions hmitées n’ont procm’é de guérisons durables.

Fig. 184. — Kiotome de Giviale (Collect. Collin).

On appréciera, à l’article prostatectomie, la part que nos contemporains ont prise au développement de cette opération. Pendant la période préparatoire nous ne pouvons passer sous silence trois noms, ceux de Dittel, de Mac-Gill et de Bottini.

Léopold Eitter von Dittel, né en 1815 à Pulnek, étudia à Troppau, puis à Vienne. Docteur en 1840, inivat-docent en 1856, il devint professeur à Vienne en 1865. Chirurgien général, il ne concentra ses études sur l’appareil

urinaire qu’à une époque assez tardive. En 1880 il proposa l’excision systématique du lobe moyen, de la prostate ; il étudia cette opération pendant 5 ans encore ; en 1885, il appliqua son procédé de prostatectomie périnéale partielle, trop compUquée, qui exposait à des risques sans résultats compensateurs suffisants. Sa première opération fut un insuccès, mais Dittel ne se découragea pas ; il réussit plus tard, et montra le chemin.

Peu après, Mac-Gill visait le même but, mais en abordant la prostate

par l’hypogastre.

Citons enfin Bottini, sur les confins des périodes historique et pratique de la prostatectomie. Il remplace la lame coupante de l’inciseur de Mercier par une lame de platine qu’un courant électrique porte à l’incandescence ; cette opération, après d’importants perfectionnements modernes , avait fini par être adoptée lorsque la prostatectomie s’imposa.

Le cadre de ce travail ne nous permet pas de poursuivre ici l’historique des autres affections de l’appareü urinaire au xix® siècle, car au début les rudiments en sont trop obscurs et, plus tard, les connaissances acquises se rattachent directement à l’évolution de chacune des affections qui sera exposée dans cet ouvrage.

Il est d’ailleurs une dénomination, le « catarre de la vessie », sous laquelle tout ce qui était inconnu ou peu clair était englobé, de même que les anciens s’étaient servis des noms commodes de dysurie, ischurie, strangurie pour suppléer à leur ignorance de la cause ou de la nature de certaines affections, et n’en retenir que les manifestations principales. Peu à peu cependant la question se limita et vers le miheu du xix^ siècle, le catarre devient synonyme de cystite.

Le fongus de la vessie a été un autre protée que nous voyons revêtir des caractères divers. Suivant les auteurs il a passé par bien des phases, les uns le considérant comme bénin, les autres comme analogue au cancer de la vessie qu’on méconnaissait presque toujours. Ces tumeurs portent encore le nom d’excroissances squirreuses, polypes de la vessie, carnosités du col, etc. Les figures du traité de Civiale qui montrent côte à côte des papülonies vésicaux, des tumeiu’s pédiculées de la prostate, un cancer de cette glande, etc., fournissent la preuve de la confusion qui régnait encore à cette époque si rapprochée de nous. La paralysie de la vessie, fréquemment invoquée autrefois, eut une déchéance rapide le jour où Mercier démontra que les obstacles urétraux et prostatiques étaient la cause du vice de fonctionnement vésical. Comme en tout, une réaction trop vive s’est produite, car on ne l’a plus admise que comme symptôme d’une lésion médullaire.

Fig. 185. — Léopold de Dittel, 1815-1890.

l‘KOSTATE

Quant à la chirurgie rénale, son histoire est nulle et, pendant les trois premiers quarts du xix® siècle, elle se limite aux indications que Hevin avait posées 100 ans auparavant : ouvrir un abcès quand il i>ointe vers la peau, en dépit des expériences de Couchaire (1803), des mémoires de Léveillé (1812), et de Laffitte (1819). Toutefois quelques chirurgiens plus hardis tentaient des incisions hâtives contre les abcès périnéphrétiques : Nélâton après avoir consacré quelques lignes aux affections rénales, termine ainsi :

Fig. 186. — Richard Bright. 1789-1858 (National Gallcry, Londres).

