Tome I. l’i
Ki‘-ure rlu Traité d' Anatomie, compose^ par Mansour ibn Ahmed pour e prince limoiiride Ziga el llaUU wa’l-Soiiltaneh wa’d Douma wa d Mohammed Behadour. {Bibliothèque na/iona/e. — Manuscrits persans, n 5- .)
E. Desnos. — Histoire de l'Urologie.
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Guitin, 69). On voit que les pratiques hébraïques ne présentent même pas l’originalité qu’on rencontre chez d’autres peuples orientaux.
. Pérsans, Turcs, Arméniens, etc. — Comme les Hindous, les Persans invoquent pour leur médecine une origine sacrée. Ahriman, dieu du mal, a déchaîné toutes les maladies qu’heureusement Ormuz, dieu du bien, paivient à combattre ; les remèdes viennent de lui ; il les a révélés a Thrita qui sut détourner les mauvais esprits. La tradition les a transmis à Zoroastre, pei sonnage dont l’existence, mal déterminée, est placée tantôt au vn®, tantôt au IV® siècle avant notre ère et qui a composé ou réuni les hvres sacrés formant le Zend-Avesta. Plusieurs chapitres de cet ouvrage ont trait à la médecine, mais on n’y rencontre guère que des incantations à côté de remèdes qui paraissent doués de quelque efficacité, en particulier contre les maladies vénériennes dont une indication bien nette est fommie. Les docmnents médicaux sont trop pauvres, trop semblables a ceux des autres Orientaux pour que nous en reprenions la fastidieuse énumération.
D’aüleurs, peu de temps après, les guerres d’Alexandre ünportèrent en Asie Mineure les sciences grecques qui s’y imxilantèrent et s’y développèrent pendant plusieurs siècles. Des écoles devmi'ent florissantes en Syrie, en Mésopotamie, surtout à Bagdad qui fut un centre scientifique important. Les premiers auteurs arabes, Mesué, Haly-Abbas ont connu Galien au point de le copier souvent sans en rien dire, d’après des traductions tm’ques et persanes. Beaucoup plus tard, les derniers arabistes, Avenzoar entre autres, ont seuls lu Galien dans le texte grec.
Mais la httérature médicale persane se réduit à peu de chose. Nous pouvons en donner un aperçu, grâce aux travaux encore inédits de M. le professeur Seidel (de Meissen), qui a eu l’obligeance de nous les communiquer.
Les anciens Persans et Tm’cs de l’époque du paganisme ne possédaient qu’un fantôme de connaissances sur la position, la structure et les fonctions de l’appareil uropoiétique. Même après avoir « ouvert leurs poitrines » à l’islam, ils ne purent que reproduire dans les sciences anatomique et physiologique le galénisme adopté par les Arabes, et se virent empêchés de pratiquer des dissections de cadavres qui étaient absolument proscrites. Il est vrai que quelques ouvrages persans d’anatomie ont été fort en vogue dans l’Orient, tels le Tèchnih-i-Mènsonni ou tècJinih hit-tèsvir, « l’anatomie de Mansour illustrée », dont l’auteur, Mansour ibn Ohmed, vivait vers l’année 1400 après J.-C. ; le Kitàh dèr ilm-i-téclinih, « livre de la science anatomique » par Ismael bin Housséin èl-Djourdjani ; le MonJitèsèr dir ilm-i-tèchnih, « abrégé de l’anatomie » par Aljou’l-Madjel il-Bèidawi (vers 687-1288) et autres. Mais aucun de ces écrivains n’y a apporté quelque progrès. Bien plus, le schématisme des dessins des reins dans le premier de ces ouvrages serait propre à discréditer le réahsme artistique des Persans, d’ailleurs si renommé ; le texte imite tout à fait celui (T Ali Ihn al-Abbâs et d’J&w Bina. La figure que nous reproduisons (PL II) paraît appartenir au traité de Mansour quoique le texte du manuscrit persan n® 1555 de la Bibliothèque nationale, auquel nous l’empruntons, ne s’y rapporte pas absolument. Elle est de date relativement récente, et on voit combien l’anatomie est restée rudimentair<i jusqu’aux trois ou quatre derniers siècles.
