CHAPITRE IIL
Prospérité croissante du Hainaut après l'alliance de Baudouin IV avec Thierry. — Règne de Philippe d'Alsace , et sa lutte contre la France. — D'autres princes belges y prennent part (1150àll91].
Après Talliance qui terminait les guerres de la Flandre et du Hainaut, le reste du règne de Baudouin IV, qui vécut encore 21 ans , fut consacré au gouvernement de ses états, qui avaient besoin d'être régis par une main aussi puissante. Les seigneuries particulières que renfermait le Hainaut avaient été presque indépendantes des anciens comtes , dont les forces ne sufiîsaient pas pour intimider des vassaux opulents et orgueilleux. Les seigneurs d'Avesnes surtout vivaient souvent fait la guerre sans trop de désavantage à leur suzerain , et en général ce n'était que depuis Tavènement des Baudouin que la noblesse avait subi le joug des princes. Baudouin IV acheva ce grand ouvrage. Il humilia les d'Avesnes et le sire d'Enghien , il acheta les seigneuries de Chiraai, de Valenciennes , d'Ath et de Braine-le-Comte , il fortifia ces trois dernières villes ainsi que le Quesnoi , Bouchain , Berlaimont , Renaix , Binchc et Mons, qu'il reconstruisit en partie et dont il doubla rétendue. L'importance de ces acquisitions et de ces travaux montre à la fois la richesse naissante du pays et celle du souverain. Tel était sans doute l'effet de l'administration sage et protectrice qui succédait à l'ancienne anarchie. A mesure que la puissance du comte l'emportait sur l'indépendance seigneuriale , on voyait l'agriculture fleurir et la population s'accroître. Le serment que Baudouin exigeait de ses propres vassaux nobles , bourgeois ou manants , ex-
plique Tesprit du gouvernement de ce prince : il leur faisait jurer de refuser service aux seigneurs locaux s'ils n'agissaient pas suivant ses ordres, et de les combattre s'ils s'armaient contre lui. Il était aimé du peuple, qui admirait l'éclat de son règne et la grandeur de ses ouvrages , et qui lui donna le surnom de Bâtisseur. Mais parmi ses nombreuses constructions il s'en trouva une qui lui devint funeste. Il était près d'achever un nouveau palais à Valenciennes, et il en montrait l'intérieur aux seigneurs réunis dans cette ville pour le mariage de son Gis avec Marguerite d'Alsace , lorsqu'un échafaudage manqua sous leurs pieds. Tous tombèrent, et Baudoin IV, alors sexagénaire, eut les deux cuisses brisées. Sa guérison fut lente et incomplète, et il mourut deux ans après des suites de cette chute (1171).
Son ancien adversaire, Thierry d'Alsace, avait joui d'une vieillesse glorieuse. Rassuré sur le repos de son peuple, dont il conûa le soin à Philippe , l'aîné de ses fils , il se laissa encore entraîner aux sentiments généreux qui l'avaient déjà conduit deux fois dans la Terre-Sainte. On Je vit donc retourner à la défense de la Croix , d'abord pour son troisième voyage en 1157, puis pour le quatrième, en 1163. Ses exploits dans ces deux expéditions ne furent pas audessous de sa renommée ; mais l'ascendant des Chrétiens en Asie s'affaiblissait de plus en plus , et le vieux comte de Flandre n'y remporta que des victoires stériles. Il revint passer ses derniers jours dans ses états , sans reprendre les rênes du gouvernement , et mourut en 1168 au monastère de Waten où il s'était retiré. C'était au moment môme où devait s'accomplir le mariage de sa fille avec le fils du comte de Hainaut. Thierry ne vit point cette union qu'il avait conclue et dont les résultats furent si importants pour la Belgique; mais elle se réahsa immédiatement après lui , et un traité d'alliance offensive et défensive entre la Flandre et le Hainaut fut le premier acte du règne de Philippe d'Alsace , son fils et son successeur.