«îifous n’avons pas à nous arrêter à ces affections qui, par leur nature, échappent à l’action des moyens dont peut disposer la chirurgie. »

Il n’en est pas de même dans le domaine de la médecine. On peut dire que c’est de Bright que date l’histoire de la pathologie rénale. Sans méconnaître les noms de précurseurs, comme Wells (1812) et Barbier, d’Amiens (1827), il est certain que c’est Bright (1827) qui a créé la pathologie des néphrites. Avec un grand sens clinique, il établissait le rapport étroit qui unit les trois termes : albuminurie, hydropisie et lésion rénale ; quant aux trois formes anatomiques qu’il décrivait, il évita bien de dire s’il les considérait comme trois affections diverses ou comme trois stades d’une même maladie; sage réserve que ne devaient pas, malheureusement, imiter ses successeurs.

Dès 1840, Bayer, au lieu de trois types, en distinguait six, dont il faisait six périodes de l’évolution d’une seule affection : successivement on voyait

se succéder la phase aiguë avec le rein gi*os, puis la phase subaiguë avec le rein pâle, pour finir par la phase chronique, avec le rein atrophique.

On voit donc combien Eayer avait fait avancer la science urologique à l’époque (1839) où il faisait paraître son admirable traité des maladies des reins. Et cependant on ignorait encore bien des points de la structure histologique du rein ; l’existence du tissu conjonctif inter-canaliculaire, la disposition et la constitution des canalicules, de l’uricémie et l’existence de l’oxalémie les relations entre l’iwpertension vasculaire et la sécrétion rénale, les variations des matériaux de l’urine au cours des maladies, tout cela est postérieur à l’œuvre de Eayer. Cet auteur venait d’ouvrir lui-même ime voie nou-

velle en appliquant à l’étude de l’iu’ine une nouvelle méthode d’investigation, le microscope de Leuwenhoëk, que l’on n’avait pas encore songé à utiliser en urologie. C’est à lui, ou à ses élèves immédiats, Vigla, Giüboiu’t et Quevenne, c’est, à lem' suite, à Henle, Eobin, Virchow, Axel-Key, Pavy, que l’on doit la connaissance des diverses espèces de cylindres. Tous ces points se trouvent donc postérieurs à l’œuvre de Eayer.

Avec Frerichs, qui en 1851, ne distingue que trois stades, la conception est la même. Et que ce soit Martin Solon qui décrit cinq périodes, Christison qui en trouve sept, ou Virchow qui se place sur le terrain histologique, la thèse uniciste triomphe toujours.

Cependant les recherches histologiques mêmes de Virchow amenaient des auteurs comme Beer, Traube, à constater au contraire une différence irréductible entre deux formes principales, la néphrite interstitielle née aux dépens du tissu conjonctif, et la néphrite parenchymateuse, née de l’épithélium.

Enfin, vers la même éi)oque, Charcot tentait de maintenir la thèse dualiste, en tâchant de faire concorder les doctrines macroscopiques et histologiques, et attribuait au gros rein blanc les lésions de la néphrite parenchy-

Fig. 187. — Rayer, 1798-1867. Portrait de Bornemann (G. p.).

L’ENDOSCOPIE

mateuse, et au petit rein contracté celles de la néphrite interstitielle, constituant ainsi le trait d’union entre la phase historique de la question et la période moderne.

E. — L’ENDOSCOPIE

L’idée première d’introduire dans les cavités profondes un instrument une canule, afin d’y projeter des rayons luminenx assez intenses pour permettre à l’œil de l’observateur de les examiner, paraît appartenir à Bozzini,

Fig. 188. — Pierre Ségalas, 1792-1875. Lilho. de Bellières (C. p.).

de Francfort-snr-le-Mein, qui, en 1806, fit connaître une méthode générale applicable à tontes les cavités. Deux pièces principales constituaient son appareil : un foyer lumineux extérieur et un conducteur de lumière qui s’y adaptait. Pour l’urètre il employait deux lames minces et étroites qui, réunies, ne formaient qu’un plan, et qu’on introduisait ainsi dans l’urètre ; leur écartement, produit par un pas de vis, permettait d’examiner le canal. Mais il est probable que le but n’était guère atteint, car la Faculté de Médecine de Vienne à qui Bozzini avait présenté son instrument, lui fit un accueil peu favorable et en condamna l’emploi, trouvant que l’introduction en était douloureuse, la surface illuminée trop circonscrite et l’éclairage insuffisant.