Pour donner une idée approximative de la pathologie urinaire de la
Turquie et de la Perse, il suffira d’extraire quelques passages de Yadiguiar d’Ibn Chérif, médecin mal connu, assez original, qui semble avoir vécu et pratiqué dans une ville turque de l’Asie Mineure, probablement à Brousse.
Le chapitre xxvii traite des maladies des reins et de la vessie. Les symptômes qui indiquent une tumeur chaude des reins, sont la fièvre, la soif, la pesanteur dans le rein et la langue toute noire. Comme traitement, on saigne de la veine basilique, on administre de l’eau d’orge avec de l’huile d’amandes et du sucre, on défend l’excès de boisson et on donne une cuillerée ou six dirhems de cassis avec de l’eau. On j)urge avec du lait bouilli.
Les symptômes d’une enflure froide des reins sont l’absence de fièvre et de soif, mais la faiblesse et la pesanteur augmentent. On fait vomir, on administre du sirop de figues et de la conserve de rose au miel, puis un lavement composé de feuilles de betteraves, de figues, de graines de concombre et de melon, le tout bouilli avec la graisse de fraise de veau.
L’hématurie rénale se caractérise par le mélange du sang avec l’urine, l’expulsion de caillots par l’urètre et de la douleiu’ mictionnelle. Dans l’hématiu’ie vésicale le sang n’est pas épaissi ; il a une couleur brun clair et la doulem- se localise dans la vessie. On saigne de la veine basilique. On administre de l’eau d’orge avec du sirop de violettes et d’alkékenge ou une pastille d’alkékenge. Pour celui qui pisse du sang avec une douleur aiguë, sans avoir aucune plaie au dedans, on cuit au fom* des concombres frais.
Comme traitement de l’énurésie, ou écoulement involontaire de l’urine nocturne ou diurne, il faut faire vomir, placer le malade dans de l’eau chaude et oindre les aines avec de l’huile |de rose. On boit de l’eau de galanga scorpioïde, que les Turcs appellent l’herbe des coliques, puis on mange la fausse côte d’un coq cuite ou brûlée avec du miel ou une vessie de poisson cuite, ou l’électuaire énm’étique avec miépoukhtéh, c’est-à-dire le suc épaissi de raisins bouilli.
Si la cause de l’ischurie est une fatigue ou une chute, on saigne sur-lechamp de la basilique, on donne un bain tiède, avec onctions d’huile de rose ; en cas de chaleim on administre du sirop de moelle, de l’eau de pastèque et un lavement émollient. Si elle est produite par du sang coagulé dans l’urètre, on administre de l’alun dans de l’oxymel et des herbes qui font sortir la pierre de la vessie, comme l’écorce de melon et l’électuaire Ehavaqa.
Si elle provient d’un vent épais, on administre de l’eau de ronces avec de l’huile d’amandes amères : si c’est d’ime faiblesse de la vessie, on donne un bain d’eau sulfm’ée ; on fait couler du lait de chatte sur le membre viril ; quand il est inflammé, on y applique un emplâtre d’encens, de gomme arabique, d’amidon, d’opium et de sang-dragon. De même un dirhem d’ammi concassé avec du lait de concombre rouvre les voies bouchées et chasse les vents, le phlegme épais et la gale de la vessie.
Pour le diabète (dhiabèthes ou anguitchoun), maladie caractérisée par une soif inextinguible accompagnée d’émissions d’urine très fréquentes, on saigne de la veine basilique, on donne à boue de l’eau de grenades et de poui'pier, etc., et on applique un cautère qu’on confectionne en mêlant de la farine d’orge, du frai de grenouilles, du vinaigre, de l’huile de roses, de l’eau de pourpier avec du kil (pâte d’oiqjiment et de chaux).