Ce nouveau prince ne le céda point à son père sous le
nom duquel il gouvernait déjà depuis plusieurs années {h partir de l'an 1157). Dès cette époque, il avait fait éclater une énergie mâle et un zèle ardent pour les intérêts de son peuple. Dans l'intérieur du pays sa vigilance et sa sévérité avaient fait disparaître les désordres et les crimes : audchors des mesures énergiques avaient nettoyé les côtes de pirates , et affranchi les navigateurs des tributs qu'exigeait le comte de Hollande, soit pour le droit de passage à l'entrée de la Meuse , soit pour le sauf-conduit le long de ses côtes [geleedc], Philippe paraît avoir attaqué deux fois ce prince, et après une expédition navale (1157), il en vint à une guerre ouverte, dans laquelle il fut aidé par le duc de Brabant (1165). Les Hollandais eurent le dessons dans une grande bataille livrée en Zélande , et leur comte Florent III, fait prisonnier avec 400 de ses chevaliers, resta captif à Bruges, jusqu'à ce qu'il se reconnût vassal de Philippe pour les îles zélandaiscs, et qu'il accordât toute espèce de franchises et d'avantages aux marchands de Flandre qui se rendaient dans ses états.
Le vainqueur mérita aussi l'affection de ses villes par la générosité avec laquelle il confirma et étendit leurs libertés. Il affranchit des populations encore serves (Alost et Courtrai), et là où subsistaient avant lui des lois communales , il eut le mérite de les régulariser, en donnant à peu près la même forme à toutes. De cette manière la bourgeoisie flamande eut en quelque sorte un droit commun, consacré par les chartes de toutes les grandes villes; mesure grande et sage, aussi favorable à l'ordre qu'au progrès. Ce ne fut pas le seul bienfait de Philippe. Attentif aux intérêts du commerce, il obtint de l'empereur et de l'archevêque de Cologne des privilèges pour ceux de ses sujets qui allaient trafiquer sur les bords du Rhin. Brave et puissant, W semblait préférer l'avantage de ses états à sa gloire ou à son ambition personnelle.
Une guerre civile , dont l'Angleterre et la Normandie étaient alors le théâtre , répandit un nouvol éclat sur les
Ui\ HISTOIRE DE LA BELGIQUE.
armes de Philippe d'Alsace , sans troubler la paix intérieure du pays. Le roi Henri II avait été abandonné de presque tous ses vassaux, et son propre Ois lui disputait la couronne. La France soutint ce dernier, et le comte de Flandre embrassa son parti. Sui\i d'une armée il entra en Normandie, pour y faire reconnaître ce jeune prince , combattit les chefs du parti opposé, et enleva successivement plusieurs places fortes (1173). Henri H était haï du peuple de Flandre, parce qu'il avait banni de ses états une foule de chevaliers et de soldats de ce pays qui avaient fidèlement servi son prédécesseur. Aussi pendant (lue le comte l'attaiiuait en Normandie, l'on vit passer en Angleterre et en Ecosse plusieurs corps de milice flamande /lui se mirent à la solde de ses ennemis. Mais dans ce danger le monarque, qui entretenait depuis longtemps de vieilles bandes de piquiers brabançons, parvint à en grossir le nombre jusqu'à vingt mille hommes, et avec cette infanterie tirée de nos diverses provinces ( ou comme on le disait alors , des Marches de rEmpire),et qui n'avait point d'égale dans le reste de l'Europe, il battit l'un après l'autre ses barons révoltés et força le roi de France à lever le siège de Rouen (1174). Alors son fils se réconcilia avec lui, et une paix générale fut conclue. Philippe consentit à restituer les villes et les forteresses qu'il avait conquises ; mais i^ fit porter à mille marcs d'argent la somme annuelle que l'Angleterre payait aux comtes de Flandre à titre de fief. De son côté il s'engageait à secourir au besoin le prince anglais avec un corps de mille chevaliers.
