‹ Histoire de la Belgique [microform]Chapitre 12 sur 62 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Gouvernement de saint Brunon. — Lutte des Maisons de Hainaut et d'Ardenne jusqu'à leur première cdliance (939 à 1015).

La fin tragique du duc de Lorraine ayant ramené le pays sous l'obéissance de l'empereur, Othon-le-Grand fut reconnu par nos provinces. Il laissa le duché au jeune Henri , fils de Giselbert , et souff'rit qu'Othon de Verdun , ancien ami et compagnon d'armes du mort, gouvernât le pays au nom de cet enfant et du choix des Lorrains eux-mêmes. Mais le pupille et le tuteur étant venus là mourir presque en même temps (943), il ne voulut point accorder l'autorité ducale à un neveu de Giselbert qui avait pris part à sa dernière révolte. C'était Régnier III , prince jeune et vaillant dont le Hainaut formait l'apanage. A sa place il nomma pour gouverner la Lorraine le duc Conrad de Franconie, guerrier célèbre, dont il fit son gendre et sur la fidélité duquel il croyait pouvoir compter.

Mais on eût dit qu'il y avait dans ce titre de duc de Lorraine comme un germe contagieux d'indépendance et de révolte. Conrad, après l'avoir porté quelques années, entra dans une conspiration contre son beau-père. Alors il fut attaqué à son tour comme rebelle par Régnier de Hainaut , suivi de ses parents et des alliés de sa famille (953). Deux batailles furent livrées, la première indécise, la seconde complètement gagnée par le comte. Le duc , fugitif et désespéré , alla chercher de nouveaux ennemis à la Lorraine dans les Huns. C'étaient des hordes de Tartares qui s'étaient avancées depuis quelque temps dans le^midi

de rAllemagne.il les ...mUiisit jusque.. Uclgiq..e , et elles ravagèrct quelques provi..ces, parmi lesquelles le Hamaut paraU avoir le plus scITerl (954). Mais repoussées du -ambrésis et de la Flandre . elles repassereut le Rhu. et furu.l battues complètement en Westpl.alie l'an.iee suivante Conrad, qui était retourné au parti de l'empereur, pér.t

dans la mêlée. -. . i

Régnier de Hainaut avail(>si»éré que cette fois du moins

le monarque l'investirait du duché de Lorraine, héritage de ses pères. Mais Othon avait conçu la pensée de soumettre cette contrée indocile , et il ne voulut la confier qu à son propre frère, saint Bru non, archevêque de Cologne (ce fut le premier exemple de fonctions de ce genre remphes par un ecclésiastique). 11 nomma duc ceprela , dont la haute naissance était encore relevée par une int elhgence vaste et un caractère ferme ; et le surnom de Grand que nos historiens ont donné à saint Brunon , prouv e qu d ne s'était pas trompé dans son choix. Bientôt le nouveau gouverneur donna la mesure de son adresse et de son énergie. Le comte Régnier, furie.ix d'avoir été frustré dans ses e^ pérances, rassemblait des guerriers et se tortifiait dans ses places. Il donna prise h de justes reproches en retusmit de rendre le douaire de la princesse Gerberge , veuve de Gist bert ; el (piand l'évèque fit marcher ses soldats, le comte réunit les siens. Mais tout à coup parut le roi de France, qui avait épousé Gerberge, et avec lequel le prélat s eta entendu sous main. Il amenait une seconde aniu^e t Régnier s'aperçut que la partie serait trop inégale. 1 se

livra donc, fut jugé, déclaré ^«"Pf ^^^"^ i^^^^^ Allemagne, où il mourut peu après (W- ^' ^^ furent sVisis et ses deux fils , Régnier et Lambert, se réfugièrent à la cour de France.