Il est peu probable que Ségalas ait eu connaissance de ces travaux lorsqu’il présenta en 1826 à l’Académie des Sciences son instrument et le résultat de recherches commencées depuis quelques années. Il en aurait sans doute parlé, car la vie de ce savant est un exemple de probité scientifique.

:Mé à Saint-Palais en 1792, il ne chercha à entrer ni à la Faculté ni aux hôpitaux, mais il fut néanmoins accueilli comme un des leurs par les maîtres

de son temps. Ce rare privilège, qu’il partageait avec Amussat et qu’il devait à son érudition autant qu’à sa bonté et aux qualités de son caractère, le conduisit à l’Académie de Médecine. Il mourut à Paris en 1875 après avoir beaucoup produit et sans s’être mêlé aux polémiques des spécialistes qui l’ont souvent pris à partie.

L’appareil (fig. 189) que présentait Ségalas était destiné à éclairer l’urètre et la vessie, d’où son nom de spéculum uréthro-cystique :

« Il se compose de deux tubes d’argent, de deux miroirs métalbques, de deux petites bougies, et d’une sonde de gomme élastique. Les tubes sont cylindriques et ouverts à leur sommet. L’un (au), poli à l’intérieur, et devant porter la lumière sur la partie à éclairer, est d’une longueur et d’une grosseur qui diffèrent selon les circonstances. L’autre (bh), noirci en dedans, est destiné

Fig. 189. — Spéculum uréthro-cystique de Ségalas (Traité des Rétentions d'urine, 1828)

(Atlas).

à mettre l’œil à l’abri de toute lumière venant d’un autre point que de celui qui est à observer. Il est d’une longueur de quatre à cinq pouces, et d’un diamètre souvent égal, mais jamais supérieur à celui du précédent. »

La projection des rayons lumineux à l’intérieur du tube était produite par deux miroirs coniques entre lesquels on plaçait la flamme de deux bougies.

« L’application de cet instrument est très facile ; on commence par introduire le tube uréthral, muni d’une sonde de gomme élastique, jusque sur l’obstacle. Arrivé à ce point, on retire la sonde ; on place ensuite, de la main droite, le tube oculaire sur la même ligne que le précédent, et de manière à l’enfoncer jusqu’à la partie moyenne du cône réflecteur. En même temps, et de la main gauche, on tient les deux bougies allumées, en face de la base de ce cône et sur les parties latérales du tube oculaire. Cette disposition prise, il faut porter l’œil sur l’œilleton, et varier la direction de l’appareil d’après les points du canal ou du corps étranger que l’on désire, étudier. » (Traité des rétentions d'urine et des maladies qu'elles -produisent, etc., par P. S. îSégalas, p. 112.)

Un an après, en 1827, le 1)’^ Fisher de Boston décrivit dans Philadelpliia journal oj medical and physieal science (Vol. XIX', p. 109), un instrument représenté ci-contre (lig. 190). La communication débute ainsi : « L’instrument suivant, basé sur le même principe que celui de Ségalas, a été ima-

L’ENDOSCOPIE

giné par moi ily a 3 ans quand j’étais étudiant en médecine», ces quelques lignes ont fait admettre que son instrument était antérieur à celui de Ségalas, mais en cette matière c’est la date de la publication dont il faut tenir compte. Dans l’instrument de Fisher un foyer lumineux h projette ses rayons parle tube sur le miroir / qui les renvoie sur un autre miroir gf, lequel les dirige par le tube e sur la partie à éclairer. Les rayons de l’image éclairée suivent une marche inverse et arrivent à l’œil de l’observateur par une fenêtre pratiquée au centre du miroir /.

Fn système de lentilles rend l’image assez nette mais le pouvoir éclairant est médiocre. Plus tard, le professeur Patterson employa la lumière électrique, le magnésium ou la lumière Drummond.

D’après Fisher, Bombolgini {^) aurait décrit, dans les Archives générales de Médecine de 1827, un instrument permettant d’éclairer la vessie, l’estomac, l’utérus, mais nous n’avons trouvé ce travail ni à l’endroit indiqué ni ailleurs.