La gloire de Philippe d'Alsace reçut encore un nouvel éclat quand on le vit , à Texemple des héros de sa famille, préférer au repos dont il pouvait jouir , les fatigues et les dangers d'un voyage à la Terre-Sainte. Il s'y rendit avec rélite de ses gentilshommes (1177) : mais son expédition ne fut pas heureuse , la discorde s'étant mise entre lui et les princes chrétiens de l'Orient. Ces descendants des premiers croisés s'étaient amollis, et leurs vices les rendaient
méprisables au prince flamand qui s'attira toute leur haine. Il revint donc en Europe (1179) sans avoir fait de conquêtes, quoiqu'il eût gagné deux batailles sur les Turcs. Dans la seconde il tua de 'sa propre main le chef ennemi , et s'appropria son bouclier, qui portait un lion noir sur un fond d'or. C'est depuis ce temps que les comtes de Flandre ont porté ces armoiries qui sont devenues celles de leur province ; toutefois Pliilippe ajouta au lion une croix fixée à son cou par une chaîne de fer.
Après tant de succès et d'actions brillantes , le prince flamand avait obtenu l'admiration des étrangers comme celle de ses sujets ; mais il finit par trouver une source de troubles et de chagrins dans les honneurs même que lui attira sa haute renommée. Le roi de France (Louis-le- Jeune) l'avait choisi d'abord pour parrain , et ensuite pour tuteur de son fils , appelé depuis Philippe-Auguste ; mais ce choix, si honorable pour le prince belge, devint fatal à la Flandre par la générosité imprudente du comte qui voulut marier à son royal pupille sa nièce Isabelle de Hainaut, et lui assigna pour dot une partie de ses états. Il stipula qu'elle hériterait à sa mort de la partie méridionale de son comté (tout ce qui forma depuis la province d'Artois) , soit qu'il crût se faire honneur en lui assignant cette dot splendide, soit plutôt que voyant sa maison prête à s'éteindre (car il ne lui restait plus d'espoir d'avoir des enfants ou des neveux du côté masculin , ce qu'il avait vivement désiré) il se complût à prendre pour héritier un prince qui était son filleul et qui portait son nom. Quelques auteurs disent même qu'il avait formé le projet de lui donner la Flandre toute entière.
Quoiqu'il en soit, la vanité de Philippe d'Alsace ou sa faiblesse fut cruellement punie. La mère du jeune roi , jalouse de son pouvoir, "parvint à exciter son fils contre lui. Ce furent d'abord des intrigues de cour et des querelles de seigneurs. Mais bientôt les choses en vinrent au point que le comte outragé par Philippe-Auguste, et en butteàlahaine
il I
de ceux qui rentoiiraient, prit les armes contre le monarque dont il avait voulu être l'appui , et s'avança jusqu'à peu de distance de sa capitale , enlevant les villes et les châteaux qui se trouvaient sur sa route (1181). L'armée française vint à sa rencontre; mais il n'y eut point de combat, et une Irève fut conclue pour laisser aux deux partis le temps de se calmer (1 182). xMalheureusement la comtesse de Flandrti vint à mourir alors, laissant un riche héritage que le roi voulut s'approprier (elle avait apporté à son époux Saint- Quentin , Péromie et la contrée adjacente, appelée le Vermandois). Le Flamand refusa de s'en désaisir, ayant le droit de le conserver sa vie durant. Ces prétentions opposées rendirent la pai\ impossilde. Bientôt d'autres princes se tromèrent engagés dans la querelle , et peu s'en fallut qu'elle ne fît rompre ralliance des Maisoïis de Flandre et de Hainaut. Mais pour l'intelligence de cette nouvelle discorde entre les deux familles à peine réconciliées, nous avons besoin de jeter un regard en arrière.
Baudouin V, surnommé le Courageux, avait succédé au Bâtisseur, et recueillait le fruit de ses sages efforts pour accroître et pour affermir sa puissance. Avec li\ brillante chevalerie formée par son père , il avait illustré ses premières armes en soutenant son oncle, Henri- l'Aveugle , contre les ducs de Brabant et de Limbourg (i). Depuis lors il paraissait assuré de recueillir la succession de ce prince (Namur etle Luxembourg), et un peu plus tard, son épouse, Maguerite d'Alsace, avait été solennellement instituée héritière du comté de Flandre par son frère Philippe (1177). Satisfait de cette large part que lui avait fait la fortune , Baudouin, quoiqu'il aimât les combats, n'avait formé aucune entreprise ambitieuse. Il se bornait à faire briller sa force et son adresse dans les tournois, et n'avait plus tiré
fl) Voyei page ÎM.