Saint Brunon gouverna la Lorraine avec sagesse et leimeté. r.» auteur de cette époque lui attribue la gloire d'avoir entièrement translornié les intlomptables Lorrains, et sans adopter cet éloge dans toute son étendue, on peut

dater du temps de son administration le retour du pays vers l'ordre. Il s'opposa à la construction des châteaux-forts qui mettaient les grands à l'abri de son autorité; il rendit quelque importance au commerce en purgeant les routes de bandits et de pillards ; il favorisa les villes et les évêques contre le pouvoir des comtes ; en un mot il n'épargna aucun effort pour donner au pays sous ses ordres un gouvernement régulier. Mais ses conseillers môme lui résistèrent quand il voulut toucher à leur fièie indépendance. Immond de Chêvremont et Robert de Namur, deux de ces bâtisseurs de châteaux qu'il avait à coeur de réprimer, lui tinrent tête et vainquirent ses troupes qu'il ne pouvait pas conduire lui-même au combat. Alors il voulut diviser son duché et mettre à la tête de chaque district un vassal fidèle qui aurait le titre de duc et le commandement militaire. D'après ce plan il partagea la Lorraine en deux moiti's : la Haute-Lorraine , qui comprenait les comtés situés au sud de la Moselle , et la Basse-Lorraine , qui s'étendait entre l'Escaut , la Moselle et le Rhin. Cette séparation fut durable , et devint le principe de la division ultérieure du pays. Mais l'archevêque vécut trop peu pour consoUder Tordre qu'il avait commencé à établir. Il mourut encore jeune, mais déjà épuisé par les fatigues (965), et Othon-le- Grand le suivit de près au tombeau sans lui avoir donné de successeur.

L'Italie absorbait alors l'attention et les efforts des empereurs : la France en profita pour former de nouvelles prétentions sur nos contrées. Il s'y forma un parti pour elle , composé surtout des parents et des amis des fils de Régnier de Hainaut. La Basse-Lorraine n'avait pas de gouverneur (un duc Godefroid , nommé à cette dignité par saint Brunon , était mort dès 963 et n'avait pas été remplacé) : les provinces se trouvèrent donc un moment livrées aux guerres des comtes divisés entre eux, et appuyés les uns par l'empire , les autres par les princes français. On finit par stipuler que l'empereur Othon II conserverait la Lor-

raine ; mais qu'il y placerait comme duc Charles de France , frère du roi (976). Toutefois la rivalité des deuv pays était mal étouffée, et Ton vit encore les deux souverains faire tour à tour de sanglantes expéditions l'un contre l'autre. Mais leurs entreprises n'ayant point eu de résultat décisif, la paix se rétablit en 980.

Charles de France ne fut point reconnu par la Haute- Lorraine , qui se détacha alors entièrement de nos provinces, et reçut le nom de duché de Mosellane. On dirait que ce prince indolent prit à peine garde à cette défection, car il ne forma aucune tentative pour l'empêcher. Sorti du sang Carlovingien , mais mou et sans énergie comme les autres rejetons de cette race qui s'éteignait , il fut pour la Basse-Lorraine un duc fainéant. Bruxelles, qui n'était qu'un bourg, devint sa résidence favorite , et s'y étant fait construire un palais , il s'adonnait au plaisir de la chasse dans la région boisée d'alentour. H ne retrouva un moment d'activité que pour disputer le trône de France à Hugues Capet. Après la mort du dernier roi légitime (987), les Lorrains et les Flamands lui composèrent une belle armée avec laquelle il entra en France, prit Laon et battit deux fois son rival. Mais au milieu de ses succès il se laissa Uvrer par ceux de Laon à Hugues Capet, qui le surprit dans son lit et le garda prisonnier (989) . Son fils Othon, qui lui succéda en Lorraine, vécut sans plus d'éclat jusque vers 1005, et la race Cariovingienne s'éteignit en lui presque obscurément. Alors le titre de duc passa dans une maison nouvelle.

11 existait au midi de la Meuse une famille guerrière qui portait le titre de comtes d'Ardenne , et dont les anciens domaines s'étendaient au bord de l'Ourthe et de la Sure. Elle s'agrandit rapidement vers le milieu du x/ siècle, et comptait alors pour -chefs trois frères illustres : Frédéric , comte de Bar, et j-lus tard duc de Haute- Lorraine (959) ; Sigefroid , premier comte de Luxembourg (963) ; et Godefroid , comti^ d'Ardenne et de Verdun , au-

quel nos historiens donnent aussi le duché de Basse-Lorraine, qu'il aurait gouverné sous saint Brunon (i). Tant d'honneur et de puissance rendaient cette maison ardennaise la plus considérable du pays après la chute de Giselbert et l'exil de ses petits-neveux ; et quoiqu'elle n'eût pas obtenu le gouvernement général de la contrée , c'était à peine si aucun de ses descendants avait plié la tête sous les ducs Carlovingiens (Charles et Othon). Frédéric leur avait enlevé la Haute-Lorraine ; Sigefroid régnait presque en souverain entre la Meuse et la Moselle , et Godefroid avait laissé un fils du même nom que lui , dont la fortune moins heureuse fut compensée par plus de gloire. C'était de ce dernier que devait sortir une deuxième race de ducs belges ; il sut conquérir par de nobles actions une haute renommée , et ce fut là surtout l'origine de la grandeur à laquelle parvint sa postérité.