Ségalas s’est servi couramment de son spéculum pour l’urètre dont

Fig. 190. — Gystoscope de Fisher [Philadel. med. joiu'iï., 1827).

il reconnut des granulations et dont il cautérisait la muqueuse. Il l’employait aussi pour la vessie. «Chez une fille de 3 ans, une sonde d’argent me fit reconnaître l’existence d’un calcul volumineux et l’examen avec le spéculum urétro-cystique m’amena à le croire composé de phosphate de chaux, c’est-àdire très friable, ce qui me permit d’employer la lithotritie. »

Des réclamations ne pouvaient manquer de se produire. A titre de curiosité nous reproduisons celle d’Heurteloup contenue dans une « Lettre à l’Académie des Sciences (1827) » : « Sachant que j’avais déposé au Secrétariat de l’Institut des dessins représentant un appareil pour voir dans la vessie au moyen de lampyres vulgairement appelés vers luisants, M. Ségalas s’empressa de faire construire un appareil à réflexion, qu’il présenta à l’Académie comme étant propre à atteindre ce but, mais sans rappeler que je fusse l’auteur de l’idée première. »

Quelques années après, en 1833, Gabriel Guillou présenta à la Société de Médecine pratique un spéculum uretri construit d’après le même principe que celui de Ségalas, mais ayant sur lui l’avantage de la simplicité. Plus tard, en 1860, il parla d’un spéculum de la vessie dont nous n’avons pu retrouver la disposition.

Boisseau du Rocher écrit que Nélaton avait employé un appareil semblable aux précédents; cette assertion nous a été verbalement confirmée par son fils, Charles Nélaton. D’après lui, ces essais dateraient de 1850; les résultats en furent médiocres.

L’endoscopie était à peu près oubliée le jour oh Antonin Desormeaux fit connaître son système d’éclairage de.s cavités x3rofondes, basé sur un principe

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différent. Né en 1815, fils d’un célèbre accoucheur et descendant d’une lianée de onze générations de médecins, il avait été reçu docteur en 1844, chirurgien des hôpitaux en 1849. Il s’occupa presque aussitôt après de perfectionner l’exploration des voies urinaires, et en 1853, présenta à l’Académie’de Médecine son endoscope (fig. 192 et 193).

P'ig. 191. — Desormeaux, 1813-1882 (Portrait de Auchel).

La figure 192 représente l’instrument même dont Desormeaux se servait habituellement. Une lampe, dont la flamme très éclairante est fournie par un mélange d’alcool et d’essence de térébenthine, est placée entre un réflecteur et deslentilles qui la font converger vers un miroir plan (fig. 193), lequel renvoie les rayons dans la direction de la sonde ; un orifice placé au centre du miroir permet à l’œil de l’observateur de voir les tissus éclairés.

Quant aux sondes, les urétrales, droites, s’introduisaient à l’aide d’un mandrin, et une longue fenêtre taillée sur la paroi permettait de cautériser la muqueuse. Celles qui servaient pour la vessie étaient coudées ; au niveau

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Sp Us|r>. }iîs .i'fU! ei-Jvl.p- .u;c‘«(iu‘,heur et «ieséendant d’iuie li^ée de 01I7.V. iicncivi! ton-’ lî- iuî^, il avait été m,ai docteur eu 1844,

chirurjfitiu de« hopdaw v îslo il s'oreupa presque aussitôt après de pert'ectionuer i’expîorati'Oi d.' ; ' t'ii ' unuulres, et eu 18â3, présenta à l’Acadéinie’de Médecine sor. eu<.'îo' < ope 192 et 103).

Fis. iv. — Desonneaux. li'l.i-lxSi l'ortrait .\ucheti.

La Outire >92 c.'prévi.ivte l’instrument uiêttti- tinm Desormeaux se servait habitueUon.era, (. ne lampe, dont latlannne très «‘vi.-jij'ante est fournie par un mélnifre d'fdeool et d’eKHeiice de térébenthm.-, idacéei entre un réflecteur •d dfcsinntilies .jui lu. l'nni eoin mecr vers un miroi* r.lv.-n ( Og. 193), lequel renvoie CH Kivijis dans la dirct-tion ti* la stuide ; un ot’ii.ri- p'acé au centre du miroir permet à IVeil <P< l’ob.s.-rvaletir de voir les tissus <>'iancs.

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Encyclopédie d’ U ii o lo g i e .

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