répée, depuis les journées de Carnières et d'Arlon, que pour terminer quelques querelles entre des seigneurs voisins , ou pour châtierl'audace d'un vassal criminel. Son caractère était franc et ferme : on l'avait vu se refuser d'abord au mariage de sa fille avec le roi de France , parce qu'il l'avait promise au comte de Champagne ; et avec la même loyauté, il s'arma contre son gendre pour soutenir Philippe d'Alsace dès que celui-ci l'eut requis d'exécuter leur ancien traité d'alliance.
Mais cette marche de Baudouin et de ses chevaliers vers le Midi, réveilla un vieil adversaire qu'ils laissaient dans le Nord. Le duc de Brabant, Godefroid III , attendait depuis dix ans l'occasion de prendre sa revanche de la bataille de Carnières. Animé par son iils Henri, qui fut surnommé plus tard le Guerroyeur, et peut-être excité sous main par le monarque français, il s'empara de quelques seigneuries dépendantes du Hainaut et força le comte à revenir sur ses pas pour lui tenir tète (1182). Ainsi la guerre se trouva reportée en Belgique ; elle ne tarda pas à s'y aggraver.
Henri , qui commandait les Brabançons , n'était ni moins brave , ni moins confiant dans ses forces que Baudouin-le- Courageux , et les deux armées ne demandaient qu'à se mesurer. Mais Philippe d'Alsace , qui avait besoin du secours du Hainaut dans sa lutte contre la France, intervint avec promptitude et réussit à conclure entre eux une longue trêve. Il parvint à la maintenir pendant quelque temps, et il y attachait d'autant plus d'importance qu'il avait formé le dessein de réunir contre le roi son ennemi toutes les forces de nos provinces et des contrées rhénanes. Mais tandis qu'il négociait avec les princes allemands , les hostilités recommencèrent entre le Brabant et le Hainaut , par la faute de Baudouin, qui se croyait le plus ibrt. Henri de Brabant s'était rais en route pour la Terre-Sainte , et Godefroid son père avait perdu la vigueur de ses jeunes années. Le Flamand se vit contraint de s'interposer encore entre les deux partis. Il déclara qu'il se joindrait à celui de ses voisins qui serait attaqué par l'autie , et cette me-
nace ayant été insuffisante, il envoya 300 chevaliers à Godefroid qui , avec ce secours , fit éprouver un échec à son ennemi (à Lembeke). La paix fut alors rétablie ; mais le comte de Hainaut resta vivement irrité contre son beaufrère.
D'un autre côté, Philippe- Auguste mettait en œuvre pour gagner Baudouin des moyens aussi puissants que peu honorables. Il menaça de répudier la malheureuse Isabelle, qui dans son désespoir suppliait son père d'abandonner le parti du Flamand. Le comte était ému. Il se rendit auprès du roi pour sauver sa fille, et celui-ci acheva de l'ébranler en lui témoignant les plus grands égards. Cependant il hésitait encore à trahir son beau-frère ; Philippe- Auguste surmonta les derniers obstacles en publiant que la défection était accomplie , et que le comte de Hainaut prenait rang parmi les alliés. Les reproches de Philippe d'Alsace furent amers et injurieux. Il refusa de croire les dénégations de Baudouin , et dans sa colère il voulut dépouiller son neveu de sa succession. Il fit demander en mariage Mathilde , princesse de Portugal, à laquelle il assigna pour douaire dix-neuf de ses villes ainsi que le pays de Waes. Alors le comte de Hainaut perdit patience et conclut enfin un traité secret avec le roi , sans songer qu'il justifiait par-là les reproches qui Tavaient offensé (i).