Godefroid-le-Captif (c'est sous ce nom que l'histoire le désigne) nous est dépeint par les auteurs de son époque comme le type de la loyauté et de la grandeur d'âme , et il y joignait un courage éclatant , qualité commune à tous ceux de sa famille. Ses possessions étaient considérables ; car elles comprenaient, outre les comtés d'Ardenne et de Verdun , qui formaient son patrimoine , la forteresse et le comté d'Eenham(le pays situé entre l'Escaut et laDendre), que lui avait apportés en mariage Mathilde de Saxe , veuve de Baudouin III , comte de Flandre. Il signala d'abord ses armes contre les enfants de Régnier de Hainaut (Régnier IV et Lambert), qui, soutenus par des alliés de leur maison, et surtout par la France, avaient pénétré en Lorraine pour reconquérir l'héritage de leurs pères. L'empereur Othon II, qui était accouru pour repousser cette invasion (975), distingua la valeur de Godefroid , et lui donna le Hainaut

(1) il serait alors le même que le duc Godefroid nommé plus haut fpage 75) ; mais c'est un point contesté.

comme au plus capable de le défendre (975). En effet le comte se maintint dans cette province malgré les nouveaux efforts des princes exilés ; et Hugues Capet lui-même , qui avait donné sa fille au jeune Régnier, entreprit vainement une seconde campagne (976). Soutenu par les forces des évêchés de Liège et de Cambrai , le chef belge ne craignit pas de faire tête à ce formidable ennemi ; et après une bataille dont l'issue resta indécise , les Français reculèrent et Godefroid resta en possession du comté.

Il le garda huit ans encore , malgré l'inimitié du duc Charles de France, qui favorisait les enfants de Régnier III. Mais en 98^1, une armée française alla subitement assaillir Verdun , et le comte , qui s'était jeté dans la place avec une poignée de soldats, fut fait prisonnier dans une sortie. Alors Hugues Capet prit sa revanche. Il retint son captif dans une forteresse , refusant toute autre rançon que la restitution du Hainaut à Régnier IV. Godefroid résista pendant deux années , encourageant par ses lettres sa femme et ses fils à rester fidèles à l'empire , sans s'inquiéter pour lui. Mais l'empereur Othon venait de mourir, et la minorité do son fils laissait ses vassaux sans appui : il fallut céder, et en 986 le prisonnier se racheta au prix fixé par son

adversaire.

Ce fut ainsi que le Hainaut retourna enfin aux descendants de ses princes. La même révolution s'accomplit dans la partie du Brabant qu'avait possédée cette maison : car tandis que Régnier le jeune rentrait à Mons , son frère Lambert fut appelé à Louvain par les habitants de cette ville , dévoués à la famille de leurs anciens seigneurs , et qui venaient de chasser le comte que l'empereur leur avait imposé (c'était saint Ansfride , comte de Huy, et plus tard évêque d'Utrecht). La race de Régnierau-long-Col se rétablit donc à la fois dans ces deux provinces ; mais* ce fut d'abord sans beaucoup d'éclat. Pour Godefroid, sorti de prison, il vint habiter son château d'Eenham ; quoiqu'il eut succombé sous les attaques de la

France , il restait encore le chef le plus glorieux et le plus puissant du pays.