Les symptômes des pierres et du sable de l’ax>pareil uropoiétique sont la
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pesanteur dans les reins, la démangeaison dans la vessie, une douleur aiguë dans l’aine et à la racine du membre viril et l’urgence des besoins.
La pierre rénale ressemble à un morceau de résine, de myrre ou de pavot, tandis que la pierre vésicale est blanche et azurée (sic!). Comme traitement, on plonge le malade dans l’eau tiède jusqu’à la ceintm*e, on frictionne avec de l’huile de scorpions au-dessus de la vessie, on donne à boire chaque matin dix à douze dh-hems d’eau de rose, ou un demi-mithgal de haricot d’Inde, et trois mithgals de pépins [de melon. On s’abstient de l’harion (mets fait de froment cuit et de viandes cuites, broyés ensemble), de pieds de moutons, de la viande de bœuf, de lait, de yoghourt, de crème, de fromage et d’œufs. L’électuaire de scorpions brûlés, fait selon la recette des médecins arabes, acquiert plus d’efficacité, quand on prend soin d’en manger dans la baignoü’e [même.
La gale (djenb) de la vessie se reconnaît à ce que l’urine est fort épaisse et affecte les parties voisines de l’aine. On la traite en donnant du lait frais et du bouillon de poule.
Contre la dysmle (usr-il-beii), c’est-à-dire la rétention de l’urine, on administre de la graisse de vache avec du sucre, une macération de pépins de concombre, ce qui chasse les vents, le phlegme du rein et brise la pierre : enfin, on trouve une indication du cathétérisme ; on introduit dans la verge, ou dans le mamelon (?) des femmes les rameaux polis d’une plante nommée en turc tliam térési ou gonch térési, « cresson du toit, nerfs de l’oiseau».
Seidel remarque fort justement les liens qui existent entre les pratiques des Persans et des Tm’cs ; ils s’étendent, selon nous, à tous les peuples de l’Asie Minem-e, même quand ils sont de langue et de race complètement différentes ; comme exemple, nous rapporterons quelques lignes d’un manuscrit arménien de la Bibliothèque nationale écrit en 1682 au pays de Sor (Aspahan). « Quand la pierre arrête l’mine, il faut éviter les œufs frais ou durs, la viande, le poisson ; pom- l’extraire, on mélangera des pépins de melon, de concombre, des graines de radis, de navets, de carottes ; on fera bouillir et filtrer le liquide qu’on fera boire avec une purée de radis. L’auteim prétend que Galien et des médecins tm’cs Bokhares, Mixthan Surgis, etc., ont versé de cette mixture sur des calculs et qu’elle les a dissous. La rétention cède à un cataplasme de fenouil, farine de pois et de sarrasin, graine de carottes sauvages, de radis, de persil... Lorsque des vers obstruent le canal, on prend du persil infusé dans du vin rouge et une macération d’oignons, de gomme, de farine d’orge dont on boit deux fois par jour. Enfin la formule suivante est bonne contre la gonorrée, le gonflement du prépuce et la dysurie : c’est un mélange de craie, de feuilles de roses, de pépins de concombres et de graisse qu’on i^rend en pilules d’hem’e en heure. » (D’après M. Maxudianz, )
S’il était possible d’identifier toutes les substances des Chinois et des Hindous, on trouverait des liens encore plus intimes entre les pratiques de tous les peuples de l’Orient : il faut toutefois remarquer que les textes persans et turcs que nous venons de citer datent du xvi® siècle : bien que très postérieurs à ceux des peuples voisins, ils ne marquent aucun ï)rogrès. Exception faite pour les toutes dernières années, les pratiques anciennes se sont perpétuées intactes jusqu’à nos jours : nous allons en avoir la preuve en résumant quelques détails de la pathologie urinaire particuliers à l’Asie Mineure.