Le comte de Flandre avait prévu cet abandon , et il comptait pour prendre sa revanche sur le secours que lui avait promis l'empereur Henri VI. Mais cette promesse tardant à se réaliser, il s'unit au duc de Brabant et à l'archevêque de Cologne ( le seul des princes allemands qui fut prêt à marcher contre la France ), et leurs forces péné-
(1) Il y avait eu des torts de part et d autre ; mais les écrivains qui accusent Philippe d'Alsace d'avoir agi sans motif, sont évidemment dans l'erreur.
trèrent de toutes parts dans le Hainaut (1185). Baudouin seul contre tous (car son nouvel allié ne fit rien pour le secourir) était trop fier pour plier : il s'enferma dans sa capitale et laissa passer la tempête. Les campagnes d'alentour furent ravagées; mais les villes firent résistance. Le comte, qui du haut des remparts de Mons voyait brûler les villages, ne perdit rien de sa fermeté. Ses chevaliers , l'ayant surpris rêveur, l'exhortaient à ne point se laisser abattre : Je songeais , leur répondit-il aussitôt , par quelle route nous irons bientôt à notre tour ravager les terres de cet archevêque qui demeure si loin de nous. En effet, les armées ennemies furent forcées de se retirer, l'hiver étant venu : quelques auteurs disent que Philippe d'Alsace renonça au projet d'assiéger Mons par égard pour sa sœur Marguerite qui lui avait écrit que ce siège causerait sa mort.
Le roi de France, qui avait paru indifférent au danger de son beau-père , n'entra en campagne Tannée suivante qu'après avoir vu une armée flamande pénétrer dans ses états. On s'observa de part et d'autre sans combattre. Un mouvement rétrograde des Flamands permit au monarque d'entreprendre le siège d'Amiens ; mais avant qu'il put forcer la citadelle , le comte vint au secours de la place. Il avait réuni toutes les milices de Flandre (qui formaient plus de cent mille hommes, si uous en croyons un historien d'une autre province), et son étendard, planté sur un chariot de guerre pareil à une tour roulante, représentait un dragon menaçant. Arrivé en face de l'armée royale, il la fit défier au combat. Philippe-Auguste voulait accepter : ses conseillers le retinrent en lui montrant le danger d'une défaite qui pouvait le mettre à la merci d'un vassal offensé. Ils eurent encore recours aux négociations et ameiièrent le prince flamand à conclure une paix qui lui laissa Péronne et Saint- Quentin, mais qui donna le reste du Vermandoisau roi de France. Toutefois il s'en fallut peu que cette paix ne fût rompue dès la même année , l'empereur Henri VI ayant enfin réuni l'armée qu'il avait promise au comte. Celui-ci.
tœ HISTOIRE DE LA BELGIQUE.
mécontent de quelques nouvelles prétentions du monarque français, voulait déjà reprendre les armes. Baudouui de Hainaut le retint, et le roi acheva de l'apaiser en lui cédant la possession du Vermandois pour la durée de sa v,e Jamais sans doute la Flandre n'avait déployé plus de puissance et de vigueur que dans cette lutte d ou elle sortait enfin sans désavantage. Mais les donations impruden es aue Philippe d'Alsace avait faites à la reine sa nièce et à Mathilde de Portugal, n'étaient point compensées par un peu de gloire militaire. Le comte avait compromis le sort du pays et du peuple en disposant de ses états conime d un domaine de famille qu'il était libre de morceler. On dirait qu'il avait cessé de prendre intérêt à l'avenir de la Flandre depuis qu'il n'espérait plus y avoir pour successeur un prince de sa famille , et qu'il eut vu avec indifférence la nation qu'il avait gouvernée s'éteindre en même temps que la branche dont il était le dernier chef.
Réconcilié avec Philippe -Auguste, depuis le nouveau traité il reprit sa place à la cour de ce monarque , et 1 accompagna en Orient , lorsque une troisième croisade y conduisit les armées de France et d'Angleterre. Les soldats du monarque français portaient la croii rouge ; ceux de Richard-Cœur-de-Lion , la croix blanche ; Philippe d Alsace fit prendre à ses Flamands la croix verte , pour marquer hautement qu'ils formaient un peuple distinct. Mais arrivé à Ptolémaïs , il fut atteint par l'épidémie qui dépeuplait le camp, et mourut en chrétien sans avoir pu combattre en soldat (1191).
tki:
9a9ffi«^!g5«5«?«S^^