Après sa mort (dont l'époque n'est pas bien certaine), Godefroid III , l'aîné de ses fils, fut comte d'Ardenne et de Verdun, Gothelon son frère eut le comté d'Anvers (nommé alors pour la première fois comme province distincte), et Herman le troisième reçut Eenham avec la partie impériale du comté de Valenciennes. La puissance de cette famille s'était donc encore accrue sans doute par l'appui des empereurs dont elle avait si fidèlement soutenu la cause. Les fils de Godefroid-le-Captif , possesseurs d'un si vaste héritage , et alliés par le sang aux grandes races de Haute-Lorraine , de Luxembourg et de Flandre , pouvaient sans peine disputer le premier rang à la maison de Hainaut. L'occasion se présenta à la mort d'Othon le Carlovingien, qui avait porté le titre de duc de Lorraine (1005). Il ne laissait point d'héritier mâle , et ce fut Godefroid que l'empereur choisit pour lui succéder.

Ce choix fit naître un orage. Le duc mort avait deux sœurs, Tune mariée à Lambert de Louvain (c'était l'aînée), l'autre veuve d'Albert de Namur. L'hérédité des honneurs', ce droit conquis par les grand vassaux lorrains, mais encore contesté dans le reste de l'empire, semblait appeler au rang de ducs leurs maris ou leurs fils , et en nommant un chef d'une autre race , le prince avait méconnu le principe sur lequel reposait la propriété des fiefs et des titres. C'était une question d'indépendance , et une foule de chefs , animés par Lambert de Louvain et son neveu Régnier V de Hainaut, s'unirent pour résister au nouveau duc (1006) . Toutefois Henri II , qui était alors empereur ( c'est celui que l'Église a mis au nombre des saints), comprima la révolte en paraissant tout à coup en Lorraine avec une nombreuse armée. Tout plia devant lui; et quoique le comte de Flandre eût fait essuyer un double échec aux armes impériales devant les murs de Valenciennes et de Gand (1006 et 1007), l'alliance qu'il conclut avec le monarque

immédiatement après ne laissa pas aux mécontents Toccasion d'éclater. Les chefs lorrains dissimulèrent donc leur ressentiment ; mais ce n'était que pour attendre un temps plus favorable , et ils ne renonçaient pas à ressaisir par les armes les privilèges que les armes avaient donnés à leurs pères.

Lambert était le chef et Fâme de la ligue. Petit-neveu de l'ancien duc Giselbert , ce comte semblait avoir hérité de toute l'audace de son grand-oncle. On a vu qu'il avait occupé le comté de Louvain (depuis l'an 977 ou à peu près), sans autre autorité que les anciens droits de sa famille et l'assentiment des populations portées pour la race de leurs chefs, et favorables à celui qui avait été opprimé. Il avait hérité ensuite des domaines du duc Othon , son beau-frère. Ce n'était guère que le comté de Bruxelles, « ce coin de la Lorraine , où , selon l'expression d'un prélat de l'époque , les derniers Carlovingiens se contentaient de trouver un asile obscur. » Mais on vit bientôt que les comtés de Bruxelles et de Louvain , réunis dans la main d'un prince courageux , formaient déjà une puissance redoutable : car Godefroid étant venu attaquer Lambert en 912 pour le déposséder de ces deux villes, fut repoussé de Louvain, avec une grande perte.

Le comte victorieux, qui aspirait à conquérir le duché, mais qui n'osait pas encore laisser éclater ses projets , tourna ses forces contre l'évêque de Liège, qui se trouvait dès lors un des grands vassaux de l'empire , par l'extension graduelle des domaines de son église. Dans les guerres de cette époque , les évêques qui possédaient quelque puissance se tenaient presque toujours sous la bannière du souverain , leur cause étant au fond la même : en eCFet , ils n'étaient pas moins hostiles que lui à cette indépendance militaire des comtes, qui mettait la violence à la place des lois et qui exposait les populations à la tyrannie et les églises à la spoliation. Hommes de paix par la nature de leur autorité , le règne du sceptre leur convenait seul

et non celui des armes, auquel tendaient toujours les maisons guerrières. Il résultait de là que quel que fût le carac* tère persoimel d'un évèque , sa politique devait consister à donner appui au souverain contre les vassaux , c'est-àdire à l'ordre contre l'anarchie. Il n'était donc pas surprenant que Balderic, qui gouvernait alors l'église de Liège, fût comme l'allié naturel du duc Godefroid qui représentait l'empereur ; et terrasser le premier, c'était affaiblir le

second.