L’UllOLOfilE DANS I/ANTKJUITÉ CHEZ
LES l'EUPLES DE 1/OKlENT
D’après le professeur Seidel, la lithiase serait rare en Turquie. Ce serait une exception dans l’Orient antérieur’ car elle est fréquente en Perse et chez les nations limitrophes dans les provinces du nord et du nord-ouest. Les calculs se voient surtout chez les enfants et ont pour cause l’usage habituel de lait aigre, de fruits, de boissons aigres et riches en acide oxalique.
La plupart des médecins qui ont traversé ces régions ou qui les habitent nous confirment que la taille est, de nos jours encore, pratiquée exclusivement par des opérateurs ambulants, quelques-uns sans instruction et d’une audace qui en fait de véritables meurtriers : d’autres, au contraire, d’une habileté peu commune tel que Mirza Zelabdin Khan dont le D^^ Schneider nous a retracé ime opération. « Le patient, non anesthésié, est couché sur le sable, ligoté, bras et jambes repliés; devant lui, sur im linge rouge, pour éviter la vue des taches de sang, sont étalés les instruments et
l’opérateur est à genoux sur le sable devant son patient. Il introduit tantôt un doigt, tantôt plusiem’s et même, paraît-il, la main tout entière dans le rectum, vient à la recherche du calcul qu’il fait saillir’ au périnée ».
On sait le reste, c’est l’opération de Suçruta et de Celse. Elle n’est pas coûteuse ; le chiriugien se réserve toutefois le droit d’emporter la pierre qui va rejoindre les précédentes dans un gros sac que le bédouin porte sur son dos à titre d’enseigne et de réclame (De Brun du Bois-Noir). Il est difficile de suivre les malades, mais il paraît certain que beaucoup succombent ou gardent ime fistiüe périnéale. L’estampe ci-dessus (fig. 7), jropulaire en Orient, date d’une centaine d’années ; elle fait voir le procédé employé par -les ambulants en même temps que les moyens mis en usage pour « distraire » l’opéré.
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En Turquie, l’hématurie, ralbuminurie et le catarre vésical, très fréquents, résultent d’excès vénériens, des médicaments abortifs, antigonorréiques, aphrodisiaques et des bains trop chauds. Par contre, on y tiouve rarement les diabètes insipide ou sucré ; on a observé une hématurie mystérieuse et tenace, bien que bénigne, chez les pèlerins au retour de Kiikilah.
La blennorragie ne paraît pas commune ; elle est traitée par les moyens indiqués contre la dysurie : en outre, les Persans, sm’tout les nomades, ont conservé l’abominable pratique des actes de bestialité dans le but de faire cesser l’écoulement , le contact de l’anesse serait particuhèrement efficace.
Les autres maladies lu'inaires sont rares et mal connues ; les rétrécissements, l’hypertrophie prostatique ne se rencontrent pas souvent. Il est difficile d’ailleurs de le savoir exactement, car les indigènes ne consultent guère les médecins étrangers, et même les Européens non-médecins que pour leur demander des recettes aphrodisiaques.
îlotons enfin que l’urine est comptée par les interprètes de la loi divine des musulmans parmi les choses impm’es ; par exemple, quiconque a commis la maladresse de souüler ses mains ou ses vêtements en urinant, est chargé de fane une absolution rituelle, et ü n’y a de plus grave injure pour un Osmanh que de lui dire : « Que les chiens pissent sm* le tombeau de ton père » ! La même raison a fait naître la coutume de faire ses besoins naturels en s’accroupissant, soit en plein air, soit dans les étranges latrines en usage en Orient. Aussi les Persans détestent- ils les Européens, parce qu’üs urinent debout et négUgent ensuite de purifier leurs parties honteuses avec la main gauche (Seidel).
CHAPITEE II