Lambert prit pour prétexte de son attaque une forteresse que le prélat faisait construire au bord de la Gette (à Hougarde), sur la lisière de ses états. Il entra en campagne (913), et Balderic envoya ses forces au secours de la place menacée. Herman , frère de Godefroid , et le jeune Robert , comte de Namur, s'étaient joints aux Liégeois , qui dans le premier engagement parurent avoir quelque avantage ; mais tout-à-coup Robert passa dans les rangs du comte (son oncle maternel), et les soldats de l'évêché furent mis en déroute. La mêlée avait été sanglante et la bataille de Hougarde resta célèbre dans les traditions de la contrée. Le vainqueur offrit ensuite la paix à l'évêque : il ne voulait que le détacher du parti ennemi (1014).

Pendant ce temps nu autre grand vassal de Lorraine occupait Godefroid. Gérard , comte d'Egisheim , et son fils , Richard d'Alsace , unis sous main avec les seigneurs belges , avaient levé l'étendard de la révolte dans les pays d'Outre- Meuse. Ce ne fut qu'en 1014 que le duc put remporter sur eux une victoire décisive. Aussitôt après il marcha sur le Brabant, résolu à frapper au cœur cette ligue redoutable dont chaque jour lui découvrait les nouveaux progrès. Mais comme il s'avançait vers cette province, croyant n'avoir affaire qu'aux comtes de Louvain et de Namur, il apprit que Régnier de Hainaut venait de se joindre à eux , ce qui leur donnait la supériorité numérique. Alors le duc tourna vers le Hainaut , et y porta le ravage dans l'espoir de séparer «^es adversaires. Mais les trois comtes, sans se

m HISTOIRE DE LA BELGIQUE.

désunir et sans précipiter leur marche , le suivirent pas à pas, l'acculèrent à la Sambre, puis à la Meuse , et le forcèrent d'accepter le combat près de Florennes, à une disrance égale des deux rivières.

Ce fut le 12 septembre 1015 que se livra cette bataille qui devait fixer le sort des deux maisons d'Ardenne et de Hainaut. Godcfroid était le plus faible et n'avait avec lui que son frère Herman. Dans les . premières attaques, ils furent repoussés et perdirent du terrain. Lambert commandait l'armée ennemie. Quoique déjà septuagénaire, il combattait au centre , faisant tout plier devant lui. Il portait , suivant nos chroniques , un scapulaire garni de reliques qui , fixé sur son armure , devait le rendre invulnérable. Godefroid et lui se chargèrent au moment où la victoire semblait déclarée en sa faveur. Mais tout à coup le scapulaire se détacha et les lances percèrent la cuirasse. On vit tomber le vieux comte de Louvain, et bientôt après celui de Namur. Alors Régnier de Hainaut fit sonner la retraite. Huit cents hommes d'armes étaient restés sur le champ de bataille.

Le résultat de cette journée fut la pacification du pays , et ce résultat devint durable , parce que Godefroid n'abusa point de sa supériorité. Les deux princesses pour les droits desquelles les comtes avaient pris les armes, Gerberge, veuve de Lambert de Louvain , et Ermengarde , mère de Robert de Namur, furent elles-mêmes les médiatrices du traité. H fut convenu que chaque famille garderait les comtés qu'elle possédait , le titre et le pouvoir de duc restant à Godefroid. Les évoques de Liège et de Cambrai intervinrent à cet arrangement , et il fut consolidé par une alliance entre les deux maisons rivales, Herman ayant donné en mariage à Régnier sa fille unique Mathilde , héritière de ses comtés d'Eenham et de Valenciennes. Ainsi Forage qui grondait depuis si longtemps , et que n'eut pu dissiper une seule victoire, fut entièrement apaisé par des mesures de sagesse et de conciliation. Il ne resta pas

même de levain de discorde entre les familles victorieuses et vaincues, les concessions ayant été mutuelles, et les liens du sang (qui se multiphèrent bientôt après) ayant effacé la pensée de la vengeance. Les deux princesses Cadovingiennes , qui avaient ménagé ce rapprochement, s'étaient montrées dignes de leur origine en renonçant aux droits qu'elle leur donnait ; et Godefroid , qui avait déployé de la modération après sa victoire , reçut à juste titre le surnom de Pacifique.

HISTOIKE DE Lk BELGIQUE.

wsmmtmm^m^^iŒmmmmmÊmesm^

Page 1